Le mal court est une pièce de théâtre de Jacques Audiberti créée au Théâtre de Poche le . Suzanne Flon était la créatrice du rôle d'Alarica.
Résumé Comédie en 3 actes.
Acte I
vignette|gauche| La princesse Alarica, fille du souverain Celestincic du grand-duché de Courtelande situé quelque part dans l'est de l'Europe et voisinant avec l'Empire Russe, a été demandée en mariage par Parfait XVII, roi d'Occident. Alarica est arrivée, avec sa suite, en territoire de Saxe, limitrophe de l'Occident. Dans la chambre qui leur a été octroyée dans la résidence de Saxe, à cinq heures vingt, Alarica et sa gouvernante Toulouse sont éveillées. Selon le protocole, elles se préparent à recevoir la visite du roi Parfait. Lorsqu'on frappe violemment, à plusieurs reprises, à leur porte et que le roi Parfait, ou prétendu tel s'annonce de façon non protocolaire, la gouvernante est prise d'un doute et, par sécurité, refuse d'ouvrir la porte, mais Alarica, plus confiante, y consent. Un grand jeune homme énamouré se précipite vers Alarica en lui déclarant sa flamme. Alors que la gouvernante doute de l'identité du jeune homme, Alarica n'est pas insensible à la ferveur amoureuse que ne cesse de lui témoigner celui-ci. Finalement, la gouvernante, convaincue qu'il n'est pas le roi, donne l'alerte en appelant le lieutenant de l'armée du roi Celestincic. Le maréchal de la noblesse courtelandaise (autrement dit « le général Silvestrius ») est appelé à la rescousse pour identifier le roi Parfait qu'il a déjà rencontré par le passé. Mais alors que le maréchal, dépassé par l'embrouillamini de la situation, est incapable de se prononcer, le lieutenant décide d'arrêter le prétendu roi. Celui-ci s’enfuit en sautant par la fenêtre. Le lieutenant lui tire dessus, mais la balle se loge dans la queue de la perruque du fuyard. Ce dernier n’est qu’assommé par l’impact (il revient à lui en disant « Quelqu’un m’a donné du gourdin dans la nuque. J'ai vu mille soleils. », puis il se rendort (en méconnaissance de son identité, on va l'appeler F...). Mais voilà qu'on frappe de nouveau à la porte : c'est le roi Parfait qui se présente accompagné de son ministre, le cardinal de la Rosette.
Acte II
Même lieu. Mêmes personnages. L'acte s'enchaîne avec l'acte précédent.
(Entrent le roi Parfait et le cardinal de la Rosette. Le roi d'Occident est en vert, avec des bottes. Petite perruque, tendance à l’embonpoint. Le cardinal est en habit de voyage. Il porte un manteau sur le bras. Tous deux s'inclinent.) vignette|gauche| Si le roi est courtois avec Alarica et la complimente pour sa beauté, son ministre de la Rosette se montre acerbe et ne manque aucune occasion pour dénigrer le royaume de Courtelande, enchaînant les critiques. Successivement, il qualifie le grand-duché « d'âpre contrée », laquelle « hormis la pluie, ils n'ont rien », « vous ne devez pas en avoir beaucoup, de maisons, dans votre campagne sauvage ». À Alarica qui lui dit « nous avons du bois », il lui répond « le bois sert aussi à faire des navires, mais ils marcheront comment, sans un peu de mer ? » Lorsque Alarica rappelle qu'elle est fiancée au roi, le cardinal prétend lui donner une leçon en rétorquant : « Femme de roi, croyez-moi, c'est un état pour lequel il convient d'avoir de fortes épaules. » Le dialogue se transforme alors en affrontement quand Alarica lui répond « Je suis fille de roi, Monseigneur. Je ne pense pas qu'il vous appartienne de m'instruire dans une matière qui m'est plus familière qu'à vous. » Le cardinal conteste sa souveraineté : « La Courtelande n'est royale que depuis que les grandes puissances en ont ainsi décidé, il y a huit ans. » Cette remarque désobligeante pour Alarica fait sursauter le roi qui, désolé, essaie de rester accommodant : « Que puis-je faire pour vous plaire ? Demandez-moi ce que vous voudrez. » Mais le cardinal insiste sur le fait que le roi n'a pas dit le plus important et reproche à celui-ci ses atermoiements « qui empirent la blessure qu'il faut faire [à Alarica]. » Mais celle-ci a