(littéralement « dents à face lisse ») est un genre fossile de pliosaures ayant vécu de l'étage Callovien du Jurassique moyen à l'étage Kimméridgien du Jurassique supérieur, il y a entre d'années avant notre ère. L'espèce type est Liopleurodon ferox, qui est probablement l'unique espèce valide. Bien que certaines études retiennent encore Liopleurodon pachydeirus, celle-ci est généralement considérée comme un synonyme plus récent de l'espèce type, faute de diagnose claire. Les fossiles attribués à Liopleurodon, parmi lesquels figurent quelques squelettes, proviennent principalement d'Europe, bien qu'une occurrence soit également signalée au Mexique. L'holotype de L. ferox ne reposant que sur une dent unique aux caractères distinctifs douteux, plusieurs travaux récents préconisent la désignation d'un néotype plus complet afin de préserver sa validité. Des espèces supplémentaires furent proposées, mais celles-ci sont actuellement vues comme provenant d'autres genres de pliosauridés.
À l'image d'autres plésiosaures, Liopleurodon dispose de quatre palettes natatoires, d'une queue courte et, comme la plupart des pliosauridés, d'une tête allongée et d'un cou court. En 1999, sa taille est grandement exagérée dans la série documentaire de la BBC Sur la terre des dinosaures, où il est dépeint comme atteignant de long. Or, les différents spécimens attribués montrent que l'animal devait atteindre une taille allant d'environ de long. Des études montrent que Liopleurodon aurait été un prédateur à l’affût, chassant des poissons, des céphalopodes et d'autres reptiles marins.
Historique des recherches vignette|gauche|260px|Vue sous plusieurs angles de la couronne dentaire holotype d’Ischyrodon meriani.
Avant même que Liopleurodon ne soit nommé, du matériel fossile lui appartenant aurait probablement été décrit.. En 1838, Hermann von Meyer applique le nom d’Ischyrodon meriani à une grande dent provenant des roches datant probablement du Callovien de la région de Fricktal, en Suisse... Cette dent ne présente toutefois aucun caractère diagnostique permettant d'identifier avec certitude le taxon auquel elle appartient, bien que Tarlo suggère en 1960 qu'elle pourrait appartenir à Liopleurodon. En 2022, Daniel Madzia et ses collègues estiment que si cette dent provient vraisemblablement de Liopleurodon ou d'un taxon proche, les données disponibles demeurent insuffisantes pour en confirmer l'attribution, laissant donc Ischyrodon comme un nomen dubium.. En 1841, von Meyer décrit une nouvelle espèce sous le nom de Thaumatosaurus oolithicus, basée sur un spécimen fragmentaire composé de dents incomplètes, d'éléments crâniens, de vertèbres et de côtes provenant de dépôts du Wurtemberg, en Allemagne, datant possiblement de l'Oxfordien... Ce matériel est cependant lui aussi dépourvu de caractères diagnostiques et ne permet pas d'identifier le taxon avec certitude. En 1852, Johann Andreas Wagner décrit une grande dent de plésiosaure découverte en Bavière et la rapporte à une nouvelle espèce qu'il nomme Pliosaurus giganteus.. Toutefois, cette dénomination est invalide, puisqu'en 1824, William Conybeare avait déjà nommé une espèce de Plesiosaurus ayant exactement le même épithète spécifique, Plesiosaurus giganteus., qui est depuis vu comme un synonyme de Pliosaurus brachydeirus ou de Pliosaurus brachyspondylus dans des recherches ultérieures... Le nom proposé par Wagner constitue ainsi un homonyme junior et ne peut être retenu. En 1860, attribue à son tour le nom Pliosaurus giganteus à une petite dent découverte dans le , en Russie, et datée de l'Oxfordien.. Ce fossile est aujourd'hui considéré comme appartenant probablement à Liopleurodon. Néanmoins, le nom Pliosaurus giganteus ayant déjà été employé à deux reprises, la dénomination proposée par Trautschold est également invalide.
vignette|redresse=0.9|Croquis de BHN 3R 197, la dent holotype de L. ferox (fig. 1).
