est une secte principalement implantée au Japon et en Russie, dont les membres ont commis plusieurs actes criminels au Japon entre 1989 et 1995. Elle est principalement connue pour l’attentat au gaz sarin dans cinq rames bondées du métro de Tokyo le qui causa 13 morts et plus de intoxiqués. L'organisation est placée sur la liste officielle des organisations terroristes du Canadasur publicsafety.gc.ca ., de l'Union européenneSur europa.eu. et anciennement des États-Unis.

Aum, ou om̐, est une syllabe sanskrite représentant le « son primordial de l'univers »En japonais, om̐ s'écrit , ce qui se transcrit Oumu, ou plutôt ici Ōmu en notation Hebpburn., et shinrikyō signifie « enseignement de la vérité suprême ».

En 1999, la secte a pris le nom d’Aleph et exige depuis que ses membres s’engagent par écrit à ne pas enfreindre les lois. En 2007, des adeptes l’ont quittée pour fonder (Cercle de lumière).

Le , son gourou Shōkō Asahara et six autres disciples, condamnés à mort, sont exécutés par pendaison. Six autres disciples sont également pendus le .

Idéologie vignette|gauche|L'ancien siège de Aum Shinrikyo dans le quartier d'Aoyama à Tokyo. L’idéologie religieuse, d'inspiration principalement bouddhiste, comportait des emprunts à l’hindouisme, à l’apocalyptisme chrétien et au New Age ; un grand crédit était accordé aux prophéties de Nostradamus.

Bien qu'Isaac Asimov ait été un critique féroce de la religion et de la pensée New Age, la secte a été fortement influencée par sa série Cycle de Fondation.. Shōkō Asahara, un gourou, s'est exprimé comme un « parfait moksha-man », à travers les apparitions médiatiques sur les télévisions et les conférences dans les universités, et a rassemblé de nombreux croyantsShoko Asahara with Takeshi (English subtitle) , youtube..

Sur le plan politique, le groupe, convaincu de la disparition rapide du gouvernement japonais qu'il jugeait corrompu, avait pour objectif de provoquer un Armageddon, devant survenir entre 1997 et 2003, et auquel survivraient les seuls membres de la secteRobert Jay Lifton, Destroying the World to Save It: Aum Shinrikyo, Apocalyptic Violence, and the New Global Terrorism, New York: Macmillan, 2000.. qui pourraient alors prendre le pouvoirSur straitsc.org. Dans les années 1990, Asahara commença à justifier le meurtre sur des bases spirituelles.

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Pratiques La secte Aum faisait pratiquer le yoga à ses fidèles qui, pendant ces séances, vivaient parfois des expériences comme voir une lumière ou sentir l’énergie monter en soi : des phénomènes psychologiques que les yogis à la pratique intensive ou les moines bouddhistes ressentent également. Mais la secte Aum faisait de ces phénomènes des « expériences divines » : la preuve que les disciples avaient atteint un certain niveau spirituel, grâce à l’énergie prodiguée par leur gourou. Pour que plus de fidèles atteignent cette « expérience divine », la secte fabriqua par la suite des drogues, notamment des amphétamines et du LSD, administrées aux disciples dans le cadre de cérémonies.

Des techniques de manipulation mentale étaient également utilisées : temps de sommeil restreint, nombreuses responsabilités et tâches à accomplir, accès interdit aux informations extérieures, ouverture limitée aux seules informations filtrées par la secte. Bien que le mariage et l'amour des disciples aient été interdits, le gourou Asahara était considéré comme un tantras-père et utilisait de nombreuses femmes comme ses maitresses ; pour l'intégrité de l'initiationShoko Asahara - Aum Shinrikyo , Most Notorious Cult Leaders..

Historique Créée en 1984 par Shōkō Asahara comme atelier de yoga sous le nom de Aum no Kai (Société Aum), la secte devient Aum Shinrikyō en 1987. En 1989, elle obtient le statut officiel d’organisme religieux. Shōkō Asahara avait rencontré et obtenu le soutien du dalaï-lama, ce dernier regrettant par la suite d'avoir été dupé Pico Iyer, « Making Kindness Stand to Reason », Understanding the Dalai Lama édité par Rajiv Mehrotra, Hay House, Inc, 2009 , p. 62..

