Le cancer de la thyroïde est un cancer qui touche l'un des différents types cellulaires composant la thyroïde. Bien qu'il soit l'un des principaux cancers endocriniens, 95 % des nodules thyroïdiens s’avèrent bénins.
Parmi les 5 % restants, qui sont des tumeurs malignes, il existe plusieurs types histologiques de cancers thyroïdiens : les carcinomes différenciés (90 %) : papillaires (les plus fréquents, avec plus de 80 % des cancers thyroïdiens déclarés) et vésiculaires (ou folliculaires de l'anglais follicular), qui se développent à partir de cellules qui conservent leur aspect et leurs fonctions d'origines (production d'hormones thyroïdiennes et fixation de l'iode), sont peu agressifs et d'évolution lente ; les carcinomes indifférenciés ou anaplasiques où les cellules ont perdu la plupart de ces fonctionnalités, sont très rares et surtout retrouvés chez des sujets âgés ; les carcinomes médullaires, rares, qui se développent à partir de cellules particulières de la thyroïde, les cellules parafolliculaires ou cellules C.
Ce cancer endocrinien ne compte pas parmi les plus fréquemment détectés en France, mais sa prévalence semble en forte augmentation, notamment en raison d'une amélioration du dépistageCatherine Hill, Françoise Doyon « Fréquence des cancers en France » Bulletin du Cancer 2003;90(3):207-13. (résumé), voir notamment tableau de la page 211. Il fait partie des cancers qui augmentent le plus, avec, par exemple en France, depuis les années 1970, plus de nouveaux cas par an, touchant principalement des femmes, mais tout en ayant une mortalité qui reste stable voire en légère diminution.
Grâce aux progrès des techniques diagnostiques, de l'endocrinologie et des techniques thérapeutiques comme la chirurgie, le pronostic de ce cancer est globalement excellent ; la survie relative à 5 ans des patients, tous stades et tous types histologiques confondus, s’élève à 94 %.
Historique
Épidémiologie
Incidence et mortalité Comme d'autres cancers dits « hormonaux » (cancer du sein, cancer du testicule, une partie des cancers du pancréas et du rein), c'est-à-dire touchant des glandes importantes du système endocrinienParkin DM, Whelan SL, Ferlay J. Cancer in Five Continents. Iarc Scientific Publications; (vol. ), Lyon 2002., c'est un des cancers qui sont en augmentation régulièreLaurence Chérié-Challine et les membres du comité de rédaction (2006) « Surveillance sanitaire en France en lien avec l'accident de Tchernobyl », Bilan actualisé sur les cancers thyroïdiens et études épidémiologiques en cours en 2006 ; . En 1985 (à la veille de l'accident de Tchernobyl), d'après les données du réseau FRANCIM, l'incidence, en France, était de l'ordre de 1,3 pour chez les hommes et de 3,4 chez les femmes. En 1975, l'incidence était de l'ordre de 0,5 pour chez l'homme et de 2,1 pour chez la femme. En 1995, l'incidence était respectivement de 3,1 et de 5,7 pour . Le nombre de cancers de la thyroïde est en augmentation. On compte désormais à 2000 nouveaux cas par anImpact Médecin Hebdo, n° 396, 3 février 1998.
Une analyse affinée selon le type de cancer montre que ce sont les cancers « papillaires » qui sont en forte hausse depuis les années 1980Colonna M, Belot A, Uhry Z (2010) Incidence des cancers de la thyroïde à partir des données des registres du cancer : description sur la période 1982-2006. In: Rogel A, Colonna M, Uhry Z, Lacour B, Schwartz C, Pascal L, et al. (2010) Évolution de l'incidence du cancer de la thyroïde en France métropolitaine – Bilan sur 25 ans. Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire ; 2010. p. 8-16. Disponible à partir de l'URL : http://www.invs.sante.fr (augmentation qui persiste dans les années 2010 chez les hommes et s'atténue chez les femmes depuis peu. Les statistiques montrent toutefois de fortes disparités géographiques pour le risques comme pour la tendance à la hausse. L'évolution de l'incidence et la mortalité divergent en raison du fait qu'il existe d'importantes différences de survie selon le type histologique de cancerJooste V, Grosclaude P, Remontet L, Launoy G, Baldi I, Molinié F, et al. (2013) Unbiased estimates of long-term net survival of solid cancers in France. Int J Cancer |132(10):2370-7. : les cancers papillaires sont en forte hausse en France et ont une incidence élevée, mais leur pronostic est très favorable, alors que les cancers anaplasiques sont plus rares et leur incidence tend en outre à diminuer cependant leur pronostic très défavorable marque encore les statistiques de mortalitéColonna M, Bossard N, Guizard AV, Remontet L and the Francim network (2010). Descriptive epidemiology of thyroid cancer in France: incidence, mortality and survival. Ann Endocrinol | 71(2):95-101..
