vignette|Le prolongement de l'esplanade de la mosquée Hassan II occupé par les quartiers de la médina extramuros|321x321pxL'avenue royale est un projet de rénovation urbaine lancé dans les années 80 à Casablanca au Maroc.
Conçu comme le prolongement urbain de la Grande Mosquée Hassan II, le projet de l'avenue royale a pour fonction de connecter cet édifice religieux au centre de Casablanca. Cependant, sa percée à travers des quartiers anciens de la ville a connu des retards majeurs liés aux procédures d'indemnisation et de relogement des habitants.
Origine du projet Le , le Roi Hassan II annonce à Casablanca, lors d'une séance de travail avec les autorités locales, le projet de la Grande Mosquée prévue sur le littoral casablancais à l'emplacement de l'ancienne piscine municipale. Dès cette annonce, le Roi a mis en lumière la portée urbaine du projet en précisant que "Le minaret de cette mosquée dominera l'avenue des Forces Armées Royales". Cette connexion précoce entre le minaret et une artère majeure de Casablanca souligne l'ambition de faire de la Mosquée non seulement un lieu de culte, mais aussi un symbole monumental et un élément structurant d'une métropole ingouvernable qui inquiétait le souverain. vignette|299x299px|Le minaret de la mosquée Hassan II dominant la ville de Casablanca Une année après, les émeutes de juin 1981 sont venues confirmer les inquiétudes du roi Hassan II qui charge immédiatement l'architecte Michel PINSEAU d'élaborer le schéma directeur d'aménagement urbain du Grand Casablanca (SDAU). Ce schéma institué en 1984 et approuvé en 1985 s'insère dans un urbanisme sécuritaire visant à corriger le développement spontanée et chaotique de la métropole mais surtout à contrôler son espace urbain. Curieusement, des projets majeurs comme la grande mosquée et l'avenue royale n'y figurent pas même s'ils partagent la même approche sécuritaire.
Nonobstant ce qui précède, le projet de la mosquée Hassan II s'est imposé en 1985 par la volonté du roi qui chargera à nouveau Mr PINSEAU de sa réalisation avec le suivi de l'Agence urbaine récemment créé à la suite des recommandations du SDAU. Mr PINSEAU adoptera la vision du roi en intégrant dans le complexe de la mosquée une vaste esplanade permettant de créer une voie monumentale partant de la Mosquée et rejoignant le centre de Casablanca selon la déclaration de l'Architecte. Les premières esquisses de cette voie, mettant en valeur la hauteur du minaret, ont été dessinées dès 1987 par son cabinet. De ce fait, le projet de l'avenue royale représente le déploiement territorial et urbanistique de la grande mosquée Hassan II.
Evolution du projet
Phase de préparation
Conception À son stade préliminaire, l'axe urbain dénommé l'avenue de la mosquée Hassan II en 1989, visait à relier la grande mosquée Hassan II au grand théâtre prévu entre la place Oued El Makhazine (ex place Verdun) et la porte Bab Marrakech de l'ancienne médina. Ce théâtre était l'un des projets de grand envergure prévu par le SDAU de 1984 sur une emprise de sol de et implanté devant la Place Oued El Makhazine où aboutit l'avenue des Forces Armées Royales (FAR).
L'agence urbaine de Casablanca (AUC) précise en 1989 que cet axe reliant la mosquée au théâtre entrainera une mutation du tissu urbain et sera composé de deux tronçons reliés par la place Ouezzane (devant la porte BAB JDID de la médina) et bordés de part et d'autre par un front bâti d'une hauteur de 26 mètres (R+7). L'AUC lance aussitôt les enquêtes socio-économiques et foncières qui vont servir de base à la déclaration d'utilité publique décrété le en vue d'aménager la zone de l'avenue de la mosquée Hassan II et ses environs. En dépit de son absence initiale dans le SDAU, ce projet est introduit dans les rapports justificatifs des plans d'aménagement des communes d'Anfa et de Sidi Belyout.
En 1990, un Palais des congrès, non inclus initialement dans le SDAU, a également été ajouté au projet de l'Avenue de la mosquée Hassan II.
