L’abbatiale Sainte-Glossinde est l'ancienne église abbatiale de l'abbaye Sainte-Glossinde de Metz. La fondation de cette communauté religieuse féminine est traditionnellement attribuée à sainte Glossinde vers 604. Reconstruite au , l'église fait aujourd'hui partie de l'ensemble de l'évêché de Metz, installé dans l'ancienne abbaye depuis 1802.
Histoire
Fondation et Moyen Âge Sous l'édifice subsiste un cryptoportique gallo-romain, constitué d'un réseau de galeries souterraines voûtées.. gauche|vignette|Les anges remettent le voile de moniale à sainte Glossinde - Tableau du dans l'abbatiale homonyme. Les origines de la communauté sont principalement connues par le dossier hagiographique consacré à sainte Glossinde. Une première Vita, anonyme, est généralement datée de la fin du ou du début du . Une seconde version est rédigée à la demande des moniales de Sainte-Glossinde par Jean de Saint-Arnoul entre les années 960 et 984. Ces récits présentent Glossinde comme la fondatrice de la communauté..
gauche|vignette|211x211px|Le reliquaire de sainte Glossinde derrière la maître-autel dans l'abbatiale. Dans les années 830, à l'initiative de l'évêque Drogon, les reliques de sainte Glossinde sont transférées dans l'église abbatiale située à l'intérieur de la ville. Selon l'historien Gordon Blennemann, ce transfert peut avoir répondu à la fois au souci de mieux assurer la clôture des moniales et à la volonté de concentrer le culte de la sainte dans l'église abbatiale.
L’abbaye Sainte-Glossinde est un des rares monastères de la ville de Metz ayant toujours conservé son emplacement primitif.
Au milieu du , l’évêque Adalbéron intervient dans la communauté et place sa nièce Himiltrude à sa tête. Celle-ci est attestée comme abbesse en 945 et en 951. L’Histoire générale de Metz, publiée en 1775, rapporte qu’Adalbéron fait restituer à l’abbaye des biens dont des laïcs s’étaient emparés et qu’Himiltrude fait reconstruire et agrandir en 951 la maison conventuelle et l’église.. Les interventions épiscopales de cette époque s’inscrivent dans un contexte plus large de réforme des communautés religieuses féminines et de promotion de la règle de saint Benoît.
Aux , les possessions et les droits de l'abbaye donnent lieu à plusieurs conflits avec l'abbaye Saint-Michel de Saint-Mihiel. Entre 1138 et 1156, les deux établissements s'opposent au sujet des dîmes et du droit de présentation à l'église paroissiale d'Amance. Un second conflit, particulièrement bien documenté, oppose de 1187 à 1210 l'abbesse de Sainte-Glossinde à l'abbé de Saint-Mihiel au sujet d'un tiers des dîmes et du droit de présentation de l'église de Lacroix-sur-Meuse. L'affaire est principalement instruite par des juges délégués par la papauté ; le dossier conservé s'achève par un arbitrage rendu en mars 1210..
Au printemps 1473, alors que Metz est menacée par les Lorrains, les maisons et édifices du monastère qui touchent les murailles de la ville sont abattus..
La Renaissance En 1552, après l'entrée des troupes françaises à Metz, les défenses de la ville sont renforcées en prévision du siège de Charles Quint. En août, François de Guise, chargé de la défense de Metz, poursuit les travaux du « retranchement de Guise » et fait démolir plusieurs édifices susceptibles de servir de positions à l'artillerie ennemie ; le clocher de Sainte-Glossinde figure parmi les ouvrages concernés.. vignette|La tombe de Louise de Nogaret de La Valette dans la chapelle.
Au début du , l'abbesse Louise de Nogaret de La Valette, nommée en 1606, fait reconstruire le palais abbatial et restaurer l'église..
En 1648, Metz devient française (traités de Westphalie).