Le genre Liopleurodon est érigé par Henri Émile Sauvage en 1873. À cette occasion, l'auteur décrit trois espèces qu'il rattache à ce nouveau genre, chacune basée sur une unique dent, toute issues de localités françaises.. L'holotype de Liopleurodon ferox est découvert dans Le Wast, près de Boulogne-sur-Mer, étant depuis conservé au musée d'Histoire naturelle de Lille, où il est catalogué sous le numéro BHN 3R 197. Il s'agit plus précisément d'une couronne dentaire de de long provenant de couches sédimentaires datées du Callovien. Une seconde dent découverte à Charly, depuis conservée à l'École des Mines de Paris, constitue l'holotype de L. grossouvrei. Ce spécimen mesure de longueur, dont pour la seule couronne. La troisième dent, mise au jour près de Caen, est initialement attribuée par Eudes Deslongchamps à Poekilopleuron bucklandi. Sauvage considère toutefois cette identification comme insuffisamment étayée et transfère le spécimen dans son nouveau genre sous le nom de L. bucklandi. Lors de sa description originale, il ne rattache cependant Liopleurodon à aucun groupe particulier de reptiles. Le nom générique Liopleurodon vient du grec ancien , « lisse, poli », , « côté, flanc » et , « dent », pour donner littéralement « dents à face lisse », en référence à la dentition très contrastée de l'animal. L'épithète spécifique vient du latin , signifiant « féroce », en référence à la grande taille de la dent..
Toutefois, en 1880, Sauvage place Liopleurodon en synonymie avec Polyptychodon, estimant que ce genre lui est proche tout en restant distinct de Plesiosaurus et de Pliosaurus.. Huit ans plus tard, Richard Lydekker examine plusieurs dents attribuables à L. ferox provenant de la collection Leeds et conclut qu'elles sont si semblables à celles de Pliosaurus qu'elles devraient être rattachées à ce dernier genre. Ces spécimens ont été découverts par Alfred Leeds dans la formation d'Oxford Clay, près de Peterborough, en Angleterre. Lydekker propose également que Pliosaurus pachydeirus, une espèce nommée en 1869 par Harry Govier Seeley sur la base d'une série de dix-sept vertèbres cervicales provenant de la même formation près de Great Gransden, corresponde en réalité à Pliosaurus ferox.. Seeley ne distingue cette espèce que par sa grande taille et la morphologie robuste de ses vertèbres cervicales., à l'origine de son épithète spécifique pachydeirus, voulant dire « cou épais ». En 1883, Walerian Kiprijanoff décrit l'espèce Thaumatosaurus mosquensis à partir de dents, de vertèbres et d'os des membres découverts dans des dépôts datant de l'Oxfordien du bassin de Moscou.. Dès 1889, Lydekker considère toutefois cette espèce comme un probable synonyme plus récent de Pliosaurus ferox..
En 1905, John Frederick Blake décrit deux dents découvertes à Rushden, en Angleterre, qu'il juge très proches de celles attribuées à L. ferox, bien qu'elles proviennent de strates plus anciennes que celles de Peterborough. Il souligne que ces dents diffèrent nettement de celles de Pliosaurus, tandis que les restes postcrâniens ne correspondent pas à Polyptychodon. Estimant que l'espèce ne peut être rattachée avec certitude à aucun de ces deux genres, Blake préconise le rétablissement de Liopleurodon.. Après avoir considéré Liopleurodon comme un sous-genre de Pliosaurus, Nikolaï Bogolubov répertorie les deux genres comme distincts en 1912.. Lorsque Lydekker examine pour la première fois la collection d'Alfred Leeds, les seuls fossiles de Liopleurodon qui y sont représentés sont des dents. Au cours des années suivantes, Alfred Leeds et son frère Charles Edward Leeds mettent toutefois au jour de nombreux autres spécimens, comprenant notamment plusieurs crânes ainsi qu'une grande partie du squelette postcrânien. Charles William Andrews décrit les reptiles marins issus de la collection Leeds, acquise entre-temps par le musée d'histoire naturelle de Londres, dans deux volumes publiés respectivement en 1910 et en 1913. Les spécimens attribués à Liopleurodon sont étudiés dans le second volume, bien qu'Andrews les rapporte au genre Pliosaurus...
