Caius Marcius Coriolanus soit Coriolan est une figure de la République romaine archaïque. Il appartient à la gens romaine patricienne des Marcii, descendants d'Ancus Marcius, quatrième roi de Rome.
Biographie Plutarque rapporte que son père mourut alors que Coriolan était en bas âge et qu'il fut élevé par sa mère VéturiaPlutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, I. Toujours selon Plutarque, il participa à la bataille du lac Régille menée par le dictateur romain Aulus Postumius Albus contre les Latins d'Octavius Mamilius et Tarquin le Superbe. Il s'y distingue en protégeant un de ses camarades blessés qui allait être achevé, et reçoit une couronne de chêne des mains du dictateur pour sa bravoure et avoir sauvé un citoyenPlutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, III, et il en est ainsi à chaque bataille à laquelle il participePlutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, IV.
Lors de la première sécession de la plèbe, en 495 av. J.-C., il soutient Appius Claudius Sabinus et s'oppose au dictateur Manius Valerius Volusus Maximus, qui souhaitait faire un geste envers la plèbe mais qui abdiqua à la suite du refus de sa propositionPlutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, V. S'ensuivit l'insurrection du mont SacréTite-Live, Histoire romaine, Livre II, 32Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, VI et la création des tribuns de la plèbeTite-Live, Histoire romaine, Livre II, 33Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, VII.
Coriolan reçoit le surnom de Coriolanus pour avoir pris la cité volsque de Corioles en 493 av. J.-C.Bloch, M. G., "Quelques mots sur la légende de Coriolan", 1881, in Mélanges de l'École française de Rome : c'est au que naquit l'usage de donner aux généraux le cognomen, surnom rappelant leurs victoires. .
Le consul Postumius Cominius AuruncusL'orthographe exacte du prénom est "Postumus", désignant l'enfant né après la mort de son père. Cf. J.-H. Sautel (éd.), Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, VI, , note 13., après avoir vaincu et repoussé plusieurs armées volsques et pris plusieurs villes ennemies, butait sur leur capitale, Corioles. Les Volsques d'Antium vinrent au secours des assiégés, qui tentèrent une sortie. Le jeune patricien, avec une petite troupe, réussit à repousser ceux qui tentaient la sortie, à les poursuivre jusqu'aux portes et à s'emparer des remparts, provoquant le trouble parmi l'armée de secours. C'est ainsi que Corioles tomba dans le giron de la République romainePlutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, VIII-IX. Le consul lui offrit comme récompense beaucoup d’argent et un grand nombre de prisonniers mais il refusa tout, à l’exception d’une couronne et d’un cheval de guerre : quant aux prisonniers, il n’en demanda qu’un seul, qui était son ami, et lui rendit la libertéPlutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, X-XIDion Cassius, Histoire romaine, Livre V, Frag. 35Aurelius Victor, Hommes illustres de la ville de Rome, XIX. C. Marcius Coriolan.
Il se présente ensuite au consulat, mais le peuple craint qu'il ne lui retire tous ses droits nouvellement acquis, d'autant plus qu'il est largement soutenu par le Sénat romain et les patriciens. Il échouePlutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, XIV-XVDion Cassius, Histoire romaine, Livre V, Frag. 36.
En 492 av. J.-C., une disette frappe Rome car les champs n'ont pas été cultivés pendant les troubles internes, et l'année suivante une grande quantité de blé arrive de Sicile. Plusieurs sénateurs, avec à leur tête Coriolan, blessé par son échec récent au consulat, pensent que c'est le moment de recouvrer certains droits perdus lors de l'insurrection du mont Sacré trois ans plus tôt, et s'opposent ainsi vivement aux tribuns de la plèbe nouvellement créésTite-Live, Histoire romaine, Livre II, 34Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, XVI-XVII. Ces derniers, profitant de la fureur de la plèbe affamée, citent Coriolan en justice, qui est condamné par contumace, et qui s'exile chez les VolsquesTite-Live, Histoire romaine, livre II, 35Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, XVIII-XXI.
vignette|droite|Nicolas Poussin, Coriolan supplié par les siens, Les Andelys, musée Nicolas-Poussin.
Plutarque raconte que Coriolan, méconnaissable sous un déguisement, s’introduit dans la demeure d’un riche aristocrate volsque nommé Attius Tullius Aufidius, et le supplie d’accorder son aide à un fugitif. Il est accueilli avec bienveillance car il est vu comme un allié potentiel contre les Romains, malgré le fait qu'il ait pris et saccagé quelques années plus tôt la ville de Corioles. Il conçoit un plan pour que les Volsques, démoralisés par leur récente défaite et décimés par la peste, reprennent les armes. Attius Tullius Aufidius se rend à Rome durant des Jeux et convainc les consuls de bannir les Volsques de la villeTite-Live, Histoire romaine, Livre II, 37Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, XXVI. Une fois fait, il discourt pour les encourager et se venger de l'affront subi, et rapidement tous les Volsques se soulèvent contre RomeTite-Live, Histoire romaine, Livre II, 38Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, XXVII. Aufidius est, avec l'exilé romain Coriolan, nommé général. Très vite, la colonie romaine de Circeii et plusieurs villes récemment conquises par les Romains tombent entre les mains de l'exilé. En 488 av. J.-C., Coriolan, haïssant Rome et surtout ses tribuns, refuse toute négociation et marche sur RomeTite-Live, Histoire romaine, Livre II, 39Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, XXVIII-XXXIIDion Cassius, Histoire romaine, Livre V, Frag. 38. Selon la légende, ni les ambassadeurs ni les prêtres envoyés par le Sénat ne parviennent à le fléchir. Seule l’intervention de sa mère, Veturia, accompagnée de son épouse, le convainc de lever le siège. Ce récit souligne symboliquement l’influence morale de la mère sur le fils, même adulte et chef militaire.
