André Du Chesne, dit Duchesne, appelé en latin Andreas Chesneus, Andreas Chesnaeus, ou Andreas Querneus, voire Andreas Quercetanus, né le à L'Île-Bouchard, et mort le à Paris, est un géographe et un historiographe français qui a été vu comme le père de l'histoireJ. Lelong, « André du Chesne », in Bibliothèque historique de la France, , Charles Osmont, Paris, 1719,rééd. « André du Chesne (et Martin Bousquet) », in Bibliothèque historique de la France, , suppl. VIII, , Jean-Thomas Herissant impr., Paris, 1771. moderne.

Contemporain des savants du cercle de Mersenne, lui-même génie précoce et prolifique mais, de son propre aveu, brouillon, il a inauguréJ. L. Chalmel, Histoire de Touraine, , 150-155, Tours, 1841., en créant un réseauR. Poupardin, « Introduction », in R. Poupardin,Catalogue des manuscrits des collections Duchesne et Bréquigny, , Ernest Leroux, Paris, 1905. personnel de bibliothécaires et archivistes, une méthode basée sur la collecte et l'exploitation systématique des documents qui, faisant fi de la tradition et des légendesJ. de Toulouze, intr. Ch. Samaran, « Sur la mort d'André Du Chesne », ca. 1645, in Bibliothèque de l'école des chartes, , 59-60, Paris, 1979., préfigure l'école méthodique.

Biographie Extraction et formation (1584-1604) André du Chesne naît près de Chinon à L'Île-Bouchard, place saumuroise que gouvernait son arrière-grand-père paternelJ.-X. Carré de Busserolle, Mémoires de la Société archéologique de Touraine, , , Société archéologique de Touraine, Tours, 1866. à la frontière de la Touraine. Il est le dernier des quatre fils de Tanneguy Gabriel Duchesne, écuyer et seigneur de la Sansonnière, qui est un modeste châteauDescriptif du château de la Sansonnière dans l'Inventaire général du patrimoine culturel des Monuments Historiques. du Baugeois situé au sud d'AuverseVestiges du château da la Sansonnière sur Mapaworld., et de Jeanne de Baudry, une tourangelleChâteau de Baudry sur WikiMapia.. Sa lignée compte plusieurs capitaines et remonte à un chevalier mentionné dans un acte de 1260, Baudouin du Chesne. La famille porte d'argent, à deux écureuils passants, de gueules, ombrés, le second contourné. L'aîné, Louis, étant destiné à hériter de la seigneurie de la Sansonnière, le puiné, Pierre, fait une carrière militaire qui se terminera prématurément au grade de capitaine de compagnie d'infanterie sur un champ de bataille des Pays-Bas, durant la guerre de Quatre-Vingts Ans. Mathurin deviendra bourgeois de Paris.

La petite enfance d'André, le benjamin, se déroule durant le dernier épisode de la Guerre de religion qui conduit en 1594 Henri de Navarre sur le trône de France. À l'âge de raison, il est envoyé au pensionnat bénédictinA. L. Lerosey, Loudun, histoire civile et religieuse, Blanchard libr., Loudun, 1908, rééd. PSR éd., La Roche-Rigault, 1994, . de Loudun, ville dont la population restée réformée a souffert des pillages vingt-cinq ans plus tôt durant la croisade contre les huguenotsJ. Robuchon, in Paysages et monuments du Poitou, Société des Imprimeries réunies, Paris, 1884.. Elle compte plusieurs maîtres particuliers et de nombreux lettrés libertins marqués par l'éthique de tolérance, tels le poète Charles Rogier et son frère, le médecin Daniel Rogier, qui, parvenu à la fin de son âge, en 1632, expertisera les possédées de Loudun et démontrera, finalement en vain, l'absence de surnaturel dans cette affaireJ. F. Dreux du Radier, Histoire littéraire du Poitou, , , Robin & cie., Niort, 1849..

