Cet article retrace l’histoire de l'enseignement maritime en France.

Les professeurs d'hydrographie enseignèrent l'art de se diriger en haute mer.

Du au : des origines à la suppression du titre

Les Hommes, l'Océan, les Maîtres, les Élèves

Le professeur d’hydrographie était chargé d'un enseignement très varié, d'un niveau adapté à celui des élèves. c'est ainsi qu'il enseignait les mathématiques, la physique, la mécanique de la voile et même celle de la manœuvre, l'astronomie, la navigation, la théorie du navire, puis, avec les progrès de la science et de la technique, les notions d'électricité, de radioélectricité et de machines.

Issus de toutes les classes de la société, les professeurs d'hydrographie furent tout d'abord des ecclésiastiques ; ils ne comptèrent en dernier lieu que des militaires. Le concours d'accès au corps des professeurs fut alors d'un niveau élevé. c'est ainsi que l'arrêté du , fixant le programme et les conditions du concours pour le grade de professeur d'hydrographie de , toujours en vigueur à la veille de la Seconde Guerre mondiale, stipulait que le diplôme de licence ès sciences donnait droit à un supplément de 30 points, le titre d'agrégé ès sciences ou de docteur ès sciences à un supplément de 60 points, ces points n'étant pris en compte qu'au moment du classement définitif des candidats, le nombre minimal de points nécessaires à l'admission définitive étant de 286.

Au cours des siècles, certains enrichirent l'art de naviguer ou les techniques maritimes par des contributions originales et parfois fondamentales, firent éditer des ouvrages de navigation dont plusieurs eurent un grand renom et des traités de construction navale.

Leur réputation dépassa les limites du monde maritime, ainsi que le montre, en particulier, l'épisode suivant.

Le Conservatoire national des arts et métiers fut fondé à Paris par la convention en 1794, à l'instigation de l'abbé Grégoire. En 1825, pour stimuler l'activité créatrice du monde industriel jugée en déclin, le gouvernement voulut étendre aux principales villes de France le cours de géométrie et de mécanique professé au Conservatoire, à l'intention des artisans et des simples ouvriers, par le baron Charles Du Pin, Membre de l'Académie des sciences. Les préfets devaient veiller à ce que cet enseignement fut donné par « des professeurs de choix et de confiance » et c'est ainsi que des professeurs d'hydrographie enseignèrent dans les conservatoires des arts et métiers.

Dans 44 ports de mer, militaires ou marchands, ce furent les professeurs royaux d'hydrographie qui, par ordonnance du Ministre de la Marine et des Colonies, en date du , furent chargés de cet enseignement réparti en 2 leçons d'une heure par semaine, à l'heure où finit le travail des ateliers. C'est ainsi qu'en , Guigon De Grandval, professeur royal d'hydrographie à La Rochelle, ouvrait le soir un cours de géométrie appliqué aux Arts et Métiers - 300 personnes assistèrent à ses premières leçons. Au bout d'un mois, il avait 380 auditeurs.

En 1826, on peut lire dans un rapport adressé au Roi par le Ministre de la Marine et des Colonies, que plus de 5 000 artisans des villes maritimes suivaient ces cours avec assiduité. Les premières manifestations des hommes très divers qui portèrent en France, dans le cadre général de la formation nautique, le titre de professeur d'hydrographie, sont très postérieures aux très anciennes contributions connues en matière de manuels ou de traités de navigation, c'est-à-dire qu'elles eurent lieu bien après la publication en 1286 du "Phoenix des Merveilles du Monde", ouvrage de cosmographie, de pilotage, et traité de construction des cartes marines, du célèbre Raymond Lulle qui professait dans l'École de navigation que les Sarrazins de Majorque avaient établie dans cette île. Les grandes découvertes, les voyages de Christophe Colomb ( : - ), de Vasco de Gama (découverte en 1497 de la Route des Indes par le Cap de Bonne Espérance reconnu en 1487 par Barthélemy Diaz), le mirage des trésors des Indes, avaient entraîné un extraordinaire développement du Commerce maritime, ouvrant la voie à la véritable navigation au long cours.

