Charles IX, ou la Saint-Barthélemy (rebaptisée plus tard Charles IX, ou l’École des rois) est une en cinq actes et en vers de Marie-Joseph Chénier, écrite en 1787 et créée le à la Comédie-Française.

Considérée comme la première grande pièce de théâtre de la Révolution française, cette pièce a déclenché d’importants débats sur la censure, et marqué la naissance théâtrale de l’acteur François-Joseph Talma.

Genèse Marie-Joseph Chénier achève sa pièce vers 1787. Bien que reçue à l’unanimité par les comédiens du Théâtre-Français, le , elle se heurte immédiatement au refus de Suard, censeur royal depuis 1774, le gouvernement de Louis XVI et les autorités ecclésiastiques jugeant impensable la mise en scène de l’ancêtre direct du souverain régnant ordonnant un massacre généralisé contre son peuple..

Historique La lecture devant le duc et la duchesse d’Orléans que lui avait arrangée Palissot n’ayant rien donné, Chénier envoie, au Journal de Paris, le , De la liberté du théâtre en France puis, le , Dénonciation des inquisiteurs de la pensée, attaquant la censure théâtrale au nom des principes généraux de la liberté de penser.

Le au soir, au théâtre, pendant une représentation d’Éricie ou la Vestale de Dubois-Fontanelle, un anonyme entame un dialogue avec le comédien Fleury, qui explique que la pièce n’est pas jouée, faute de permission. La salle criant qu’elle ne veut plus du système de permissions, l’affaire est référée à la municipalité qui réfère à son tour à l’Assemblée nationale.

Lorsque est enfin accordée l’autorisation de jouer, seul Talma, adepte des idées nouvelles, est le seul à accepter de jouer le rôle du roi meurtrier de son peuple. Malgré les réticences de la troupe, la pièce finit par être créée le 4 novembre 1789..

Le marquis de La Ferrière écrit que néanmoins que Selon lui, la responsabilité entière du massacre provient entièrement de

Distribution originale Charles IX : François-Joseph Talma. Catherine de Médicis : Rose Vestris. Henri de Bourbon : Saint-Fal. Amiral de Coligny : Vanhove. Michel de L'Hospital : . Cardinal de Lorraine : Saint-Prix Duc de Guise. Membres du Conseil. Courtisans. Protestans de la suite de l’Amiral. Gardes. Pages.

La scène est à Paris, au château du Louvre.

Trame vignette|Saint-Prix dans le rôle du cardinal de Lorraine bénissant les assassins de la Saint-Barthélemy. L’action se déroule au palais du Louvre en aout 1572, dans les jours et les heures précédant immédiatement la nuit du massacre de la Saint-Barthélemy.

Acte I Dans une atmosphère d’apparente réconciliation Henri de Bourbon et l’amiral de Coligny célèbrent la paix récemment signée entre catholiques et protestants, consolidée par le mariage prochain d'Henri avec Marguerite de Valois. Cependant, le chancelier Michel de L'Hospital exprime de sombres pressentiments. Malgré les assurances de concorde, il redoute la haine latente à la Cour et l'influence des extrémistes catholiques, et plaide en vain pour la concorde.

Acte II Catherine de Médicis et le cardinal de Lorraine s'activent en coulisses pour briser cette paix. Ils entreprennent de corrompre l’esprit du jeune roi Charles IX, qu'ils jugent trop faible et influençable. Par de faux rapports, ils lui font croire que les huguenots préparent une insurrection armée pour renverser le trône et attenter à sa vie. Catherine utilise son autorité maternelle pour exacerber la paranoïa et la colère de son fils.

Acte III Charles IX, en proie à un violent dilemme moral, hésite à trahir la parole donnée à ses sujets protestants et recule devant la perspective d'un bain de sang. Une confrontation majeure a lieu entre le roi, sa mère et le Cardinal. Acculé, accusé de lâcheté par Catherine et menacé de damnation divine par le Cardinal, le roi finit par céder. Dans un accès de rage et de faiblesse, il finit par céder et signe l'arrêt de mort des réformés de la capitale.

