Charles James Fox, né à Londres le et mort à Chiswick le , est un homme d'État britannique et l'une des principales figures politiques du Parti whig dont la carrière parlementaire s'étale de la fin du au début du . L'un des plus grands orateurs d'Angleterre, il est surtout connu pour la rivalité qui l'opposa à William Pitt le Jeune.

Connu pour son engagement anti-esclavagiste, ce fut un partisan de la guerre d'indépendance des États-Unis et de la Révolution française. Il occupa divers cabinets ministériels d'importance et fut à ce titre premier secrétaire d'État aux Affaires étrangères.

Biographie Jeunesse Fox naît au Conduit Street, à LondresPowell, « Charles James Fox, Valiant Voice for Liberty », The Freeman, vol. 46, , 1996.. Il est le troisième fils (et le second fils survivant) de Henry Fox, Holland, partisan de Robert Walpole et adversaire de William Pitt l'Ancien, secrétaire d'État sous George II de Grande-Bretagne, réputé pour sa vénalité, représentant de l'ancienne oligarchie whig. Sa mère, Caroline Lennox, fille de Charles Lennox de Richmond, descend directement de Charles II d'AngleterreLoren Reid, Charles James Fox: A Man for the People, 1969, p. 7-8.. Son frère aîné, Stephen, plus tard Holland, est un homme politique mineur jusqu'à sa mort précoce en 1774, et le puîné, Henry, mène une carrière militaire honorableMitchell, « Charles James Fox », The Oxford Dictionary of National Biography, 2007..

La maladie frappe ses deux frères aînés dans leur enfance, tuant le cadet. Aussi Henry Fox développe-t-il un attachement démesuré pour son troisième fils, le déclarant « infiniment engageant, intelligent et joli » et préférant, à partir de ses trois ans, sa compagnie à toute autre lors des repasLeslie Mitchell, Charles James Fox, 1992, p. 4.. Les anecdotes courant sur sa trop grande indulgence à l'égard de Charles sont légendaires. On raconte qu'un jour, Charles ayant exprimé le désir de casser la montre de son père, celui-ci ne l'aurait pas puni, après qu'il l'eut fait tomber sur le plancher. Une autre fois, Henry ayant promis à son fils qu'il pourrait assister à la démolition d'un mur dans la propriété, il aurait découvert que celui-ci était déjà tombé et aurait ordonné aux ouvriers de le rebâtir, pour que Charles puisse assister à son démontageLoren Reid, Op. cit., 1969, p. 10..

Laissé libre de choisir sa propre éducation, Fox entre en 1758 à l'école de Wandsworth, alors à la mode, dirigée par Monsieur Pampellonne, puis étudie à Eton, où il se prend de passion pour la littérature classique, d'où son père le retire à deux reprises en 1761, pour assister au couronnement de , et en 1763, pour visiter le continent. Durant ce voyage, qui les mène à Paris et à Spa, son père lui fait découvrir le jeu, et il perd sa virginité, à l'âge de quatorze ans, avec Madame de Quallens. Quand il retourne à Eton, à la fin de l'année, il est « vêtu de chaussures aux talons rouges et de velours à la coupe de Paris, orné d'une coiffure d'aile de pigeon teintée avec de la poudre bleue et un accent français nouvellement acquis », et reçoit le fouet des mains du Dr. Barnard, le directeurLoren Reid, Op. cit., 1969, p. 16.. Ces trois goûts acquis dans l'adolescence (le jeu, les femmes et l'intérêt pour l'étranger et sa mode) entrent dans son mode de vie et participeront de son personnage jusqu'à la fin de sa vie.

Fox entre au Hertford College d'Oxford en octobre 1764, mais il abandonnera ses études avant d'avoir obtenu le moindre diplôme, montrant un certain dédain de ses « non-sens »Leslie Mitchell, Op. cit., 1992, p. 8.. Figure de la jeunesse dorée anglaise, gâté par un père bienveillant, il fait plusieurs voyages à travers l'Europe, devenant célèbre dans les salons parisiens, rencontrant des personnalités de premier plan, comme Voltaire, Edward Gibbon, le duc d'Orléans et le marquis de Lafayette, et devenant le copropriétaire d'un grand nombre de chevaux de race avec le duc de Lauzun. Il se fait remarquer rapidement par son attitude excentrique et un mode de vie dissolu : en 1774, il est endetté à la hauteur de .

