Sverre Sigurdsson (en vieux norrois Sverrir Sigurðarson), né vers 1151/1152 et mort le , fils illégitime autoproclamé de , est roi de Norvège de 1184 à 1202.

L'origine de Sverre Sigurdsson À l’époque du règne conjoint des fils d’, le « fabricant de peignes » Unas Kambari, un frère de Hroi l’évêque des îles Féroé, épouse une Norvégienne nommée Gunhild. Elle donne naissance en 1151/1152 à un fils qui est appelé Sverre ou Sverrir et considéré par tous comme le fils d’Unas. Lorsqu’il a cinq ans, il est envoyé aux îles Féroé et élevé par son oncle l’évêque Selon les Annales Islandici & , 67 c'est en 1162 seulement que Hroi est consacré évêque des îles Féroé qui l’éduque pour la prêtrise et l’ordonneSverissaga chapitre 1..

Pendant ses études, le jeune homme a un songe prophétique dans lequel il se voit sous la forme d’un oiseau immense couvrir de son ombre l’ensemble du territoire de la Norvège. Le sage Einar, son ami et condisciple, auquel il s’ouvre de ses inspirations et de ses ambitions, lui affirme que cette vision présage sans doute son élection à l’archidiocèse de Nidaros, aujourd'hui TrondheimSverissaga chapitre 2.

Selon la tradition, Sverre ne sut pas qui était son véritable père avant l’âge de 24 ans. À cette époque en effet, sa mère au cours d’un pèlerinage à Rome aurait confessé que Sverre n’était pas le fils d’Unas mais celui du roi tué en 1155. Cet aveu est rapporté au Pape et il commande à Gunhild d’informer son fils de sa véritable origine… Elle retourne en Norvège puis aux îles Féroé où elle avoue à Sverre qu'il était le fils du roi Sverrissaga chapitre 3 ..

Sverre l’usurpateur ? Cette version officielle des faits antérieurs à 1180, développée dans la partie de la Sverris saga écrite par l’abbé islandais Karl Jónsson sous la surveillance et presque sous la dictée du roi lettré lui-mêmeLucien Musset Les Peuples Scandinaves au Moyen Age Presses universitaires de France, Paris 1954 201, a laissé perplexes les historiens modernes G.M Gathorne-Hardy A Royal Impostor: King Sverre of Norway Oslo Aschehoug (1956)Lucien Musset Op.cit 200 note n°1 « La filiation de Sverre est fort suspecte déjà, celle de son grand-père Harald Gille l’étant encore davantage, on voit que le fil de la légitimité norvégienne est bien tenu » ..

Les chroniqueurs contemporains étaient déjà partagés sur le sujet. Ceux qui comme Saxo Grammaticus ou William de Newburgh chapitre 6 « Sverre King of Norway » puisent leurs sources auprès des milieux de la haute aristocratie et de l'Église favorables à Magnus Erlingsson, le considèrent comme un « usurpateur et un tyran ». D'autres comme Roger de Hoveden et Benoît de Peterborogh précisent que Sigurd Munn avait bien trois fils illégitimes Haakon, Sigurd et Sverre nés de trois mères différentes Knut Gjerset History of the Norwegian People The Macmillan Company New york 1915 377.

Né vers 1151/1152, Sverre devait avoir été ordonné prêtre malgré le défaut d’âge légal dans son diocèse natalSi cette obligation canonique était bien respectée aux Îles Féroé, car dans le domaine scandinave atlantique comme en Islande les dynasties épiscopales se poursuivent jusqu’au siècle suivant …. Il ne renonce à la prêtrise qu’en 1179 et selon sa saga il n’apprend le nom de son vrai père qu’à l’âge de 24 ansSverris saga chapitre 4. Cette partie du récit est émaillée de détails mythiques comme la confession de sa mère à Rome et l'intervention du Pape lui-même.

Sverre est sans doute un imposteur comme son grand-père putatif Harald Gille. Contrairement à ce dernier le prétendant Sverre a toujours refusé de se soumettre à une ordalie qui était la preuve naturelle de ce type de prétentions ou même au combat singulier que lui proposait craignant sans doute qu’un résultat incertain ou négatif ne mette en échec ses plans. G.M Gathorne-Hardy estime que Sverre ne croyait pas lui-même à sa propre légitimité et que son seul but était de s’emparer du trône. D'où également la considération dont il entoure ses ennemis vaincus et tués : Erling Skakke et ; comme preuve de son respect pour la continuité monarchique.

