Le château de Tourbillon est un château épiscopal en ruine situé sur une colline à Sion, dans le canton du Valais, en Suisse. Il fait face au château de Valère, situé sur la colline opposée.
Sa construction remonte à la fin du , sous la direction de l'évêque Boniface de Challant. De nature défensive et perché au sommet d'une colline rocheuse et escarpée, l'ouvrage servait de résidence aux évêques de Sion. Le château de Tourbillon est passablement endommagé par les conflits entre les évêques et la population valaisanne. Il est incendié en 1417 pendant une guerre entre le peuple de Sion et la famille de Rarogne, puis est reconstruit par l'évêque une trentaine d'années plus tard. En 1788, il est complètement détruit par un autre incendie. Les pierres du château de Tourbillon servent pendant un certain temps pour les constructions dans la région avant que les ruines ne soient renforcées au pour en faire un monument historique.
Le château est protégé en grande partie de manière naturelle par les terrains très escarpés qui l'entourent. Accessible seulement par l'est ou l'ouest, il consiste en une cour protégée par des murs d'enceinte. Le château possède un donjon, sa propre chapelle et un bâtiment pour la garnison.
Géographie vignette|redresse=1.2|gauche|alt=Deux collines sur lesquels reposent à gauche une église fortifiée et à droite un château. En arrière-plan se trouve une montagne enneigée.|Les châteaux de Valère et de Tourbillon vus depuis Uvrier. Le château de Tourbillon se situe en Suisse, dans le canton du Valais, sur le territoire de la commune de Sion. Il se trouve sur la colline de Tourbillon et s'élève à au-dessus de la plaine du Rhône.. La colline est constituée de roches sédimentaires biogènes et clastiques à base de phyllites marneuses et schistes calcaires... Le sommet de la colline forme une esplanade naturelle d'une longueur moyenne de pour une largeur maximale de . Le château repose sur la partie ouest de l'esplanade, et son donjon, au centre de celle-ci, se trouve sur un petit monticule rocheux.
Histoire Avant le château La première mention connue du nom date de 1268 sous la forme de . Son origine n'est pas connue, mais il existe deux hypothèses proposées par l'archéologue François-Olivier Dubuis en 1960. Le nom pourrait venir des termes ou , signifiant ou , ou d'une combinaison entre le terme , , et le nom propre ou qui apparaît dans plusieurs documents du .
En 1994, des fouilles sur le plateau à l'est du château de Tourbillon ont dévoilé une habitation du néolithique datée au millénaire D'autres découvertes, tels que des murets en pierres sèches, prouvent que le site du château est utilisé durant la période préhistorique. Au , des historiens prétendent qu'une tour romaine occupait le sommet de la colline de Tourbillon avant la construction du château. Ceux-ci n'ont cependant jamais réussi à prouver l'existence de cette tour ; les ruines censées être les fondations de celle-ci dateraient en réalité d'après la construction de la chapelle du château, au Moyen Âge.
Construction
La construction du château de Tourbillon est très probablement liée à un grand projet d'amélioration des fortifications de la ville de Sion entre le et le . Le début des travaux est estimé à 1297 ou 1298. Ils sont supervisés par Boniface de Challant, évêque de Sion à cette époque et descendant de la famille des vicomtes d'Aoste. Celui-ci imite d'autres membres de sa famille, qui ont fait construire des châteaux dans la vallée d'Aoste pour renforcer leur pouvoir à plusieurs occasions.
La rédaction de plusieurs actes signés à Tourbillon dès démontre que les parties habitables du château sont terminées quand Boniface meurt le . Cependant, selon la datation de certaines solives, il semblerait que le château ne soit alors pas totalement achevé. Ce serait donc le successeur et cousin de Boniface, Aymon de Châtillon, qui aurait terminé les travaux.
Des conflits incessants vignette|gauche|alt=Petite tour arrondie dans l'angle d'un mur. Le fond de la tour se confond avec l'angle.|Tour d'angle au sud-ouest de l'enceinte du château. Le château de Tourbillon devient la résidence principale des évêques de Sion depuis sa construction jusqu'à Guichard Tavelli, qui lui préfère le château de la Soie. Après que ce dernier a acheté le château de la Majorie en 1373, Tourbillon devient une résidence temporaire pour l'évêque mais conserve son importance militaire. À plusieurs reprises, Tourbillon est pris de force par des ennemis de Tavelli. À deux occasions, les habitants de Sion assiègent le château et l'évêque est forcé d'appeler Amédée de Savoie à l'aide, celui-ci envoyant des négociateurs qui parviennent à trouver des accords avec les Sédunois. Un troisième conflit, cette fois avec un noble haut-valaisan nommé Pierre de la Tour, éclate en 1352 alors que ce dernier souhaite faire émanciper l'évêque. Les hommes de Pierre de la Tour mettent le feu à un château à Sierre et sont arrêtés alors qu'ils essaient de faire subir le même sort au château de Tourbillon. En l'échange de l'aide d', Tavelli offre la charge de bailli au comte de Savoie. Ce dernier nomme un vice-bailli, Aymon d'Oron, seigneur de Bossonens, pour administrer la région et l'installe à Tourbillon.
Cela n'empêche pas de nouvelles révoltes, qui sont punies violemment par : il ordonne que la ville de Sion soit pillée et partiellement incendiée. Bien que le château n'ait pas été touché par les révoltes, le comte de Savoie demande au vice-bailli d'améliorer les défenses de Tourbillon. Les modifications consistent, entre autres, à construire de nouveaux trébuchets, aménager des glacis aux bases des murs du château et creuser des fossés sur le plateau à l'est du château. Plus de d'arbalète et plusieurs milliers de pierres à trébuchet sont stockés au château, des hourds sont aménagés au sommet des murs de l'enceinte et de la tour du château et la citerne du château est remplie en cas de siège.
