La , est un archétype de yôkaï, entités surnaturelles du folklore japonais, prenant la forme d’une femme, associé au froid et aux phénomènes météorologiques liés à la neige. Dans un premier temps sous la forme d’un folklore éparse, son image a fini par se figer à partir du début du par l’intermédiaire d’auteurs comme Lafcadio Hearn. Aujourd’hui, cette figure à mi-chemin entre la divinité protectrice, la sorcière, le vampire ou encore l’abominable homme des neiges est devenue une figure récurrente dans la culture populaire japonaise contemporaine.

Caractéristiques

Dénominations Elle est connue sous de nombreuses dénominations comme Konno (1981), cité par Hirakawa Sukehiro (1992), 小泉八雲: 回想と研究 (Koizumi Yakumo: Kaisō to Kenkyū), Kodansha, , , URL., , ., , , , dans la préfecture d'Ehime, dans la préfecture de Nagano. Elle est souvent associée aux stalactites de glace, d'où des noms comme , , et .

La dénomination de yuki-jōro pourraît trouver son origine au cours de l'époque Edo, où les courtisanes du quartier de Yoshiwara dans la capitale, mais aussi dans la province d’Echeigo portaient des vêtements blancs lors d'une cérémonie le , étaient appelés sous ce nom. Dans le même temps, une expression populaire parlait également de 『日本怪異妖怪事典 関東』, ..

Toutes ces dénominations ne sont pas des prénoms, mais des statuts qui leur sont donnés dans les légendes et les récits. La plupart du temps, ces figurent portent des prénoms personnalisés spécifiques.

Apparence La yuki-onna apparaît lors des nuits de neige sous la forme d'une grande et belle femme aux longs cheveux noirs et aux lèvres bleues. Sa peau d'une pâleur inhumaine, voire transparente, lui permet de se fondre dans le paysage enneigé.

Elle est souvent décrite comme vêtue de vêtements, particulièrement un kimono, d’un blanc. pur évoquant la neige : à Okayama, elle est décrite comme portant une tenue traditionnelle de mariée coiffée du chapeau de coton caractéristique de la tenue au Japon. Mais d'autres légendes la décrivent comme nue, avec seulement son visage et ses cheveux se détachant sur la neigeSeki, Seigo Seki (1963), Folktales of Japan, , University of Chicago, . : à Inariyama, elle apparaît avec des cheveux en bataille et un peigne dans la bouche『日本怪異妖怪事典 中国』, ..

Malgré sa beauté inhumaine, ses yeux peuvent inspirer la terreur chez les mortels. Elle flotte à travers la neige, ne laissant aucune empreinte de pas (en fait, certains contes disent qu'elle n'a pas de pieds, une caractéristique de nombreux fantômes japonais), et elle peut se transformer en un nuage de brouillard ou de neige si elle est menacée.

La yuki-onna est généralement décrite comme ayant une taille humaine dans les standards de la femme au Japon. Cependant, dans le , un moine décrit une yuki-onna d'une hauteur d'environ ., dans une légende de Shiga, le guerrier Saemon Shima aurait également rencontré une yuki-onna de cette taille『日本怪異妖怪事典 近畿編』, .. Lafcardio Hearn a entendu parler à Matsue d'une yuki-onna plus haute que les arbres la nuit, avec un large visage blanc『日本の面影』, ..

Asaori Tsukasa, dans le mentionne une légende de Tottori où une femme géante apparaît en été sous un chêne et en hiver sous la forme d'une yuki-onna, enlevant les enfants désobéissantsMatsutani Miyoko, 『現代民話考9巻』, .. Il suggère que l'image de la yuki-onna comme femme géante se serait développée durant l'époque moderne『日本現代怪異事典』, ..

Nature thumb|La « femme géante » illustrée dans le Sogi Shokoku Monogatari La yuki-onna est généralement décrite comme une femme apparaissant par temps neigeux, souvent considérée comme . Selon le folkloriste , des légendes et des contes populaires à son sujet ont été enregistrés dans les préfectures d'Aomori, Yamagata, Akita, Iwate, Fukushima, Niigata, Nagano, Wakayama, Ehime, et Ōita. Les origines de la Yuki-onna varient selon les sources : elle peut être l'esprit de la neige elle-même ou le fantôme d'une femme morte dans la neige..