Son incidence augmente dans de nombreux pays depuis les années 1960 et pour des raisons mal comprises, qui pourraient éventuellement partiellement au moins impliquer les retombées des essais nucléaires atmosphériques (qui ont atteint leur maximum en 1961) ; ainsi en France, selon les registres du cancer et données disponibles analysées par l'InVS en 2006, . Une part de cette augmentation est due à une meilleure détection et à des ablations ou opérations plus fréquentes ou précoces sur les nodules thyroïdiensGrosclaude P, Chérié-Challine L. Increased incidence in thyroid carcinoma in France : a true epidemic or nodulemanagement effects ? Report of the French thyroid cancer committee. Thyroid 2004;14:1056-60..
Une sur-incidence a été constatée ; tout particulièrement (80 % des cas) chez ceux qui étaient des enfants âgés de 0 à 4 ans au moment de l'accident dans les pays les plus exposés Leenhardt L, Aurengo A. « Post Tchernobyl thyroid carcinoma in children » Baillière's Clin Endocrinol Metab. 2000;14:667-77., dans les zones les plus touchées par les retombées de Tchernobyl (en Biélorussie notamment), mais pas dans les zones faiblement touchées ni en France dans l'Est du pays d'après les données disponibles en 2000Remontet L, Buemi A, Velten M, Jougla E, Estève J. (2002), Évolution de l'incidence et de la mortalité par cancer en France de 1978 à 2000. Rapport Francim-HCL-Inserm-InVS, éditions InVS, Paris et 2006 dans le cadre du dispositif de surveillance épidémiologique mis en place en France pour évaluer les conséquences sanitaires de l'accident de Tchernobyl en FranceVerger P, Chérié-Challine L. Évaluation des conséquences sanitaires de l'accident de Tchernobyl en France : dispositif de surveillance épidémiologique, état des connaissances, évaluation des risques et perspectives. Rapport IPSN-InVS. Réf. IPSN/OO-15a, éditions InVS, Paris, décembre 2000 et dans le cadre de la surveillance générale de l'incidence des « cancers thyroïdiens »Leenhardt L, Grosclaude P, Chérié-Challine L. Mise en place d'un dispositif de surveillance épidémiologique nationale des cancers thyroïdiens. Rapport intermédiaire, 2001, et final, 2003, éditions InVS, Paris et de leur mortalité induiteRemontet L, Buemi A, Velten M, Jougla E, Estève J. Évolution de l'incidence et de la mortalité par cancer en France de 1978 à 2000. Rapport Francim-HCL-Inserm-InVS, éditions InVS, Paris, 2002. En 1999, 163 hommes et 298 femmes en sont décédées en France alors que le nombre de nouveaux cas annuellement détectés était de 500 pour les hommes et pour les femmes en l'an 2000.
Les données épidémiologiques et statistiques varient selon les pays. Mais, à titre d'exemple, le Canada a estimé qu'en 2022, Canadiens auraient dans l'année un diagnostic de cancer de la thyroïde et que 250 en mourront.. On constate un important sex ratio : hommes recevront un diagnostic de cancer de la thyroïde et que 120 mourront de la maladie ; femmes recevront un diagnostic de cancer de la thyroïde et que 130 mourront de la maladie.
Facteurs de risques Les facteurs de risques sont : exposition à des rayonnements ionisants, principalement pendant l’enfance, externe ou interne (particules inhalées ou ingérées) ; carence en iode ; être une femme ; les femmes sont plus fréquemment touchées que les hommes, sauf en Corse depuis quelques décennies, pour des raisons à ce jour non expliquées.
