Atractylodes lancea ou atractylode noirnom vulgaire proposé (en anglais) par Paul Unschuld dans est une espèce de plante à fleurs de la famille des Asteraceae, originaire d’Asie orientale et du Sud-Est. C’est une plante herbacée vivace, de de hauteur, avec des feuilles bordées de fines aiguilles et un rhizome épais. L’inflorescence est un capitule composé uniquement de fleurons tubulaires, blancs, les bractées sont réduites à des épines pennées.

Le rhizome séché est utilisé en médecine traditionnelle en Chine, au Japon et en Corée. Il est appelé cāngzhú (苍术) en Chine et So-Jutsu au Japon. En Chine, il est largement connu pour « traiter les déficiences de la rate et les diarrhées ».

L’histoire de cette matière médicale, partant du modèle initial du Shennong bencao jing, a été faite d’enrichissements de données et d’observations nouvelles au cours des siècles. Elle porte de nombreux noms vernaculaires, pouvant couvrir des formes locales mais toutefois dont les statuts infraspécifiques (variétés ou sous-espèces) n’ont jamais été établis. Il faut de plus les distinguer d’une espèce proche, Atractylodes macrocephala, elle aussi très fournie en noms vernaculaires.

Aux vertus médicinales de cette racine, comme « tonifier la rate », s’ajoute la tradition d’un remède pour ou même « pour rajeunir », lancé par Ge Hong le lettré chercheur d’immortalité.

Les autorités chinoises ont mené une politique visant à intégrer la médecine traditionnelle chinoise à la médecine moderne. Le premier essai clinique de phase 1 pour évaluer l’innocuité et la pharmacocinétique de la formulation en capsule de l’extrait de A. lancea a été mené en 2021

Nomenclature et étymologie

L’espèce a d’abord été décrite sous le nom d’Atractylis lancea par le naturaliste suédois Carl Peter Thunberg en 1784 dans Flora Japonica, 306. En 1775-1776, Thunberg s’était rendu dans la minuscule île de Dejima au Japon où il put conduire quelques recherches botaniques.

En 1838, Augustin-Pyramus de Candolle (1778-1841) créa le nouveau genre Atractylodes dans lequel il plaça l’espèce précédente sous le nom de Atractylodes lancea, dans Prodromus Systematis Naturalis Regni Vegetabilis 7: 48.

Le nom de genre Atractylodes est un terme de latin scientifique composé de deux noms grecs: ἄτρακτος (átrakto̱s) latinisé en atractylo-, signifiant « flèche, fuseau » et εἶδος (eîdos) latinisé en - odes, signifiant « forme, apparence ». Ensemble, les deux termes pourraient faire allusion à la forme allongée-tubulaire prise par le rhizome (à moins que ce soit par le capitule ou par les anthères des fleurons ou par les feuilles).

L’épithète spécifique lancea est un nom latin signifiant « lance, pique ».

Synonymes

Selon POWO, le nom Atractylodes lancea est un nom accepté (valide) de l’espèce et possède 44 synonymes.

Synonymes homotypiques Acarna lancea (Thunb.) Willd. dans Sp. Pl., ed. 4. 3: 1700 (1803) Atractylis lancea Thunb. dans J.A.Murray (ed.), Syst. Veg., ed. 14.: 729 (1784)

Synonymes hétérotypiques Sur les 42 synonymes hétérotypiques, nous citerons seulement: Atractylis chinensis (Bunge) DC dans Prodr. 6: 549 (1838) Atractylis japonica (Koidz. ex Kitam.) Kitag. in Rep. Inst. Sci. Res. Manchoukuo 3(App. 1): 439 (1939) Atractylis ovata Thunb. in J.A.Murray (ed.), Syst. Veg., ed. 14.: 730 (1784) Atractylodes japonica Koidz. ex Kitam. in Acta Phytotax. Geobot. 4: 178 (1935) Atractylodes ovata (Thunb.) DC. in Prodr. 7: 48 (1838) Description

Atractylodes lancea est une plante herbacée de de hauteur, avec un rhizome épais, horizontal ou ascendant. C’est un géophyteNous conseillons de consulter l’excellente banque de photos du Centre de données sur la science végétale de l'Académie chinoise des sciences cf. .

Les tiges sont solitaires ou en touffe, non ramifiées ou un peu ramifiées au sommet.

