Marie-Suzanne Herfeld, dite Marie Herfeld, née le à Reims (Marne). et morte le à Chagny (Saône-et-Loire)., est une peintre, dessinatrice, pastelliste et aquarelliste française.
Élève de William Bouguereau à l'Académie Julian, elle en devient la massière et expose régulièrement au Salon des artistes français de 1901 à 1914. Dans l'entre-deux-guerres, elle devient l'une des exposantes fidèles de la Galerie Druet, haut lieu du mouvement nabi, où elle présente plusieurs expositions personnelles jusqu'à la fermeture de la galerie en janvier 1939.
Biographie Jeunesse et formation Issue d'un milieu modeste, Marie-Suzanne Herfeld naît à Reims mais sa famille s'installe rapidement à Fontainebleau (Seine-et-Marne). Son père, Jean Herfeld, né en 1851 à Thionville (Moselle), employé des chemins de fer puis monteur en plomb, meurt en 1892 à l'âge de ; sa mère, Virginie Bettanier, est sans profession et ses sœurs travaillent comme couturières. Son grand-père paternel est vigneron, et son grand-père maternel, Édouard Bettanier, originaire de Metz, est lithographe et peintre sur verre.
Elle étudie à l'école communale de filles de la rue Grande à Fontainebleau, où elle obtient en 1887 un prix de deuxième classe, première division.. Elle y poursuit ses études jusqu'à obtenir un brevet de capacité pour l'enseignement primaire, et donne des leçons de français pour subvenir à ses besoins. Elle étudie également le dessin et la peinture à l'école Comairas-Jaquotot de Fontainebleau, école gratuite fondée grâce au legs du peintre Philippe Comairas (Saint-Germain-en-Laye, 1803 – Fontainebleau, 1875), élève d'Ingres et second prix de Rome, alors dirigée par un professeur nommé Doyen.
Académie Julian et rôle de massière Vers 1898, à l'âge de vingt ans, Marie-Suzanne Herfeld vient à Paris pour se perfectionner et intègre « l'atelier des Dames » de l'Académie Julian, rue de Berri, où elle devient l'élève de William Bouguereau, Gabriel Ferrier, Marcel Baschet et François Schommer.. vignette|Article sur les artistes femmes paru dans L'Illustration. Sa situation financière étant très difficile, elle songe dès la première année à abandonner l'Académie pour retourner à Fontainebleau ; Rodolphe Julian lui propose alors de devenir massière de l'atelier, ce qui lui assure la gratuité de l'enseignement et un petit pécule..
À ce titre, elle gère la masse des cotisations, accueille les nouvelles élèves, organise le choix du modèle et de la pose, réexplique les observations des professeurs et anime la vie de l'atelier.. En 1899, elle obtient une mention au concours d'octobre, jugé par l'ensemble des professeurs des ateliers réunis de Bouguereau, Gabriel Ferrier, Jules Lefebvre, Tony Robert-Fleury, Marcel Baschet et François Schommer..
En 1901, elle se présente au concours d'entrée à l'École des beaux-arts de Paris, ouvert aux femmes depuis quatre ans seulement : sur 400 candidats, elle est admise sur 90 reçus.. En novembre 1903, elle obtient le premier prix de peinture au concours des ateliers Julian, sur soixante concurrents, hommes et femmes..
Salon et reconnaissance critique (1901-1914) vignette|Danseuse (Hanako) - Auguste Rodin. Domiciliée à Paris (avenue des Champs-Élysées, puis rue Chevert), elle expose régulièrement au Salon des artistes français de 1901 à 1914, principalement des dessins et pastels, dont plusieurs portraits féminins : Réflexions et Italienne (1901), Une camarade d'atelier et Mon amie (1902), Hélène S… (1903), Une hésitation (1904), Étude de nu et Portrait (1907), ainsi que deux portraits de la danseuse japonaise Hanako (1907 et 1908) : modèle également célèbre pour avoir posé pour Auguste Rodin, qui réalisa plusieurs masques et bustes d'elle à la même époque. Elle expose également en 1907 au Salon d'Automne..
Dès 1901, ses envois sont remarqués par la critique rémoise. Louis Brunet, dans L'Indépendant rémois, salue notamment son étude aux trois crayons. Une vieille femme disant son chapelet., qui est acquise par le musée de Reims en avril 1902.. La même année, elle expose hors concours à l'école Comairas de Fontainebleau.. En 1903, son portrait Hélène S… est qualifié d'« excellent portrait de jeune fille » par Georges de Céli dans La Gazette..