Dès l'inauguration de la mosquée Hassan II en 1993, son avenue éponyme sera présenté comme un projet visant non seulement à valoriser et désenclaver l'édifice religieux mais surtout à opérer une rénovation complète du centre de Casablanca. Cette opération sera réparti en plusieurs tranches dont la première concernera les abords de la mosquée.
Ce n'est en 1994 que l'avenue de la mosquée Hassan II sera rebaptisé l'avenue royale. Une dénomination qui coïncide avec l'émergence d'un nouvel acteur urbain nommé SONADAC placé comme l'AUC sous la tutelle du ministère de l'intérieur et chargé de l'aménagement de cette avenue.
Le projet de l'Avenue royale devient surtout une opération de rénovation urbaine, d'inspiration haussmannienne, du centre de Casablanca visant le percement d'une artère de 60 mètres de large sur 1,5 km au travers des quartiers populaires de la médina extramuros et ce afin de relier la mosquée Hassan II à la place des nations unies en desservant au passage les futurs théâtre et Palais des Congrès.
Quartiers concernés Les quartiers concernés par le projet se trouvent dans la zone appelée médina extramuros. Il s'agit d'un habitat non planifié qui s'est formé au début du XXe siècle à l'ouest de l'ancienne Médina. Son développement rapide et sa densification sont dus à la dynamique économique de Casablanca sous le Protectorat français et à la création d'un port international. Il logeait une population répartie entre musulmans et israélites.
Les principaux quartiers (Derbs) concernés par la percée de l'avenue royale sont: Derb SOFI, Derb TALIAN (quartier des italiens), Derb LINGLIZ (quartier des anglais), Derb M'AIZI, BOUTOUIL, Arsat BENSLAMA, Derb DALYA et Derb RMAD. Ces quartiers, déjà affaiblis par des décennies de sous-investissement, demeuraient pourtant essentiels aux yeux de leurs habitants. Ces derniers tiraient parti de leur emplacement privilégié à proximité du port et du centre-ville et se définissaient comme de véritables casablancais.vignette|Un quartier de la médina extramuros
Phase de démarrage
Création de la SONADAC La société national d'aménagement communal (SONADAC) émane d'une transformation de la banque de développement des collectivités locales (BDCL) créé en 1989. Ce changement de nom et d'objet a été opéré en 1991 sous l'impulsion du ministre de l'intérieur Driss BASRI. La SONADAC est devenu une société anonyme dont l'objet est la réalisation des opérations d’aménagement, de rénovation, de restructuration et de réhabilitation urbaine.
Chargée du projet d'aménagement de l'Avenue royale, la SONADAC devient opérationnelle en aout 1994 avec l'assistance de l'AUC et la communauté urbaine de Casablanca. Son activité consiste d'abord à assainir le foncier d'une zone de 48 ha, déclarée d'utilité publique, par des opérations d'expropriation, de relogement des habitants et de démolition des bâtisses existantes jugées vétustes.
La SONADAC a été chargée de créer la nouvelle cité "Nassim" au sud-ouest de Casablanca, dont l'objectif principal était le relogement des ménages habitant la médina extra muros. Les terrains Nassim ont été déclarés d'utilité publique en . Le financement de ces opérations reposait principalement sur la péréquation foncière sur le site de Nassim et sur d'autres terrains cédés par la Direction des Domaines et la Communauté Urbaine ou acheté tel que la nouvelle corniche de la mosquée Hassan II acquise par la SONADAC en 1996.
Opérations de Relogement et d'indemnisation
Les enquêtes réalisées par l'AUC en 1989 ont recensé environ 20 000 ménages de 120 000 personnes à reloger et plus de 6000 constructions à démolir. Ce chiffre a été révisé à la baisse à 12 000 ménages correspondant à 60 000 personnes et 3376 constructions constituant la base des opérations de relogement. En effet, le directeur de la SONADAC, a affirmé que le recensement de 1989 a été actualisé en 1996 par la SONADAC en collaboration avec l’Agence Urbaine de Casablanca et la Direction de la Statistique avec l’aide des autorités locales et des communes urbaines de Moulay Youssef et Sidi Belyout. Ces ménages ont été catégorisés selon leur statut de propriété pour définir les indemnisations.