Acte IV Malgré l’ultime et désespérée démarche tentée par L'Hospital auprès du souverain pour faire annuler l'ordre du massacre déjà donné et sauver la paix, le roi refuse de revenir sur sa décision. En coulisses, le tocsin de Saint-Germain-l'Auxerrois se met à sonner. C'est le signal convenu pour le début de la tuerie. Les cris des victimes et le tumulte de la rue résonnent jusqu'à l'intérieur du palais.

Acte V Le massacre fait rage dans Paris. Henri de Bourbon, épargné mais captif, affronte Charles IX et maudit la tyrannie de la dynastie des Valois tout en prophétisant des jours meilleurs sous le signe de la justice. Resté seul, Charles IX s'effondre sous le poids du remords. Pris de visions d'horreur hallucinatoires, il croit voir le sang de son peuple maculer ses mains et le palais. La pièce se clôt sur cette agonie morale et psychologique du monarque, écrasé par son propre crime.

Titre À partir de la troisième représentation, et dès la toute première édition imprimée chez Bossange en 1790, Chénier indique clairement ses intentions en abandonnant le sous-titre de circonstance, ou la Saint-Barthélemy, pour l’École des rois, définitivement adopté, Charles IX, ou l'École des rois, en écho à la dernière tirade de la pièce, à l’acte V, scène 4, où le roi, mourant et rongé par le remords, s'exclame que son malheur doit servir d'exemple (« l'école ») aux futurs monarquesLe titre original a néanmoins été repris, en 1797, par l'éditeur Laran, dans le volume regroupant deux pièces de Chénier, sous le titre : Charles IX, ou la S.-Barthélemi ; Henri VIII : tragédies. En 1826, la pièce est à nouveau mentionnée, dans la collection du Répertoire populaire du théâtre français, publiée chez A. Désauges, sous le titre Charles IX, ou La Saint Barthélemy.. La pièce prend ainsi un statut politique, pour être lue comme un avertissement solennel envoyé à Louis XVI : un roi qui se laisse manipuler par de mauvais conseillers ou par le clergé court détruit son peuple et à sa perte..

Structure vignette|Michel de L’Hospital : Sur le plan formel, la pièce respecte scrupuleusement les codes de la tragédie classique : écriture en alexandrins, découpage en 5 actes et respect des trois unités (de temps, de lieu et d’action). Chénier innove par la fonction politique qu’il donne du thème national. Pierre Laurent de Belloy avait introduit le thème national dans sa , en remplaçant les sujets mythologiques grecs ou romains traditionnels par l'Histoire de France, mais une pièce comme le Siège de Calais vise à fonctionner comme un vecteur de cohésion nationale en réconciliant le peuple avec la monarchie, tandis que Chénier fait du sujet historique un instrument de critique du pouvoir et d'éducation civique.. Belloy ne remettait pas en cause l'ordre établi, tandis que le théâtre de combat de Chénier place le peuple au centre de l'action dramatique, pour éclairer les citoyens sur leurs droits et dénoncer les abus de pouvoir..

Les ennemis de la pièce ont signalé les accrocs faits à la vérité historique, pour contester l’ouvrage même. Chénier a sciemment introduit ses accros dans un but didactique. Il a introduit le cardinal de Lorraine, qui était à Rome à l’époque des faits, et le Michel de L’Hôpital n’était plus en fonction en 1$72, mais le cardinal a été l’un des principaux instigateurs des guerres civiles, tandis que la réputation de tolérance du chancelier était bien établie... Parallèlement, Ferrières, de son côté, fais porter entièrement la responsabilité du massacre sur Charles IX,

Réception La représentation Charles IX a été, dans la première année de la Révolution, un événement politique autant que littéraire. Lors de la première de cet immense événement patriotique, la salle est comble et l’enthousiasme se propage rapidement parmi les révolutionnaires.