En 1913, Hermann Linder décrit à son tour plusieurs spécimens de L. ferox. L'un d'eux est un squelette partiel mal conservé provenant de la formation d'Oxford Clay à , en Angleterre, aujourd'hui conservé à l'Institut für Geowissenschaften de l'université de Tübingen. Le squelette est monté et les parties manquantes sont restaurées à l'aide d'éléments provenant d'autres spécimens de Liopleurodon. Comme Andrews, Linder considère encore L. ferox comme une espèce de Pliosaurus. Il attribue également à Pliosaurus grandis plusieurs crânes découverts à Fletton, conservés à l'université de Tübingen et au musée national d'histoire naturelle de Stuttgart, ainsi qu'une palette natatoire presque complète qu'il rapporte à une espèce non décrite de Pliosaurus.. Ces différents spécimens sont par la suite réattribués à Liopleurodon avec des degrés de certitude variables. Le crâne de Stuttgart, initialement identifié sous le nom de Pliosaurus grandis, est cependant détruit au cours de la Seconde Guerre mondiale. En 1934, Friedrich von Huene décrit un squelette partiel découvert en Souabe, en Allemagne, au sein de la , qu'il attribue lui aussi à Pliosaurus ferox.. Quatre ans plus tard, en 1938, Alexandre Bigot emploie également le nom Pliosaurus ferox pour désigner plusieurs dents découvertes dans le Calvados, au nord de la France..
En 1960, Lambert Beverly Halstead, alors appelé Tarlo, révise la taxonomie des pliosauridés datant du Jurassique supérieur. Celui-ci considère Liopleurodon comme un genre bien distinct de Pliosaurus, soulignant d'importantes différences dans la morphologie des mandibules des deux taxons. Outre l'espèce type L. ferox, il reconnaît également Pliosaurus pachydeirus comme une espèce valide qu'il transfère sous le nom de L. pachydeirus, en raison de différences observées au niveau de la dentition et des vertèbres cervicales. En revanche, L. grossouvrei est jugé invalide, bien que Tarlo conserve provisoirement ce nom pour désigner certaines dents provenant de la formation de Kellaways. En 1971, le même auteur consacre une nouvelle étude aux pliosauridés du Jurassique, cette fois centrée sur Pliosaurus rossicus, une espèce qu'il avait auparavant refusé de reconnaître comme valide en raison de l'insuffisance des données disponibles. Après avoir réexaminé son anatomie, il conclut à sa validité mais la transfère au genre Liopleurodon sous le nom de L. rossicus, en se fondant notamment sur la courte symphyse mandibulaire (là où les deux moitiés de la mandibule se connectent). Tarlo rattache également Pliosaurus macromerus, qu'il avait auparavant placé dans le genre distinct Stretosaurus, au genre Liopleurodon, malgré la morphologie inhabituelle de ce qu'il interprète alors comme une omoplate., un os qui sera ultérieurement ré-identifié comme un ilion.
Dans une thèse de 2001, Leslie Francis Noè soutient que L. pachydeirus ne présente aucun caractère diagnostique permettant de le distinguer de L. ferox, et conclut que cette dernière constitue l'unique espèce valide du genre. Il observe notamment que les dents du squelette monté à Tübingen, attribué par Tarlo à L. pachydeirus, possèdent les caractères distinctifs de L. ferox, ce qui confirme l'hypothèse formulée dès 1981 par David S. Brown selon laquelle les vertèbres cervicales ne constituent pas un critère fiable pour différencier les espèces de pliosauridés.. Alors que Tarlo considérait les différences de morphologie dentaire comme diagnostiques, Noè les interprète plutôt comme des variations individuelles. Noè exclut également L. macromerus et L. rossicus du genre Liopleurodon, en raison de différences portant sur la morphologie des dents et la longueur de la symphyse mandibulaire. Il propose de replacer provisoirement la première espèce chez Pliosaurus, tandis que la seconde mériterait, selon lui, la création d'un nouveau genre.