La reconnaissance par sa pseudo sœur Cécilia Sigurdsdatter n’est guère probante dans la mesure où cette dernière se saisit de ce prétexte pour abandonner peu après son époux suédois Folkvid le Lögsögumad et retourner en Norvège avec son fils Håkon Galin pour s’y remarier ensuite avec un compagnon de Sverre, Bård Guttormsson.

Enfin le soutien du Jarl Birger Brosa dont les domaines du Varmland étaient frontaliers avec la Norvège n’est qu’un acte politique pragmatique de la part des Suédois qui cherchaient à maintenir au pouvoir en Norvège un parti qui leur était favorable afin de faire contrepoids avec la politique de la famille d’Erling Skakke favorable à une alliance voire une vassalisation par .

Cette même politique est d’ailleurs ensuite poursuivie par les rois successifs Knut Erickssondont la sœur Margareta Erikdatter sera la seconde épouse de Sverre puis Sverker Karlssondont le fils Karl Sverkersson deviendra le gendre du roi Sverre et sera tué en Norvège en luttant à ses côtés en 1198 qui appartenaient pourtant à deux lignées antagonistes la maison d'Erik et celle de Sverker qui alternaient sur le trône. Notons enfin que la Sverris saga, précise elle-même que le Jarl Birger Brosa n’a accepté de soutenir Sverre qu’après que son candidat Øystein Møyla a été tué à Re en 1177 par Sverris saga chapitres 8 & 9.

Le prétendant

En 1176, Sverre se rend en Norvège afin d’examiner la situation du royaume. Il se mêle au peuple, apprend à connaître le sentiment général, parle avec un membre de la garde du corps du roi et rencontre même le régent Erling Skakke. Cependant il ne dévoile ni son identité ni ses plans. Il poursuit ensuite son voyage à travers le Götaland jusque chez le jarl Birger Brosa où il arrive trois jours avant Noël. Brigitta, l’épouse du jarl, était la demi-sœur de Sigurd Mund et Sverre n’hésite pas à leur confier ses troubles. Dans un premier temps ils refusent de le soutenir car ils avaient promis d’aider son cousin Eystein Eysteinsson Meyla mais aussi parce qu’ils craignent qu'Erling Skakke ne leur envoie ce jeune homme pour les ridiculiser…

Sverre passe avec eux toutes les fêtes et leur dévoile finalement ses ambitions. Après Noël il se rend en Värmland afin de rencontrer Cécilia une fille de qui était l’épouse du noble Folkvid le Lögsögumad. Ils le reçoivent tous deux avec empressement. Des rumeurs annonçant la défaite et la mort d’Eystein Eysteinsson parviennent alors à Sverre et les « Birkebeinerc'est-à-dire Jambières de bouleaux. Parti de révoltés d'origine populaire, hostile à la politique d'Erling Skakke favorable à la haute noblesse et à l'Église, et qui appuyait les descendants réels ou supposés d'Harald Gille » qui avait appris l’existence au Värmland d’un fils de Sigurd lui envoient une délégation lui demandant de prendre leur tête. Dans un premier temps il refuse parce que les Birkebeiner n’étaient qu’une petite bande désorganisée mais lorsqu’ils le menacent de le tuer et de porter sa tête en gage de soumission au roi il accepte. Il bénéficie par contre désormais de l’appui sans faille de Birger Brosa et de son épouse qui constituent en Suède une base arrière pour le mouvement.

Avec une bande de 70 hommes il part du Viken dans la Norvège méridionale et au cours de sa progression sa troupe atteignit 420 hommes. Un Thing fut réuni et les Birkebeiner l’acclamèrent comme roi bien qu’il fût opposé à assumer ce titre dans d’aussi mauvaises conditions. Il poursuit alors sa marche en suivant le côté suédois de la frontière. Il imposait à ses hommes une stricte discipline et leur interdisait le pillage. Il fut alors abandonné par beaucoup de ses nouveaux partisans si bien que sa troupe se réduisit de nouveau au noyau initial de 70 hommes très résolus.

