Mademoiselle Else (titre original : ) est une nouvelle de l'écrivain et médecin autrichien Arthur Schnitzler publiée en 1924. Schnitzler y utilise la technique littéraire du monologue intérieur. La première traduction française de la nouvelle est parue en 1926 aux éditions Stock, Delamain et Boutelleau. Si la critique littéraire française (Edmond Jaloux) ne l'a pas toujours reçu à sa juste valeur, Mademoiselle Else est considéré aujourd'hui comme un chef-d'œuvre incontestable.

Cette œuvre a fait l'objet d'une adaptation cinématographique par Paul Czinner dès 1929.

Présentation de la nouvelle thumb|left|upright=0.7|Arthur Schnitzler en 1927. Le sujet de la nouvelle est le suivant : une jeune fille nommée Else, issue de la bourgeoisie viennoise, est contrainte à l'humiliation, allant jusqu'à la prostitution, pour sauver son père avocat de la ruine.

La technique narrative du monologue intérieur Cette célèbre nouvelle d'Arthur Schnitzler (1862-1931) présente l'originalité d'être exclusivement composée, à l'exception de quelques dialogues, de la suite des pensées de mademoiselle Else d'une soirée à l'autre, en allant jusqu'à ses dernières pensées, selon la technique narrative du monologue intérieur. thumb|upright=0.8|Mademoiselle Else (1924) a été conçu selon le procédé narratif du monologue intérieur comme Le Sous-lieutenant Gustel (1900), mais n'en est pas qu'un simple remake , comme le pensait son auteur. D'après Jacques Le Rider, le monologue intérieur constitue un . Pour Le Rider, à partir de la nouvelle de Schnitzler Le Sous-lieutenant Gustel (1900), on considère que . Mais à la différence du Sous-lieutenant Gustel, le monologue intérieur de Mademoiselle Else, paru en 1924, .

Les parents d'Else, endettés, dans le but d'obtenir de l'argent du marchand d'art Dorsday. Le médecin gynécologue, cousin de la jeune fille, censé la protéger, n'a de toute évidence , poursuit Jacques Le Rider dans son analyse, en ajoutant ce commentaire : .

Brigitte Vergne-Cain et Gérard Rudent considèrent que même si Mademoiselle Else est (comme le pensait Arthur Schnitzler lui-même), ce n'est pas un simple remake : Schnitzler écrit en fait Brigitte Vergne-Cain et Gérard Rudent, Préface à Mademoiselle Else dans : Arthur Schnitzler, Romans et nouvelles, Le Livre de poche « La Pochothèque », coll. « Classiques modernes », tome II 1909-1931, ..

Résumé Else T., fille d'un avocat viennois, se trouve pour quelques jours de vacances dans une station thermale italienne. Là, elle reçoit une lettre de sa mère, dans laquelle elle la prie de demander d'urgence un prêt à Dorsday, riche marchand d'objets d'arts, car son père a perdu au jeu de l'argent appartenant à ses pupilles et sera bientôt arrêté s'il ne peut pas rembourser. Else va voir Dorsday et lui explique la situation difficile de sa famille.

Dorsday consent à prêter les florins nécessaires, mais exige en contrepartie l'autorisation de pouvoir contempler Else nue pendant un quart d'heure. Else réagit violemment à cela, mais réfléchit au cours de la soirée sur le dilemme de sa situation. Partagée entre une fidélité absolue à son père et son fort désir d'autonomie, elle n'arrive pas à choisir une des deux options possibles : si elle rejette l'offre de Dorsday, elle abandonne son père à son destin ; la proposition de Dorsday équivaudrait à de la prostitution.

Dans cette situation conflictuelle, dans laquelle Else n'arrête pas de changer d'avis, transparaissent les désirs exhibitionnistes et de mort de la jeune fille, ainsi que sa soif d'être aimée et son aspiration non avouée à s'émanciper. Dans l'opposition entre les exhibitions publiques qu'elle se voit faire dans son imagination et son refus pudique de se déshabiller devant Dorsday, on voit la contradiction entre la domination de l'homme sur la femme et le désir de l'émancipation féminine.

Mais il s'avère en fin de compte qu'Else n'est pas en mesure de s'opposer aux exigences de son père et d'imposer sa propre volonté. En même temps, il devient de plus en plus clair que l'abandon de soi-même de Else ira de pair avec un suicide - dans ses pensées, le suicide est toujours considéré comme une décision possible. Toutefois, il devient également clair pour Else qu'elle ne pourra pas se rendre seule chez Dorsday et qu'elle n'est pas capable de subir cette humiliation.

Else se rend dans un salon de l'hôtel seulement habillée d'un manteau noir, accepte de se montrer nue, puis s'évanouit. Elle tente ensuite de se suicider en ingérant discrètement des somnifères, ce qui semble la libérer définitivement. L'œuvre se termine par son endormissement après avoir pris ses somnifères : rien ne nous dit si son suicide est effectif ou si elle est seulement plongée dans un sommeil.

Personnages Else : personnage principal de l'œuvre, autour de qui tourne toute l'histoire; ce roman tourne presque entièrement autour de sa situation, ses choix et ses états d'âme Le père d'Else : avocat de profession La mère d'Else : écrit à sa fille pour qu'elle demande de l'argent à un ami du père Fred : une des seules personnes en qui Else ait confiance Paul : le cousin d'Else Cissy : l'amante de Paul, ce qui énerve profondément Else Dorsday : est censé être l'ami du père d'Else, et c'est à lui qu'Else doit demander de l'argent Maître Fiala : notaire chez qui la dette du père d'Else doit être versée.