Des agitations populaires, couplées à des interdictions officielles, des affrontements singuliers et une répression policière, hâtent sa disparition du répertoire, en 1790, après un total de 36 séances. Malgré les recettes, qui se sont maintenues autour de lors des six premières représentations, et n’ont jamais passé sous la barre des , même après vingt-trois séances en deux mois, la vingt-quatrième représentation, le , ayant d’ailleurs rapporté plus de , son parcours n’en est malgré tout pas moins tumultueux. Alors qu’elle rencontre encore un franc succès auprès du public, un conflit entre l’auteur et la troupe conduit à l’arrêt prématuré de la pièce, en ..

Publication En raison de son succès populaire, la publication de cette œuvre a connu des vicissitudes, des libraires indélicats ayant réussi à mettre la main sur quelques exemplaires imprimés chez Didot pour tenter d’en fabriquer des contrefaçons..

Portée vignette|, act. V, sc. IV. La pièce fonctionne comme un miroir politique pour les spectateurs de 1789. À travers le cardinal de Lorraine, Chénier attaque directement l’ingérence de l’Église dans les affaires de l’État. Le portrait d’un roi en « méchant sans énergie » met en exergue le monarque absolu corrompu par son entourage. Les figures de Coligny et de L’Hospital portent, quant à elles, les idéaux de tolérance et de justice sociale emblématiques de la philosophie des Lumières.

Le , l’Assemblée constituante a proclamé, à la suite de débats houleux, l’admission des non-catholiques à tous les emplois civils et militaires. Le décret du réintègre les protestants dans la communauté nationale, même si les ont réclamé la représentation de Charles IX, moins par sympathie avec les protestants qu’en raison de complots semblables sans cesse imputés par eux à la cour de Louis XVI contre l’Assemblée nationale et contre les « patriotes »..

La pièce a contribué à sacraliser le théâtre comme une tribune civique d’instruction populaire. Elle aurait inspiré à Danton la célèbre formule : et à Camille Desmoulins : En 1790, à l’occasion de sa réédition sous le titre Charles IX, ou l’École des rois, Chénier y ajoute un « Discours préliminaire » théorisant le rôle politique de l’art dramatique sous une nation libre.

L’arrivée en masse des Fédérés, qui réclament instamment la remise à l’affiche de Charles IX, dans la capitale, à l’été 1790, exacerbe le conflit au sein de la Comédie-Française, rebaptisée Théâtre de la Nation.. La représentation, finalement imposée grâce au soutien de Talma, cristallise les tensions idéologiques latentes au sein de l’institution, provoquant une scission nette entre les comédiens « noirs » derrière , attachés à la tradition et à l’ordre ancien, et les « rouges », partisans des idées nouvelles.

Dépassant le simple différend artistique, Ce conflit, conduit Talma et ses alliés, Dugazon, Rose Vestris, Louise Desgarcins, Grandmesnil, Monvel, Mademoiselle Lange et Julie Candeille, à faire sécession, quittant la maison de la rue des Fossés-Saint-Germain pour fonder la nouvelle troupe du Théâtre français de la rue de Richelieu, matérialisant ainsi dans le paysage théâtral la fracture politique qui traverse alors la France, marquant la naissance d’un "second Théâtre-Français" concurrent, dédié aux idées nouvelles.

Charles IX, ou l’École des rois a également donné naissance à une nouvelle esthétique théâtrale, Talma ayant profité de ce rôle pour imposer sa vision moderne du théâtre, en rompant avec les perruques poudrées et les costumes anachroniques de son siècle pour arborer une tenue et une coiffure historiquement fidèles à l’époque des Valois. Formé en partie en Angleterre et influencé par le théâtre élisabéthain, il délaisse le ton chantant et monotone de la tragédie classique au profit d’un jeu physique, réaliste et d’une diction beaucoup plus naturelle et expressive..

Notes et références Notes

Références

Éditions . Charles IX, ou l’École des rois, édition critique par G. Ambrus et F. Jacob, Paris, Société des Textes Français Modernes, 2002.

Liens externes

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