Les relations entre les États-Unis d'Amérique et la république islamique d'Iran existent depuis que le chah de Perse a officiellement envoyé son premier ambassadeur, Nassereddin Shah Qajar, à Washington, D.C. à la fin du .
Les relations entre les deux nations ont commencé au milieu du . Les États-Unis paraissent alors aux yeux du gouvernement iranien, très méfiant envers les intérêts coloniaux britanniques et russes pendant le Grand Jeu, comme une puissance étrangère plus neutre. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, l'Iran est envahi par le Royaume-Uni et l'Union soviétique, tous deux alliés des États-Unis. Néanmoins, les relations entre les deux pays restent positives jusqu'aux dernières années du gouvernement de Mohammad Mossadegh, renversé par un coup d'État organisé par la CIA aidée par le MI6, le service de renseignements extérieurs du Royaume-Uni. Le régime de Shah Mohammad Reza Pahlavi inaugure une période d'amitié et d'alliance très étroite entre Washington et Téhéran. À cette époque, l'Iran est l'un des alliés les plus proches des États-Unis dans la région. Cette période est suivie d'un renversement spectaculaire et d'un désaccord entre les deux pays depuis la révolution iranienne de 1979.
Après 1979, les relations irano-américaines sont marquées par plusieurs épisodes de vives tensions. À partir de 1995, les États-Unis tiennent un embargo sur le commerce avec l'Iran, embargo qui est levé en 2016 après la signature d'un accord nucléaire (accord international sur le programme nucléaire iranien du 24 novembre 2013) destiné à interdire le développement des capacités nucléaires à but militaire de l'Iran. Néanmoins, ces sanctions sont rétablies par Donald Trump en à la suite de son retrait de l'accord.
Historique vignette|Le drapeau américain flotte sur le consulat américain à proximité de l'Arg-e Tabriz. Durant la révolution constitutionnelle de l'Iran, la citadelle fut attaquée et bombardée par 4000 Russes en décembre 1911. Les Persans ont tenu pendant 4 jours. Alors que le consulat américain était situé sur la ligne de feu, des Américains, tels que Howard Baskerville, ont pris les armes, aidant le peuple d'Iran Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, conformément à la doctrine Monroe, les États-Unis s'intéressent peu à l'Iran. Cependant, dès la première moitié du , avant le début des relations politiques entre les deux pays, des Américains, principalement des docteurs et des missionnaires, se sont rendus en Iran. Ceux-ci ont joué un rôle important dans le pays en ouvrant les premières écoles modernes du pays dont la première pour filles, en fournissant des services médicaux et en accomplissant d'autres travaux d'intérêt général. Les premiers Américains à aller en Perse sont des missionnaires, le révérend Eli Smith et Harrison Dwight, envoyés à Tabriz en par le American Board of Commissioners for Foreign Missions (ABCFM). La Faculté de Médecine de l'université d'Orumieh par exemple a été fondée par un groupe de médecins américains dans les années 1870. Samuel Benjamin fut cependant le premier diplomate officiellement envoyé par les États-Unis en Iran, en 1883.
Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, les relations entre l'Iran et les États-Unis sont restées cordiales, et de nombreux constitutionnalistes iraniens ont considéré les États-Unis comme une « troisième force » dans leur lutte pour se libérer de la domination et de l'ingérence des Britanniques et des Russes dans les affaires iraniennes. La présence américaine a cependant eu un prix.
Howard Baskerville est mort à Tabriz alors qu'il essayait d'aider les constitutionnalistes iraniens, et après que Morgan Shuster fut nommé trésorier général de Perse, un américain fut tué à Téhéran par des hommes de mains dont on pense qu'ils étaient liés à l'influence russe ou britannique. En fait, le parlement iranien fut bombardé par le général Liakhoff (Russie impériale), et Morgan Shuster dut démissionner sous la pression exercée par les Britanniques et les Russes sur le Shah. Le livre de Shuster, The Strangling of Persia est un récit des détails de ces événements ainsi qu'une critique acérée de la Grande-Bretagne et de la Russie impériale.