Parution, éditions de la nouvelle

En allemand Édition originale : Fräulein Else, Paul Zsolnay Verlag, Berlin Wien Leipzig, 1924.

Traductions françaises Mademoiselle Else, traduit de l'allemand par , Stock, Delamain et Boutelleau, 1926 Mademoiselle Else [Texte imprimé] ; [suivi de plusieurs autres nouvelles], traduction de Clara K. Pollaczek (pour Mademoiselle Else), Paris, Stock, Delamain et Boutelleau, 1932 Mademoiselle Else, texte français de Henri Christophe, Préface de Roland Jaccard, Librairie générale française, 1993 Mademoiselle Else, dans Arthur Schnitzler, Romans et Nouvelles. II 1909-1931, Brigitte Vergne-Cain et Gérard Rudent (dir.), Préface et notices (1994 et 1996 Librairie générale française pour la présentation et les notes), 2 tomes, Le Livre de poche « La Pochothèque », coll. « Classiques modernes », tome II, , traduction : Henri Christophe, 1996.

Réception Si Fräulein Else est , il ne semble pas qu'à lire le Journal et la Correspondance de son auteur, celui-ci ait , contrairement à ce qu'il pensait (notation du ) de son Le Sous-lieutenant Gustel. thumb|left|upright=0.6|(1875–1951) est la première traductrice en français de la nouvelle d'Arthur Schnitzler Fräulein Else. Dans les années 1920-1930, Arthur Schnitzler aura souffert , alors qu'en 1926, Karl Zieger, Mademoiselle Else ou “Une Belle Hélène de maison de santé” (E. Jaloux). Quelques remarques à propos de la réception de l’œuvre narrative d’Arthur Schnitzler dans les années 1920-1930 en France », Roman 20-50, 2005/2 (), . DOI : 10.3917/r2050.040.0133. .

La première traduction française de Fräulein Else Dès la publication de la nouvelle chez Zsolnay à Vienne, (née Loeb, 1875-1951) entreprend une . Jugeant l'entreprise risquée, Arthur Schnitzler , et sur les conseils de Berta Zuckerkandl (), alors qu'il ne connaît pas la nouvelle, , ce que désapprouve l'écrivain qui, le , répond . La traduction de C. K. Pollaczek, désormais terminée, Schnitzler s'en montre satisfait, et elle semble aussi avoir convaincu l’éditeur. Toutefois, le , Delamain demande à Berta Zuckerkandl de revoir encore une fois la traduction afin d'améliorer quelques détails. Finalement, .

La critique d'Edmond Jaloux Selon Karl Zieger, l'article d'Edmond Jaloux consacré à Mademoiselle Else dans Les Nouvelles littéraires du .

Tout en reconnaissant le bien fondé de l’utilisation du monologue intérieur dans cette nouvelle, Jaloux , de sorte qu'il .

Aveuglé par les deux personnages masculins (le père d'Elsa qualifié d’« avocat de génie » et ), Jaloux ne semble pas bien comprendre la fin de ce qu'il appelle « l’anecdote » : . L'article contient aussi des .

Adaptations thumb|upright=0.6|L'actrice Elisabeth Bergner en 1929. Cinéma 1929 : Fräulein Else, film muet de Paul Czinner. Le rôle d'Else est interprété par Elisabeth Bergner. 1974 : Fräulein Else, avec, dans les rôles principaux, Marianne Nentwich et Curd Jürgens. 2010 : film d'Isabelle Prim, projeté en avant-première au Festival international du film de Locarno. 2013 : film d'Anna Martinetz, projeté en avant-première au Festival des films du monde de Montréal. Dans le film, l'action est transposée de nos jours. 2025 : El talento, film espagnol de Polo Menárguez. Le rôle d'Else (Elsa) est interprété par Ester Expósito.

Théâtre 2013 : Mademoiselle Else, au Théâtre de la Bastille, Paris. 2020 : Miss Else, au Théâtre des Martyrs à Bruxelles. 2020 : Mademoiselle Else, mise en scène Nicolas Briançon, Théâtre de Poche-Montparnasse.

Bande dessinée 2009 : Mademoiselle Else, adaptation par Manuele Fior, Delcourt. Prix de la ville de Genève pour la bande dessinée.

Notes et références

Annexes Bibliographie

Fanny Chevalier, « Mademoiselle Else : la jeune fille, le désir et la mort », La clinique lacanienne, 2014/1 (), . DOI : 10.3917/cla.025.0047.

Brigitte Vergne-Cain et Gérard Rudent, Préface et notices (1994 et 1996 Librairie générale française pour la présentation et les notes) dans : Arthur Schnitzler, Romans et nouvelles, 2 tomes, Le Livre de poche « La Pochothèque », coll. « Classiques modernes », tome II 1909-1931, Préface à Mademoiselle Else . Karl Zieger, Mademoiselle Else ou “Une Belle Hélène de maison de santé” (E. Jaloux). Quelques remarques à propos de la réception de l’œuvre narrative d’Arthur Schnitzler dans les années 1920-1930 en France », Roman 20-50, 2005/2 (), . DOI : 10.3917/r2050.040.0133.

Articles connexes Arthur Schnitzler Monologue intérieur

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