Les feuilles sont ± rigidement , vertes. Les feuilles basales sont fanées à l’anthèse. Les feuilles caulinaires inférieures et moyennes sont pétiolées mais les inférieures parfois subsessiles ; le pétiole fait de longueur ; le limbe de la feuille de de long sur de large, non divisé ou divisé presque jusqu'à la base en 3-5(-9) segments pennés ; ces segments indivis ou parfois près de la base avec quelques petits lobes épineux, ± étroitement elliptiques à oblancéolés ou obovales, la base , la marge est épineuse, l’apex brièvement acuminé à arrondi. Les feuilles caulinaires supérieures sont semblables mais plus petites.

L’inflorescence est un capitule terminal, regroupant de nombreux fleurons sur un réceptacle plat ou légèrement convexe, entourées de bractées. À la différence des Centaurea européennes (comme le bleuet), le capitule est composé uniquement de fleurons tubulaires, sans fleurs ligulées sur les bords et sans écailles, poils ou autres éléments entre les fleurons. Les bractées externes sont peu nombreuses, en forme de feuille ; les bractées internes sont nombreuses, homomorphes, réduites à des épines pennées disposées de manière , dépassant mais ne cachant pas complètement l'involucre. Celui-ci est campanulé, de de diamètre.

La corolle est blanche ou jaunâtre, de .

Le fruit est un akène obovoïde, ca. , poils blancs. Le pappus est brun à blanc sale, de .

La floraison et la fructification se déroule de juin à octobre.

Distribution et habitat

Selon POWO, l'aire de répartition naturelle de cette espèce s'étend de l'Extrême-Orient russe jusqu'en Chine et au Japon.

Elle se rencontre dans la région du fleuve Amour (Oblast de l'Amour, Kraï de Khabarovsk), Kraï du Primorié, la Chine Centre-Nord, Chine Centre-Sud, Chine Sud-Est, Mongolie intérieure, Mandchourie, Japon, Corée, côte orientale du Vietnam.

En Chine, Flora of China indique: les provinces de Anhui, Chongqing, Gansu, Hebei, Heilongjiang, Henan, Hubei, Hunan, Jiangsu, Jiangxi, Jilin, Liaoning, Nei Mongol, Shaanxi, Shandong, Shanxi, Zhejiang.

Elle pousse dans les prairies, forêts, fourrés, crevasses rocheuses, de d’altitude.

Composés bioactifs

Les principaux composés actifs dA. lancea sont des composés d'huiles essentielles tels que les sesquiterpénoïdes (le β-eudesmol, l'hinesol, l'atractylon) et du polyacétylène (l'atractylodine). Le contenu des composés présente une grande variabilité en fonction de leur habitat. Une étude de Takahiro Tsusaka et al suggère que les contenus en sesquiterpénoïdes et polyacétylène sont largement influencés par des facteurs génétiques. Ils présentent aussi une grande variabilité en fonction de leur habitat.

Utilisations

Utilisations médicinales

Le rhizome d’Atractylodes lancea est utilisé comme matière médicale en médecine traditionnelle chinoise (MTC).

Selon Flora of China, le nom vulgaire de cette espèce est 苍术 ( 蒼朮) cāngzhú, alors que celui de l’espèce proche A. macrocephala est 白术 (trad. 白朮) báizhú. Les rhizomes des deux espèces donnent des matières médicales aux propriétés distinctes.

Le caractère chinois traditionnel 蒼 cāng désigne la couleur « bleu-vert profond » (深青色 shēnqīngsè, « cyan foncé » selon le dictionnaire Guoyu cidian) ; le nom de cangzhu 苍术 viendrait de la couleur bleu-noirâtre des racines苍术之根为仓黑色 « les racines de cangzhu sont de couleur cyan-noir » suivant la vidéo 苍术入药历史悠久,早在明代还被称为仙术 de baike.sogou , ce qui explique la traduction de cangzhu par atractylode noir de Paul Unschuld.

Dénominations chinoises Nom latin Nom vulgaire Noms vernaculairesAtractylodes lancea 苍术 cāngzhú 朮/术 zhú/shù, 赤朮 chìzhú, 茅朮 máozhú, 北蒼朮 báicāngzhú, 茅蒼朮 máocāngzhú Atractylodes macrocephala 白术 báizhú 朮/术 zhú/shù, 冬朮 dōngshù, 浙朮 zhèshù, 种朮 zhǒngshù, 祁朮 qíshù, 于朮 yúshù, 夏朮 xiàshù, 白土朮 báitǔshù, 炒白朮 chǎobáizhú, 焦白朮 jiāobáizhú, 製白朮 zhìbáizhú, 山薑 shānjiāng Le monosyllabe 朮 en chinois classique se prononce suivant la reconstruction zhú alors qu’en chinois moderne, il a les deux prononciations shù et zhú, à la suite de la simplification de l’écriture chinoise qui réécrit 朮 en 术. Il est utilisé comme abréviation des noms vernaculaires bisyllabiques qui sont employés pour les deux espèces d’Atractylodes.

