Les Yézidis ou Yazidis (en ..) sont une minorité ethno-religieuse endogame parlant majoritairement le dialecte kurmandji.. Ils sont originaires de la Mésopotamie supérieure.. La majorité des Yézidis qui subsistent au Moyen-Orient vit aujourd'hui dans le nord de l'Irak, principalement dans les gouvernorats de Ninive et de Dohuk... Ils sont aujourd'hui moins nombreux en Syrie en raison des persécutions perpétrées par Daesh. Le yézidisme est une religion monothéiste et syncrétique de la communauté yézidie qui s'est développée au et dont les origines s’enracinent dans les traditions religieuses de la Mésopotamie antique....
Les Yézidis ont souvent été persécutés par les communautés musulmanes environnantes qui les accusaient d’hérésie, mais ils ont fréquemment occupé des postes importants et su établir de nombreuses alliances avec leurs voisins. Au cours des , les Yézidis subissent 72 massacres successifs mais, à la fin du , ils vivent en paix avec leurs voisins musulmans.
De nos jours, les Yézidis vivant dans les régions kurdes ont à nouveau été victimes de persécutions qui les ont poussés à chercher refuge dans les pays occidentaux. Le génocide yézidi perpétré en aout 2014 par l'État islamique (Daesh) a fait près de morts parmi les Yézidis ; environ femmes et fillettes ont été kidnappées, réduites à l’esclavage, notamment sexuel, ou mariées de force, et les jeunes garçons ont été enrôlés dans les rangs de Daesh. La grande majorité des Yézidis d'Iraq a dû fuir le district de Sinjar et les villages environnants. En 2021, plus de d'entre eux vivent encore dans des camps..
Origines vignette|Des dirigeants yézidis rencontrent un ecclésiastique chaldéen (à croix pectorale) en Mésopotamie, au XIX siècle. vignette|Chef yézidi à Bashiqa, photo d'Albert Kahn (1910). Le nom par lequel les Yézidis s'auto-désignent est Êzîdî ou, dans certaines régions, Dasinî, bien que ce dernier soit, à proprement parler, un nom tribal.
Certains érudits le tirent du vieux perse yazata et du moyen-perse yazad « être divin »P.G. Kreyenbroek, "Yazīdī" in Encyclopedia of Islam, s.v.. Une autre hypothèse le fait dériver de Ez dā (« m'a créé »). Les yézidis se réfèrent également à Xwedê ez dam (« Dieu m'a créé ») et à Em miletê ezdaîn (« Nous sommes la nation yézidie »).
La religion yézidie présente des similitudes avec celles des Yâresân et des Alévis kurdes. Les caractéristiques communes à ces trois religions remontent à une ancienne croyance qui était probablement dominante parmi les peuples iraniens occidentaux, mais distincte du zoroastrisme et dérivée de la tradition iranienne pré-zoroastrienne.
Les origines des Yézidis ont tout d'abord été décrites comme islamiques, iraniennes, voire parfois issues de religions « païennes » mais, les recherches publiées depuis les années 1990 ont montré qu'une telle approche était simpliste. L'origine de cette religion s'apparente plus à un processus complexe dans lequel les croyances et les pratiques locales ont peu à peu amené les adeptes de l'ordre soufi Adawiyya, vivant dans les montagnes kurdes, à s'écarter des normes islamiques.
Histoire
Moyen Âge
Origines Au XIIe siècle, Cheikh Adi ibn Musafir, un mystique soufi arabe d'origine omeyyade qui avait étudié à Bagdad auprès d'éminents professeurs tels que Uqayl al-Manbijī et Abū’l Wafā al-pulwānī, quitte Bagdad pour fonder un couvent soufi à Lalish. Son ordre s'appelle Adawiyya, et ses disciples figurent dans les sources arabes médiévales sous le nom d'Akrad Adawiyya (Kurdes Adawiyya). À l'époque, Lalish est habitée par une communauté de paysans kurdes adeptes d’anciennes religions iraniennes proches du zoroastrisme, du pré-zoroastrisme et de la vénération de Yazid ibn Mu'āwiya. Au fil du temps, les pratiques ascétiques et les enseignements de Cheikh Adī ont influencé les croyances locales pour donner naissance à un nouveau syncrétisme religieux. Après sa mort, en 1162, sa tombe est devenue un lieu de pèlerinage pour les musulmans et les non-musulmans, et Lalish le centre névralgique de ce nouveau mouvement qui s’est développé au cours des trois siècles suivants pour devenir le yézidisme.