Sa rhétorique terminée précocement, le jeune Duchesne intègre à Paris le collège jésuitique de Boncourt, où il reçoit l'enseignement de l'humaniste Jules-César Boulenger. De bonne heure il s'est consacré à la recherche historique et géographique et son premier travail, publié dans sa dix-septième année, laisse déjà voir une grande érudition. Egregiarum seu selectarum lectionum et antiquitatum liber est une compilation dédiée à son maître relative aux usages de l'Antiquité romaine. Le bibliographe ne se défera plus jamais de cette méthode qui est d'accumuler les documents et s'en tenir aux textes comme à des preuves.

Parallèlement à ses études, il se livre à l'élaboration d'ouvrages susceptibles de piquer la curiosité de l'honnête homme, ce qui est une manière de s'introduire dans une société mondaine et de fuir l'exemple de ses maîtres et la carrière ecclésiastique que lui assignent sa position dans la phratrie et ses dispositions intellectuelles.

Famille Son fils, François Duchesne, fut également un historien.

Les débuts d'un ambitieux (1605-1614) En 1605, pour séduire le public féminin, André du Chesne publie un « cabinet des dames » qui, sous le masque d'une invitation à l'élévation mystique de l'âme, tend un miroir du corps féminin et de ses atours à un esprit qui se retrouvera dans l'Homme de Cour de Balthazar Gracian. Figures mystiques, dissertation ornée de conseils esthétiques sur ce qu'est la beauté, l'élégance, le bon goût, est dédié à Martin Ruzé, un vieux compagnon tourangeau du galant Henri IV qui s'est illustré par les armes contre la très moralisatrice Ligue. L'auteur épouse la véritable destinataire, Susanne Soudan, deux ans plus tard, en 1608. Il a vingt quatre ans et publie successivement plusieurs ouvrages d'histoires, qui, mêlant généalogies et curiosités, sont susceptibles de complaire à quelques grands personnages.

Peu après l'assassinat d'Henri IV et l'avènement du jeune Louis XIII, le tourangeau François d'Amboise, maître des requêtes et conseiller mis à la retraite par la très catholique Régente, le convainc de le suivre à l'abbaye du Paraclet, en Champagne, où l'abbesse Marie de La Rochefoucauld confie au jeune et brillant latiniste le soin de publier pour la première fois les manuscrits d'Abailard, en particulier la correspondance scabreuse échangée avec Héloïse. C'est toutefois en latin, pour un public choisi, que le texte paraît en 1615 avec une préface apologétique signée François d'AmboiseF. d'Amboise, Apologetica praefatio pro Petro Abaelardo, Nicolas Buon impr., Paris, 1616,in J.P. Migne, Patrologia Latina, vol. CLXXVIII, , Le Petit Montrouge éd., Paris, 1855., qui fait scandale parce qu'elle fait l'éloge d'un philosophe considéré alors comme hérétique. Abélard, avec un demi millénaire d'avance, s'y révèle libre penseur. Dès la seconde édition, l'ouvrage est mis à l'Index.

Une méthode nouvelle (1615-1616) Entretemps, en 1613 ou 1614, André du Chesne a accédé à la charge de géographe du Roi, c'est-à-dire qu'il est un directeur de recherche employé par l'état. Cette position lui permet d'entrer en contact directement, parfois non sans froisser la susceptibilité de quelques sous-bibliothécaires, avec les archivistes des bibliothèques monastiques ou capitulaires. En quelques années, il tissera un réseau de correspondants.

C'est ainsi par exemple qu'il se fera prêter des pièces par le chanoine Nicolas Camusat du diocèse de Troyes dans lequel se trouve le Paraclet, par le doyen de la cour des aides de Rouen Jean Bigot, qui est un riche bibliophile intéressé par ses conseilsL. Delisle, Histoire générale de Paris, "Le Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque Impériale", VI, 12, , Conseil municipal, Paris, 1868., par le jeune jésuite Jean Bolland qui correspond avec un ami de ce même Bigot et qui reprendra à Anvers quinze ans plus tard le projet encyclopédique de Héribert Rosweyde, par Aubert Le Mire, aumônier bruxellois du gouverneur du Royaume belge Albert de Hasbourg. A Paris même, André du Chesne travaille dès 1616 avec le père Martin Marrier de l'abbaye clunisienne de Saint Martin des Champs. A Aix, Claude Fabry de Peiresc, ami de Pierre Gassendi, se fera à partir de 1618 son agent prospecteur pour la Provence.