En 1990, le gourou et plusieurs cadres ayant l’ambition de changer la société, fondent le parti de la Vérité Shinri tō (真理党) et présentent 25 candidats aux sénatoriales ; aucun n’est élu.

Les critiques — émanant entre autres de familles d’adeptes — ne manquent pas, mais la secte prospère néanmoins et revendique avant les attentats de 1995 presque au Japonwww.philtar.ac.uk. et entre et en Russie. Elle recrute beaucoup parmi les classes éduquées et ses cadres sont presque tous diplômés d’universités considérées comme de bon niveau. On y trouve au moins un médecin, un vétérinaire, un avocat et des scientifiques.

En , l’organisation se structure en gouvernement, sur le modèle de celui existant, les cadres se voyant attribuer des « ministères »Stuart Koschade A social network analysis of aum Shinrikyo, actes de Social change in the 21st century, 28 octobre 2005..

Entre 1989 et 1996, des membres auraient commis divers délits et crimes : enlèvements de membres pour forcer des donations, assassinats ou complots contre des membres voulant quitter la secte, des opposants ou des chefs de groupes religieux concurrents (Kōfuku no Kagaku, Soka Gakkai), attentats et tentatives d’attentats chimiques (sarin, gaz VX) et bactériologiques (botuline, anthrax) visant à faire de nombreuses victimes. Après plusieurs essais, la secte réussit à fabriquer ses armes chimiques et se lance, sans succès, dans la fabrication de fusils AK-74. Les crimes restent indétectés, ou alors la secte n’est pas considérée comme suffisamment suspecte par la police pour que des arrestations aient lieu, jusqu’aux jours suivant l’attentat de 1995 dans le métro de Tokyo. Même alors, la police met un certain temps à identifier les coupables.

L'organisation perd son statut officiel fin 1995 et est mise en faillite en 1996, mais les demandes pour sa dissolution au titre de la prévention des activités subversives sont rejetées en 1997 par la Commission d’examen de la sécurité publique (公安審査委員). Une disposition légale renouvelable tous les trois ans autorisant sa surveillance est néanmoins instaurée en 2000.

En 2000, sous l’influence de Fumihiro Joyu, ancien cadre resté à l’écart des assassinats et attentats (il a été néanmoins condamné en 1995 à trois ans de prison pour incitation à faux témoignage« Um mouthpiece Joyu freed from prison, returns to cult », Japan Times. ), la secte manifeste l’intention de rompre avec son passé. Le nouveau nom Aleph est adopté en 1999. Les doctrines dangereuses comme le poa sont abandonnées et les membres doivent s’engager par écrit à respecter la loi.

Les responsables admettent l'implication de certains de leurs membres dans les attentats au gaz sarin, ce pour quoi ils présentent leurs excuses et établissent un fonds destiné à offrir une certaine compensation financière aux victimesSite officiel d’Aleph.. 3,8 milliards de yens devaient être versés à un millier de victimes, mais Aleph ne semblant pas en mesure de payer l’intégralité avant très longtemps, en 2008 le gouvernement japonais a autorisé le versement d’une indemnité publique, considérant que l’État japonais était visé par l’attentat du Sasaki Sayo, (Kyodo News), «Aum victim keeps memory alive via film », Japan Times, 9 mars 2010, p. 3..