Le yézidisme est alors adopté par plusieurs tribus et émirats kurdes. Les manuscrits yézidis, appelés mişûrs, qui ont été rédigés au XIIIe siècle, répertorient des listes de tribus kurdes affiliées aux saints yézidis Pir. Deux des 40 manuscrits ont été publiés à ce jour, à savoir le Mişûr de Pîr Sini Daranî et le Mişûr de Pîr Xetîb Pisî. Le Mişûr de Pîr Sini Daranî mentionne de grandes tribus aujourd'hui converties à l’Islam, notamment les tribus Shekak, Reşan, Dumilî/Dumbuli, Memkan, Kîkan et Musareşan. Sherefkhan Bidlisi confirme d’ailleurs dans le Sharafnameh que sept des tribus kurdes les plus importantes étaient yézidies. Le yézidisme devient la religion officielle de nombreux émirats et principautés kurdes, notamment celles de Botan, Mahmudi, Donboli et l'émirat de Kilis.
Territoires et régions administratives A partir XIVe siècle, les Yézidis développent leurs propres institutions religieuses et politiques dans les régions où ils vivent. Le territoire yézidi est divisé en sept centres administratifs, chacun ayant son propre Sandjak, plus communément appelé Tawis par les Yézidis :
Tawisa Enzel: Welatşêx (Şêxan) - Lalesh Tawisa Şingalê: District de Shingal Tawisa Hekkarê ou Tawisa Zozana: région historique de Hakkiari (Hakkari, Şırnak, Van et Dohuk). Tawisa Welatê Xalta: Region autour de Siirt, Batman, Diyarbakir, Mardin, etc. Tawisa Helebê: Alep et Afrine. Tawisa Tewrêzê: cité de Tabriz. Tawisa Misqofa (Moscou): Renommé d'après Tawisa Serhedê une région couvrant les villes de Kars, Ardahan, Erzurum, Ağri, Van, Bitlis and Muş.
Tous les six mois, les Qewals yézidis, des récitants formés aux Qewls et à d'autres formes de tradition yézidie, sont envoyés dans d'autres régions habitées par les Yézidis pour préserver la foi et la doctrine originale. Ils voyagent sous protection militaire de la région administrative centrale de Shekhan et du centre spirituel de Lalish. Les Qewals, soutenus par des aumônes volontaires, menent un Sincaq à travers les villages yézidis afin de maintenir la légitimité spirituelle et de symboliser l'autorité de Lalish et du Mîr.
Premières interactions au Moyen-Orient En raison de leur croissance et de leur influence grandissante, les Yézidis commencent à être perçus comme une menace par leurs voisins musulmans ; s’ensuit une relation conflictuelle qui va durer plusieurs siècles. Les Yézidis sont alors victimes de persécutions brutales de la part des Arabes, des Perses, des Turcs et des Kurdes sunnites. Deux des premières expéditions contre les Yézidis ont lieu en 1246, lorsque le chef yézidi, Cheikh Hassan ibn Adi, est tué par Badr Ad-Din Lulu, puis en 1414, lorsqu'une coalition des tribus kurdes sunnites voisines pille Lalish. De nombreux chefs yézidis sont alors convertis de force à l'islam, ce qui entraîne un déclin progressif du pouvoir yézidi à partir du XVe siècle. Des yézidis réussissent toutefois à établir des alliances avec les autorités locales. Certaines tribus yézidies s’associent à Qara Yusuf de Qara Qoyunlu, tandis que d'autres se rapprochent de Ouzoun Hassan de la tribu rivale Aq Qoyunlu contre les Timourides. Sous le règne de Saladin, les yézidis servent de soldats et d’ambassadeurs, on leur confie également des terres à gouverner.
Période ottomane
Les premières prises de contact entre Yézidis et Ottomans remontent au début du , ils bénéficient alors d’une semi indépendance sous l'Empire ottoman qui contrôle les régions kurdes avec des gouverneurs à Diyarbekir, Urfa, Sinjar et Mossoul. En 1516, le sultan Selim le Terrible envahit la Syrie et reprend Alep et Damas aux Mamelouks d'Égypte. Cheikh Izz ed-Din, un yézidi, réussit à se faire nommer émir des Kurdes par les gouverneurs ottomans, mais le titre revient, à sa mort, à la famille de l’ancien chef des Kurdes à Alep, Qasim Beg.
