Les grottes de Dimba et de Ngovo forment un complexe karstique situé dans le territoire de Mbanza-Ngungu, dans la province du Kongo Central en république démocratique du Congo. C’est un site archéologique et naturel qui présente une importance scientifique en Afrique centrale en raison de la continuité stratigraphique qu’il conserve depuis la fin du Paléolithique.
Elles figurent depuis 1997 sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO, référence 961, en tant que bien mixte, au titre de leurs caractéristiques à la fois culturelles et naturelles.
Localisation et description Les grottes se trouvent à environ 5 kilomètres au sud-est de Mbanza-Ngungu, dans le village de Mbanza-Ntoto. Elles font partie de l’ensemble désigné sous le nom de «grottes de Mbanza-Ngungu», constitué de cavités naturelles formées au sein de formations calcaires. La grotte de Dimba figure parmi les cavités les plus étendues de la région des Cataractes. Son réseau souterrain comprend des galeries totalisant environ 1,6 kilomètre de développement. La grotte de Ngovo, également appelée Ngovo Mvuamu, située à proximité immédiate, se caractérise par un ensemble de galeries parcourues par des écoulements d’eau souterrains. Le site est mentionné dans la littérature sous différentes dénominations, dont «grotte Tordeur», appellation faisant référence au colonel belge Tordeur, qui en signale l’existence en 1915.
Archéologie
Grotte de Dimba La grotte de Dimba offre une stratigraphie particulièrement développée pour la région du Kongo Central. Les dépôts situés à l’entrée ont été datés par radiocarbone d’environ 18 050 ± 650 ans avant notre ère (Hv 6255). Ces niveaux ont livré un ensemble composé de restes fauniques et d’outils lithiques rattachés à l’Âge de la Pierre récent. Le sondage archéologique a atteint une profondeur de 3,2 mètres sans atteindre le substrat rocheux, indiquant la poursuite possible de la séquence stratigraphique en profondeur. Les couches supérieures ont fourni une céramique identifiée comme appartenant au Groupe VI, ou Groupe de Ngovo. Cet ensemble est associé à une phase de transition entre la fin de l’Âge de la Pierre et les débuts de l’Âge du Fer, correspondant à l’introduction progressive de pratiques de production alimentaire. Les datations disponibles situent cet horizon entre 85 et 130 avant notre ère (Hv 6257). Des fragments céramiques attribuables à l’Âge du Fer, principalement datés des XVIe et XVIIe siècles, ont également été découverts dans les niveaux superficiels.
Grotte de Ngovo À environ 210 mètres de l’entrée, un dépôt archéologique d’une épaisseur comprise entre 2 et 15 cm a livré un ensemble céramique attribué au Groupe de Ngovo, accompagné d’outils polis. Les datations radiocarbone situent ces vestiges au cours des deux derniers siècles avant notre ère (Hv 5258; Hv 6258). Le site est généralement retenu comme référence pour cette industrie dite de transition entre la fin de l’Âge de la Pierre et les débuts de l’Âge du Fer dans la région du Bas-Congo.
Histoire Selon la tradition locale, la découverte ancienne de la grotte est attribuée à un chasseur nommé Ndombolosi au XVIIe siècle.
La documentation scientifique débute en 1915 avec les travaux du colonel Tordeur. De nouvelles campagnes d’exploration sont conduites en 1954 et 1956, puis dans les années 1980 dans le cadre d’expéditions spéléologiques. Au cours de la période du Royaume Kongo, les grottes auraient été utilisées comme espaces à vocation symbolique, lieux de refuge en période de conflit et cadres d’activités rituelles, selon les sources historiques et orales disponibles. Le site comprend notamment la sépulture du chef Finzolua Ndombolozi, décédé en 1684, ainsi qu’une tribune aménagée à l’époque coloniale au début du XXe siècle.
Biodiversité Les grottes abritent une faune cavernicole spécialisée, dont le poisson aveugle Caecobarbus geertsi, espèce troglobie adaptée au milieu souterrain. Dépourvu de pigmentation et des yeux fonctionnels, cet animal mesure en moyenne une dizaine de centimètres et présente une longévité pouvant atteindre quinze ans. En raison de la présence de cette espèce, le site est parfois désigné sous l’appellation de «grottes aux poissons aveugles».
Enjeux environnementaux Des analyses récentes ont révélé la présence de métaux lourds, notamment l’arsenic, le plomb et le mercure, dans les eaux et les sédiments du site. Des bactéries d’origine fécale, telles que Escherichia coli, ont également été détectées. Ces données suggèrent l’existence d’un risque potentiel pour la santé publique ainsi que pour l’équilibre de l’écosystème souterrain, en particulier dans les situations où l’eau des grottes est utilisée à des fins d’approvisionnement.
Tourisme et valorisation Les grottes représentent un site d’intérêt touristique dans la province du Kongo Central, bien que leur valorisation demeure limitée. Certaines cavités restent difficilement accessibles en raison de phénomènes d’érosion et de l’insuffisance d’aménagements adaptés.
Plusieurs démarches institutionnelles ont porté sur l’actualisation du dossier d’inscription des grottes de Dimba et Ngovo sur la liste indicative de l’UNESCO, notamment en 2005.
Notes et références
Catégorie:Site archéologique en république démocratique du Congo Catégorie:Géographie du Kongo Central Catégorie:Site paléolithique en Afrique Catégorie:Faune cavernicole