L’imidaclopride est un pesticide de la famille des néonicotinoïdes, insecticides les plus utilisés dans le monde, et massivement employés en agriculture depuis le début des années 1990 (et depuis 1994 en France). Présent dans de nombreuses formulations, l'imidaclopride est la substance active du Gaucho pour traiter les céréales, et entre également dans la composition du Confidor (pour les arbres fruitiers), du Provado (pour les jardins), du Advantage (contre les puces et les tiques pour les chiens et les chats), ou encore du Premise (contre les termites et les cafards). Ayant un atome de chlore sur son cycle pyridine, il fait partie des chloronicotinyles.

Comme tous les néonicotinoïdes, ce pesticide est un produit « systémique »Araki, Y., W. Bornatsch, A. Brauner, T. Clark, G. Dräger, S. Kurogochi, H. Sakamato, and K. Vogeler. Metabolism of imidacloprid in plants. Proc. IUPAC Congress, Wash. 2B:1994. 157., c'est-à-dire qui diffuse dans tout l'organisme de la plante (et ainsi présent à faibles doses dans le nectar et le pollen Chauzat MP, Faucon JP, Martel AC, Lachaize J, Cougoule N (2006) « A survey of pesticide residues in pollen loads collected by honey bees in France » J Econ Entomol. 99: 253–262 des fleurs de cultures industrielles traitées avec ces produits, telles que le maïs Bonmatin JM, Marchand PA, Charvet R, Moineau I, Bengsch ER (2005) « Quantification of imidacloprid uptake in maize crops » J Agric Food Chem. 53: 5336–5341 et le colza ; la première démonstration ayant été publiée en 2003 pour le tournesol par le CNRSBonmatin 2003). Plus récemment, il est apparu que tous les compartiments environnementaux pouvaient être contaminés : sol, eau, plantes, pollens, nectars, airBonmatin 2014 du fait de l'utilisation massive et préventive de l'imidaclopride (ou d'autres néonicotinoïdes). Ces molécules sont de puissants neurotoxiques pour les insectes. Par exemple l'imidaclopride est plus toxique pour les abeilles que le DDTPisa 2014 sur la base des doses létales 50 %. Chez les mouches drosophiles, les effets de l'imidaclopride sur la survie et la reproduction sont encore démontrés à des concentrations plusieurs millions de fois inférieures à la concentration létale 50 %Charpentier 2014résumé français. Les néonicotinoïdes ciblent le système nerveux des insectes qui consomment ces plantes Erik Stokstad « Field Research on Bees Raises Concern About Low-Dose Pesticides » Science 30 March 2012: ; (Article complet, payant et résumé) en interagissant négativement avec les récepteurs nicotiniques de l'acétylcholine dont elles sont un antagoniste Suchail S, Guez D & Belzunces LP. (tous trois de l'INRA ; laboratoire de toxicologie environnementale), « Discrepancy between acute and chronic toxicity induced by imidacloprid and its metabolites in Apis mellifera » Environ Toxicol Chem. 2001 Nov;20(11):2482-6. L'imidaclopride, selon des chercheurs écossais (étude 2012) pourrait participer et accélérer la régression de pollinisateurs tels que les bourdons. L'imidaclopride est un insecticide, mais il s'avère également toxique pour les algues ( CL90 > .) et particulièrement pour de nombreux organismes invertébrés et vertébrés non cibles (pollinisateurs, oiseaux, etc.) selon la Task Force on systemic pesticides menée par Jean-Marc Bonmatin (CNRS) lors d'une évaluation mondiale et indépendante de toute la littérature scientifique disponibleBijleveld van Lexmond 2014.

Réglementation Sur le plan de la réglementation des produits phytopharmaceutiques : pour l’Union européenne : n'est plus autorisée depuis le , pour la France : les produits phytopharmaceutiques contenant cette substance active, qui appartient à la famille des néonicotinoïdes, sont interdits depuis 2018 sur le fondement de la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages. Comme les autres pesticides, ce produit est soumis à des normes concernant les résidus dans l'alimentation humaine.