, citant le travail d', théorise trois catégories de Yuki-onna :

Celles où elle est considérée comme un .

Celles où elle est le d'une personne décédée dans la neige.

Celles issues de récits ayant un ton plus comique.

rapporte un ensemble de récits transmis au district de Mogami, dans la préfecture de Yamagata, selon laquelle la yuki-onna apparaîtrait sous la forme d’une femme portant un enfant. Il en a donc conclu que les récits autour de la yuki-onna transmis dans cette région ne seraient rien d’autre qu’une variante d’un autre yôkaï appelé ., en fait, son image varie beaucoup selon les régions, allant d’une divinité bienveillante à une entité démoniaque.

Comme une entité bienveillante dans son commentaire issu de , cite une légende originaire d’Oguni, toujours dans la préfecture de Yamagata, selon laquelle la était autrefois une princesse céleste tout droit venue du royaume de la lune. Descendue sur terre en compagnie de la neige pour échapper à la monotonie de la vie sur son astre, elle fut incapable de revenir et apparaît désormais lors des nuits de pleine lune enneigée. Dans son , l’auteur raconte une histoire où une yuki-onna apparaît lors d'une tempête de neige, tenant son , demandant aux passants de bien vouloir lui prendre. Si quelqu'un accepte, l'enfant devient de plus en plus lourd, écrasant la personne sous la neige. Katsumi souligne les similitudes de ces deux récits avec la ., une créature aviaire de la littérature chinoise pouvant se transformer en femme, enlevant les enfants pour en faire sa propre progéniture. Selon lui, la figure de cette créature chinoise se serait transmise au Japon, donnant l’ubume, avant de prendre la forme définitive de celle de la yuki-jōrō.

Plusieurs chercheurs suggèrent que la yuki-onna a des caractéristiques d'une , se manifestant auprès des humains à des dates spécifiques. note qu'à Goshogawara, elle se manifesterait durant une période du au , pour revenir le , d'où le nom « Minokko ».. cite des légendes de Hirosaki à Aomori et de Tōno à Iwate, dans lesquels la yuki-onna rendrait visite aux hommes le ou bien durant le , laissant de l'or en partant. Cette narration est similaire aux contes du type . Cependant, à Aomori, une créature appelée "Minokko", qui rend visite la veille du Nouvel An et repart le jour du serpent, est parfois distinguée de la yuki-onna『日本怪異妖怪事典 東北』, ..

Comme une créature démoniaque vignette|Illustration de Yuki-onna par Toriyama Sekien, extraite du Gazu hyakki yagyō, 1781. Bien que les mentions de la yuki-onna en tant qu’entité positive soient nombreuses, elle reste avant tout une figure effrayante voire dangereuse. Dans son Kaiwaidan, Lafcadio Hearn décrit la yuki-onna de Matsue comme étant une entité effrayante pour les humains.. À l’instar du croque-mitaine ou de l’onibaba, elle est une figure récurrente, utilisée pour effrayer les enfants désobéissants : à Tōno, une yuki-onna appelée punit les enfants en leur versant du lait, et à Kantō, elle peut enlever les enfants pas sages lors des jours où le temps est enneigé..

Car la yuki-onna reste dans le fond, avant tout une créature associée aux ravages du climat de basses températures, conduisant notamment à la mort : dans l’imaginaire populaire nationalisé, elle use de son souffle glacial pour congeler les hommes ou absorbe la totalité de leur pour les tuer. classe la yuki-onna, avec d’autres créatures comme la yama-uba et la , comme des entités qui sucent le sang des vivants pour compenser la perte du leur après la mise au monde de leur enfant. Le folkloriste Miyata Noboru suggère que la yuki-onna apparaissant accompagnée de leurs enfants, absorbant l'énergie vitale des personnes qu’elles croisent, pourrait tirer leur inspiration de ces autres entités ; l’énergie vitale étant une des représentations du sang. : Le mentionne le cas d’un homme ayant reçu le suçon d’une yuki-onna, alors qu’il cueillait des champignons dans la vallée de Suikake à Ōita. Koizumi Yakumo note également que dans certaines régions, la yuki-onna était réputée pour absorber le sang de ses victimes..