Les Yézidis constituent un groupe important, notamment à Bingöl, Bitlis, Van, Hazo, Amedi, Diyarbekir, Hasankeyf, Cizre et Dohuk. Les yézidis occupaient des postes importants dans l’organisation provinciale ottomane, comme ceux de gouverneurs de Tikrit et Kerek. Ils s’occupent de commerce et de transport fluvial sur leur territoire, pour passer le Tigre à Hasankeyf, grâce à leurs contacts avec d'autres ethnies. Evliya Çelebi rapporte ainsi la qualité de leurs produits : .
Sous le règne de Soliman le Magnifique en 1534, le chef yézidi Hussein Beg se voit confier le contrôle des émirats de Soran et de Bahdinan, avec leurs capitales respectives Erbil et Amedi ; les Yézidis conservent un pouvoir politique et militaire important sous sa gouvernance et à profiter d'une période de paix et d'absence de persécution. Bientôt, les musulmans de Soran s'opposent à Hussein Beg et tentent de renverser les dirigeants Dasini. Leurs premières tentatives échouent mais une alliance entre les communautés musulmanes voisines leur permet de s’emparer d'Erbil. Les tentatives d’Hussein Beg pour reprendre la ville échouent et se soldent par la mort de 500 guerriers yézidis. Hussein Beg est alors rappelé à Istanbul et exécuté.
La détérioration des relations avec les Ottomans et les Kurdes sunnites entrainent un durcissement du régime. En 1566, Abu al-S'ud al-'Amadi al-Kurdi, Cheikh al-Islam et mufti de l'Empire ottoman, coopère avec les sultans ottomans et émet des fatwas qui légitiment le massacre des Yézidis, l'esclavage de leurs femmes et la vente d'esclaves yézidis sur les marchés. Les Yézidis, dont territoires sont désormais considérés comme Dar Al-Harb d'un point de vue religieux, sont alors soumis à une pression militaire ottomane constante. Les princes kurdes sunnites, en particulier ceux de la principauté de Bahdinan demandent par la suite au sultan d'éliminer les yézidis qu’ils accusent d’apostasie.
Pendant la première moitié du , les Yézidis prennent beaucoup d’importance grâce à l’influence d'Êzidî Mirza, un jeune chef militaire réputé qui se bat aux côtés des Ottomans lors de la bataille de Bagdad, au côté de Zeynal Javkhali, Mîr des Yézidis de l'époque, et de six autres chefs yézidis. Êzidî Mirza, qui devient chef des Bashiqa-Bahzani puis gouverneur de Mossoul en 1649, figure dans plusieurs sagas yézidies.
Au cours du , les Ottomans lancent de nombreuses expéditions contre les Yézidis de Shingal qui contrôlent depuis longtemps les routes commerciales de leur région, attaquent les caravanes ottomanes et refusent de payer les taxes demandées par les Ottomans. La première expédition est menée par le grand vizir ottoman Nasuh Pacha en 1613. Elle se solde par une victoire des Yézidis et le massacre de soldats ottomans, selon les rapports d'Evliya Çelebi.
En 1640, le grand vizir, Melek Ahmed Pacha de Diyarbekir lance une autre expédition contre les Yézidis de Shingal. Evliya Çelebi, rapporte que 3 060 Yézidis périssent sur les Monts Sinjar ; il décrit la richesse des Yézidis et l'abondance de la région qu'il qualifie de prospères entre leurs mains.
En 1671, une autre guerre se déroule pendant trois ans, dans les montagnes de Shingal, entre la tribu des Sacheli et les armées des Pashas voisins. Elle se solde par la victoire des montagnards, qui font environ 4 000 prisonniers.
Entre 1715 et 1809 Les Yézidis sont mentionnés dans un récit rédigé en 1716 par Ibn-i Nuh, l'imam de la ville de Van, récit qui raconte l’histoire de sa ville. Il y rapporte la situation désespérée des musulmans aux mains de ceux qu’il appelle Cünd-i Şeytan (l’armée de Satan). Il décrit également une attaque ottomane contre les Yézidis de Van en 1715. Dans la section intitulée « Le massacre des Yézidis et la vengeance des martyrs de Van », il raconte comment une armée de soldats provenant d'Ahlat, Adilcevaz et Erçiş affronte et vient à bout des Yézidis. Il précise que cet endroit ne payait pas la jizya, un impôt de capitation collecté sur les hommes pubères non musulmans.