déjà deviné en répondant au roi « N'allez pas plus avant. J'avais compris dès que j'ai vu cet homme » (désignant le cardinal, celui-ci est offusqué qu'elle escamote son titre). C'est elle qui résume ce que le roi ne parvient pas à lui avouer : « Je ne les verrai pas, les iris d'Occident. Je ne recevrai pas la couronne. […] De loin, de bien loin, on l'a fait venir, la pauvre bête, au juste endroit où l'attendait le piquant de la dague » (Le roi s'agenouille, en sanglotant, au pied du lit d'Alarica.) Le roi lui explique que l'Espagne le menace sur ses frontières du Sud et que le Danemark « le taquine par le haut », pour la raison que le souverain du Danemark est, par les femmes, le grand-père du roi d'Espagne — et, le plus important, est qu'il est également celui de Mercédès, la sœur du roi —. La solution, pour mettre fin aux hostilités des Espagnols et des Danois, est que le roi Parfait épouse Mercédès. Le cardinal résume trivialement la décision révoquant les fiançailles de Parfait et d'Alarica : « Nous laissons au Danemark les mains libres pour la morue [un avantage dans l'affaire d'un marché bassement mercantile de peaux de morue] et nous mettons l'Espagne dans nos draps. » [À partir de là, Alarica fredonne une chanson en courtelandais jusqu'à l'arrivée du maréchal.] Pour compenser le désistement des épousailles de l’Occident avec la Courtelande, le cardinal a tout prévu : une donation [sans frais ni taxe] de deux châteaux en Occident et, pour le roi Celestincic, une lettre de change de quarante-quatre écus d’Occident (trois cent mille florins de Courtelande). De façon méprisante, le cardinal précise que « cela vous permettra, braves gens, d’ajouter une colonne aux quatre péristyles du théâtre de votre métropole de paille et de pluie. » Mais quand le cardinal fait référence à la rumeur d'une anomalie physique d'Alarica « qui aurait les doigts de pied qui se tiennent. Et ce n'est pas tout... [murmurant à l'oreille du maréchal] », Alarica, lui répond « Tant que ne furent sur le tapis que la vicissitude des peuples et même de ma carrière, je me suis contenue. Mais qu'on touche à mes doigts de pied, je saute. vignette|gauche|Des doigts de pied de femme comme les miens, vous n'en avez peut-être jamais vu. Tenez, mon brave, goûtez-les. Vous m'en donnerez des nouvelles. » (Elle promène ses jambes nues sous le nez du cardinal. Le maréchal et la gouvernante tentent de réprimer l'emportement d'Alarica, qui est debout sur son lit et qui saute. […] Elle arrache sa chemise. La gouvernante et le maréchal s'efforcent de l'en empêcher. Ils gravissent le lit qui s'écroule à moitié. La fille leur échappe et s'enfuit. Elle danse, provocante, entre les autres, qui s'essoufflent. Elle vient près du cardinal et se jette contre lui.) Et lui dit « Je vous brulerai jusqu'à l'os. » Il s'ensuit que, jusqu'à présent dénudée, Alarica revêt une robe ; mais elle a perturbé le cardinal et le roi Parfait de telle façon que celui-ci se dresse contre son ministre, en révélant que le cardinal a « fricassé toute cette affaire. […] Notre mariage ne fut manigancé par le cardinal afin de chatouiller, d'accélérer la conclusion de notre accord avec l'Espagne. Dès le commencement, c'était une comédie. Voilà la vérité ! » Voulant renverser la situation, le roi Parfait, supplantant son ministre, enjoint à Alarica à s'enfuir avec lui, mais elle a d'autres projets. Pour cela, elle revêt un costume d'amazone, car elle part en résistance. Elle réveille F... qui dormait derrière le paravent (« J'ai dormi comme du plomb. Le cou me fait mal. C'est ce choc »). Se jouant du roi, Alarica embrasse F... sur les lèvres en disant « Nous deux, nous allons retourner dans notre lande malotrue ». Mais, continuant de se moquer du roi et de son ministre, elle fait mine de consentir à son mariage avec Parfait, à la condition que F..., déclaré comme son petit ami, soit nommé colonel et partage le lit royal. Finalement, vaincus par la comédie d'Alarica, le roi Parfait, effondré, et le cardinal se retirent.