À cette époque, Fox est aussi connu pour son extravagance vestimentaire et donne le ton en la matière. Suite d'un voyage autour de l'Europe, il introduit à Londres des usages vestimentaires alors en faveur à la cour de Versailles à l'instar des rubans, dentelles, brocarts, poudres et « talons rouges ». À dix-neuf ans, Fox est ainsi le représentant le plus en vue des tenants de cette mode que l'on qualifie de « Macaroni ».

Débuts en politique Lors des élections législatives de 1768, Henry Fox achète l'élection de son fils comme parlementaire de Midhurst, dans le Sussex de l'Ouest, bien que Fox, âgé de dix-neuf ans, soit légalement trop jeune pour siéger au Parlement. Fox intervient à 254 reprises à la Chambre des communes entre 1768 et 1774 et gagne bientôt une réputation de grand orateur. Toutefois, il commence sa carrière politique dans le camp conservateur et se montre très hostile aux radicaux qu'il qualifie de « canaille ». Ces prises de position lui vaudront plus tard d'amères critiques et des accusations d'hypocrisie. Partisan des gouvernements Grafton et North, Fox se distingue dans la campagne lancée pour punir le radical John Wilkes, qui a osé défier les CommunesLoren Reid, Op. cit., 1969, p. 26.. Cette prise de position vaut à Fox et à son frère Stephen d'être insultés et couverts de boue par la foule de partisans de Wilkes à LondresGeorge Rudé, Wilkes & Liberty, 1962, p. 162.

Une ville américaine loyaliste, Foxborough dans la colonie du Massachusetts, est baptisée en son honneur. Cependant, entre 1770 et 1774, la carrière prometteuse de Fox prend un tournant décisif. Promu Lord de l'Amirauté par Lord North en février 1770, il démissionne le en raison de son opposition farouche au Royal Marriages Act, dont les dispositions, incidemment, remettent en cause la légitimité du mariage de ses parents. Le , North le nomme Lord au Trésor, mais il abandonne de nouveau son poste en février 1774, sous prétexte que le gouvernement aurait réagi trop faiblement face à l'impression et la distribution publique de copies des débats parlementaires. Derrière ces incidents se cache un ressentiment familial à l'encontre de Lord North, qui a refusé d'élever la baronnie Holland en comté. Mais le fait qu'un si jeune homme puisse abandonner avec tant de légèreté un poste ministériel attire l'attention de la Cour. George III, observant par ailleurs la vie privée licencieuse de Fox, prend son attitude pour de la présomption et juge qu'on ne peut compter sur Fox pour rien prendre au sérieux.

La révolution américaine

Sorti du gouvernement en 1774, Fox connaît une profonde transformation de ses options politiques, sous l'influence d'Edmund Burke, qui devient son mentor, et de la révolution américaine. Il se rapproche alors du Whigs de Rockhingham, partisans d'une voie conciliatrice avec les Insurgents.

Durant cette période Fox devient le principal et le plus sévère critique de Lord North et de la guerre américaine au Parlement. En 1775, il dénonce North aux Communes comme Fox, qui correspond occasionnellement avec Thomas Jefferson et a rencontré Benjamin Franklin à Paris, prédit que la Grande-Bretagne a peu d'espoirs de soumettre les colonies, et interprète la cause américaine, qu'il approuve, comme une lutte pour la liberté contre la politique oppressive d'un gouvernement despotique et injustifiable. C'est à cette époque que Fox et ses partisans prennent l'habitude de s'habiller en beige et en bleu, les couleurs des uniformes de l'armée de Washington. Les amis de Fox, le comte de Carlisle, observent que le moindre échec du gouvernement britannique en Amérique était « une grande cause d'amusement pour Charles »Leslie Mitchell, Op. cit., 1992, p. 27.. Dès 1778-1779, il se montre partisan du droit des colonies américaines à l'auto-détermination. Même après la défaite américaine de Long Island en 1776, Fox déclare : Le de la même année, Fox répond à l'adresse du roi au Parlement avec « l'un de ses discours les plus fins et les plus animés, et avec une sévérité » telle que, quand il se rassied, aucun membre du gouvernement ne tente de répliquerLoren Reid, Op. cit., 1969, p. 63..