Les Empires coloniaux allaient appartenir aux Nations qui auraient des Marines au large, ne se confinant pas dans les eaux territoriales. La voile allait porter les Européens à la découverte et à la mise en valeur de l'Univers. Toute l'Europe, progressivement, subit l'influence de cette évolution et sensiblement du Sud au Nord, dans l'ordre, les cinq nations de l'Atlantique, Portugal, Espagne, Hollande, Angleterre et France, partent sur l'Océan à l'assaut du Monde, le colonisent et le marquent de leur empreinte. On comprend dès lors la nécessité pour les Nations Européennes, chez qui l'instruction des Marins était restée une affaire de traditions plus que la fonction d'une profession organisée, d'inculquer réglementairement aux pilotes des connaissances plus approfondies.

La réussite de leurs desseins, le succès des guerres économiques et stratégiques qu'elles allaient être conduites à se livrer sur les mers, en dépendaient. C'est à cette nécessité que l'on doit la création par la première nation entrée en lice au large sur l'océan de ce que l'on pourrait appeler la première École d'hydrographie européenne. En 1416 en effet, le troisième fils du roi Jean , l'infant Don Henri de Portugal, duc de Visco (1394 - 1460), surnommé « Henri le Navigateur », fonde, dans sa passion des découvertes lointaines, sur le rocher escarpé du promontoire de Sagres, une Académie Navale pour l'étude des mathématiques, de l'astronomie et de l'application de celles-ci à la navigation. Il eut recours à l'expérience et à la science des Italiens et des Catalans qui avaient perfectionné l'hydrographie méditerranéenne.

Les officiers et les pilotes les plus distingués se réunirent à Sagres sous la direction du savant maître Jaime de Majorque. Le Portugal allait devenir le foyer des sciences nautiques. Les bâtiments de guerre et de commerce devenant, dans certaines limites, de plus en plus grands et coûteux, représentant alors de véritables fortunes, on voit l'intérêt pour l'État, tant pour la sauvegarde du personnel que pour celle des biens, et en vue de la réussite des entreprises, d'avoir des capitaines bien formés.

D'où la prépondérance des professeurs d'hydrographie dans la formation nautique, leur acheminement dans la suite des temps vers un statut d'État, et, dès lors, l'exigence particulière de celui-ci lors du recrutement des professeurs dans les domaines professionnel, scientifique, technique et moral.

Le début de l'aventure maritime des Scandinaves se perd dans la nuit des temps. Le premier navire de guerre nordique, connu de façon sûre, date en effet du Ses vestiges ont été découverts sur l'île danoise d'Als.

On connaît l'épilogue de leur aventure en France : Charles III le Simple (879 - 929), désespérant de ne pouvoir jamais pacifier le bassin inférieur de la Seine, arriva à un compromis avec les Vikings en leur livrant toute la région (traité de Saint-Clair-sur-Epte, 911). La Normandie allait devenir une des provinces les plus prospères de France. Au milieu du , les pilotes de Dieppe, n'ayant toujours rien perdu du génie intrépide et aventureux de leurs ancêtres, rapportaient de leurs expéditions lointaines des renseignements nautiques et des observations.

L'abbé Pierre Desceliers, prêtre du village d'Arques, près de Dieppe, voulut utiliser les éléments rassemblés dans un enseignement pratique : il passe pour avoir été le fondateur de l'école dieppoise d'hydrographie. Les maîtres de cette École élaborèrent les cartes les plus remarquables de leur époque. Plus tard, vers le milieu du , les cartes hollandaises, par leur qualité, supplantèrent toutes les autres cartes. Pierre Desceliers habita longtemps Arques. Il y était installé en 1537 et c'est là qu'il signa tous ses travaux cartographiques qui nous sont connus. Dieppe, semble-t-il, a été le premier port français où l'on ait enseigné la science nautique « par règles et principes ». Un autre prêtre, Presot, surnommé « Presot le Savant », eut également à Honfleur un rôle important dans la formation des navigateurs.