Il existe plusieurs versions sur sa mort, dont la plus répandue est qu'il fut mis en accusation par les Volsques et assassiné avant son procèsPlutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, XXXIX. Mais Tite-Live signale que Fabius donne une autre version : Coriolan aurait vécu jusqu'à un âge avancé et répétait à la fin de sa vie : « L'exil est bien plus pénible pour un vieillard »Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 40. Enfin, Cicéron affirme qu'il se serait suicidé, ne pouvant accepter l'impuissance causée par son isolementCicéron, Brutus, 42 ; Laelius de Amicitia, 42.
L'un des leitmotive de la geste de Coriolan est celui de la Fortuna dont il est le favori, et qui l'abandonne à la fin. Il s'oppose clairement au grand Camille, qui fut fidèlement protégé par (l'Aurore). Les deux personnages sont analysés chez DumézilGeorges Dumézil, Mythe et Épopée III, Paris, Gallimard, 1973, , passim pour Camille..
Similitudes avec Thémistocle et Alcibiade
Le récit de la rencontre de Coriolan et Aufidius est semblable à un épisode de la vie du Grec Thémistocle, qui est contemporain de Coriolan. Exilé d’Athènes, Thémistocle se rend chez le roi des Molosses Admète, son ennemi personnel. Thémistocle se présente déguisé chez Admète et demande, en tant que fugitif, son assistance, exactement comme Coriolan le fit chez Aufidius. Néanmoins Thémistocle ne se retourna pas contre Athènes comme Coriolan envers Rome.
Plutarque, quant à lui, dans ses Vies des hommes illustres, le compare avec Alcibiade. vignette|Joseph-Marie Vien, La famille de Coriolan venant le fléchir et le détourner d'assiéger Rome, ap. 1771.
Dans l'art
William Shakespeare, Coriolan, pièce de théâtre parue en 1623. adaptations cinématographiques de la pièce : voir l’article dédié Gaspard Abeille a écrit une tragédie du même nom en vers en 1676. Joseph-Marie Vien (1716-1809) : La famille de Coriolan venant le fléchir et le détourner d'assiéger Rome, après 1771, huile sur toile, Montpellier, musée Fabre. Jean De Landtsheer : Coriolan banni de Rome et Coriolan campé devant Rome, peintures exposées au Salon de Gand en 1817.. François-Xavier Dupré (1803-1871), Coriolan chez Tullus le roi des Volsques, 1927, huile sur toile, premier grand prix de Rome, Paris, École nationale supérieure des beaux-arts. Henry Singleton, Coriolan fléchi par les prières de sa mère Véturie, tableau interprété en gravure par Jean Thouvenin.vignette|Lo Scheggia, L'Histoire de Coriolan, 1460, détail. Beethoven (1770-1827), Coriolan, ouverture composée en 1804. Giovanni di ser Giovanni Guidi, dit Le Scheggia (Florence 1406-1486), L'histoire de Coriolan, vers 1465-1465, tempera et or sur bois, , collection Alana, Newark, DE, États-Unis. Suzanne Collins, dans Hunger Games : la ballade du serpent et de l'oiseau chanteur paru en 2020 donne le prénom de Coriolanus à Snow, le futur dictateur tyrannique de la république de Panem.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Tite-Live, Histoire romaine, Livre II sur le site de l'Université de Louvain ; Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan sur Wikisource ; Dion Cassius, Histoire romaine, Livre V sur le site de Philippe Remacle ; Sextus Aurelius Victor, Hommes illustres de la ville de Rome, XIX. C. Marcius Coriolan sur le site de Philippe Remacle. Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, livre VI, texte établi et traduit par J.-H. Sautel, Paris, Les Belles Lettres, 2016, CXVI p., puis 310 p. . Denys d'Halicarnasse, Les Antiquités romaines traduites en français par Bellanger, tome IV (livres VI-VII) et tome V (livres VIII-IX), Chaumont, Cousot, 1799. Yann Le Bohec, Les Grands Généraux de Rome... et les autres, Tallandier, 2022.
Articles connexes L’histoire dramatique de Coriolan a inspiré diverses œuvres artistiques :
Liens externes
Un héros « romain » ? : Marcius Coriolan. Un exemple d'intégration à la « ciuitas Romana » d'un citoyen latin en 493 a.C. ?
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