La même année, elle reçoit une médaille d'or en pastel au Salon de Reims. et offre un pastel, Vive la Champagne, à la loterie des Beaux-Arts de Reims..
En 1904, son tableau Une hésitation () est commenté par Eugène Hoffmann dans La Jeune Champagne, qui y voit la mise en scène réussie d'une jeune femme rédigeant son courrier, saisie dans un « moment d'hésitation ».. Elle expose également cette année-là au Salon de Nantes. vignette|La pièce de M. Jules Lemaître a fait connaître les massières.
Notoriété médiatique : « La Massière » (1905) Le succès de la pièce La Massière de Jules Lemaître, créée au Théâtre de la Renaissance avec Lucien Guitry, père de Sacha Guitry, met en lumière la fonction de massière dans les ateliers parisiens.
Le , La Presse publie un reportage où la journaliste se rend à l'Académie Julian et interroge Marie Herfeld, décrite comme « une grande jeune fille blonde et gracieuse », qui explique en détail le rôle et les responsabilités d'une massière. vignette|Les cinq massières des ateliers Julian en 1905 - Photographie Bouffar. Le , L'Illustration (, ) consacre un article, « Les artistes femmes », à l'Académie Julian et reproduit une photographie des cinq massières des ateliers Julian, parmi lesquelles figure Marie Herfeld..
Le même mois, La Vie heureuse publie les portraits des cinq massières de l'atelier Julian en précisant leurs noms : Régne, Nodenot, Bréjal, Laforge et Herfeld, « élues par leurs camarades, et ordinairement parmi les plus fortes élèves »..
Officier d'académie (1911) En 1911, Marie-Suzanne Herfeld, alors désignée comme peintre miniaturiste à Paris, est nommée officier d'académie par le ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, parmi une liste d'artistes et de personnalités du monde des arts..
Galerie Druet (1928-1939) Dans l'entre-deux-guerres, Marie Herfeld s'impose comme l'une des exposantes régulières de la Galerie Druet, haut lieu du mouvement nabi fondé par le photographe Eugène Druet. Ouverte en 1903 au 114, faubourg Saint-Honoré., elle s'établit ensuite au 20, rue Royale. La galerie avait très tôt accueilli Paul Sérusier, Vuillard, Roussel, Redon, Denis, Vallotton et Marquet.. C'est dans ce milieu qu'elle côtoie Paul Sérusier, dont elle devient, selon Luc-Marie Bayle, la disciple admiratrice.
En , L'Europe nouvelle signale sa présence à la galerie Druet, où elle expose « quelques délicates recherches décoratives de paysages et de fleurs »..
En également, dans sa chronique « Petites Expositions » de L'Action française, le critique René Brecy consacre un développement élogieux à Marie Herfeld, exposante de natures mortes, fleurs et portraits aux côtés du peintre Saito. Il salue en elle l'excellence des principes de son maître Paul Sérusier, alors récemment disparu, sur la couleur, et estime qu'on voudrait lui « décerner le nom de maître peintre, s'il n'était tant avili ». Il note en particulier sa capacité à conférer une « haute vie artistique tout à fait singulière » même aux sujets les plus humbles, telle une botte de carottes ou de radis..
En , elle y présente une exposition personnelle de vingt toiles. Paris-Soir note que l'ensemble « témoigne d'un beau tempérament et de grandes qualités de coloriste »., tandis que L'Ami du peuple lui consacre un article intitulé « L'Exposition Marie Herfeld », saluant « un ensemble de toiles modestes, sans apparat », révélant « la nature sous une face de tendresse » avec « une élégance discrète et une grande réserve »..
En et , deux nouvelles critiques attestent sa présence à la galerie Druet. Comœdia relève qu'elle y donne « de nouvelles preuves de ses sérieux talents »., et un critique de L'Ami du peuple salue « une fraîcheur qui n'est pas simplement naïve, désordonnée » mais « organisée », qui est « surtout une finesse »..
En , la revue Beaux-Arts annonce une nouvelle exposition personnelle à la galerie Druet ( au 14 février, premier étage), simultanément à une exposition du peintre Pierre Brune au rez-de-chaussée..