En 1662, un bref du pape Alexandre VII autorise la nomination de deux commissaires apostoliques issus du chapitre de Metz, le doyen Jean Royer et l'archidiacre Bossuet. Après une enquête menée en 1664, leur sentence du impose une réforme de l'abbaye et limite notamment l'autorité de l'abbesse Louise de Foix-Candale.. En 1675, le chœur de l'église est supprimé afin de permettre la création des fortifications de Vauban. Louise de Foix s'oppose durablement à cette réforme ; après une ordonnance d'interdit prononcée le par l'évêque Georges d'Aubusson de La Feuillade, elle est internée en mai 1680 chez les ursulines de Ligny. Le roi lui donne alors pour coadjutrice Catherine Texier de Hautefeuille, chargée de poursuivre la réforme.
vignette|L'entrée de l'abbatiale et le clocher.
À partir de 1717 sont construits l'actuel secrétariat, la salle du chapitre, l'ouvroir, le réfectoire et la cuisine. L'ancienne salle du chapitre conserve des boiseries sur l'ensemble de ses murs ainsi que des peintures dans les lunettes des voûtes.
Un plan de 1738 montre que l'église antérieure à la reconstruction du était de plan basilical, sans transept, et probablement couverte d'une voûte portée par des piles cruciformes. Son chœur paraît avoir été, au moins en partie, antérieur à l'époque gothique. En 1740-1741, les religieuses entreprennent une importante rénovation du quartier de l'abbaye à l'occasion de la destruction des remparts.
En 1752, l'abbesse Marguerite-Éléonore Hotman entreprend la reconstruction de l'église. La première pierre est bénie le .. Les architectes Claude Barlet et Jean Louis dirigent la reconstruction de l'édifice.
En 1755, la voûte est en place et le clocher achevé. L'année suivante, Jean Girardet peint dans la coupole une grande fresque représentant l'Apocalypse. La date de 1757 inscrite sur le linteau du portail marque l'achèvement des travaux.
Révolution française et Lors de la Révolution française, la communauté religieuse est expulsée de l'abbaye en 1792..
vignette|Le portail avec les colonnes ioniques sur la place Sainte-Glossinde.
En 1802, les bâtiments de l'ancienne abbaye sont affectés à la résidence de l'évêque de Metz.
En 1816, l'architecte Nicolas-Maurice Derobe construit le nouveau portail d'ordre ionique ouvrant sur la place Sainte-Glossinde.
En 1834, l'œuvre des orphelins s'établit dans l'abbaye, remplacée par le noviciat des Frères de la Doctrine chrétienne jusqu'en 1911.
Une dernière restauration a lieu en 1909.
De nos jours Les bâtiments de l'ancienne abbaye abritent la résidence de l'évêque ainsi que les services de la curie diocésaine. L'officialité, tribunal ecclésiastique du diocèse chargé notamment des causes de nullité de mariage, y a également son siège.. L'ensemble appartient à l'État et est affecté au ministère chargé de l'Intérieur.
La chapelle Sainte-Glossinde, y compris son porche, les petit et grand vestibules, la chapelle de l'Évêque au premier étage ainsi que la salle du tribunal ecclésiastique, ancienne salle du Chapitre, avec son décor, sont classés au titre des monuments historiques depuis le . À la même date sont inscrits les façades et toitures du pavillon d'entrée, du palais épiscopal et du bâtiment administratif, plusieurs pièces intérieures ainsi que le jardin et ses murs de clôture..
La chapelle est notamment ouverte au public à l'occasion des Journées européennes du patrimoine, durant lesquelles des visites et des concerts peuvent y être organisés..
Le , lors de son voyage apostolique en France, le pape Léon XIV fait étape à Metz. L'ancienne abbaye Sainte-Glossinde, siège de l'évêché, est retenue pour son déjeuner et un temps de repos avant sa déambulation en papamobile vers la cathédrale Saint-Étienne de Metz, où il célèbre la messe...
Architecture, mobiliers et ornements
L'église présente un plan en croix latine. Elle est précédée d'un clocher et se termine par une abside flanquée de deux annexes, l'ensemble étant inscrit dans un chevet plat. La nef était réservée aux religieuses, qui y accédaient depuis les bâtiments conventuels, tandis que les fidèles pouvaient pénétrer depuis la cour dans le transept par un portail percé à l'angle nord-ouest.