Chronologie des activités criminelles jusqu'en 1995 vignette|Schéma d'un des laboratoires de fabrication d'armes biologiques de la secte Aum. : le décès soudain d’un membre (Majima Terayuki) pendant une séance est tenu secret pour ne pas influencer négativement l’image de la secte, alors en attente de son agrément officiel ; son cadavre est brûlé et les cendres dispersées ; révélé en 1995Site de Hikari no Wa - Historique de Aum, année 1988.Philip N. Eate, « The Replication and Excess of Disciplinary Power in Sekigun and Aum Shinrikyo – A Foucaultian Approach », New Voices, vol. 2, p. 155.. : Shuji Taguchi, un membre témoin de l’incident de , essaie de quitter la secte et est assassiné ; révélé en 1995site de Hikari no Wa - Historique de Aum, année 1989Sylvaine Trinh, « Aum Shinrikyô : secte et violence (Partie 2) », Cultures & Conflits, , automne-hiver 1998, pp. 250-274, mis en ligne le 16 mars 2006. Lire en ligne.. : enlèvement et assassinat de l’avocat , de son épouse et de son bébé de quatorze mois ; il représentait un groupe de familles qui avaient porté plainte contre la secte. Malgré cette fonction et la présence d’un badge de la secte à leur domicile, Aum n’est pas suspecté par la police, sa responsabilité ne sera reconnue qu’en 1995 ; le chef de la police nationale reconnaîtra alors les faiblesses de l’enquête. En avril 1990, le groupe s’essaie au bioterrorisme : trois véhicules sont équipés pour répandre de la toxine au botulinum. Le premier entre dans Tokyo, répandant le produit, et se dirige vers le parlement japonais. Un autre véhicule devait se diriger vers la ville de Yokohama et la base navale américaine de Yokosuka. Le troisième est utilisé dans la zone de l'aéroport international de Narita. L'attaque est un semi-échec ; la faible virulence de la souche bactérienne utilisée, l'insuffisance de quantité et l'obstruction d'une partie des dispositifs de dispersion sont les raisons envisagéesW. Seth Carus, Bioterrorism and biocrimes: the illicit use of biological agents since 1900, 2002, Fredonia Books, p. 49-50.. L’épisode ne sera connu qu’après 1995. En 1992, ils tentent en vain de se procurer le virus Ebola au Zaïre, lors d'une mission « humanitaire » menée par le gourou en personne accompagné de quarante autres membres de la sectePatrick Berche, L'histoire secrète des guerres biologiques. Mensonges et crimes d'État, Robert Laffont, 2009, p. 241. ; révélé en 1995. En 1992, ils planifient la production d’armes à feu et de sarin qui débuteront en 1993 ; ils réussissent à fabriquer du sarin mais le premier prototype de fusil ne sortira qu’en 1994 et l'entreprise s’avèrera un échec. En 1993, ils font l’acquisition en Australie-Occidentale du terrain d’élevage de Banjawarn, de plus de . Les douanes australiennes constatent la présence de substances chimiques dangereuses dans leur important excédent de bagage, donnant lieu à une forte amende. Ils installent sur le terrain un laboratoire où du sarin sera fabriqué, qu’ils testent sur des moutons. Les autorités l’ignorent, mais refusent néanmoins de leur octroyer un visa en 1994 en raison de manquements aux règles de gestion des élevages ; ils revendent alors le terrain. Les activités criminelles seront révélées après , lorsque des produits chimiques et des moutons morts seront découverts à Banjawarn. Le sol contenant du minerai d’uranium et la secte ayant acquis des droits d’exploitation minière, il est possible qu’ils aient envisagé d’y fabriquer des explosifs nucléairesGlobal Proliferation of Weapons of Mass Destruction: A Case Study on the Aum Shinrikyo, Senate Government Affairs Permanent Subcommittee on Investigations, 31 octobre 1995, Staff Statement sur globalsecurity.org.. En 1993, ils complotent d'assassiner un certain nombre de personnes qui les critiquent ou sont vues comme des concurrents : les dirigeants des groupes religieux Kōfuku no Kagaku (Ryuho Okawa) et Soka Gakkai, Dave Spector, deux députés et l'écrivain Yoshinori Kobayashi ; une tentative d'assassinat sera effectivement menée contre ce dernier en 1994Témoignage de Kobayashi selon Philip Seaton Historiography and Japanese War Nationalism: Testimony in Sensōron, Sensōron as Testimony., et une contre Ryuho Okawa début 1995 et révélée la même année. : mort accidentelle d’un adepte lors d’une séance de yoga suspendu tête en bas ; elle est tenue secrète et le cadavre brûlé ; révélé en 1995Site de Hikari no Wa – Historique de Aum, année 1993..