Denise Ferrier, née le à Vichy et décédée le à Paris, est une peintre et dessinatrice française figurative et abstraite. Longtemps méconnue, l’œuvre de cette artiste est progressivement redécouverte à partir des années 2010.
Biographie et parcours artistique Denise Jeannine Ferrier naît en 1920 à Vichy, d’Aline Élisabeth Michel et de Lucien Jean Baptiste FerrierArchives Départementales de l'Allier, Vichy, naissances 1920-1922, acte n° 320 avec mention marginale du mariage, vue 82/304., typographe puis comptable. Elle est issue d’une famille de viticulteurs, cafetiers et restaurateurs, qui prend en 1925 à Vichy la gérance de la brasserie Gambrinus, au 23, rue Georges-Clemenceau. Son père pratique la peinture en amateur et y initie sa fille, qui est également formée à Vichy par Paul Devaux, graveur sur bois, et par Ulysse MoussaliUlysse Moussali, nationalité syrienne, peintre, architecte du pavillon des États du Levant à l’exposition de Paris 1937, collectionneur d’art https://bibliothequekandinsky.centrepompidou.fr/recherche?search=Ulysse%20Moussali&filter=&source=catalogue&log=false, peintre et collectionneur d’art.
Les années de formation Denise Ferrier enfant dessine sans cesse, et très tôt elle veut devenir une artisteLe Fonds Denise Ferrier conserve plusieurs centaines de dessins d’enfance et de jeunesse de l’artiste. Reproductions d’un dessin d’enfance et d’une peinture de Denise Ferrier à l’âge de 15 ans : Denise Ferrier Rythmes, Paris, Thélème films, 2021, ISBN , p.11 et p.12.Sources biographiques : - Michèle Moyne-Charlet, Françoise Garcia, Françoise Py, Être peintre dans la France de l’après-guerre, l’étonnant parcours de Denise Ferrier (1920-2011), Mâcon, Musée des Ursulines de Mâcon, 2024, ; - Patrice Spadoni, Denise Ferrier Rythmes, Paris, Thélème films, 2021, ISBN ; - Correspondances et documents du Fonds Denise Ferrier, ensemble d’oeuvres, photos et documents conservé par l’Association Denise Ferrier.. Elle est encouragée par son père dans cette vocation, et conseillée par Paul Devaux qui la remarque et publie dans sa revue d’Art bourbonnais, L’Élan, un dessin qu'elle réalise à l’âge de 6 ansL’Élan, numéro 8, Mai 1927, publié par la Société des amis des Arts de Vichy et du Boubonnais, Directeur Paul Devaux. Conservé au Fonds Denise Ferrier.. Jeune fille, elle s’exerce en copiant les maîtres, peint des natures mortes et des portraits de Vichyssois dans un style très réaliste. Elle désire acquérir les techniques de la peinture classique, tout en commençant à s’intéresser à l’Art moderne, notamment à travers la lecture des textes du peintre cubiste André LhoteSelon son fils Patrice Spadoni, Denise Ferrier a conservé toute sa vie deux livres à son chevet : Le Journal de Delacroix, et Le Traité du paysage (1939) d’André Lhote (communication faite au Colloque Le parcours artistique de Denise Ferrier / Femme et artiste dans la société du XXe siècle, Vichy, octobre 2025.).
En 1945, elle réalise sa première toile abstraite à Vichy sans qu’elle ait encore jamais vu, selon son témoignage, de peinture abstraiteTémoignage de l’artiste dans le film DENISE FERRIER Peinture Dessins – Cité des Fleurs, Patrice Spadoni, 2010 : https://www.deniseferrier.fr/video/. La même année Paul Devaux, déclare qu’il ne peut « plus rien lui apprendre », et l'encourage à parfaire sa formation à Paris. En 1945-1946, Denise Ferrier suit l’enseignement de Jean Souverbie, cubiste, ami de Picasso, à l’Académie de la Section d’orL’Académie de la Section d’or, « chez Frisson » : Frédéric Souverbie, Jean Souverbie, 1891-1981, Montreuil, Édition Gourcuff Gradenico, 2021, , page 146. dans l’atelier de Madeleine FrissonMadeleine Frisson, artiste : https://fr.artprice.com/artiste/253506/madeleine-frisson, au 11 rue des Sablons. Denise Ferrier gagne l’estime de Jean Souverbie avec une vue des Parcs de VichyDenise Ferrier, Le Parc vu depuis la terrasse de l’Hôtel de la Cloche, Vichy, octobre 1945, huile sur panneau présentée pour la première fois au public en octobre / novembre 2025 dans l’exposition : Denise Ferrier. La Redécouverte d’une artiste majeure, Vichy, 2025., petit panneau peint dont il loue le chromatisme et le mouvementCorrespondance de Denise Ferrier avec ses parents, lettres du 21 novembre 1945 au 8 juillet 1946, conservées dans le Fonds Denise Ferrier.. L’enseignement de Souverbie est pour Denise Ferrier un véritable choc, elle abandonne alors le réalisme de ses premières années pour des recherches cubistesReproductions de trois études de nus exécutées par Denise Ferrier sous la conduite de Jean Souverbie : Être peintre dans la France de l’après-guerre, l’étonnant parcours de Denise Ferrier (1920-2011), Mâcon, Musée des Ursulines de Mâcon, 2024, , p.24..