C'est l'ambassade américaine qui a la première transmis au bureau iranien du Foreign Office à Londres la confirmation de l'opinion populaire selon laquelle les Britanniques étaient impliqués dans le coup d'État de 1921 qui amena Reza Pahlavi au pouvoir Zirinsky M.P. Imperial Power and dictatorship: Britain and the rise of Reza Shah 1921-1926. International Journal of Middle Eastern Studies. 24, 1992. p.646. Un rapport de l'ambassade britannique en 1932 concède que ce sont les Britanniques qui ont mis Reza Shah sur le trône. À cette époque, les États-Unis n'étaient pas alliés aux Britanniques en PerseSources : FO 371 16077 E2844 daté du 8 juin 1932. Les mémoires de Anthony Eden sont aussi très explicites sur le rôle britannique dans l'accession au pouvoir de Reza Khan. Ansari, Ali M. Modern Iran since 1921. Longman. 2003 .
Morgan Shuster fut rapidement suivi de , nommé trésorier général par Reza Shah Pahlavi, et Arthur Pope, qui était l'artisan principal des politiques de Reza Shah visant à faire revivre l'Empire perse. Les relations amicales entre l'Iran et les États-Unis allaient changer avec l'arrivée des années 1950.
Les années 1950 et la politique du pétrole, un tournant
À partir de 1952-1953, le Premier ministre nationaliste élu démocratiquement Mohammad Mossadegh entame une période de consolidation rapide du pouvoir, qui débouche sur le bref exil puis la reprise du pouvoir par le monarque constitutionnel de l'Iran, le chah Mohammad Reza Pahlavi. La plupart des événements de 1952 commencent avec la nationalisation par Mossadegh de l'Anglo-Iranian Oil Company (maintenant British Petroleum). Fondée par les Britanniques au début du , cette société avait conclu un accord avec l'État iranien pour partager les profits, mais l'entreprise cachait ses résultats au gouvernement iranien. À cause de la monopolisation supposée des profits par l'Anglo-Iranian Oil company, le parlement iranien avait accepté de nationaliser ce qui était à l'époque la plus grande société de l'Empire britannique.
Les États-Unis et la Grande-Bretagne, lors d'une opération secrète de la CIA appelée opération Ajax, aidèrent à organiser les manifestations ayant pour but de renverser Mossadegh et aidèrent au retour du Shah au pouvoir. Après son retour d'un bref exil, les tentatives de l'Iran pour se diriger vers la démocratie se sont vite transformées en une dictature puisque le Shah a défait les limitations constitutionnelles liées à sa position et a commencé à régner en monarque absolu.
Pendant son règne, le Shah reçoit un soutien américain significatif, faisant fréquemment des visites officielles à la Maison-Blanche et gagnant les faveurs de nombreux présidents américains. Les liens proches du Shah avec Washington et son agenda pour occidentaliser l'Iran rapidement ont vite rendu furieuses certaines franges de la population iranienne, et particulièrement les conservateurs islamiques. Les conflits sociaux ont augmenté, avec des actes de violence et l'assassinat de figures de la Savak, la police politique. En 1972, Joseph Farland, l'ambassadeur des États-Unis, donnait une image sceptique de la politique répressive iranienne72TEHRAN5055 1972-08-22 09:09 2010-11-30 16:04 UNCLASSIFIED Embassy Tehran (câble de l'ambassade américaine, déclassifié le 21 juin 2006, publié par WikiLeaks le 30 novembre 2010.
La révolution de 1979
Lors de la révolution iranienne de 1979 le Shah est dépossédé du pouvoir une seconde fois. L'ayatollah Khomeini devient le nouveau chef du pouvoir en Iran et peu de temps après s'amorce une violente rhétorique contre les États-Unis décrivant ce pays comme le Grand Satan et également comme une nation d'infidèles.
