Jacques Baratte, né le dans le et mort le à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), est un ingénieur, industriel, militaire, résistant et responsable syndical français du .

Biographie

Famille Jacques Augustin André Baratte naît le dans le .

Il est le fils de Paul Baratte (1860-1928), inspecteur général des ponts et chaussées, et de Madeleine Tenting (1873-1952).

Sa famille paternelle est lorraine tandis que sa famille maternelle est bourguignonne.

Ses parents se sont établis à Paris à la fin du et son père dirige le service des eaux et de l’assainissement de la ville de Paris dans les années 1920.

Il a deux sœurs : Françoise Baratte (1896-1954), épouse Dupuis, et Yvonne Baratte (1910-1945), peintre et résistante.

Par ailleurs, il est le neveu d'Henri Tenting (1851-1919), député de la Côte-d'Or, et est apparenté à Jacques Sevestre (1908-1940), officier de marine et compagnon de la Libération, ainsi qu'à Émile Baratte (1859-1928), général médecin.

Jeunesse Jacques Baratte grandit à Paris (rue Copernic puis avenue Henri-Martin devenue Georges-Mandel).

Bachelier ès sciences et ès lettres au lycée Janson-de-Sailly, puis étudiant en mathématiques spéciales dans le même établissement, ses études sont interrompues par la Grande guerreService historique de la Défense - Dossiers administratifs de résistantes et résistants (sous-série GR 16 P) - Dossier d'homologation résistant de Jacques Baratte - cote GR 16 P 31154.

Première Guerre mondiale En il intègre l'École militaire de l'artillerie à Fontainebleau, d'où il sort en avec le grade d'aspirant (classé sur 829).

Affecté au régiment d'artillerie de campagne, il monte au front à compter de et combat en Champagne et dans l'Oise, lors de l'offensive allemande du printemps.

Blessé par éclat d'obus le à BelloyPlusieurs localités de l'Oise portent le nom de Belloy et selon les sources, il est évoqué pour le lieu de sa blessure Belloy ou Belloy-en-Santerre. Après vérification, Belloy se trouvait exactement sur la ligne de front le jour J, tandis que Belloy-en-Santerre en était trop éloigné (à au Nord-Est). C'est donc la commune de Belloy qu'il faut retenir. (amputation d'un doigtIl s'agit plus particulièrement de l'amputation de la phalangette et des deux-tiers de la phalangine de l'index droit, ainsi qu'une plaie mineure du séton de la cuisse gauche (sans gêne fonctionnelle). Ces blessures constitueront une invalidité estimée de 10% par la commission de réforme de la Seine du . Peu après sa blessure, il est évacué sur l’hôpital auxiliaire à Dreux puis entre à l’hôpital complémentaire le 22 juillet 1918.), il maintient sa batterie en action malgré le violent bombardement. Après trois mois de convalescence, il retrouve son régiment en , est promu sous-lieutenant en et combat dans l'Aisne dans le cadre de la grande offensive finale alliée.

Son comportement au feu lui vaut la croix de guerre 1914-1918 avec deux citations citation (ordre de la division) : Ordre général de la DI du 16 juin 1918 : citation (ordre du régiment) : Ordre de l’AD 58 du 16 décembre 1918 : . thumb|alt=Photo de Jacques Baratte (1898-1989) en 1919|droite|Jacques Baratte en 1919, sous-lieutenant au RAC

Entre-deux-guerres Il quitte l'uniforme en pour rejoindre l'École centrale des arts et manufactures de Paris (ECP) (promotion 1921B).

Jacques Baratte est toutefois rappelé entre avril et à l'État-major de l'armée française du Rhin à Mayence dans le cadre de l'occupation française de la Rhénanie.

De retour en France, il commence sa carrière civile comme ingénieur-adjoint au directeur des travaux de la société Routes et pavages.

Promu lieutenant de réserve en , il devient la même année sous-directeur des Établissements Lebocey (bonneterie) à Troyes, avant d'être nommé en 1928 chef du service commercial de la société Forges et ateliers de Commentry-Oissel.