Du cubisme à l'abstraction Fin 1947, sa famille ruinée et son père décédé, Denise Ferrier rejoint Paris où elle est plusieurs années secrétaire d’un avocat tout en poursuivant son activité de peintre. À la fin des années 1940, s’éloignant des influences d’André Lhote et de Jean Souverbie, Denise Ferrier passe du cubisme à l’abstraction, sans se rattacher à aucune école, dans une totale indépendance : « L’abstraction, c’est l’invention totale » expliquera-t-elle plus tardTémoignage de l’artiste dans le film DENISE FERRIER Peinture Dessins – Cité des Fleurs, Patrice Spadoni, 2010.. Denise Ferrier fréquente l’atelier de l’Académie Frochot, où elle rencontre en 1949 le peintre cubiste Jean Spadoni (1908-1957), élève de Jean MetzingerFonds Denise Ferrier : Photo de l’atelier de Jean Metzinger, avec Jean Spadoni parmi les élèves ; carnets de croquis de nus dessinés par Denise Ferrier dans l’académie Frochot, avec notes de Jean Spadoni.. Ils emménagent dans l’atelier de peintre et de tailleur pour hommes de Jean Spadoni dans l'arrière-cour d'une pension de famille au 33 de la Cité des Fleurs, dans le 17e arrondissement de Paris. Ils se marient à Paris en 1953, année où naît leur fils, Patrice, qui, d'abord postier et militant anarchiste, deviendra réalisateurIMDb, fiche https://www.imdb.com/fr-ca/name/nm15439531/ - Allo Ciné, fiche https://www.allocine.fr/personne/fichepersonne_gen_cpersonne=30409.html. Denise Ferrier et Jean Spadoni vivent dans une grande pauvretéReproduction : Denise Ferrier, L’atelier / habitation de Denise Ferrier et Jean Spadoni au 33 Cité des Fleurs, Huile sur isorel, Paris 1956, dans Être peintre dans la France de l’après-guerre, l’étonnant parcours de Denise Ferrier (1920-2011), Mâcon, Musée des Ursulines de Mâcon, 2024, , p.45. , mais aussi dans une ambiance d’émulation et d’enthousiasme dont témoignera Denise Ferrier : « Cité des Fleurs. – La vraie vie d’artiste partagée. L’exaltation !Extrait des cahiers de notes autobiographiques conservées dans le Fonds Denise Ferrier.» au Salon des Réalités Nouvelles.
