Les Folles Alliées est une troupe de théâtre qui s’est produite entre 1980 et 1990 au Québec. D'abord amateur, la troupe se professionnalise en 1982 en présentant une première pièce au Théâtre de la Bordée de Québec. La troupe était composée essentiellement de femmes et est connue pour ses revendications féministes affirmées, son univers fantaisiste et son humour déjanté. Actives durant près d'une décennie, Les Folles alliées ont présenté plusieurs comédies musicales dans la province de Québec, notamment au Théâtre de la Bordée, au Théâtre du Grand Dérangement et au Théâtre d'Aujourd'hui.
Émergence
Création de la troupe Composée de Hélène Bernier, Christine Boilat, Jocelyne Corbeil, Carole Gélinas, Lucie Godbout, Sylvie Legault, Agnès Maltais, Pascale Gagnon Sylvie Potvin et Mario Fraser, Les Folles alliées utilisaient le rire et la comédie comme outil de diffusion du féminisme. Le nom de la troupe est un jeu de mots avec l'expression « folle à lier ».
Résolument urbaine, la troupe est composée à l'origine de femmes résidentes du Faubourg Saint-Jean-Baptiste de Québec et qui n'ont aucune formation en théâtre. C'est à l'occasion de Noël 1980, dans la salle du café-théâtre le Hobbit de Québec, rue Saint-Jean, que la troupe se produit de manière payante pour la première fois. Les Folles alliées y proposent Céline ou Tu vois ben que je t'aime, bébé... Pourquoi tu m'aimes pas ? Fortes d'un premier succès, elles collaborent ensuite avec le Conseil du statut de la femme lors d'un concours sur la publicité sexiste, la troupe présente alors La Publicité s'excite. C'est véritablement la collaboration avec l'actrice et metteure en scène Pierrette Robitaille qui professionnalise Les Folles alliées.
Une production artistique féministe Pour la professeure de l'Université d'Ottawa et directrice de l'Observatoire de l'humour de Montréal, Lucie Joubert, l'œuvre des Folles alliées s'inscrit dans une filiation directe de l'humour féminin au Québec. Succès(sœurs) des Girls et prédécès(sœurs) des Moquettes Coquettes, Les Folles alliées produisent des spectacles d'humour et des comédies musicales résolument socio-sexués. Pour Les Folles alliées, l'alliage de l'humour et du féminisme va sans dire. Lucie Godbout dit néanmoins que « question marketing [...] c’était une erreur de s’afficher féministes. » Pourtant, leurs positions militantes sont fièrement prônées et reconnues tout au long de leurs années d'activité.
C'est par les thèmes et les cibles qu'elles abordent que la troupe s'impose comme chef de file en humour féministe au Québec. Femmes de leur temps, elles appartiennent à ce qu'il est convenu d'appeler le courant de deuxième vague. Ainsi, elles abordent l'objectification des femmes, l'hypersexualisation, la pornographie, l'itinérance cachée, les infections sexuellement transmissibles, les techniques de procréation assistée, la violence conjugale, la religion, l'émergence des garderies et bien d'autres.
C'est par la moquerie, la caricature et la satire des comportements masculins et sociaux qu'elles portent leurs revendications. En étant des femmes qui interprètent des rôles masculins, elles brisent les normes sociales de bienséance, mettant en évidence les systèmes d'oppressions qu'elles cherchent à déconstruire.Bien de leur époque, elles abordent un ensemble de sujets d’actualité qui touchent la femme québécoise. Par exemple, en 1985, année de production de leur pièce Mademoiselle Autobody traitant de la pornographie, le rapport Fraser traitant également de la pornographie et de la prostitution au Canada est déposé. Ce rapport a fait grand bruit dans les milieux féministes, que ce soit le rapport en soi autant que la réponse du Ministre de la Justice fédéral de l'époque John Crosbie. Cela confirme la proximité des Folles alliées avec le zeitgeist féministe.
L'humour est également un moyen de désamorcer les critiques et de rejoindre un plus large public. Les Folles alliées ont conscience du caractère subversif de l'humour et de sa capacité de traiter de sujets pénibles ou sensibles. En entrevue avec la journaliste France Simard, la troupe mentionne néanmoins devoir conserver un équilibre puisqu' « avec l’humour, il faut toujours être vigilant. Il ne faut surtout pas que cela se retourne contre vous. Il faut que ça soit un rire libérateur et que l’humour ne serve surtout pas à donner des arguments aux machos. »
Les principales pièces
Enfin Duchesses ! En 1975, le réalisateur Robert Favreau réalise le documentaire Le Soleil a pas d'chance. Le long métrage, financé par l'Office national du film du Canada offre un regard intime, attristant et complexe sur les dessous du concours de beauté du Carnaval de Québec. On y suit la poursuite chimérique des jeunes femmes de la vieille capitale, dans le but d'être sacrée reine du Carnaval ou bien d'obtenir l'un des six convoités titres de duchesses. Devant des jugements tantôt démoralisants, tantôt humiliants, les aspirantes redoublent d'effort pour exceller dans les nombreuses épreuves du concours.