L'extérieur de l'édifice est relativement sobre. À l'intérieur, l'architecture est notamment caractérisée par l'emploi de l'ordre corinthien et par une coupole sur pendentifs à la croisée du transept. La clef de la fenêtre axiale porte les armes de l'abbesse Marguerite-Éléonore Hotman. La crypte conserve quatorze épitaphes de religieuses de l'abbaye et un cryptoportique gallo-romain subsiste sous l'édifice.
La fresque de la coupole La coupole est ornée d'une fresque de l'Apocalypse peinte en 1756 par Jean Girardet, peintre du roi Stanislas Leszczynski. Longtemps dissimulée sous un badigeon, elle est dégagée en 1908. Traitée en contre-plongée et en trompe-l'œil, elle se prolonge sur les pendentifs, où sont représentés les quatre Évangélistes.
Le maître-autel et son baldaquin Le mobilier actuel de l'église n'est plus celui mis en place sous l'abbesse Marguerite-Éléonore Hotman. Le maître-autel à baldaquin provient de Charleville et est installé dans le chœur de Sainte-Glossinde depuis le début du .
Les vitraux Des fragments de vitraux anciens des ont été remployés dans les fenêtres de l'église. Le vitrail de sainte Glossinde
Dans le chœur, derrière le baldaquin, se trouve un vitrail consacré à sainte Glossinde, œuvre du peintre-verrier allemand . Les archives municipales de Fribourg-en-Brisgau conservent dans le fonds Geiges de nombreux dessins et négatifs relatifs aux vitraux de la « Clossindenkapelle » de Metz ; l'un d'eux, réalisé d'après le vitrail, est daté de mars 1909..
Les vitraux du chœur Les autres vitraux du chœur représentent chacun, dans un petit vitrail encastré dans un plus grand, de gauche à droite : un saint évêque et la Vierge de l'Annonciation ; une sainte abbesse et sainte Barbe ; saint Michel et le Martyre de saint Érasme ; saint Benoît et saint Étienne.
Les vitraux de la nef La nef contient six vitraux à motifs étoilés, encastrés eux aussi dans un vitrail plus grand.
Les vitraux de saint Arnoul et saint Chrodegang Au-dessus de leurs autels respectifs se trouvent les vitraux de saint Arnoul et de saint Chrodegang, tous deux évêques de Metz. Ces verrières datent du début du et sont l'œuvre de la maison Mayer de Munich.
Les orgues La présence d'un orgue à Sainte-Glossinde est attestée dès 1758 : un buffet d'orgue est alors installé au-dessus de l'entrée du chœur des religieuses..
La chapelle conserve un orgue construit en 1864 par Aristide Cavaillé-Coll, répertorié dans l'Inventaire des orgues sous le code FR-57463-METZZ-STGLOS1-X. Placé au sol, au fond de l'un des bras du transept, l'instrument possède deux claviers de 54 notes et un pédalier de 20 notes..
Le Grand-Orgue comprend les jeux Bourdon 16, Montre 8, Flûte harmonique 8 et Prestant 4 ; le Récit expressif comprend Cor de nuit 8, Gambe 8, Voix céleste 8, Flûte octaviante 4, Octavin 2, Trompette 8 et Basson-Hautbois 8. La transmission et le tirage des jeux sont mécaniques. La console, indépendante, est retournée. L'instrument dispose d'un accouplement du Récit au Grand-Orgue, de tirasses pour les deux claviers, d'une expression du Récit par bascule et d'un trémolo.
Un harmonium est également placé à proximité de l'orgue.
vignette|Extrait des sonorités de l'orgue.
Autels et statues La statuaire de la chapelle comprend notamment des représentations de saint Clément, saint Arnoul et saint Chrodegang, trois évêques ayant marqué l'histoire du diocèse de Metz..
Le lutrin, la chaire et les autres éléments de mobilier en bois Le mobilier de la chapelle présente une finesse remarquable.
Les confessionnaux
L'armoire-autel Un autel dissimulé dans une armoire date de la Révolution française..
Abbesses vignette|261x261px|Statue de sainte Glossinde dans l'abbatiale homonyme.