Malgré les difficultés rencontrées par les femmes peintres pour se faire reconnaîtrePlusieurs études ont souligné ces difficultés. Parmi elles : Nina Missel, Artistes femmes, les grandes oubliées de l’histoire de l’art, Aware, https://awarewomenartists.com/decouvrir/artistes-femmes-les-grandes-oubliees-de-lhistoire-de-lart/ ou Charlotte Foucher Zarmanian, La part des femmes au musée : https://www.sciencespo.fr/artsetsocietes/fr/archives/3241, Denise Ferrier participe à plusieurs expositions collectives dont le Salon d’Automne de 1947Reproduction de la peinture exposée au Salon : Denise Ferrier Rythmes, Paris, Thélème films, 2021, , p.13 ; Référence au tableau : Catalogue du Salon d’automne 1947, Source : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb342965150,FERRIER Denise, n°483, Le Broc bleu, huile, p.43. avec le soutien du peintre vichyssois Louis Neillot. De 1950 à 1955, Denise Ferrier participera, soutenue par Auguste Herbin, à la société et aux Salons des Réalités Nouvelles au Musée National d’Art Moderne situé alors au Palais de TokyoCatalogues des Salons des réalités Nouvelles : https://bibliothequekandinsky.centrepompidou.fr/recherche?search=R%C3%A9alit%C3%A9s%20Nouvelles&filter=&source=catalogue&log=false ; reproduction de la carte de Denise Ferrier de sociétaire des Réalités Nouvelles 1955 : Être peintre dans la France de l’après-guerre, l’étonnant parcours de Denise Ferrier (1920-2011), Mâcon, Musée des Ursulines de Mâcon, 2024, , p.65. . Le travail de Denise Ferrier y est remarqué et elle reçoit le soutien d'Henry Valensi, chef de fil du mouvement musicaliste. Sans rejoindre ce mouvement, Denise Ferrier entretiendra avec Henry Valensi une correspondance régulière jusqu’au décès de ce dernierFonds Denise Ferrier : Correspondance Henry Valensi - Denise Ferrier, 1953 à 1960. Reproductions d’une carte d’Henry Valensi à Denise Ferrier et d’une lettre : Être peintre dans la France de l’après-guerre, l’étonnant parcours de Denise Ferrier (1920-2011), Mâcon, Musée des Ursulines de Mâcon, 2024, , p.63 et 65. .
Pour sa seconde participation au Salon des Réalités nouvelles en 1951, Denise Ferrier élabore une grande peinture à l’huile : RythmesReproductions : Être peintre dans la France de l’après-guerre, l’étonnant parcours de Denise Ferrier (1920-2011), Mâcon, Musée des Ursulines de Mâcon, 2024, , p.62 ; également publiées sur le site Internet consacré à Denise Ferrier : https://www.deniseferrier.fr/peintures-1940_60/, à la suite de la réalisation d'un très grand nombre de croquis, esquisses, et travaux préparatoires, dont une partie est aujourd’hui conservée au Cabinet des Arts graphiquesCentre Pompidou : Denise Ferrier, Recherches Toile pour « Réalités Nouvelles » de 1950 à 1951 : https://www.centrepompidou.fr/fr/ressources/oeuvre/qlhmtYH. Jean Cassou remarque Rythmes et manifestera l’intention de l’acquérir pour la collection du Musée d'Art moderne: « (…) une de ces compositions en camaïeu de gris retient l’attention de Jean Cassou, directeur du musée national d’art moderne, qui lui en demande une photo. C’est Rythmes de 1951Françoise Garcia, Denise Ferrier, une volonté farouche. Entre abstraction représentative et abstraction pure, p.4, communication au Colloque Le parcours artistique de Denise Ferrier / Femme et artiste dans la société du XXe siècle, Vichy, octobre 2025, publication en préparation, conservation Fonds Denise Ferrier..» Denise Ferrier ne saisit pas cette opportunité, et Rythmes ne rejoindra le Musée national d’art moderne qu’en 2021Centre Pompidou, Denise Ferrier, Rythmes 1951, Inventory n° AM 2021-660 : https://www.centrepompidou.fr/en/ressources/oeuvre/yVcS9T5.
Continuer à peindre malgré les difficultés Jean Spadoni meurt en . Denise Ferrier doit alors élever leur fils seule, dans une réelle précarité. Elle deviend couturière puis, à partir de 1959, est lettreuse et coloriste pour des bandes dessinées telles que Les Pieds Nickelés, Aggie Mack ou Bibi Fricotin, etc., de Pilote à L’Écho des Savanes, et pour des romans-photos, notamment ceux de Jean-Jacques Bourgois« Jean-Jacques Bourgois, qui a réalisé près de 600 romans-photos, dont des adaptations de Colomba de Prosper Mérimée et de La Cousine Bette de Balzac (...) », in Qu’est devenu le roman-photo ? publié en ligne le 29 décembre 2006 par Lavieeco : https://www.lavieeco.com/influences/culture/aintimitea-anous-deuxa-quest-devenu-le-roman-photo-6816/ et de Raymond Cauchetier. Elle poursuit ces activités précaires jusqu’à sa retraite en 1985. Elle réalise également quelques illustrations de presse, notamment pour le magazine Quinze ansMagazine Quinze ans : https://www.bedetheque.com/revue-Quinze-Ans.html.