Près de sept ans plus tard, en 1982, Les Folles alliées, prenant elles aussi pour inspiration le concours de beauté du Carnaval de Québec, produisent la comédie musicale Enfin Duchesses ! Avec humour, désinvolture et bonne humeur, elles réécrivent le déroulement des épreuves et la fameuse nomination. Le thème central de la pièce tourne autour de la perpétuation de l'exploitation de la femme-objet, en l'occurrence à travers les concours de type Miss. Dans la pièce, une opération pour tourner au ridicule le Carnaval est fomentée par Les Brigades roses, clin d'œil aux Brigades rouges italiennes de Curcio et Franceschini. Ces dernières, se définissant dans la pièce comme étant de « subversives gonzesses », réussissent à prendre le contrôle des festivités tout en amenant le public à se questionner sur la superficialité et l'impact sociologique de ce type de concours sur la jeunesse féminine. Les Folles alliées disent de la pièce Enfin Duchesses ! : « Nous n'avons jamais eu envie d'être duchesses. Nous avions plutôt envie de faire, de ce conte de fées, un conte de sorcières et rêvions de voir les filles saboter, de l'intérieur, ces monuments érigés au fameux « sois belle et tais-toi! » que sont les concours de Miss. »
La première s'est déroulée le au Théâtre de la Bordée de Québec. La troupe a poursuivi sa tournée en jouant notamment au Théâtre Expérimental des Femmes, au Théâtre de Quat'Sous et à la Salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier de Montréal. Succès critique et commercial, le journal La Tribune de Sherbrooke rapportait qu'en date du samedi plus de 10 000 billets avaient été vendus à travers la province.
Mademoiselle Autobody En 1985, Les Folles alliées signent la pièce Mademoiselle Autobody qu'elles dédient à Denise Morel, connue pour son rôle de Dame Plume dans la Ribouldingue. Cette nouvelle comédie musicale a pour thème principal la pornographie, le titre se veut une allusion aux garages qui dans la décennie 1980, au Québec, sont l'un des principaux canaux de diffusion de la pornographie hardcore en cassettes vidéo.
L'histoire débute par la chanson « Les nanas en vacances » suivie par l'arrivée des Brigades roses à Pomponville, haut lieu de villégiature québécois. Sur place, l'une d'entre elles, Bibi, se lance comme mécanicienne et acquiert le garage municipal. Peu après leur arrivée en ville, les Brigades roses croisent le fer avec le maire du village, Maurice Malo, un véritable obsédé sexuel. Déjà propriétaire d'un « Club Vidéorotique », il s'apprête à inaugurer « Le Complexe du sexe » qui s'avère être un bar de danseuses nues. Voulant faire échouer l'ouverture du cabaret, elles organisent l'opération « la Revanche des riflonflettes ». Afin de faire dérailler les plans du maire, les Brigades roses convainquent notamment la serveuse Jeannine ainsi que l'épouse du maire, Phédra Simard, de se joindre à elles pour faire dérailler l'ouverture. Horrifié du remplacement des danseuses par ses proches, le maire, Maurice Malo, réagit en se lamentant sur son propre sort « Oh ! Non ! Pas ma mère, pas ma femme ! […] Oh ! Non ! Pas ma fille, pas ma sœur ! ».
Carole Fréchette, autrice et comédienne, dit de la pièce : « Si les Folles Alliées ne vont pas aussi loin qu'on le souhaiterait dans ce spectacle, il demeure que là où elles vont, elles s'y rendent avec intelligence, sensibilité et surtout avec passion. »
En 1987, Lucie Robert, professeure en études littéraires à l'Université du Québec à Montréal, relate la réception de la pièce Mademoiselle Autobody dans la communauté féministe québécoise. Elle écrit dans la revue Voix et Images :Mademoiselle Autobody, dont la création, le 30 janvier 1985, au théâtre du Grand Dérangement à Québec, avait soulevé une certaine controverse dans les milieux féministes. Sujet délicat, difficile même pour plusieurs femmes, la pornographie, ainsi que l'ensemble des industries dites « du sexe », soulèvent des passions et des colères qui s'accommodent plutôt mal d'une réflexion humoristique prenant la comédie musicale comme structure fixe. Les Folles Alliées sont pourtant très habiles à construire un texte qui, tout en manifestant les engagements politiques de la troupe, résiste à la tentation du lieu commun et aux pièges de la dédramatisation.Sans être en soi une critique négative, Lucie Robert offre un regard contemporain de la réception mitigée de la pièce. Les féministes, n'étant pas un monolithe idéologique, n'ont pas toutes reçues favorablement l'approche bon enfant des Folles alliées.
C'est parti mon sushi ! Un show cru Produite en 1988, la pièce a été jouée pour la première fois à l'Institut Canadien de Québec, les 3 et , puis au Spectrum de Montréal, les 9 et . C'est un retour au format cabaret, c'est-à-dire sous la forme d'une trentaine de sketches, de chansons et de chorégraphies, que se déroule la pièce. Toujours dans un esprit féministe et absurde, elles abordent des sujets plutôt tabous comme les infections sexuellement transmissibles, les techniques de procréation assistée, la violence conjugale, les stéréotypes amoureux, l'image de la Vierge, etc.
L'histoire de la pièce se déroule dans une jungle, considérée par Hélène Bernier comme le « symbole scénographique de la jungle inextricable qu'est la vie ». Les sketches sont présentés selon une division journalière, d'abord les thématiques diurnes puis les nocturnes. Lucie Godbout mentionne dans son livre retraçant les dessous des Folles alliées que la vulgarité et l'audace des textes avaient particulièrement déplu à la radio de Radio-Canada, à l'exception de Marie-France Bazzo.
Il s'agit de la chanson thème du spectacle.
Controverse
Adaptation