est un film japonais de Mikio Naruse, sorti en 1936 et adapté d’une pièce de théâtre de Yukiko Miyake.

Synopsis À Kamakura, dans une vaste villa obtenue à la mort du père contre sa renonciation à l'héritage, vivent une ancienne geisha de Shinbashi et ses deux fils, Asaji et Yūji Amanuma. Nés hors mariage, les deux frères portent le nom de leur père sans appartenir à sa famille. Leur beauté, que tout le monde leur renvoie, est le seul capital dont ils disposent : Yūji s'en amuse, Asaji y voit le signe qu'on peut l'acheter. Un voisin, le vieil Utsugi, qui vit avec la jeune Hina, leur rend souvent visite. Il est une sorte de figure paternelle pour les deux frères.

Asaji aime Kasumi Onoe, la voisine. Ils communiquent par la musique : Asaji lance un disque au gramophone, Kasumi lui répond au piano selon un code convenu. Mais Asaji vient de rompre car elle va se marier. L’entreprise du père de Kasumi est au bord de la faillite et les Onoe promettent leur fille à un homme âgé dont l'argent sauverait l'affaire et financerait la candidature du père à la Chambre des pairs. Kasumi a tenté de refuser sans succès ; ses parents lui ont répondu qu'ils la marieraient plutôt à un pauvre, mais jamais au fils d'une maîtresse. Le jeune frère d’Asaji, Yūji, étudiant et sportif, aperçu aux sélections olympiques, refuse cette résignation ; il vient lui-même d'apercevoir dans un train une inconnue qu'il jure de retrouver.

Surveillée par les siens, Kasumi s'échappe une nuit pour rejoindre Asaji. Les retrouvailles ne les rassurent pas : il parle de partir en Amérique avant le mariage, elle lui rappelle une promesse ancienne — mourir ensemble — qu'il veut désormais tenir seul.

Pendant ce temps, la mère pousse Yūji à se laisser adopter par une riche famille de négociants en bois, dont la fille unique lui reviendrait avec la fortune. Il refuse ; la querelle tourne autour de l'argent et des origines de la mère.

Les Onoe découvrent la correspondance des amoureux en forçant le tiroir de leur fille. Hoshino, employé des Onoe, se présente chez les Amanuma pour rendre les lettres d'Asaji, réclamer celles de Kasumi et offrir, en échange, de quoi financer un voyage à l'étranger. Asaji brûle les lettres devant lui et refuse l'argent : être fils d'une maîtresse ne fait pas de lui une geisha qu'on paie pour qu'elle s'efface. Survient alors Tsukiko Kure, amie de Kasumi et messagère de ses lettres — l'inconnue du train. Asaji lui demande de ne pas laisser Yūji seul, puis prend sa voiture. On apprend peu après qu'il a basculé d'une falaise dans la mer.

Kasumi vient faire ses adieux à Tsukiko, qui lui apprend la mort d'Asaji et l'enterrement du lendemain. Kasumi la supplie de la conduire sur la tombe ; Tsukiko la renvoie chez elle. Le jour des funérailles, on la cherche partout : elle s'est noyée dans l’étang du jardin familial, en kimono de jeune fille.

Avant même d'apprendre cette mort, Tsukiko annonce à Yūji qu'elle revient sur la promesse faite à Asaji : elle ne veut ni mourir ni le voir mourir, et refuse de rejouer le sort du premier couple. Elle lui conseille d'accepter l'adoption et s'en va en disant qu'elle attendra le jour où elle sera plus forte. La mère, elle, conclut que Kasumi aurait fait une bonne épouse si elle avait écouté ses parents. Yūji lui répond que c'est stupide.

Fiche technique Ces informations proviennent du générique du film et des bases de données de NFAJ et Eiren.

Titre original : Titre français : Le Chemin parcouru ensemble Titre alternatif : Le Chemin que nous faisons ensemble Titre anglais : The Road I Travel with You Réalisation : Mikio Naruse Scénario : Mikio Naruse Œuvre originale : Shunshū-ki (, litt. « Chronique d'une mélancolie printanière »), pièce de théâtre de Yukiko Miyake (1906–1937) créée en 1934 Photographie : Musique : , interprétée par l'Orchestre P.C.L. Son : Yūji Dōgen Direction artistique : Takeo Kita Montage : Société de production : P.C.L. Pays de production : Langue originale : japonais Format : noir et blanc — format standard — 35 mm Genre : drame Durée : 69 minutes Date de sortie : Japon :

Distribution

Heihachirō Ōkawa : Asaji Amanuma : Yūji Amanuma, son frère cadet : leur mère Kamatari Fujiwara : Utsugi, un vieil ami de la famille : Hina, la jeune compagne d'Utsugi : Kasumi Onoe : Tsukiko Kure

Analyse Dans son ouvrage , Catherine Russell note que Le Chemin parcouru ensemble appartient à une série de films que Naruse tourne alors dans la grande bourgeoisie : intérieurs meublés à l'occidentale, vêtements à la mode, loisirs abondants — une richesse qui s'expose sans rendre les personnages plus libres. Elle y voit un mélodrame shinpa typique, théâtral dans ses rythmes, que ne rachète aucune interprétation marquante, et qui manque étrangement de profondeur émotionnelle : le conflit du devoir social (giri) et du désir personnel (ninjō) y reste abstrait, les personnages à deux dimensions, Kasumi elle-même n'étant à ses yeux que morose et pitoyable — Naruse n'ayant manifestement pas été touché par le texte de Yukiko Miyake qu'il adaptait.

L'énergie du film se concentre pour elle dans deux séquences, la rencontre des regards dans le train, où le montage et les mouvements d'appareil expriment le flirt, et la course d'Asaji sur la route côtière : vitesse et mobilité contre un drame par ailleurs prisonnier de ses décors — les deux morts, elles, n'étant jamais montrées. Ce contraste porte la lecture. Le suicide relève d'un âge révolu, tandis que Tsukiko et Yūji — elle en vêtements occidentaux quand toutes les autres femmes sont en kimono, lui tourné vers le sport et sûr de pouvoir ignorer les volontés de sa mère — incarnent une modernité pour laquelle mourir ou obéir ne sont pas les seules issues. Tsukiko est le seul personnage du film qui rappelle de loin ceux de Naruse. Transposées dans le langage moderne du mélodrame cinématographique, les hiérarchies aristocratiques fondées sur l'échange des enfants par le mariage en ressortent caduques : « stupides », comme le dit Yūji à sa mère. Russell en conclut que Naruse était plus à l'aise dans les milieux populaires et petits-bourgeois, la politique familiale d'une aristocratie anachronique offrant peu de matière à son esthétique expressive.

Notes et références

Liens externes

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