En France, au , c'est donc surtout en Haute-Normandie que la théorie de la navigation fut enseignée. Les professeurs étaient des capitaines ou des pilotes ayant cessé de naviguer, ou même des ecclésiastiques, comme on vient de le voir, qui, bénévolement, inculquaient à leurs élèves les connaissances pratiques ou théoriques.

Parallèlement dans le sud de la France, l'École d'hydrographie de Marseille fut créé en 1571, par lettre patente du roi Charles IX. Ce qui fait de cette école la plus vieille école supérieure de France après le Collège de France (1530).

Les premières tentatives officielles certaines en faveur de l'étude du pilotage, eurent lieu sous le règne de Henri III. Par son ordonnance dit mois de , il soumit à des examens de capacité devant des personnes habilitées, soit deux « anciens maistres » en présence de l'Amiral ou de ses lieutenants et deux échevins ou notables de la ville où a lieu l'examen, les maîtres ou commandants de navires. Mais les professeurs ne jouissaient encore d'aucun statut officiel.

XVII Siècle

Au début du , Dieppe et Honfleur demeurent toujours des centres vivants d'enseignement de l'hydrographie. À Dieppe, parmi beaucoup d'autres, on peut noter les noms de Jean Cousin qui succède à Presot, puis de Jean Dupont et de Jean Guerard qui reçut en 1615 de l'Amiral de France, Henry de Montmorency, une nomination officielle de professeur d'hydrographie et de commissaire examinateur des pilotes. Sous le titre de « Hydrographe de Sa Majesté », il publia quelques ouvrages sur la navigation. Mais, s'il existait un enseignement actif de la navigation en Haute Normandie, ailleurs il n'en allait pas de même. C'est pourquoi, à la suite du cri d'alarme lancé en 1626 par Jean Le cler, bourgeois de Paris, qui constatait le degré de décadence de la Marine en France et demandait au Roi de créer un enseignement pour les pilotes, deux articles de l'édit de (Code Michau), promulgué par Louis XIII prescrivirent l'ouverture d'écoles d'hydrographie pour la Marine militaire et pour la Marine Marchande. Ces deux articles ne reçurent aucune application immédiate. Richelieu dut se contenter d'instituer trois pilotes hydrographes chargés d'instruire seize gentilshommes. Richelieu, pourtant, était tellement persuadé que le Commerce Maritime était un élément capital de la grandeur de la France que, s'il avait été écouté, le roi lui-même se serait fait armateur. « Il faut, disait-il, que le Roi et la Nation, cessent de se moquer de la navigation, que sa Majesté dise publiquement chaque jour que ses, favoris seront ceux qui feront faire des navires ».

Ainsi l'École royale d'hydrographie du Havre fut constituée en 1666 et celle de Saint-Malo, fut ouverte, par lettre royale, en 1673.

Un des plus vieux ouvrages d'hydrographie publiés en France est celui que le père Georges Fournier fit éditer en 1643 et qui est intitulé Traité d'hydrographie. Il fut réédité en 1667, puis en 1679. Mazarin ne devait pas porter à la marine le même intérêt que Richelieu.

Il faudra attendre Colbert pour obtenir la réalisation concrète d'idées qui avaient pénétré les esprits. Colbert, en supprimant en particulier la grande Maîtrise qui était passée entre les mains de grands seigneurs, assura à la Couronne, et à lui-même, la direction de la Marine. Le seul maître de la Marine fut désormais le Roi qui en délégua l'Administration à un Ministre, au sens actuel du terme. La Marine devenait la Marine du Roi, la Marine de la France. Colbert allait entreprendre une grande œuvre de remise en état de la Marine Militaire et de la Marine de Commerce qui devait s'étendre, en ce qui concerne cette dernière, à la formation même des pilotes, en faisant de l'enseignement de l'hydrographie, laissé jusque-là à l'initiative privée, un enseignement royal.