vignette| Le parvis de l'université Columbia, une université membre de la Ivy League à New York, fondée avant la création des États-Unis d'Amérique. L'histoire de l'université Columbia retrace la fondation, l'évolution et le développement de l'université Columbia, créée en à New York sous le nom de King's College, par charte royale du roi George II. Il s'agit de la plus vieille université de l'État de New York, et la cinquième plus ancienne des États-Unis.
Fondation (1704-1754)
Genèse de l'université droite|vignette| Le révérend Samuel Johnson, premier président du King's College Si New York passe sous le contrôle de l'Angleterre en 1674, la question de la fondation d'une université au sein de la ville n'est soulevée qu'au début du . Ce retard est souvent attribué au grand éparpillement des langues et des religions pratiquées dans la province de New York, qui rendaient difficile la fondation d'une université. Durant la période coloniale, les universités étaient considérés comme des institutions religieuses en même temps que des lieux de réflexion scientifique et littéraire. L'attente entre la fondation de la province de New York et l'ouverture de sa première université contraste avec le cas de l'université Harvard, créée six ans seulement après la fondation de Boston, dans le Massachusetts, une colonie peuplée de puritaine et qui était de ce fait plus homogène.
Les discussions au sujet de la fondation d'une université dans la province de New York commencent véritablement en 1704, lorsque le colonel Lewis Morris écrit à la Society for the Propagation of the Gospel in Foreign Parts, la branche missionnaire de l'Église d'Angleterre, pour la persuader de créer une université à New York, considérant la ville comme un endroit idéal pour créer une université. Morris avait initialement imaginé que l'université soit construite sur un terrain défini, qui avait été dévolu à la Trinity Church de New York par la reine Anne et Edward Hyde en 1705. Sa proposition de créer une université n'aboutit que près de cinquante ans plus tard. La fondation de Harvard en 1636, et de Yale en 1701, n'avait pas incité les marchands de New York à créer une institution concurrente. L'élément déclencheur, toutefois, est l'annonce au cours de l'été 1745 que le New Jersey, qui avait obtenu seulement sept ans auparavant un gouvernement distinct de celui de New York (et était toujours considéré par les New-Yorkais comme faisant partie de son bassin culturel), était sur le point de fonder le College of New Jersey, aujourd'hui université de Princeton.
Les années précédant la fondation de l'école sont marquées par des débats et des controverses, divers groupes s'affrontant pour déterminer son emplacement et son affiliation religieuse. Les négociations sont remportées par ceux qui souhaitaient l'implantation de l'université à New York, tandis que l'Église d'Angleterre a eu gain de cause sur la question de l'affiliation religieuse de l'établissement. Cependant, tous les groupes constitutifs conviennent alors de s'engager à respecter les principes de liberté religieuse lors de l'établissement des politiques de l'université.
Fondation En 1746, une loi est adoptée par l'assemblée générale de New York pour lever , grâce à une loterie publique, pour fonder une nouvelle université, quand bien même l'université n'avait ni dénomination, ni emplacement pour son campus. En 1751, l'assemblée nomme une commission composée de dix résidents de la ville de New York, dont sept étaient membres de l'Église anglicane, pour superviser les fonds accumulés par la loterie de l'État et y permettre la fondation d'une université. Des fonds sont également apportés par certaines des personnes les plus riches de l’époque, notamment de nombreux propriétaires d’esclaves et marchands d’esclaves. En mars de l'année suivante, les sacristains de l'église Trinity offrent à la commission les six acres les plus au nord de son terrain pour y installer l'université. Cependant, les protestations considérables de William Livingston et d'autres membres de la commission, qui estimaient que l'université ne devait pas être affilié à une religion particulière, ont retardé davantage la fondation de l'établissement. Malgré les objections soulevées par Livingston et quelques autres, la commission vote en faveur de l'acceptation des terres de la Trinity Church, acceptant la condition qui était que l'université soit affiliée à l'Église d'Angleterre. La commission élit comme premier président Samuel Johnson, un savant éminent qui avait obtenu son doctorat à l'université d'Oxford, et qui avait déjà été sollicité pour diriger le College of Philadelphia (aujourd'hui université de Pennsylvanie).
Premières années (1754-1784) droite|vignette| King's College Hall, 1770
Premières années et présidences de Samuel Johnson et Myles Cooper Les premiers cours se tiennent en . La raison de cette inauguration tardive est liée à la difficulté que l'université a eue à recruter un corps enseignant adéquat. Johnson était le seul enseignant du premier cours dispensé à l'université, où seuls huit étudiants étaient inscrits. L'enseignement se tenait dans un nouveau bâtiment, destiné à l'enseignement, attenant à la Trinity Church, situé au niveau de ce qui est aujourd'hui le sud de Broadway à Manhattan. L'université est fondée le sous le nom de King's College grâce à une charte royale du roi George II ; elle est ainsi le plus ancien établissement d'enseignement supérieur de l'État de New York et le cinquième plus ancien des États-Unis. Le de l'année suivante, les gouverneurs du King's College adoptent un design préparé par Johnson qui devient le sceau officiel du College, et qui continue d'être celui du Columbia College avec le changement de nom.
En 1760, le King's College déménage pour occuper son propre bâtiment donnant su Park Place, près de l'actuel hôtel de ville. En 1767, l'université crée la première faculté de médecine américaine à décerner le diplôme de docteur en médecine.
