est un film japonais de Mikio Naruse, sorti en 1936.

Synopsis Chiyo quitte son village pour Tokyo en autocar, sous le regard inquiet de ses parents, qui redoutent la grande ville. Elle compte sur Hisako Murai, une amie d'enfance dont on dit au village qu'elle travaille dans une grande société de Marunouchi. Découvrant la capitale, elle s'arrête au parc d'Ueno afin d’admirer la vue. Un homme à l'air suspect la fait s'écarter par crainte pour son panier.

À l'adresse indiquée, à Shirokanedai dans l'arrondissement de Shiba, Chiyo apprend qu'Hisako est en réalité hôtesse dans un petit café, sous le nom de Shigeyo. Son amie lui explique qu'une fille de la campagne ne trouve rien d'autre à Tokyo, et obtient de la patronne bienveillante que Chiyo loge au café le temps de chercher un emploi. Chiyo découvre le quotidien modeste des hôtesses, qui vivent à l'étage et boivent autant que leurs clients. Un soir, sortie seule dans la rue, elle est importunée par des ivrognes et rentre en courant. Elle comprend peu à peu ce que le métier recouvre : Shigeyo entretient un homme oisif qui lui réclame de l'argent, une jeune hôtesse disparaît avec un client fortuné, et Shigeyo la met en garde contre le métier et contre les hommes, qui se révèlent lâches ou infidèles.

Un soir, Chiyo rapporte à Ogawa, un employé de bureau habitué du café, un stylo qu'il a oublié et lui donne de l’eau alors qu'il a trop bu. Il l'aide ensuite dans ses démarches, sans succès. Faute d'emploi, elle finit par se faire embaucher comme hôtesse. Ogawa vient désormais presque tous les soirs. Chiyo lui demande d'espacer ses visites, qui lui coûtent cher ; il répond qu'il veut la voir le plus possible tant qu'il en a les moyens. Toute à sa joie d’être avec lui, elle boit beaucoup et s'endort.

Dans un train avec Ogawa, Chiyo échafaude des projets d’avenir. Ils s'installent dans une belle auberge, mais Ogawa est nerveux. Un journal annonce qu'un homme et une hôtesse ont détourné des fonds et se cachent du côté d'Izu ; au café Midori, un policier vient poser des questions sur Ogawa. Le couple s'enfuit dans une forêt, traqué par des hommes organisés en battue, et Ogawa avoue avoir volé sa société. Il supplie Chiyo de mourir avec lui ; elle refuse et le presse de se livrer.

Chiyo se réveille alors de son cauchemar avec la gueule de bois. Shigeyo lui raconte sa soirée et lui apprend qu'Ogawa est muté à Sendai, une promotion. Il vient lui faire ses adieux, lui laisse son adresse et lui souhaite de trouver bientôt un emploi. Il fait beau ; Chiyo reprend courage pour chercher du travail : elle jette dans le ruisseau le papier portant l'adresse d'Ogawa et sourit en regardant les nuages dans le ciel.

Fiche technique Ces informations proviennent du générique du film, de la base IMDb et des bases de données NFAJ et Eiren.

Titre français : Une avenue au matinLe titre original signifie littéralement « l'allée bordée d'arbres du matin » (朝, asa ou ashita, le matin ; 並木路, l'allée bordée d'arbres). Titre original : Titre anglais : Morning's Tree-Lined Street Titre anglais alternatif : Dawn in the Boulevard (sortie aux États-Unis) Réalisation : Mikio Naruse Scénario : Mikio Naruse Photographie : Montage : Décor : Takeo Kita Son : Jun Yamaguchi Musique : , interprétée par l’orchestre P.C.L. Société de production : P.C.L. Pays d'origine : Langue originale : japonais Format : noir et blanc — format standard — 35 mm — son mono Genre : Drame (Shomingeki) Durée : 60 minutes Date de sortie : Empire du Japon : Distribution

Sachiko Chiba : Chiyo Heihachirō Ōkawa : Ogawa : Shigeyo, de son vrai nom Hisako Murai, amie d'enfance de Chiyo, hôtesse au Café Midori : Fusako, une hôtesse au Café Midori Satoko Date : Mitsuko, une hôtesse au Café Midori Hatsuko Natsume : Fujiko, une hôtesse au Café Midori : "Madame" Okada, la patronne du Café Midori Masao Mishima : le "" de la Madame : le père de Chiyo Misao Yamaguchi : la mère de Chiyo (non créditée) : l’amoureux de Shigeyo (non crédité) Eitarō Ozawa : un client du café (non crédité) : l'homme à l'air suspect du parc d'Ueno (non crédité) : un ivrogne (non crédité) Benkō Nakagawa : un ivrogne (non crédité) Kinzō Shin : le détective (non crédité) Kintarō Wakamiya : le jeune cuisinier du café (non crédité) Autour du film C'est le dernier film que Mikio Naruse tourne avec Sachiko Chiba, qu'il dirigeait depuis 1935. L'actrice l'épouse en 1937, quelques mois après la sortie du film ; ils divorcent en 1940.

Analyse Dans , Catherine Russell voit dans Une avenue au matin un retour au monde du shoshimin-eiga et y perçoit l'un des films de la période P.C.L. où Naruse ménage une place à la subjectivité féminine dans le cinéma japonais. Le film prend la ville pour thème : une série de travellings adoptant le point de vue de Chiyo dans l'autocar qui l'emmène de son à la métropole, avant que se multiplient les scènes citadines d'extérieur. Sans être créditée, l'ombre de Fumiko Hayashi affleure selon Russell dans ce récit d'alcool, de pauvreté et de femmes seules en ville, et le café tenu par une patronne bienveillante constitue l'une des premières « maisons de femmes » de l'œuvre de Naruse.

Russell souligne que rien n'indique le passage de la réalité au fantasme : le récit criminel rêvé, aussi conventionnel que la romance pastorale qui l'accompagne, procède d'un imaginaire nourri de cinéma. En purgeant les peurs de Chiyo, il lui permet de trouver sa place dans la ville, selon ce motif de la vie qui continue sur lequel se referment tant de films de Naruse et qui rachète le quotidien après les ruptures du récit.

Russell relève enfin l'usage expressif du montage : dans la scène nocturne où Chiyo interroge son amie Shigeyo, les faux raccords, les franchissements de l'axe et les cadres vides chargent d'angoisse une atmosphère jusque-là poétique, Naruse subvertissant les conventions du raccord classique pour rendre l'expérience contradictoire du en tant que forme de vie quotidienne du Japon moderne.

Notes et références

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