Pierre Antoine, comte Dupont de l'Étang, né le à Chabanais (Limousin) et mort le à Paris, est un général et homme politique français de la Révolution et de l’Empire, puis ministre et parlementaire sous la Restauration. Il prend le nom de de l'Étang pour se distinguer de ses frères, le général-comte Dupont-Chaumont, et le baron Dupont de Poursat, évêque de Coutances.

Biographie Ancien Régime Il embrasse très jeune la carrière des armes, puisqu'à 19 ans en 1784, il sert déjà comme sous-lieutenant dans la légion française du comte de Maillebois, servant dans les Provinces-Unies pour soutenir le parti démocratique contre la Prusse. Lorsque cette légion est licenciée en 1787, il entre comme lieutenant dans un régiment d'artillerie toujours au service des Provinces-Unies de 1787 à 1790.

Guerres de la Révolution française Il est alors rappelé en France, où un décret royal vient d'organiser l'armée française sur le pied de guerre. Il est nommé par Rochambeau, sous-lieutenant au Régiment d'Infanterie le , et confirmé dans ce grade le . Le suivant, il est désigné comme aide de camp du général Theobald de Dillon, qui commande à Lille sous Dumouriez, puis est nommé capitaine au d'infanterie le .

Armée du Nord Le , il se trouve à l’affaire du Pas-de-Baisieux, où la retraite ordonnée par Dumouriez est changée en déroute par la panique des soldats. Ceux-ci interprètent ce mouvement rétrograde désordonné comme une trahison orchestrée par leurs chefs, et ils se retournent contre leurs officiers. Le général Theobald de Dillon est tué d’un coup de pistolet dans la tête, tandis que Dupont de l'Étang est blessé au front en tentant de le sauver, et est laissé pour mort dans un fossé. Son frère Pierre Antoine Dupont-Chaumont est également blessé d'un coup de pistolet au bras. Il gagne Valenciennes et devient aide de camp du général Arthur de Dillon, frère de Théobald. Le , il reçoit des mains de Louis XVI la croix de chevalier de Saint-Louis pour son attitude courageuse lors de l'affaire du Pas-de-Baisieux. Il a alors 27 ans et il lui faut une dispense d'âge, rendue par l'Assemblée nationale, pour qu'il puisse recevoir cette décoration. C'est la dernière accordée des mains de Louis XVI.

Nommé provisoirement par Dumouriez adjudant-général lieutenant-colonel le , il combat vaillamment deux jours plus tard à la bataille de Valmy. Il se distingue au combat de l'Argonne et au passage des Islettes en Champagne. Il est confirmé dans son grade par le conseil provisoire exécutif le , puis nommé chef d'état-major des troupes actives de la Belgique, appelées parfois armée de Belgique.

Le , il est nommé provisoirement adjudant-général chef de brigade par le général Dampierre, qui vient de remplacer Dumouriez. Cette nomination est confirmée le suivant par le Conseil provisoire exécutif. Il sert au camp de la Madeleine successivement comme chef d'état-major du général La Marlière le , et du général Béru le suivant. Il est ensuite placé sous les ordres de Houchard, qui vient de succéder à Custine le et nommé provisoirement général de brigade par les représentants du peuple près l'armée du Nord le . C'est d'après le conseil de Dupont que Houchard court à marches forcées occuper le camp de Cassel, contrariant les projets de Frederick, duc d'York et Albany, qui méditait de renforcer le siège de Dunkerque, et qui attendait à Furnes la flottille et le train de siège embarqué sur le canal. Il sert à la prise de Tourcoing le , contribue puissamment à la bataille d'Hondschoote qui permet la levée du siège de Dunkerque, participe à la prise de Wervik, et, le , à celle de Menin où il fait mettre bas les armes à un bataillon de grenadiers commandé par le prince de Hohenlohe. Ayant été signalé comme royaliste, il est suspendu de ses fonctions le , mais le 28 il y est rétabli pendant par les représentants du peuple.