En , après neuf années de charge de bailli, signe le traité d'Évian et renonce à s'immiscer dans les affaires de l'évêque de Sion. En 1375, Guichard Tavelli est assassiné par les partisans d'Antoine de la Tour, fils de Pierre, ce qui pousse les Valaisans à s'allier avec Pierre de Rarogne, membre d'une puissante famille haut-valaisanne rivale des de la Tour. Après avoir battu les de la Tour, les Valaisans poussés par Pierre de Rarogne se soulèvent à plusieurs reprises contre le successeur de Tavelli, Édouard de Savoie-Achaïe. En 1384, les Valaisans s'emparent des châteaux de Tourbillon, de la Majorie et de la Soie. Amédée , parent d'Édouard de Savoie, assiège Sion et détruit partiellement la ville. Une fois la révolte maîtrisée, il impose un traité de paix sévère aux rebelles permettant à l'évêque de récupérer ses châteaux. Cela n'empêche pas l'évêque de quitter son poste deux ans plus tard, et il faut attendre 1392 pour trouver un candidat qui fasse l'unanimité auprès du diocèse de Sion. Entre la démission d'Édouard de Savoie-Achaïe et l'élection du nouvel évêque, le comte de Savoie met à disposition des hommes pour assurer la garde du château. Les conflits entre le diocèse et le peuple étant toujours d'actualité, les membres du diocèse n'osent pas se montrer en public, et ils doivent payer un chapelain pour dire la messe dans la chapelle de Tourbillon.
Victime de l'affaire de Rarogne
Un ultime conflit prend place au début du . La maison de Rarogne, dont Guichard, fils de Pierre de Rarogne, succède à son père en tant que grand-bailli, détient la charge épiscopale, et deux membres de la famille se succèdent à la tête de l'évêché de Sion. La population organise alors une levée d'une ampleur telle que Guillaume s'enfuit au château de la Soie et Guichard part chercher de l'aide à Berne. Les châteaux de Montorge et Tourbillon sont pris de force puis incendiés par la population en 1417. Peu de temps après, le château de la Soie est lui aussi pris de siège et détruit, et l'évêque fuit également à Berne. Ces derniers acceptent d'aider les de Rarogne, et leurs troupes incendient Sion en 1418. La paix est finalement signée en 1420, et la famille de Rarogne regagne dès lors tous ses droits.
vignette|alt=Château au sommet d'une colline. On peut y voir une crevasse à sa droite, et son donjon est partiellement détruit. Ses murs sont tous crénelés et il surplombe une ville.|Vue du château de Tourbillon depuis le nord-est. Le château de Tourbillon est dans un piteux état : ses intérieurs et toitures sont totalement détruits par le feu et ses murs sont fissurés à de multiples endroits. Il reste dès lors inutilisable.
Retour à la paix et reconstruction En 1418, est nommé administrateur du diocèse de Sion avant de devenir évêque en 1431 à la mort de Guillaume , resté à Berne. Celui-ci parvient à rétablir la paix, de telle sorte que son successeur, , neveu de Guillaume , est accepté par le clergé et par le peuple en 1437 malgré son appartenance à la famille de Rarogne. Ce dernier organise, dans les années 1440 à 1450, la reconstruction totale du château de Tourbillon. Le château ne connaît dès lors plus de grandes modifications pendant plusieurs siècles mais est régulièrement entretenu ; il résiste même à plusieurs conflits armés aux . Au , il semble servir de résidence estivale et, à la fin du siècle, il semble toujours être utilisé à des fins militaires, principalement en tant que tour de garde pour prévenir les châteaux alentour en cas d'invasion.
Au , le château est de moins en moins utilisé, son accès difficile ayant poussé les évêques à chercher des demeures ailleurs. Le développement des stratégies militaires a également raison de ses atouts stratégiques. Le château de Tourbillon est alors vidé et il n'est même plus surveillé.
L'incendie de 1788 Le , un incendie se déclare près de la cathédrale Notre-Dame de Sion avant d'être propagé par un vent violent vers le nord-est de la ville. Si le château de Valère est épargné, une grande partie de la ville, dont le château de la Majorie et celui de Tourbillon, sont gravement touchés. À Tourbillon, toutes les boiseries disparaissent entièrement. Les chambres du donjon étaient garnies des portraits de tous les évêques de Sion, qui ont tous été perdus dans l'incendie. Le manque de témoignages de l'époque empêche cependant de connaître l'ampleur exacte des pertes engendrées par l'incendie.
vignette|gauche|redresse=0.8|alt=Peinture de deux enfants avec deux chèvres sur des amas de roches dans une salle. Au fond de la salle, trois ouvertures donnent vers l'extérieur et laissent légèrement entrer la lumière. En bas à droite de la peinture, de la végétation semble commencer à pousser.|Peinture de Raphaël Ritz montrant l'état de la chapelle de Tourbillon en 1872. Avec la destruction des châteaux de la Majorie et de Tourbillon, l'évêque de Sion est privé de résidence sédunoise. Il commande alors très vite la reconstruction de la Majorie, mais laisse la rénovation de Tourbillon à plus tard tout en s'assurant que les murs de ce dernier ne s'effondrent pas. Les différents conflits qui touchent le Valais ne laissent finalement pas les ressources nécessaires à l'évêché de Sion pour financer les travaux, et Tourbillon reste en ruines. Au , alors que l'évêque de Sion Maurice-Fabien Roten fait construire un palais épiscopal à Sion et abandonne le château de la Majorie, les matériaux restants à Tourbillon sont réutilisés pour d'autres constructions, et le château tombe définitivement dans l'oubli.
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