Durant cette même période, elle expose également à la Galerie Bernheim-Jeune, 83, rue du Faubourg-Saint-Honoré, aux côtés de Saïto-Karpelès, Hasegawa, Einbeck et Madeleine Rouart..
La fermeture de la Galerie Druet, en , met un terme à cette période d'expositions régulières. La liquidation, dirigée par Mᵉ Alph. Bellier, ne porte que sur les œuvres de marbre ; les peintres peuvent reprendre possession de leurs toiles dans d'excellentes conditions..
Dernières années En 1936, Marie-Suzanne Herfeld participe à l'exposition de l'Union artistique féminine, inaugurée par Georges Huisman dans les salons du Figaro sous le haut patronage de Albert Lebrun, aux côtés d'artistes telles que Marie Laurencin, Lucienne Capdevielle ou Kate Munzer.. La même année, sa gouache Avril, paysage est acquise par la Ville de Paris.
Une amie de longue date de la famille du peintre Luc-Marie Bayle, elle lui enseigne, pendant des séjours de vacances à la campagne, les rudiments de la composition et de l'harmonie des couleursAnne Pavard, « Luc-Marie Bayle : génial touche-à-tout », Cols bleus, 2515, 29 janvier 2000, ..
Bayle évoque dans ses écrits « la merveilleuse Marie Herfeld », ancienne élève de Paul Sérusier qu'elle admirait sans bornes ainsi que les peintres nabisLuc-Marie Bayle, catalogue de l'exposition au musée national de la Marine, 22 septembre - 12 novembre 1995.. En 1947, un an avant sa mort, Bayle réalise d'elle un portrait à l'aquarelle (), reproduit dans ce catalogue.
Elle meurt le à Chagny (Saône-et-Loire), à l'âge de soixante-dix ans, sans descendance.
Présence aux Salons TitreAnnéeVilleSalonLieuRéflexions1901ParisSalon des artistes françaisGrand Palais des Champs-ÉlyséesItalienne (dessin)1901ParisSalon des artistes françaisGrand Palais des Champs-ÉlyséesUne camarade d'atelier1902ParisSalon des artistes françaisGrand Palais des Champs-ÉlyséesMon amie1902ParisSalon des artistes françaisGrand Palais des Champs-Élysées Hélène S…1903ParisSalon des artistes françaisGrand Palais des Champs-ÉlyséesUne hésitation1904ParisSalon des artistes françaisGrand Palais des Champs-ÉlyséesÉtude de nu (pastel)1907ParisSalon des artistes françaisGrand Palais des Champs-ÉlyséesPortrait (crayon)1907ParisSalon des artistes françaisGrand Palais des Champs-ÉlyséesPortrait de Hanako (crayons et pastel)1907ParisSalon d'AutomneGrand Palais des Champs-ÉlyséesPortrait de Hanako (dessin)1908ParisSalon des artistes françaisGrand Palais des Champs-ÉlyséesPortrait de F… (dessin)1908ParisSalon des artistes françaisGrand Palais des Champs-Élysées« Tout à l'heure » (dessin)1910ParisSalon des artistes françaisGrand Palais des Champs-Élysées« Bonjour » (crayons de couleur)1911ParisSalon des artistes françaisGrand Palais des Champs-Élysées« Dans le blanc » (pastel)1911ParisSalon des artistes françaisGrand Palais des Champs-Élysées« Renette » (dessin)1912ParisSalon des artistes françaisGrand Palais des Champs-ÉlyséesLa Robe rouge (pastel)1913ParisSalon des artistes françaisGrand Palais des Champs-ÉlyséesTrois têtes, études (pastel)1913ParisSalon des artistes françaisGrand Palais des Champs-Élysées« Mes élèves » (pastels)1914ParisSalon des artistes françaisGrand Palais des Champs-Élysées Source : Base Salons, musée d'Orsay.
Œuvres connues Le tableau Une camarade d'atelier (1902), huile sur toile signée et datée « M. Herfeld 1902 » (, cadre ), présenté au Salon des artistes français de 1902 sous le numéro 827, porte encore au dos le tampon d'exposition du Salon sur son cadre d'origine., collection particulière. Un dessin au fusain, Standing Nude Woman Seen from the Back (Étude de nu de dos, 1904, ), conservé dans la collection André Del Debbio à Paris.