L'administration américaine dirigée par le président Jimmy Carter refusa alors d'offrir son soutien au Shah et ne manifesta pas d'intérêt particulier à le voir revenir au pouvoir. Carter se trouva alors en position délicate lorsque le Shah, qui souffrait à ce moment même d'un cancer, demanda une autorisation d'entrer aux États-Unis pour y recevoir un traitement. Le président accepta de mauvaise grâce mais cette décision accentua le sentiment des Iraniens que l'ex-monarque n'était qu'un instrument des États-Unis.
La crise des otages en Iran de 1979
Le , des militants étudiants iraniens envahissent l'ambassade des États-Unis à Téhéran avec le soutien de l'ayatollah Khomeini. Cinquante-deux américains sont alors retenus en otages pendant 444 jours. Le les États-Unis rompent toute relation diplomatique avec l'Iran et le le gouvernement Suisse accepte de représenter les intérêts des États-Unis à Téhéran via une section des intérêts américains Section des intérêts étrangers, ambassade de Suisse en Iran. De même, les intérêts iraniens aux États-Unis sont représentés par la section des intérêts iraniens. de l'.
En accord avec la déclaration d'Alger du , le Bureau des Plaintes Iran-E.U. (situé à La Haye aux Pays-Bas) est créé dans le but de traiter les réclamations des ressortissants américains à l'encontre de l'Iran ainsi que celles des ressortissants iraniens à l'encontre des États-Unis. Les relations entre les États-Unis et l'Iran à la Haye se limitent à ces questions purement judiciaires.
La destruction en vol de l'avion Iran Air 655 en 1988
Le , le croiseur américain abat un Airbus A300B2 d'Iran Air au cours d'un vol commercial régulier dans l'espace aérien iranien alors qu'il survolait le détroit d'Ormuz causant la mort de 290 civils de six nationalités différentes et comptant parmi eux 66 enfants. Le les États-Unis accepteront de payer à l'Iran la somme de 61,8 millions de dollars (environ 42.5 millions d'euros) en dédommagement des 248 Iraniens décédés au cours de cet incident. Cette somme représente toutefois bien moins que les sommes qui avaient été prélevées sur les avoirs iraniens gelés aux États-Unis en compensation de la prise d'otages américains. Les États-Unis ont également pris 65 millions de dollars (environ 48,3 millions d'euros) sur ces avoirs à la suite de la prise d'otage de trois ressortissants américains par des groupes libanais qui, selon les États-Unis, avaient bénéficié d'un soutien indirect de l'Iran. À ce jour les États-Unis n'ont toujours pas remboursé l'Iran pour l'avion lui-même qui valait plus de 30 millions de dollars (environ 23 millions d'euros).
Relations commerciales
Avant la révolution contre le chah, les États-Unis étaient le premier partenaire économique et militaire de l'Iran et contribuaient ainsi grandement à la modernisation rapide de ses infrastructures et de son industrie. L'Iran a compté jusqu'à trente mille expatriés américains qui y ont exercé des fonctions techniques, de conseil ou encore d'enseignement. A posteriori, certains analystes occidentaux considèrent que la transformation du pays s'est peut-être faite trop rapidement et a pu ainsi alimenter l'inquiétude et le mécontentement d'une part importante de la population du pays aboutissant finalement à la révolution elle-même en 1979.
Depuis la guerre Iran-Irak, les relations commerciales entre les deux pays sont limitées. En raison de la guerre marine livrée entre les deux États du golfe Persique, les États-Unis avaient bombardé des plates-formes pétrolières de la National Iranian Oil Company en 1987 et 1988. La même année, le président américain Ronald Reagan promulgua un ordre exécutif soumettant les échanges commerciaux en matière de pétrole à un embargo. Ces bombardements firent l'objet d'un arrêt de la Cour internationale de justice, qui appréhenda l'affaire sous l'angle de la liberté de commerce garantie par un traité bilatéral de 1955, prononcé en 2003 (Plates-formes pétrolières (Iran c. États-Unis)).