La yuki-onna n’est pas une femme seulement méchante, mais aussi particulièrement fourbe : des récits parlent de héros ayant déjoué les manipulations d’une yuki-onna : parle d’un cas situé dans la ville de Hirosaki, durant lequel un aurait déjoué les fourberies d’une yuki-onna qui tentait de le manipuler en usant de ses pouvoirs magiques et utilisant son propre enfant. Mais cette fourberie était en fait, une sorte de mise à l’épreuve, et la femme des neiges, voyant le courage et la ténacité du guerrier, allant jusqu’à prendre l’enfant de la yuki-onna en otage, fut surprise et lui a alors offert diverses choses précieuses. Dans un autre récit présent dans le , une légende locale transmise à Goshogawara semblable à la précédente, où une yuki-onna récompense le valeureux samouraï rusé, par son lait maternel, le rendant alors invincible aux combats de sumo.

Vulnérabilités La femme des neiges, malgré ses grands pouvoirs surnaturels, peut être confrontée et être vaincue : dans la préfecture de Hyogo, la yuki-jorō est censée provoquer des avalanches lorsqu'elle glisse sur les montagnes, mais on dit aussi qu'elle peut être immobilisée par un morceau de papier déchiré contenant le sūtra du Cœur.

Elle semble par ailleurs vulnérable face à la chaleur, disparaissant à son contact, notamment durant les saisons chaudes : dans une légende d'Okayama, une yuki-onna demande de l'eau, mais cette dernière disparaît si on en vient à lui verser de l'eau bouillante. À Kyoto, une vieille femme qui préparait des mochis a réussi à faire disparaître une yuki-onna en la menaçant de lui verser de l'eau bouillante.

Origines Les origines de créatures surnaturelles associées à la neige comme la yuki-onna pourraient remonter à des périodes très anciennes : affirme que la femme géante mentionnée par le moine alors qu’il séjournait dans la province d’Echigo, dans le de la fin de l'époque Muromachi, serait bel et bien une forme primitive de la yuki-onna.

Histoires, contes et légendes associées

Histoire de Lafcardio Hearn droite|vignette|200x200px|Titre de l’histoire dans le Kaiwaidan de Lafcardio Hearn. droite|vignette|232x232px|Lafcadio Hearn, "Kwaidan: Yuki-onna", illustré par Takeuchi Katsura Dans son œuvre , l’auteur écossais Lafcadio Hearn est considéré comme un des auteurs ayant réhabilité la figure de la yuki-onna auprès du public japonais.

Résumé

Autour de la légende

Il est généralement admis que la version de la yuki-onna racontée par Lafcadio Hearn s'inspire d'une histoire qu’il aurait entendue d’une mère et de son fils, supposément nommés O-Hana et Sōhachi, originaires du village de Chōfu, dans le district de Nishitama, alors situé dans la préfecture de Tokyo. Ce village correspond aujourd’hui à la partie sud de la ville d’Ōme, en bordure de la rivière Tama. À noter que l’actuelle ville de Chōfu n’a aucun lien géographique avec cette histoire, car elle appartenait autrefois au district de . L’origine géographique de ce récit est mentionnée explicitement dans la préface de la version anglaise de HearnPour plus de détails, voir Takayuki Ōsawa, Yuki-onna wa doko kara kita ka..

Des légendes similaires ont été répertoriées dans cette région., ce qui conforte la théorie d’une origine locale du récit. En 2002, une stèle intitulée a été érigée au pied du pont Chōfu dans le quartier de , à Ōme (Tokyo), sur la route préfectorale (route d’Akigawa) qui traverse la rivière Tama. Au revers de cette stèle figure une plaque commémorative gravée avec les préfaces en japonais et en anglais de la nouvelle Yuki-onna ainsi qu’un portrait de Lafcadio Hearn.

Du point de vue météorologique, le cadre hivernal de l’histoire est cohérent avec le climat de l’époque d’Edo, période durant laquelle la région ouest de la Tama, correspondant aujourd’hui à l’ouest de Tokyo, connaissait régulièrement de fortes chutes de neige, les températures hivernales y étant plus basses qu’à l’époque actuelle.