D'autres facteurs, ainsi que l'effet de leurs interactions, sont suspectés. Ils sont d'ordre nutritionnels, reproductifs, menstruels, hormonaux et anthropométriques. Dans une moindre mesure sont évoqués les polluants chimiques (pesticides, etc.), un contexte d'endémie goitreuse ainsi qu'une prédisposition génétique.
L’irradiation de la thyroïde augmente le risque de cancer de la thyroïde en particulier chez l’enfant et l’adolescent : le facteur d’augmentation est de 80 % pour une dose de , les filles sont deux à trois fois plus sensibles que les garçons. Ce risque devient faible vers l’âge adulte et disparaît vers 35 anshttp://www.assemblee-nationale.net/legislatures/11/pdf/rap-oecst/i3571.pdf.
Les retombées des essais nucléaires atmosphériques, y compris ceux qui furent menés dans le Pacifique (campagnes commencées avant la catastrophe de Tchernobyl), sont reconnues comme une des causes de l'augmentation observée de ce type de cancer. En 2023, une étude annonce que ces essais en Polynésie sont responsable de 2,3% de cette forme de cancer..
Le passage du nuage radioactif de Tchernobyl et l'augmentation du nombre de cancers de la thyroïde en France métropolitaine ont fait l'objet d'études qui ne semblent pas établir de lien direct de cause à effet.. Une étude de l'Institut de veille sanitaire publiée en 2001 n'excluait pas la possibilité d’un faible excès de cancers de la thyroïde en France lié à cet accident. Le bilan sur 25 ans de l'évolution de l’incidence du cancer de la thyroïde en France métropolitaine publié en 2011 utilise des données fournies par l'IRSN et exclut un impact important des retombées de Tchernobyl, .
Le cancer médullaire de la thyroïde, forme rare, peut entrer dans le cadre d'une néoplasie endocrinienne multiple de type 2, familialeWells SA Jr, Pacini F, Robinson BG, Santoro M, Multiple endocrine neoplasia type 2 and familial medullary thyroid carcinoma: an update, J Clin Endocrinol Metab, 2013;98:3149-3164.
Anatomo-pathologie
Quatre types de cancer thyroïdien sont décrits : le cancer papillaire est de loin le plus fréquent, suivi par le cancer folliculaire. Les cancers anaplasiques et médullaires sont les plus rares.
Diagnostic Symptômes La plupart des cancers thyroïdiens sont asymptomatiques lors de leur découverteSajisevi M, Caulley L, Eskander A et al. Evaluating the rising incidence of thyroid cancer and thyroid nodule detection modes: a multinational, multi-institutional analysis, JAMA Otolaryngol Head Neck Surg, 2022;148:811-818. La présence de symptômes peut révéler une forme plus avancée.
Ils sont dépistés sur une apparition progressive d'un nodule (masse) de la région médiane du cou, d'une adénopathie latéro-cervicale ou par la modification récente d'un goitre thyroïdien existant et ancien.
Ils peuvent se manifester par une otalgie réflexe persistante (sans cause au niveau de l'oreille).
Très rarement des troubles hormonaux révèlent le cancer : bouffées vaso-motrices cervico-faciale, diarrhée motrice, hypertension artérielle instable se retrouvent dans le cadre d'un cancer médullaire de la thyroïde, hypothyroïdie ou hyperthyroïdie.
Il peut exister une modification de la voix (dysphonie) en rapport avec une paralysie de la corde vocale (compression du nerf récurrent).
Examens complémentaires L'échographie thyroïdienne permet de suspecter un cancer, surtout si le nodule a un diamètre supérieur à , est plein et comporte des microcalcifications Smith-Bindman R, Lebda P, Feldstein VA. « Risk of thyroid cancer based on thyroid ultrasound imaging characteristics, results of a population-based study » JAMA Intern Med. 2013;173:1788-95.. Entre 7 et 15 % des nodules dépistés s'avèrent être cancéreuxBoucai L, Zafereo M, Cabanillas MEn Thyroid Cancer: A Review, JAMA, 2024;331:425–435.