Cet article présente les faits marquants de 2026 en archéologie.
Janvier
1 janvier : publication dans la revue Science Advances d'une étude dirigée par Jessica I. Cerezo-Román et Jessica C. Thompson révélant la plus ancienne preuve de crémation intentionnelle en Afrique sur le site de Hora 1 (District de Mzimba, Nord du Malawi). Le site contient les restes d'une femme adulte (Hora 3), brûlée sur un bûcher in situ il y a environ 9 500 ans (9540 à 9454 cal BP). Les analyses taphonomiques révèlent un processus rituel complexe incluant un décharnement péri-mortem et des manipulations post-crémation, témoignant d'une sophistication sociale et pyrotechnique inattendue chez les chasseurs-cueilleurs de l'Holocène précoce. 1 janvier : lors des fouilles de la cité antique de Laodicée du Lycus, près de l’actuelle Denizli, en Turquie, une tête en marbre appartenant à une statue du dieu Hermès est mise au jour dans le couloir d’entrée oriental du Bouleutérion, l’édifice abritant le conseil de la cité. La découverte intervient dans le cadre des recherches menées dans les complexes du Bouleutérion et du Prytanée, sous l’égide du ministère turc de la Culture et du Tourisme et du programme << Geleceğe Miras >> (<< Héritage pour l’avenir >>). La tête, sculptée dans un marbre blanc de Dokimeion provenant de la région d'İscehisar, est attribuée au milieu du IIe siècle apr. J.-C. Elle se distingue par la finesse du traitement du visage, le travail détaillé des yeux et des iris, les mèches de cheveux soigneusement sculptées ainsi que par la présence d'un motif d'ailes au sommet de la tête, caractéristique de l'iconographie d'Hermès. Les spécialistes la rapprochent du type statuaire dit « Hermès Andros », dont les modèles remontent à la tradition classique associée au sculpteur Praxitèle. La découverte apporte un nouvel élément à la connaissance de la décoration des édifices publics de Laodicée à l'époque impériale romaine. La présence d'une représentation d'Hermès dans un bâtiment lié à la vie civique est également considérée comme significative, le dieu étant notamment associé dans l'Antiquité au commerce, aux déplacements et aux échanges. La qualité du marbre et de l'exécution témoigne par ailleurs du niveau atteint par la sculpture dans cette importante cité de la vallée du Lycus, dont la prospérité reposait notamment sur le commerce et la production textile. 2 janvier : annonce de la découverte, au large de l'île de Sein (Finistère), d'un ensemble de structures en pierre datant de plus de 7 000 ans, aujourd'hui submergées par la montée du niveau marin. La principale structure, longue d'environ 120 mètres et située à quelque 9 mètres de profondeur, est accompagnée d'une douzaine d'autres aménagements en pierre. Les recherches archéologiques indiquent qu'ils ont été construits entre environ 5 800 et 5 300 av. J.-C., à une époque où le littoral se trouvait plusieurs mètres plus à l'ouest. Les chercheurs envisagent notamment l'hypothèse de pièges à poissons utilisant les mouvements des marées, tout en soulignant que ces constructions témoignent d'importantes capacités techniques et d'une organisation collective des populations côtières préhistoriques. L'ensemble constitue l'une des plus importantes constructions préhistoriques sous-marines identifiées dans les eaux françaises. 2 janvier : découverte à Tadım Höyük, près d'Elazığ, dans l'est de la Turquie, d'un sceau en pierre datant d'environ 7 500 ans. Mis au jour lors des fouilles menées sous la coordination du musée d'Archéologie et d'Ethnographie d'Elazığ, l'objet pourrait avoir été utilisé pour marquer la propriété, identifier des personnes ou des groupes, ou contrôler des biens et des ressources. Sa découverte fournit un nouvel indice sur l'organisation économique et sociale des communautés néolithiques du bassin supérieur de l'Euphrate, plusieurs millénaires avant l'apparition de l'écriture. Le sceau est conservé au musée d'Archéologie et d'Ethnographie d'Elazığ, où il fait l'objet d'études destinées à préciser sa fonction et sa symbolique. 2 janvier : annonce de l'identification, dans l'Øresund au large de Copenhague, au Danemark, de l'épave de Svælget 2, une cogue marchande médiévale construite vers 1410. Longue d'environ 28 mètres, large de 9 mètres et haute de 6 mètres, elle pouvait transporter près de 300 tonnes de marchandises, ce qui en fait la plus grande cogue connue à ce jour. Les fouilles menées par les archéologues du Viking Ship Museum ont permis de mettre au jour une importante partie de sa structure en bois, ainsi que des éléments de gréement, une cuisine, des objets personnels et des vestiges de châteaux situés à l'avant et à l'arrière du navire. La découverte apporte de nouvelles informations sur la construction navale et le commerce maritime en Europe du Nord à la fin du Moyen Âge. 2 janvier : découverte, dans le delta occidental du Nil, en Égypte, d'un vaste complexe industriel datant de la Basse époque et du début de la période ptolémaïque, ainsi que d'une partie d'une nécropole romaine, lors de fouilles menées à Kom al-Ahmar et Kom Wasit par une mission égypto-italienne. Le complexe comprend un bâtiment organisé en au moins six pièces, dont deux consacrées à la transformation du poisson, avec près de 9 700 os de poissons témoignant d'une importante production de poisson salé. D'autres espaces étaient destinés à la fabrication d'outils en métal et en pierre, d'amulettes en faïence et de statues en calcaire, dont certaines ont été retrouvées inachevées. Des amphores importées et des fragments de céramique grecque indiquent des échanges avec le monde méditerranéen dès le Ve siècle av. J.