Les locataires, représentant 80% des ménages, ont accès au relogement à des prix préférentiels dans les quartiers périphériques de Casablanca (Nassim et Attacharouk). La SONADAC prenant en charge les deux tiers du prix du nouveau logement, les ménages devaient s'acquitter du reliquat, souvent sous forme de crédit. C’est le Crédit immobilier et hôtelier CIH (banque actionnaire de la SONADAC) qui finance les prêts aux ménages avec un régime spécial qui tient compte de la précarité des bénéficiaires. En effet, le recensement de 1989 a constaté que 44% des ménages vivent dans une seule pièce et que la plupart exerçaient des activités non déclarées à faible revenu.
Les deux autres catégories restantes sont les propriétaires (souvent absentéistes) et les zinataires (selon le droit musulman du zina) qui ne possèdent que les bâtiments construits sur un terrain appartenant à autrui contre une redevance au propriétaire foncier. Ces deux catégories ont reçu une indemnisation pour le foncier ou l'immobilier dont ils ont été dépossédés suivant un barème fixé par la SONADAC comme suit: Statut d'IndemnisationMontant fixé par la SONADACJustification / DétailImmobilier (Plancher)800 dirhams marocains (dhs) le mètre carré de plancherIndemnité fixée "indifféremment de l’état des habitations".Foncier (Petites Parcelles)1 000 dhs le mètre carré de terrainConcerne les petites parcelles.Foncier (Grandes Propriétés)400 dhs le mètre carré de terrainConcerne les grandes propriétés foncières. En plus de l'indemnisation pécuniaire, les propriétaires ou zinataires expropriés de leur lieu de résidence bénéficient également du programme de relogement.
Lancée en 1996 sur 320 hectares, l'opération Nassim prévoyait la construction de 16 000 logements sociaux dédiés au relogement répartis sur trois tranches totalisant 116 hectares. Ces tranches devait permettre le relogement de la totalité des ménages dans l'horizon de 2004.
La tranche prioritaire de relogement concernait 2200 ménages dont une première vague composé de 530 ménages du Derb Sofi a été relogée en 1995 au complexe résidentiel Al Walaa dans la cité Attacharouk à la commune de Sidi Moumen. Le prix de l'appartement pour le chef de ménage bénéficiaire était de 70 000 DH à Nassim et de 50 000 DH à Attacharouk. Le relogement de cette première tranche devait être achevé en 1997 mais il n'a pu aboutir qu'en 2002.
Phase de stagnation La volonté royale de voir ce projet aboutir a été réitérée en 2000 après le décès d’Hassan II, par la décision du Roi Mohamed VI d’attribuer 500 millions de dirhams à la SONADAC à travers le Fonds Hassan II. Le renouvellement de l'utilité publique, opéré en aout 2001, pour la préparation de la zone de l'Avenue royale et ses alentours change les limites du projet. En , la SONADAC finalise le nouveau plan d'aménagement de l'avenue Royale. Ce plan divise l'avenue en trois zones principales: un pôle d'affaires (pôle Mosquée), un espace commercial, culturel et de loisirs (pôle Bab Marrakech), et une zone essentiellement résidentielle (pôle Ziraoui).
Cependant, vingt ans après le recensement de 1989, le bilan des relogements et d'acquisition de l'assiette foncière fut faible. En effet, seulement 7,5 ha avait été acquise par la SONADAC dont 4 ha cédé par la commune de Moulay Youssef et moins de 3000 ménages seulement ont été relogés dont une part importante ne figure même pas dans la liste des 12000 familles recensées. Quant aux commerçants recasés, leur nombre a atteint 253 sur un total de 2250, soit 11, 24% seulement. La gestion défaillante de la SONADAC est la cause principale de la stagnation du projet, bien que les pratiques des habitants y aient également contribué.
Déficit Stratégique