Avec les nombreux interlocuteurs bénévoles qui finissent par lui apporter leurs concours, l'officier du Roi se montre original en appelant à contributions particuliers, notaires, greffiers des parlements, clercs de chambre des comptes, et en mettant délibérément en place une habitude de partager gracieusement les documents, les copies et les résultats de leur exploitation. Remarquée par les contemporains, cette attitude neuve de mettre Besly, Lettre à Monsieur Duchesne, Paris BnF (Mss.) : Français 2812, f. 193, Paris, 16??, cité in Poupardin, op. cité. ne va pas toujours sans fâcher les autorités comme il arrivera au Père Migne deux siècles plus tard. En revanche, le savant restera son unique secrétaire en écrivant lui-même ses milliers de folios, soit plus d'une page par jour pendant vingt six années.

Carrière institutionnelle (1617-1639) Sa position officielle amène André du Chesne à former et commencer en 1617 le projet d'une géographie de chaque province du Royaume. Il s'appuie sur ce programme pour soumettre au Roi un second projet, plus ambitieux, inspiré par les œuvres des calvinistes Pierre Pithou et Marquard Freher, la compilation de l'ensemble des écrits relatifs à l'histoire de France, qui sera l'œuvre de toute sa vie. Louis XIII agrée et fixe ses appointements annuels à deux mil quatre cents livres.

De Susanne Soudan, alias Soudain, André du Chesne a deux fils, François Denis, né en 1616, et André, né le A. Jal, « 2. Chesne (André du) », in Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, 380, H. Plon, Paris, 1867.. Il se fait construire un hôtel à Paris près du palais de la Reine, rue Saint-André-des-Arts, à hauteur de l'actuel n° 27, mais continuera de résider rue des Deux portes Saint Benoît, près du Louvre.

Richelieu, qui appelle André du Chesne « mon bon voisin » en référence à leur commune origine loudunaise et devient ministre principal en 1624, ne lui fera pas encourir de disgrâceJ. X. Carré de Busserolle, Dictionnaire géographique, historique et biographique d'Indre-et-Loire et de l'ancienne province de Touraine, , 235., Société archéologique de Touraine, Tours, 1878, réed. la Manutention, Mayenne, 1988.. En 1631 , il lui dicte sa généalogie mais le savant se montre, contrairement à d'autres, sans complaisance sur les racines du personnageJ. Le Laboureur, Additions aux Mémoires de Messire Michel de Castelnau, , 281, J. Léonard impr., Bruxelles, 1731., plus modestes que ce que celui-ci espérait, et ne tait pas qu'elles ne se rattachent aux branches royales que par les femmes et par mariages. N'appartenant pas à ce cercle de lettrés courtisans qui bénéficie des largesses du cardinal, c'est toujours à travers des tracasseries que le géographe du Roi se fait verser sa pension

Ce n'est que tardivement, peut être en 1632 en récompense des Scriptores historiae francorumJ.-B. L'Hermite de Soliers, Histoire généalogique de la noblesse de Touraine, , chez J. Langlois, F. Clouzier & J. Langlois fils, Paris, 1665. ou en 1635, qu'il ajoute à sa première charge celle d'historiographe. Sa pension est alors portée à mil écus, soit trois mil livres. Devenu veuf, il se remarie le à Valentine de Vaucorbeil, dont le frère, Jean, est lieutenant des eaux et forêts de la prévôté et vicomté de Paris. Une fille, née le , deux semaines avant terme, ne survit que six jours.

Décès et plagiats (1640-1646) Le , aux abords de Bourg-la-Reine, André du Chesne bascule avec la charrette qu'un charretier téméraire a voulu conduire dans une ornière en pente et qui le ramène avec sa famille de la maison de campagne que son épouse possède à Verrières. Écrasé par le moyeu arrière, il meurt d'une hémorragie viscérale durant son transport à son domicile. Le lendemain de l'accident, au terme d'un office funèbre célébré en l'église Saint Côme, il est inhumé au côté de sa première femme, dans le cimetière de Saint-André-des-Arts, au cœur du quartier latin.