En 1935 il fonde l'entreprise Établissements Pincet-Baratte et en assure la co-gérance, avec Roger Pincet (d), camarade de l'école centrale. Située à Puteaux, au 10 rue de l'Oasis, cette société produit des pièces en caoutchouc par moulage, injection et extrusion.

Il est fait chevalier de la Légion d'honneur en .

Seconde Guerre mondiale Lors de la bataille de France en 1939-1940, Jacques Baratte est mobilisé comme capitaine et commande la batterie du régiment d'artillerie divisionnaireLe RAD fait partie de la division d'infanterie commandée par le général Bridoux. La division n'est dans son ensemble pas concernée par les plans d'interventions en Belgique, elle doit continuer à défendre le front qu'elle occupe, entre la 3e division d'infanterie coloniale à sa gauche et la armée (du groupe d'armées no 2) sur sa droite. La division est capturée le ., sous les ordres du lieutenant-colonel Alfred Jacobson. Il combat en Lorraine, dans le nord de la Marne et dans le Loiret. Le en forêt d'Orléans, après avoir combattu aux canon et mousqueton pour tenter de briser l'encerclement, il est fait prisonnier par les Allemands. Il reçoit la croix de guerre 1939-1945 avec deux citations citation (ordre du régiment) : Ordre du RAD du 18 juin 1940 (signé : Lieutenant-Colonel Jacobson, Chef de corps) : citation (ordre de la division) : Ordre /c du 22 octobre 1941, Ordre de la Division (signé : Général Huntziger) : .

Interné au camp de prisonniers de Montereau, il tombe gravement malade en , et est transféré à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce le grâce à l'intervention de sa sœur YvonneService des Archives Médicales Hospitalières des Armées (S.A.M.H.A.) : fonds d'archives de l'hôpital militaire de Val-de-Grâce à Paris - dossier de Jacques Baratte en 1940 et 1941. Après de longs mois de soins, il se rétablit in extremis, est libéré et démobilisé en .

Il remet en marche sa société, et en devient le seul gérant à partir de l'arrestation de son associé Roger Pincet en pour faits de résistance et qui meurt en déportation en 1945. Durant toute la durée de l'Occupation, il parvient à maintenir la société à l'écart des commandes pro-allemandes.

En parallèle de ses responsabilités professionnelles, dès 1941 il forme avec ses anciens camarades de combat le « Groupement Résistance du RAD ». Son activité prend de multiples formes : aide active aux évadés, réfractaires et prisonniers politiques, aide pécuniaire, camouflage, fabrication de faux-papiers, embauches clandestines, hébergement de personnes recherchées, fourniture de matériel pour imprimerie clandestine. En 1943 et 1944 ce groupement de résistance constitue des groupes de combats qui sont rattachés au mouvement Organisation civile et militaire.

En sa sœur Yvonne, également résistante, est arrêtée par la Gestapo de la rue de la Pompe puis déportée en Allemagne au camp de Ravensbrück, d'où elle ne reviendra pas.

Lors de la libération de Paris en , Jacques Baratte, capitaine FFI et adjoint du chef de secteur Neuilly-sur-Seine, combat dans cette ville avec son groupe aux côtés de la DB, ce qui aboutit à la capture de 600 prisonniers allemands.

En il est en mission à l’État-major du Morvan. Promu chef de bataillon FFI, il prend le commandement en second du bataillon de marche à Longwy en et prend part à la libération de Metz le .

thumb|alt=De g. à d. : colonel Alfred Jacobson, chef d'escadron Jacques Baratte, colonel Henri Adeline, lieutenant-colonel Georges Moressée, artilleurs du régiment d'artillerie|droite|Passage en revue du RA, Forces françaises de l'Ouest, Charente-Maritime, 1945.De g. à d. : colonel Alfred Jacobson, chef d'escadron Jacques Baratte, colonel Henri Adeline, lieutenant-colonel Georges Moressée À compter du , homologué chef d'escadron, il constitue puis instruit et commande le groupe du régiment d'artillerie divisionnaire, formé à partir de FFI du régiment ZCe régiment porte le nom du pseudonyme "Z" de Georges Moressée, chef de maquis, commandant la "colonne Z", puis le "régiment Z", et enfin le régiment d'artillerie issus des maquis de Dordogne. Relevant du Détachement d'Armée de l'Atlantique (Forces françaises de l'Ouest) du général de Larminat, son unité est engagée, quinze jours seulement après sa constitution, contre les poches allemandes de l'Atlantique : combat de Ferrières le , attaque de Royan, passage de la Seudre le , attaque de l'île d'Oléron les et . Pour cette dernière opération il commande l'artillerie débarquée, forte de 9 bataillons ( hommes). thumb|Le chef d'escadron Jacques Baratte interrogeant un officier allemand prisonnier à Oléron dans le cadre de la libération de l'île, 30 avril 1945