-C. Une nécropole romaine voisine comprend plusieurs formes de sépultures, notamment des tombes simples, des cercueils en céramique et des enfants inhumés dans de grandes amphores. 2 janvier : annonce de nouvelles découvertes archéologiques réalisées sur le site d'Hyrcania (Khirbet Hyrcania), dans le désert de Judée. Les fouilles menées par l'Institut d'archéologie de l'Université hébraïque de Jérusalem ont notamment permis de mettre au jour un moule en calcaire datant d'environ 1 400 ans, utilisé durant la période byzantine pour fabriquer de petites ampoules de pèlerinage, appelées ampullae. Le moule permettait de produire des récipients décorés d'une croix et portant une inscription en grec pouvant être traduite par « bénédiction du Seigneur depuis les lieux saints ». Selon les archéologues, ces objets étaient probablement destinés aux pèlerins chrétiens qui se rendaient en Terre sainte et souhaitaient rapporter avec eux un souvenir associé aux lieux saints et à la vie des personnages vénérés par le christianisme. Des ampoules similaires, datées des VIe et VIIe siècles, sont notamment connues dans plusieurs régions du monde méditerranéen. La découverte du moule constitue un indice de la fabrication locale de ces objets sur le site même d'Hyrcania. Les archéologues envisagent ainsi que le monastère installé sur le site ait constitué une étape sur les itinéraires de pèlerinage reliant notamment Jérusalem, Jéricho, Bethléem et les établissements monastiques du désert de Judée. Le site, qui avait d'abord été aménagé comme forteresse à l'époque hasmonéenne puis remanié sous Hérode le Grand, fut occupé par des moines chrétiens à partir du Ve siècle. Le monastère est traditionnellement associé à Sabas de Jérusalem, figure importante du monachisme du désert de Judée, et resta occupé pendant plusieurs siècles avant d'être abandonné à la fin du VIIIe ou au début du IXe siècle. Les fouilles ont également livré le couvercle en pierre d'un petit reliquaire probablement destiné à contenir des ossements ou des reliques, un fragment d'inscription grecque byzantine, ainsi qu'une bague en or ornée d'une pierre jaune. Deux monnaies d'or byzantines représentant l'empereur Héraclius ont également été retrouvées dans le même secteur ; frappées à Constantinople entre 613 et 641, elles témoignent de la richesse du monastère et des échanges monétaires de cette période. Les chercheurs ont par ailleurs découvert des traces de mosaïques colorées et plusieurs inscriptions grecques, ainsi qu'un fragment portant deux lettres hébraïques attribué à la période du Second Temple. L'ensemble des découvertes apporte de nouveaux éléments sur la vie quotidienne du monastère d'Hyrcania et sur les pratiques liées au pèlerinage chrétien en Terre sainte durant la période byzantine. Les archéologues soulignent toutefois que les recherches sont encore en cours et que l'interprétation du rôle exact du site dans les itinéraires de pèlerinage demeure provisoire. 19 janvier : lors d'une conférence de presse à la médiathèque Montanari de Fano (ancienne Fanum Fortunae), la Surintendance de l'Ancône et le ministère de la Culture annoncent l'identification formelle des vestiges de la Basilique de Vitruve. Située sous la Piazza Andrea Costa, la structure présente une correspondance parfaite avec les descriptions du livre V du traité De Architectura. Les fouilles dirigées par l'archéologue Ilaria Rossetti ont mis au jour cinq colonnes d'un diamètre de 1,5 mètre dotées de piliers intégrés pour soutenir un étage, confirmant une recherche qui durait depuis plus de 500 ans.
Février
23 février : une étude publiée dans Nature Human Behaviour présente l'analyse d'une fosse commune monumentale à Gomolava, dans le bassin des Carpates, au nord de la Serbie, datant du IXe siècle av. J.-C.. Le site contient 77 individus ayant subi des violences létales extrêmes, principalement par traumatismes crâniens contondants. L'analyse biomoléculaire révèle un biais démographique sélectif : les victimes sont majoritairement des femmes (70,8 %) et des enfants ou adolescents (67,5 %), presque tous dépourvus de liens de parenté biologique. Cette découverte illustre un épisode de violence stratégique et interrégionale visant à déstabiliser les lignages et les structures sociales à une époque de forte instabilité politique dans la plaine pannonienne.
Références
Catégorie:Événement en cours Catégorie:XXIe siècle en archéologie Archéologie