Impact de l'imidaclopride sur les apidés (abeilles domestiques et bourdons notamment) En France, dès la fin des années 1990, le Gaucho, un insecticide à base d'imidaclopride, est soupçonné, par les apiculteurs notamment, de provoquer une baisse de la population d'abeilles et de la production de miel. En 1999, Jean Glavany, ministre de l'Agriculture du gouvernement français, invoque le principe de précaution, et décide de suspendre l'usage du Gaucho pour le traitement des semences de tournesol. En 2003, on montre que les capacités d'apprentissage des abeilles sont dégradées par l'imidaclopride et l'un de ses métabolites, mais de manière différente selon les saisons, l'abeille y étant plus vulnérable en été qu'en hiver Decourtye, A., E. Lacassie, and M. H. Pham-Delègue « Learning performances of honeybee (Apis mellifera L) are differentially affected by imidacloprid according to the season » Pest Manag. Sci. 59:2003. 269–278 . En 2004, 10 ans après le début de l'usage massif des insecticides systémiques en France, on s'inquiète des Charvet R, Katouzian-Safadi M, Colin ME, Marchand PA, Bonmatin JM, « Systemic insecticides: new risk for pollinator insects » Ann Pharm Fr. 2004 Jan; 62(1):29-35 posés par les insecticides systémiques à l'égard des pollinisateurs. Des chercheurs de l’INRA et du CNRS montrent que la présence de quelques ng/g d’imidaclopride dans la source de nourriture affecte l’activité de butinage. D'autres chercheurs de l'ACTA, de l'INRA et spécialistes de la cognition animale et du comportement animal signalent des problèmes de troubles de la mémoire olfactive et de l'apprentissage chez les abeilles exposées à l'imidacloprideDecourtye A, Armengaud C, Renou M, Devillers J, Cluzeau S, (2004) Imidacloprid impairs memory and brain metalbolism in the honeybee (Apis mellifera L.). Pestic Biochem Physiol 78: 83–92 (résumé), alors que la discrimination olfactive est importante pour les choix alimentaires de l'abeilleBailez, O. Études du comportement de butinage et des capacités de discrimination olfactive dans la relation abeille (Apis mellifera)-colza (Brassica napus L.). Thèse de Doctorat 1996. University of Paris XIII. Paris, France.. Ils notent que la mémoire de court terme et celle de long terme sont différemment affectées après une exposition ponctuelle. Une autre étude a porté sur l'exposition à la deltaméthrine qui a un effet létal et d'inhibition du butinage et de l'activité à l'entrée de la ruche chez les travailleuses exposées, mais sans affecter ses capacités d'apprentissage avant ce stadeDecourtye, A., J. Devillers, S. Cluzeau, M. Charreton, and M-H. Pham-Delègue. Effects of imidacloprid and deltamethrin on associative learning in honeybees under semi-field and laboratory conditions. Ecotoxicol. Environ. Saf. 57:2004a. 410–419..Cette même année 2004, le ministre français de l'Agriculture Hervé Gaymard annonce l'interdiction de l'usage du Gaucho comme traitement de semences du maïs, jusqu'à la réévaluation de cette substance par la Commission européenne en 2006. Le ministre dit avoir fondé sa décision sur l'avis de la Commission d'études de la toxicité des produits phytosanitaires du . Elle se concrétise par un avis au Journal officiel du aux détenteurs d'autorisation de mise sur le marché, aux distributeurs et aux utilisateurs de Gaucho. Cet avis porte sur le retrait de l'autorisation de mise sur le marché du Gaucho pour l'usage « traitement des semences de maïs » à partir du , avec un délai d'écoulement des stocks des semences traitées jusqu'au pour leur utilisation. Peu de temps avant cette décision, le Confidor, un insecticide également à base d'imidaclopride, a fait l'objet d'un avis au Journal officiel du . Cet avis retire l'autorisation de mise sur le marché du Confidor pour les usages sur pommier, poirier commun et melon à partir du , avec une dérogation sous forme d'un délai d'écoulement des stocks jusqu'au pour la distribution et l'utilisation. En 2006, des chercheurs proposent une nouvelle approche d'évaluation des risques pour l'imidacloprideHalm MP, Rortais A, Arnold G, Tasei JN, Rault S (2006) New risk assessment approach for systemic insecticides: The case of honey bees and imidacloprid (Gaucho). Environ Sci Technol 40: 2448–2454 en raison notamment de son caractère systémique. En 2008, une autre étude taïwanaiseE. C. Yang, Y. C. Chuang, Y. L. Chen, and L. H. Chang, Abnormal Foraging Behavior Induced by Sublethal Dosage of Imidacloprid in the Honey Bee (Hymenoptera: Apidae) ; Journal of Economic Entomology décembre 2008 : Vol. 101, Issue 6, pg(s) 1743-1748 (Résumé et références), montre que des abeilles ouvrières en butinage augmentent le délai de visite à un même site de butinage quand elles ont été préalablement nourries d'un peu de sucre contenant de faibles doses (sublétales) d'imidaclopride, et plus la dose était élevée, plus le retard était important ; dans cette expérience, l'effet était mesurable à partir de 50 microgrammes par litre et au-delà de / litre, on observait de nettes anomalies comportementales, certaines abeilles disparaissant et d'autre ne retrouvant le site d'alimentation que le lendemain (au lieu d'un délai moyen normal de 300 secondes dans ce cas). Les abeilles exposées à l'imidaclopride rentraient également avec du retard à la ruche. Cette même année 2008, la Commission européenne inscritDécision 2008/116/CE du 15 décembre 2008 l'imidaclopride à l'annexe I de la directive 91/414/CEE, ce qui revient à autoriser les États membres à incorporer cette substance active dans les préparations bénéficiant d'une autorisation de mise sur le marché sur leur territoire. En 2009, une nouvelle voie de contamination est découverteV. Girolami, L. Mazzon, A. Squartini, N. Mori, M. Marzaro, A. Di Bernardo, M. Greatti, C. Giorio, and A. Tapparo, Translocation of Neonicotinoid Insecticides from Coated Seeds to Seedling Guttation Drops: A Novel Way of Intoxication for Bees Journal of Economic Entomology Oct 2009 : Vol. 102, Issue 5, pg(s) 1808-1815 . En 2010, des chercheurs s'inquiètent du nombre et de la quantité de pesticides auxquels sont exposées les abeilles dans les zones agricoles d'Amérique du Nord, craignant un risque pour la santé, via la contamination du mielC. A. Mullin , High levels of miticides and agrochemicals in North American apiaries: implications for honey bee health. PLoS ONE 5, e9754 (2010). (Étude publiée sous licence Creative Commons Public Domain).