Il reçoit quatre citations supplémentaires citation (ordre de la brigade) : Ordre de la Brigade du 7 juin 1945 : citation (ordre de la division) : Ordre général du 20 juin 1945, Ordre de la Division, citation collective (signé : Général de CA de Larminat) : citation (ordre de l'armée) : Décret du 12 juin 1945 (J.O. du juillet 1945), Promotion au grade d’Officier de la Légion d’honneur, avec citation à l'ordre de l'armée : citation (ordre de l'armée) : Ordre de l’Armée (Décision ) J.O. du 11 octobre 1945 : et est promu officier de la Légion d'honneur en . thumb|Remise de la croix de guerre 1939-1945 au groupe du régiment d'artillerie commandé par Jacques Baratte, 1945

Quelques mois après la capitulation allemande, il part avec son unité en occupation en Allemagne (Pettersheim, Neustadt, Palatinat), où il sensibilise la population allemande sur les crimes de guerre et contre l'humanité nazis, avant d'être démobilisé fin 1945.

Après-guerre Rendu à la vie civile, il développe la société Pincet-Baratte en innovant dans la conception et la fabrication de produits spéciaux en caoutchouc destinés notamment aux secteurs des travaux publicsDans le secteur des travaux publics, voici les principaux produits spéciaux fabriqués par la société Pincet-Baratte : appuis de ponts, appuis parasismiques pour les réacteurs nucléaires et joints de dilatation pour ouvrages d’art. et de l'aéronautiqueDans le secteur aéronautique, les produits fabriqués par la société Pincet-Baratte font l'objet d'homologations du BNAE (Bureau de normalisation de l'aéronautique et de l'espace).La société Pincet-Baratte sera rachetée par Freyssinet International en 1985..

Sur le plan militaire, il est promu lieutenant-colonel de réserve en puis colonel de réserve en , et devient colonel honoraire en , atteint par la limite d’âge.

Jacques Baratte est promu commandeur de la Légion d'honneur en .

Il exerce également des responsabilités croissantes au sein du Syndicat National du caoutchouc, des plastiques et des industries qui s'y rattachent (SNCP) : chef de la mission de productivité de l'industrie du caoutchouc aux États-Unis en 1952, président de la commission de productivité à partir de 1952, secrétaire du comité directeur à partir de 1954, enfin président de 1964 à 1966.

Par ailleurs, il est membre du conseil d'administration de plusieurs sociétés : la société des Établissements Dubois et L. Lepeu à compter de 1947 et le Laboratoire de recherches et de contrôles du caoutchouc à partir de 1965.

Il préside également l'Association interentreprises de Suresnes, Puteaux et Saint-Cloud (AISP).

Enfin, il s'investit pour les anciens combattants, comme secrétaire général adjoint de la Fédération Nationale de l'artillerie (FNA) et comme responsable d'amicales régimentairesIl est membre du Comité directeur du comité de liaison interfédéral des amicales régimentaires et vice-président des amicales du régiment d’artillerie et du régiment d’artillerie..

Il meurt le à son domicile à Neuilly-sur-Seine.

Vie de famille

Jacques Baratte se marie le à Neuilly-sur-Seine avec Marie Aublet (1906-1963), fille d'Albert Aublet (1851-1938), peintre. Le couple divorce civilement le Le divorce est prononcé par jugement du Tribunal civil de la Seine du 28 juillet 1937. et une reconnaissance de nullité du mariage religieux est prononcée par le Vatican vers 1942.