Acte III Même décor.
Alicia et F... sont sur le lit d'Alarica. Ils achèvent de s'habiller. vignette|gauche|
Alarica se prépare à rentrer en Courtelande. Elle a passé la nuit avec F... qui, lui aussi, songe à quitter le pays. Elle lui fait part de son regret d'avoir joué la comédie au roi Parfait en ayant tout fait « pour qu'il me croie une garce, et, même, pour être, pour de bon, méchante. » F... la rassure en lui disant que le roi se consolera avec d’autres femmes. Cependant, Alarica ne regrette pas d’avoir donné son corps à F... qui, le premier, vint l’embrasser. Elle lui exprime son estime en disant : « Vous m’aviez embrassée. Je suis pour la droiture, toujours la vérité. Vous m'aviez serrée. J'étais déjà votre maitresse. Le crime aurait été que le roi d'Occident malgré tout m'épousa. Il faut que le monde soit clair. Si les cœurs étaient clairs, le monde serait clair. » Alarica, s'inquiétant de l'absence prolongée de sa gouvernante qui pourrait être embarrassée par le fait que « la princesse ait pris un amant », est détrompée par F... qui lui apprend que sa gouvernante aurait passé la nuit avec le maréchal. Face à l'incrédulité d'Alarica, F... lui répond que sa naïveté et ses illusions qui lui font prendre le faux pour le vrai lui donnent « des agaceries dans le bras qui sert à planter des tartes. » Alarica réplique que la déclaration d’amour que F... lui a faite est vraie et qu’elle se souvient des mots qui l’ont émue. Il lui révèle alors que ces mots figuraient dans un manuscrit que quelqu'un avait écrit pour être récité. D'ailleurs, il tire de sa poche ce manuscrit qu'il se met à parcourir. Alarica tombe des nues en se demandant quel est le sens de tout cela. Elle réalise enfin : « Vous voulez dire que vous me récitâtes un texte qu'on vous prépara ? Vous teniez un emploi. Pour le compte de qui ? » F... lui apprend qu'il s'appelle Roger La Vaque et qu'il est policier. Il lui révèle les détails du complot : « En Occident, ils cherchaient à s’assurer que la rupture réussirait ; le cardinal désirait un scandale retentissant pour mettre fin au mariage de toute façon ; quant à F..., il avait été mandaté pour salir la réputation de la princesse. » Et que, même si le numéro avait foiré, les roues du carrosse de la princesse avaient été assaisonnées et que jamais elle n'aurait franchi le fleuve. Alarica est effondrée par ces révélations en déclarant « Ainsi, partout, l'on triche. Partout, l'on fait comme si... C'est insupportable. C'est horrible. »
Mais l'arrivée de la gouvernante interrompt leur conversation. Alarica s'épanche sur son épaule. La gouvernante lui propose de retourner tout de suite dans « ton pays qui m'adopta » et à la rencontre de l'équipage du roi Celestincic venu les rejoindre. Pour consoler Alarica, la gouvernante lui dit que d'autres princes existent... Ce qui déclenche l'ire d'Alarica qui répond « Il s'agit bien du trône ! C'est au mensonge, au mal que jamais je ne me ferai. Chaque bouche est un piège. On a même truqué les roues de ma voiture. » En entendant ces derniers mots, la gouvernante se tourne vers F... et le traite de « salaud » pour « avoir parlé ». À partir de là, la gouvernante et F... s’invectivent, s’injurient et se menacent (la gouvernante dit notamment à F... : « Vous m'avez brûlée. Vous serez fusillé. »). Après avoir fait son mea-culpa à Alarica, la gouvernante s'en va.
Mais une voix, derrière la porte, dit — C'est le roi.
C'est le roi Celestincic, cinquante ans, qui entre, avec béquille, manchons.