Avec cette petite troupe Sverre apparaît soudainement devant Nidaros au Trondelag, mais la ville disposait d’une forte garnison et le gouverneur marcha contre lui avec hommes. Sverre se retire mais continue de battre la campagne autour de la cité jusqu’à ce qu’il ait renforcé sa troupe. Il saisit les navires dans le port et défait plusieurs petits escadrons venus rejoindre la flotte chargée de défendre la province du Trondelag.

Les Lendermönd abandonnent alors la ville qui se soumet et où Sverre fait son entrée dans une joyeuse procession au son des cloches. Il assemble l'Øyrating, comprenant douze représentants de chacun des huit fylker (districts) de la province, et il est proclamé roi de Norvège conformément aux lois de saint Olaf, c’est-à-dire en accord avec la vieille loi de succession qui n’excluait pas les fils illégitimes du trône. La loi de 1164 n’était plus reconnue et le roi de Norvège était traité comme un usurpateur. L’archevêque Eystein Erlendsson qui n’est pas mentionné dans ces événements devait être absent de Norvège à cette époque ce qui explique sans doute la relative facilité avec laquelle Sverre réussit à prendre Nidaros.

La rumeur des événements du Trondelag parvient au roi et au régent Erling Skakke qui envoient en hâte leur flotte vers le nord le long de la côte. Sverre n’attend pas leur arrivée et marche à travers les montagnes vers le Gudbrandsdal pour atteindre le lac Mjøsa où il se trouve face aux Lendermönd de Magnus Erlingson qui disposent de hommes et de 18 bateaux.

Il ne s’aventure pas à s’attaquer à eux mais envoie un détachement au Randsfjord où des navires sont saisis et les forces locales vaincues. Orm Kongsbroder, un demi-frère du roi , qui était le principal lieutenant du roi Magnus, avance à partir du Viken avec une importante armée. Avec beaucoup de difficultés Sverre réussit à transporter à travers les terres les petits bateaux du Randsfjord à Mjosen .

Avec eux il attaque les Lendermönd, les surprend et les défait. Il capture alors tous les vaisseaux rassemblés sur le lac. L’ensemble de l’Oppland lui est soumis mais ses forces sont tellement faibles qu’il ne peut pas laisser de garnison ni occuper en permanence les régions conquises.

Désormais les Birkebeiner seront généralement soutenus par le Trondelag. Il ne s'agit pas seulement d'un parti purement local comme il s'en était constitué tant de fois depuis le début des guerres civiles, car Sverre Sigurdsson dirige en effet l'action de ces proscrits vers une véritable révolution sociale hostile à la fois à l'aristocratie et aux prélats.

La longue marche vers le pouvoir

Sverre commença sa campagne de 1178 au Jämtland où il obligea la population à le reconnaître. Il semble qu’il avait pour but de se constituer une base d’opérations à partir de laquelle il pourrait attaquer de nouveau Trondheim qui était retombée entre les mains du roi Erlingsson et de l’archevêque Eystein.

Lorsqu’il atteignit Namdalemn, un district du nord du Trondelag, il assembla ses hommes et leur déclara que la puissance de leurs adversaires, le roi et son père, était immense et qu’il était difficile de rivaliser avec eux. Dans ce contexte selon lui trois possibilités restaient ouvertes : aller au nord dans le Hålogaland et recruter des amis et des navires ; abandonner le pays et aller dans les îles occidentales où il estimait avoir de bonnes chances d’obtenir des appuis ; organiser une expédition de pillage en Irlande ou dans un autre pays de l’ouest car selon lui la popularité de Magnus et d’Erling ne se maintiendrait pas dans le pays.

Les Birkebeiner rejetèrent ces propositions bien que la conquête de Nidaros ne fût plus chose aussi facile qu’elle l’avait été car l’archevêque était revenu dans sa ville où il pressait les habitants de résister aux Birkebeiner en expliquant que leur nombre était faible, leurs navires petits et qu’il n’était pas dans l’intérêt des marchands de la cité d’abandonner leurs vêtements et leur bien pour vivre comme les voleurs et les vauriens que Sverre avait rassemblés.