La fondation de la nouvelle université à New York est source de controverses, car il s'agissait d'une institution dominée par l'Église d'Angleterre, elle-même soumise à l'influence de fonctionnaires de la Couronne britannique, siégeant au sein du conseil d'administration. On y trouvait par exemple l'archevêque de Cantorbéry et le secrétaire d'État aux Colonies. Les craintes concernant un accroissement de l'influence de l'Église d'Angleterre et de la Couronne en Amérique par le biais du King's College étaient d'autant plus forte que l'université était très riche, dépassant, de loin, toutes les universités coloniales de l'époque. gauche|vignette| Alexander Hamilton fait partie d'une des premières promotions de l'université. En 1763, le président Johnson est remplacé par Myles Cooper, diplômé du Queen's College de l'université d'Oxford, et fervent conservateur, membre du parti Tory. La controverse politique domine les débats au sein de l'université, au seuil de la Révolution américaine ; le principal adversaire de Cooper est alors un étudiant de la promotion de 1777, Alexander Hamilton. Hamilton se retrouve un jour à protéger le président lorsqu'une foule d'opposants à Cooper s'introduit dans l'université pour le passer à tabac ; l'étudiant retient l'attention de la foule avec un long discours, donnant au président de l'université suffisamment de temps pour s'échapper. L'année suivante, la guerre d'indépendance éclate et l'université est transformée en hôpital militaire et en caserne.
L'université pendant la guerre d'Indépendance La Révolution américaine et la guerre ont des conséquences néfastes sur l'université. Elle doit suspendre l'enseignement pendant huit ans à partir de 1776 avec l'arrivée de l'armée continentale au printemps de la même année. La suspension se poursuit poursuivie pendant l'occupation militaire de New York par les troupes britanniques jusqu'à leur départ en 1783. La bibliothèque de l'université est pillée et son bâtiment est réquisitionné pour être utilisé comme hôpital militaire par les forces américaines puis britanniques Bien que l'université ait été considérée comme un bastion du sentiment conservateur, il produit également de nombreux pères fondateurs et dirigeants clés de la génération révolutionnaire – des individus jouent des années plus tard un rôle déterminant dans la renaissance de l'université. Parmi les premiers étudiants et administrateurs du King's College figuraient cinq « pères fondateurs » des États-Unis : John Jay, qui négocie le traité de Paris entre les États-Unis et le Royaume Uni, mettant fin à la guerre d'indépendance, et qui devient plus tard le premier juge en chef des États-Unis ; Alexander Hamilton, assistant militaire du général George Washington, auteur de la plupart des Federalist Papers et premier secrétaire au Trésor ; Gouverneur Morris, auteur du projet final de la Constitution des États-Unis ; Robert R. Livingston, membre du Comité des Cinq, qui a rédigé la Déclaration d'indépendance ; et Egbert Benson qui a représenté New York au Congrès continental et à la Convention d'Annapolis, et qui a ratifié la Constitution des États-Unis.
Après la guerre d'Indépendance (1784-1800)
Le Columbia College sous les Régents (1784-1787) droite|vignette| DeWitt Clinton, l'un des premiers étudiants inscrits au Columbia College Le King's College est suspendu huit ans à partir du début de la guerre. De nombreux membres du conseil d'administration de l'université s'absentent pendant la révolution ou sont tués. L'université se tourne vers l'État de New York pour qu'il l'aide à retrouver sa vitalité, en promettant d'apporter à la charte de l'école tous les changements que l'État pourrait exiger. Le parlement accepte d'aider l'université et, le , vote une « loi accordant certains privilèges au College appelé jusqu'ici King's College ». La loi créé un Conseil des régents pour superviser le retour du King's College, leur accordant le pouvoir d'embaucher un président pour l'université et de nommer des professeurs, mais interdisant à l'université de faire administrer un « serment religieux » à ses professeurs. Enfin, afin de démontrer son soutien à la jeune République, le parlement stipulait que « l'Université de la ville de New York appelé jusqu'ici King's College sera désormais appelée et connu à jamais sous le nom de Columbia College ».
Le , les régents tiennent leur première réunion, chargeant le trésorier Brockholst Livingston et le secrétaire Robert Harpur (qui était professeur de mathématiques et de philosophie naturelle à King's College) de récupérer les livres, registres et tout autre bien de l'université ayant été dispersé pendant la guerre. Ils nomment également un comité pour superviser les réparations du bâtiment de l'établissement. En outre, les régents agissent rapidement pour reconstruire la faculté enseignante de Columbia, nommant notamment William Cochran enseignant de grec ancien et de latin. Au cours de l'été 1784, après que le parlement a adopté la loi rétablissant l'université, le major général James Clinton, héros de la guerre révolutionnaire, emmène son fils DeWitt Clinton à New York pour l'inscrire comme étudiant au College of New Jersey. Lorsque James Duane, maire de New York et membre des Régents, apprend que le jeune Clinton allait quitter l'État pour poursuivre ses études, il supplie Cochran de l'admettre à l'université. Cochran accepte, en partie parce que l'oncle de DeWitt, George Clinton, le gouverneur de New York, avait récemment été élu chancelier de l'université par les régents. DeWitt Clinton devient ainsi l'un des neuf étudiants admis à Columbia en 1784.