Il se retire alors sur ses terres, à Chabanais avec son frère, et est malgré tout confirmé général de brigade le par le Directoire exécutif. Carnot, qui ne l'a pas oublié, le rappelle au Comité de salut public, et le nomme directeur du cabinet topographique et historique militaire du Directoire. Élevé au grade de général de division le , on lui donne la direction du Dépôt de la Guerre. Le Coup d'État du 18 fructidor an V () lui fait perdre un moment ses fonctions, mais il ne tarde pas à être réintégré.

Campagne d'Italie

Lors du Coup d'État du 18 brumaire (), il se trouve parmi les généraux dévoués à la fortune naissante de Bonaparte qui le nomme le chef d'état-major du général Berthier à l'.

Le premier consul destine cette armée à la conquête de l'Italie où le général Dupont se distingue : il entre le premier dans la ville de Bard et se signale à l'attaque du fort les 21 et . Après avoir pris part à la bataille de Marengo le , il est chargé le lendemain de négocier avec le général autrichien von Melas la capitulation d'Alexandrie, qui livre aux Français douze places fortes et l'Italie jusqu'au Mincio, c'est-à-dire tout ce qu'ils ont perdu depuis quinze mois à l'exception de Mantoue. Le général Dupont reçoit alors le titre de ministre extraordinaire provisoire du gouvernement français en Piémont le , et est chargé de réorganiser la République cisalpine.

Remplacé le par Jourdan, il devient lieutenant du général en chef, prend le commandement de l'aile droite de l'armée d'Italie le , et est chargé par Brune le d'envahir la Toscane. Le , il entre à Florence où il établit un gouvernement provisoire, et le il est à Livourne. Sa courte administration donne lieu à des accusations qui ont pesé sur la plupart des généraux français en Italie, mais en ce qui concerne Dupont, rien n'est prouvé. Le premier consul est retourné en France, laissant à ses lieutenants le soin d'achever et d'organiser ses conquêtes.

Le général autrichien Bellegarde occupe encore la ligne du Mincio avec , appuyé d'un côté au lac de Garde et de l'autre à Mantoue. Le général Macdonald a reçu l'ordre de franchir les Alpes avec l'armée des Grisons, tandis que le général Brune doit remonter au nord se joindre à Macdonald, puis se porter tous deux aux sources du Mincio et de l'Adige pour faire tomber toute la ligne défensive des Autrichiens qui s'étendait des Alpes à l'Adriatique. Dupont quitte la Toscane le pour rejoindre le gros de l'armée. Le , Macdonald passe le Splügen et arrive devant le Tyrol italien. Il reste à Brune de forcer le passage du Mincio, et le , il enlève les positions autrichiennes en avant de ce fleuve. Le général Delmas commande l'avant-garde, Moncey la gauche, Michaud la réserve, tandis que Dupont a le commandement de la droite. Le Mincio, grossi par les pluies, n'est pas guéable, et les ponts de Borghetto et de Valeggio sont solidement retranchés. Brune résolut de tenter le passage en deux points : à Pozzolo et à Monzambano, ce dernier point devant être choisi pour l'attaque sérieuse. La grande attaque de Monzambano et la diversion de Pozzolo sont indiquées pour la nuit du 24 au .