L'un des éléments les plus cruciaux pour comprendre la carrière politique de Fox est l'inimitié mutuelle qui le lie à George III, qui en fait le plus farouche procureur de la guerre américaine. Fox est convaincu que le roi est déterminé à défier l'autorité du Parlement et l'équilibre des institutions instauré en 1688, et à instaurer une forme d'absolutisme à l'imitation du continent. George III, en retour, regarde Fox comme un homme qui a « abandonné tous les principes communs d'honneur et d'honnêteté », qui est « aussi méprisable qu'il est odieux », et éprouve une « aversion sans borne »Jim Powell, « Charles James Fox, Valiant Voice for Liberty », The Freeman: Ideas on Liberty, vol. 46, , septembre 1996.. Il est difficile de trouver dans l'histoire deux figures au tempérament plus contrasté que Fox et George III : le premier est un joueur invétéré et un bon vivant, le second est célèbre pour sa frugalité et ses vertus familiales. Le , la motion de John Dunning suivant laquelle « l'influence de la Couronne a augmenté, augmente et doit être diminuée » est votée aux Communes par 233 voix contre 215Loren Reid, Op. cit., 1969, p. 108.. Fox juge l'événement « glorieux », affirmant le que

Fox, cependant, n'était pas présent à la Chambre au commencement du débat de la motion de Dunning, étant alors occupé dans la partie adjacente du de Westminster Hall, où il présidait devant un large public un meeting devant une large bannière sur laquelle on pouvait lire : « Parlements annuels et représentation égale »Loren Reid, Op. cit., 1969, p. 109.. C'est à cette période qu'adoptant une attitude plus critique à l'égard de l'influence de la Couronne, Fox rejoint le mouvement radical de la fin du . Son allure s'en ressent : il endosse alors des vêtements simples, il apparaît sale, mal rasé. Il fréquente les meetings radicaux, y prend la parole et harangue la foule. Il incarne le politicien populiste nouvelle formule. Quand les Gordon Riots éclatent à Londres en juin 1780, Fox – bien qu'il déplore les violences de la foule – déclare qu'il aimerait mieux « être gouverné par une foule que par une armée permanente »Edward Palmer Thompson, The Making of the English Working Class, 1963, p. 78.. Plus tard, en juillet, Fox est réélu par la circonscription populeuse et prestigieuse de Westminster, avec environ , et acquiert le titre d'« homme du peuple ».

La crise institutionnelle Quand North démissionne en mars 1782, devant le désastre de la guerre, et qu'il est remplacé à la tête du gouvernement par le marquis de Rockingham, Fox obtient le poste de Secrétaire d'État aux Affaires étrangères. Toutefois, après avoir finalement reconnu l'indépendance des Treize colonies, Rockingham meurt inopinément le . Fox refuse d'entrer dans le gouvernement de son successeur, Lord Shelburne, divisant le Parti whig. Le père de Fox était convaincu que Shelburne un partisan de William Pitt l'Ancien avait contrecarré ses ambitions ministérielles au moment de la paix de 1763Loren Reid, Op. cit., 1969, p. 137.. En février 1783, Fox constitue, pour regagner le pouvoir, une alliance contre nature avec North. Fondant leur entente sur une simple conjonction d'intérêts et le souvenir lointain d'une collaboration heureuse au début des années 1770, les deux hommes, qui s'étaient insultés pendant la guerre américaine, forment ensemble une coalition, connue sous le nom de coalition Fox-North, et forcent le roi, avec une confortable majorité composée des Tories de North et des opposants whigs de Fox, à les appeler pour former un gouvernement.