Dans la terminologie militaire, la liaison marque la permanence du contact, informationnel et/ou tactique, entre deux ou plusieurs unités combattantes de la même partie belligérante. Dans son acception informationnelle, la liaison inclut tant les contenus des messages échangés entre ces unités que les actions qui permettent l’établissement et le maintien des échanges. Elle englobe aussi, par extension, les agents porteurs des messages. Dans son acception tactique, la liaison désigne la continuité de la ligne de front assurée, initialement selon le plan de bataille, par le positionnement adéquat des troupes amies sur le terrain, puis, dans le cours des hostilités, par la pertinence des mouvements des troupes de la même partie lors des phases offensives/défensives, amies et ennemies.

La qualité et la continuité de la liaison sous toutes ses formes sont cruciales aux niveaux opérationnel, tactique, stratégique de l'action militaire et à tous les stades du renseignement militaire, en temps de paix et en temps de guerre.

La transmission d’informations entre unités militaires La relation informationnelle, couramment appelée « liaison », entre unités combattantes de la même partie belligérante, assure leur coordination dans l’action en vue de la réussite de leur mission. Au sol, chaque unité doit connaître les positions exactes des unités voisines de même rang, depuis la section d’infanterie jusqu’au corps d’armée. Elle doit aussi en connaître les actions à venir, décidées par la hiérarchie et communiquées aux unités, mais, dans les faits, souvent empêchées ou contraintes par les actions et réactions de l’ennemi. L'histoire retient plus fréquemment les défauts de liaison entre les troupes terrestres que les liaisons riches et conservées tout au long des opérations. En effet, l’absence de liaison ou la mauvaise qualité de celle-ci peut entraîner des revers ponctuels voire des défaites définitives, historiquement décisives. Ainsi, dans l’après-midi du à un moment-clé de la bataille de Waterloo, Napoléon espérait l'arrivée de la cavalerie de Grouchy mais ne voit que celle de Blücher qui extermine les restes de l’armée impériale. En cause, le retard pris par le maréchal Soult à transmettre au maréchal Grouchy les ordres de l'empereurJean-Claude Damamne, La Bataille de Waterloo, Perrin, 2003, ..

Le combat naval à toutes les époques exige des échanges d'information et la transmission rapide des ordres entre les capitaines pour la préparation de la bataille et l'enchaînement tactique des manœuvres pendant les opérations. Au siècle l'usage de pavillons dont la forme, la couleur, les séquences d'envoi sont préalablement codées est censé assurer la coordination recherchée. L'emploi des pavillons s'est restreint à quelques situations d'urgence Depuis l’apparition de l’aviation militaire au début du , les responsables militaires ont appris que les liaisons entre les aéronefs et les troupes au sol sont un gage de succès. A contrario, leur absence ou leur médiocrité est une cause d’échec voire de catastrophe militaire et humaine, par exemple lorsque l'aviation bombarde les positions de sa propre armée. La Première guerre mondiale a permis la mise au point de ces liaisons entre le sol et l'avion.. Un tacticien, convaincu que « la liaison permet seule de maintenir l'unité d'action », va jusqu'à affirmer :

Sauf dans des contextes de terrains et d'opérations très particulières, il est probable que l'avion de liaison n'a plus de raison d'être à l'heure de la géolocalisation et de la photo par satellite, dont la précision atteint quelques centimètres dans l'aérospatiale militaire.

Les agents de la liaison militaire Les êtres vivants Les humains Le plus célèbre des agents de liaison humain est sans conteste Philippidès, le courrier qui, en 490 , s’élance depuis Marathon vers Athènes pour annoncer la victoire de ses troupes à l’issue de la bataille contre les Perses. Cette liaison, qu’il paye de sa vie, permet aux Athéniens de se préparer à un nouveau débarquement de leurs ennemis au plus près de leur ville..

Depuis le siècle et jusque dans le premier tiers du siècle, le militaire chargé d'aller porter un ordre ou un avis quelconque est aussi appelé estafette :

Ce rôle est codifié avec précision par le Grand quartier général en décembre 1915 :

Sur le terrain, l'agent de liaison peut aussi être le guide de ses camarades de combat. Dans le dédale des boyaux de tranchées de la Première guerre, de jour mais surtout de nuit, un indispensable agent de liaison conduit les troupes montantes vers leurs positions :

L'officier de liaison est un autre cas particulier d'agent de liaison. Son grade est fonction du niveau de l'unité à l'état-major de laquelle il est affecté. Ses missions varient selon le type d'engagement de son unité de rattachement. Dans le cas d'une grande unité nationale opérant avec d'autres unités nationales « les liaisons par officier d'état-major sont pour le commandement un moyen d'être renseigné rapidement sur les conditions d'exécution de certains ordres particulièrement importants, sur les événements qui peuvent surgir au cours de cette exécution, et sur les besoins des troupes à un moment donné ». Dans le cas d'unités nationales opérant avec des unités alliées, l'officier de liaison maintient les contacts entre les états-majors des unités de même niveau, transmet des informations de position, d'intentions tactiques. Il n'a pas, en principe, le pouvoir de transmettre des ordres entre unités alliées. Des capacités linguistiques et une connaissance de la culture militaire de l'armée alliée auprès de laquelle il (elle) est détaché(e) sont requises pour exercer ce type de mission.

Les animaux Peut être employé comme agent de liaison tout animal capable de retrouver seul son chemin vers une destination précise. L'animal de liaison le plus connu et distingué depuis l'Antiquité pour sa rapidité et sa fiabilité est le pigeon voyageur.. Le chien peut également porter seul des messages d'une unité à une autre.. Quant à l'animal monté, cheval, âne, chameau, ..., il devient l'auxiliaire de l'humain dans une mission de liaison.