Par contre dans la Pharmacopée chinoise (éd. chi. 2003 - fr. 2008), 苍术 cangzhu Rhizoma Atractylodis est rapporté aux rhizomes des trois espèces distinctes: Atractylodes lancea, Atractylodes chinensis, Atractylodes japonica. Malheureusement sans nom de botaniste descripteur, on ne peut savoir avec certitude si ce sont des noms acceptés ou des synonymes (c’est-à-dire s’ils réfèrent à des espèces distinctes ou identiques). Cependant d’après Tropicos, le doute pourrait être levé puisque Atractylodes chinensis (Bunge) Koidz. et Atractylodes japonica Koidz sont des synonymes dAtractylodes lancea (Thunb.) DC. (ce qui a été indiqué en début d’article dans la section Synonymes hétérotypiques). Donc, on retiendra que les trois espèces d’Atractylodes lancea / chinensis / japonica pourraient n’être qu’une seule et même espèce .

Certains auteurs se sont appliqués à distinguer deux types de cangzhu: 1) le nan cangzhu 南蒼朮 « le cangzhu du Sud » et 2) le bei cangzhu 北苍术 « le cangzhu du Nord », sans donner leurs noms botaniques latins. Le Cangzhu du Sud préfère les climats frais, doux et humides, il a une grande tolérance au froid, et craint la lumière forte et les températures élevées. Cangzhu du Nord est rustique, préférant les conditions climatiques fraîches et bien éclairées avec une grande différence de température entre le jour et la nuit.

Le premier nan cangzhu 南蒼朮 « cangzhu du Sud » (ou maocangzhu 茅苍术) est une plante herbacée de de hauteur, avec un rhizome épais dont la section transversale révèle des taches huileuses brun-rougeâtre, les feuilles sont pétiolées ou sessiles, à marge épineuses, les fleurs sont toutes tubulaires blanches, elles sont soit bisexuées soit unisexuées. Le second bei cangzhu 北苍术 « le cangzhu du Nord » est proche du premier, mais avec la différence que les feuilles sont sessiles, généralement pennées avec 5 lobes profonds.

Nan cangzhu 南蒼朮 et bei cangzhu 北蒼朮 étant de la même espèce, on peut s’interroger sur leur statut infraspécifique. Les études génétiques indiquent une grande variabilité génétique dAtractylodes lancea et suggèrent qu’il n'y a pas de distinctions claires en termes de sous-espèces ou de variétés spécifiques entre nan cangzhu et bei cangzhu.

Atractylodes lancea (ou bei cangzhu 北蒼朮) se distingue par un rhizome plus allongé que celui plus ramassé, globuleux, de la seconde espèce, nommée très à propos A. macrocephala « A. grosse tête».

Les deux matières médicales ont en commun de « renforcer la rate » mais ont aussi des propriétés propres distinctes : nan cangzhu est généralement utilisée dans des formules où l’élimination de l’humidité est la priorité alors que bei cangzhu l’est plutôt dans les cas où il faut tonifier la rate et le qi.

Culture

Le cangzhu 苍术 est largement cultivé en Chine, particulièrement dans les deux régions de la Mongolie intérieure et du Nord-Est de la Chine qui sont réputées pour la qualité de leur production. Les cangzhu cultivés en Mongolie intérieure présentent des taches (de couleur) cinabre sur la section transversale du rhizome, signe de qualité et se vendent très bien dans le pays. Ceux cultivés dans le Nord-Est n'ont pas de taches de cinabre dans leur section transversale.

La culture se fait dans les sols limoneux dans les régions fraiches où les plantes peuvent résister à des températures de . Histoire de la matière médicale cangzhu

Le premier ouvrage chinois de matière médicale le Shennong bencao jing (Classique de la matière médicale du Laboureur Céleste), compilé au début de notre ère sous les Han puis étendu par le médecin taoïste Tao Hongjing (452-536), ne mentionne que la notice nommée 朮 zhú, terme général pouvant s’appliquer aux deux espèces d’Atractylodes:

. (d’après la trad. de Sabine Wilms).