Le 25 au matin, Dupont, chargé de la diversion, couronne d'artillerie les hauteurs du moulin de la Volta, jette un pont, et, favorisé par le brouillard, porte de l'autre côté du fleuve la division Watrin. Cependant, à Monzambano, l'attaque a été remise et Dupont se retrouve seul sur la rive gauche contre toute l'armée autrichienne. Bellegarde dirige des masses serrées contre le corps qui a franchi le Mincio. Dupont a fait prévenir Suchet qui observait, entre Pozzolo et Monzambano, le de Borghetto. Suchet accourt, quant à Brune, il se contente de remplacer devant Borghetto le corps de Suchet par la division Boudet. Dupont, s'inquiétant peu d'être soutenu, s'est engagé, a enlevé Pozzolo et établi une nouvelle division sur la rive gauche, la division Monnier. Sous la protection de ses batteries il soutient une attaque formidable, mais le nombre finit par l'emporter : Monnier est chassé de Pozzolo et Dupont va être rejeté dans le fleuve, quand Suchet prend sur lui de détacher la brigade Clauzel et une partie de la division Gazan. Suchet appuie le passage de ces renforts par un feu d'artillerie meurtrier depuis la rive droite. Cela permet de sauver et de désengager les troupes du général Dupont. Dupont reprend l'offensive, Pozzolo est disputé avec acharnement, pris et repris six fois. Le combat se prolonge tout le jour et tombent des deux côtés. Le soir venu Dupont reste maître d'un point de la rive gauche contre un ennemi trois fois supérieur en nombre, et le lendemain, Brune se décide à passer à Monzambano, mais l'honneur du passage et de la défaite des Autrichiens revient à Dupont. Suchet fait avec lui prisonniers sur le général Bellegarde.

Le , il quitte l'armée d'Italie, et il commande successivement la militaire à Mézières le , la du camp de Compiègne sous Ney le , et la du camp de Montreuil le . Le , il est nommé grand officier de la Légion d'honneur. 350px|thumb|right|L'hôtel de Beauvau, résidence parisienne du général Dupont de l'Étang. Il achète, l'année suivante, le château de Rochebrune, et, en 1807, fait de l'hôtel de Beauvau, rue du Faubourg-Saint-Honoré, sa résidence parisienne.

Grande Armée

Quand la Grande Armée est formée, Dupont obtient le commandement de la du sous Ney, et il passe le Rhin à Lauterbourg le . Le général autrichien Mack a pris position à Ulm, sur le haut-Danube, attendant les Français par la Forêt-Noire, alors que ceux-ci passent le Danube à Donauworth, tournant ainsi les Autrichiens et les séparant des Russes campés près de Vienne sous le commandement de Koutouzov. Pendant que Napoléon ferme ainsi aux Autrichiens la retraite du Tyrol et se prépare à livrer une grande bataille sur l'Iller, il confie à Dupont la garde de la rive gauche du Danube. Cette position, apparemment sans importance, peut se révéler dangereuse, si le général Mack songe à s'échapper d'Ulm de ce côté, en écrasant la faible division de de Dupont. Celui-ci, en s'approchant d'Ulm, se trouve tout à coup en présence de Autrichiens établis sur la colline de Michaelsberg et au village de Haslach. Dupont ne dispose que de trois régiments d'infanterie, deux de cavalerie et quelques pièces de canon. Le général français comprend qu'une retraite risquerait de révéler sa faiblesse aux Autrichiens, qui ne manqueraient pas alors de le culbuter et de s'échapper ainsi. Il choisit donc au contraire d'attaquer pour faire croire à ses adversaires qu'il est à l'avant-garde d'un corps puissant. Avec ses , Dupont engage le combat avec Autrichiens commandés par l'archiduc Ferdinand d'Autriche. Les Français rencontrent d'abord du succès et font prisonniers, mais l'archiduc, renonçant à une attaque de front, s'emploie à contourner les deux ailes de la petite armée. Sur la droite de Dupont, le petit village de Jungingen est pris et repris cinq fois. Après cinq heures d'affrontement, Dupont est contraint de se retirer sur Albeck, emmenant avec lui prisonniers.

Cette affaire arrête les Autrichiens qui s'échappent finalement par la Bohême. Le , Napoléon, arrivant à Ulm, reconnaît la faute commise en laissant la division Dupont isolée sur la rive gauche du Danube. Par ses ordres, le maréchal Ney établit les communications entre les deux rives en remportant le la bataille d'Elchingen, victoire à laquelle Dupont contribue en empêchant le retour vers Ulm du corps de Werneck, contribuant à enfermer définitivement le corps de Mack dans Ulm.