Les matériels Matériels statiques On peut regrouper dans cette catégorie tous les matériels qui permettent de transmettre des signaux. Cela va de la tour à feu au satellite, en passant par le télégraphe Chappe, le téléphone, particulièrement le téléphone de tranchée, la radio, le sémaphore, les pavillons et fanions ainsi que tout autre moyen de signalisation optique ou auditive. Matériels mobiles Les matériels mobiles de liaison sont les moyens de transports terrestres, aériens, navals, permettant le déplacement de l'agent de liaison humain. Il peut s'agir de moyens banalisés exploités militairement en période de conflit, comme la voiture de liaison, ou de moyens spécifiquement conçus pour cet usage comme les véhicules de reconnaissance, blindés légers depuis la Première guerre mondiale.

L'humain connecté L'avènement des technologies développées dans le premier quart du XXIe siècle, permet d'envisager la possible fin de la liaison militaire ancestrale assurée par un humain d'un côté et par des matériels d'un autre côté. Désormais l'unité combattante, y compris ses composants individuels, est elle-même un agent de liaison connecté, à la fois émettrice et réceptrice, informée automatiquement et en temps réel de la situation opérationnelle et de la position géographique de toutes les autres unités, de rang égal, supérieur et inférieur, avec lesquelles elle doit opérer et dont éventuellement elle reçoit les ordres instantanément. 180px|vignette|gauche|alt=Réservistes américains équipés en réalité virtuelle|Réservistes américains équipés en réalité virtuelle. Le fantassin du siècle, en plus de son arme, transporte une véritable centrale de liaisons automatisées :

Ces évolutions technologiques bouleversent les bases de l'opérationnel militaire. En rendant le champ de bataille transparent, elles obligent à une révision fondamentale des tactiques de combat et conduisent à des ruptures stratégiques..

La liaison : facteur de continuité de la ligne de front thumb|alt=Carte centrée sur Salonique et le sud de la Yougoslavie et de la Bulgarie. Les fronts sont matérialisés, ainsi que l'offensive allemande par des flèches. En plus de son contenu informationnel, toujours présent, la liaison sur la ligne de front désigne le fait que les unités qui font face à l'ennemi ne laissent entre elles aucun intervalle par lequel il pourrait s'infiltrer puis les contourner et, éventuellement, les prendre à revers. Il s'agit donc à la fois d'une technique d'occupation du terrain, du placement des troupes et aussi de la qualité et de la permanence de la communication entre les échelons de commandement, ceux qui décident des mouvements offensifs ou défensifs de leurs troupes respectives. En 1941, l'armée allemande (flèches rouges) gagne la bataille de Grèce grâce à sa percée décisive vers le sud permise par la longue rupture de liaison entre les positions alliées de la Force W et celles de la armée (lignes noires) à l'ouest et au nord de Thessalonique (voir sur la carte ci-contre les mouvements du ).

plus tôt les troupes françaises avaient bénéficié du même type d'insuffisance tactique pour battre l'armée autrichienne :

La liaison des armes : doctrine militaire et instruction des troupes Au cours de la Campagne contre l'Allemagne, le Grand quartier général français rédige à la fin de 1915 une Instruction sur la Liaison. Son préambule résume ainsi les éléments fondamentaux de la doctrine :

Par armes, on entend ici les grandes divisions de l'armée, c'est-à-dire : l'armée de terre, elle-même composée principalement de l'infanterie, de la cavalerie, devenue arme blindée, et de l'artillerie, auxquelles il convient d'ajouter a minima, le génie, les transmissions, l'aviation légère. l'armée de l'air, elle-même composée principalement d'unités de chasse, d'unités de bombardement, d'unités de ravitaillement et logistique. la marine, elle-même composée principalement de la flotte de surface, de la flotte sous-marine, de l'aéronavale, de troupes d'assaut, fusiliers-marins et commandos.

La doctrine militaire s'est penchée sur la coordination des armes, tant pour en réaffirmer la nécessité que pour apporter des recommandations à sa préparation et à sa mise en œuvre. En 1872, dans son traité de tactique générale, l'officier et écrivain militaire suisse considère la liaison des armes dans le combat comme une notion fondamentale. Il donne plusieurs exemples de manoeuvres permettant que « les armes ne se gênent pas mutuellement »..

Dix ans plus tard, en France, les liaisons font partie des matières enseignées aux officiers de l'armée de terre pour préparer les épreuves du brevet d’état-major. On relève deux thèmes sur ce sujet dans les programmes des épreuves du concours de 1883 : « Avant-postes de la cavalerie en liaison avec les autres armes », « Emploi de l'artillerie pour assurer la liaison entre deux corps d'armée »Règlements ministériels du 28 février 1883, relatifs aux épreuves qu'auront à subir en 1883, les officiers supérieurs et capitaines de toutes armes, candidats au brevet d'État-Major, Paris, Charles-Lavauzelle, 1883, p. 17, 20 (Lire en ligne)..

Aux échelons inférieurs, un tacticien français de l'après Première Guerre ressent encore le besoin d'affirmer : « Dans tout dispositif ouvert et échelonné, tel que ceux qui sont imposés par la puissance du feu, la cohésion des unités et la coordination des efforts ne sont obtenues que grâce à une liaison étroite et constante. » Ceci l'amène à recommander que les cavaliers soient instruits à la pratique des liaisons « à cheval, entre les patrouilles dans le peloton, entre les pelotons dans l'escadron, entre les escadrons dans le régiment à pied entre les groupes de combat dans la section, entre les sections dans la compagnie, entre les compagnies dans le bataillon.. »

Bibliographie

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