La centrale nucléaire de Gentilly est une centrale nucléaire située à Bécancour au Québec. La centrale, située sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent à la hauteur de Trois-Rivières, a été exploitée commercialement de 1983 à 2012. Gentilly-2 avait une puissance brute de (net ). Elle était la seule centrale nucléaire exploitée commercialement au Québec.. Un réacteur expérimental, Gentilly-1, a été exploité pendant quelques mois durant les années 1970.
Le propriétaire-exploitant de la centrale, la société d'État Hydro-Québec, a fermé définitivement Gentilly-2 le , en vue de son déclassement. L'installation sera éventuellement démantelée au terme d'un processus qui devrait se conclure en 2062... De plus, alors que la Centrale Gentilly-2 employait environ 800 employés lorsqu'elle opérait à plein régime, il ne reste plus que 38 employés une dizaine d'années plus tard..
Le , Hydro-Québec remet un rapport à l'assemblée nationale qui indique qu'une réouverture de Gentilly-2 pourrait-être envisagée après 2035..
Localisation
La centrale est située à Gentilly, un secteur de Bécancour, ville du Centre-du-Québec située sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent, en face de la municipalité de Champlain. La propriété de 199 hectares est située immédiatement à l'est du Parc industriel et portuaire de Bécancour, une immense zone industrielle qui est la propriété du gouvernement du Québec, qui voulait en faire « la vallée de la Ruhr du Québec » dans les années 1970. Cette zone industrielle est ceinturée par des terres agricoles, notamment des fermes laitières..
On accède au complexe par un chemin de deux kilomètres qui donne sur la route 132. Le terrain est bordé au nord par le Saint-Laurent, à l'ouest par le parc industriel et à l'est par des terrains industriels et agricoles acquis par Énergie atomique du Canada afin d'ériger l'usine d'eau lourde de La Prade, dont la construction n'a jamais été complétée. Toute construction dans un rayon d'un peu moins de de la centrale doit au préalable être approuvée par la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN).
Selon Hydro-Québec, 700 personnes —des résidents de Champlain, sur la rive nord du Saint-Laurent— habitent dans un rayon de de la centrale. S'ajoutent les de la zone située de , répartis dans ville de Bécancour et la réserve abénaquise de Wôlinak, sur la rive droite, et la municipalité de Champlain de même que le secteur de Sainte-Marthe-du-Cap de la ville de Trois-Rivières, sur la rive gauche.
Historique
Le développement d'une centrale nucléaire au Québec a fait l'objet d'un débat passionné dans les années 1960 et au début des années 1970 entre les partisans de cette forme d'énergie et ceux qui favorisaient la construction de grands projets hydroélectriques pour répondre à la très forte croissance des besoins.
Au lendemain de la deuxième étape de la nationalisation de l'électricité en 1963, un lobby favorisant le développement de l'énergie nucléaire est actif à l'intérieur d'Hydro-Québec. En cela, ils rejoignent les objectifs du gouvernement du Canada, qui s'inquiète de la signification politique et symbolique de la prise de contrôle de l'électricité par la majorité francophone aux dépens du monde des affaires anglo-protestant. Le gouvernement de Lester B. Pearson à Ottawa redouble d'efforts afin de « partager les avantages du Canada avec les citoyens francophones du pays » et exerce de fortes pressions afin que le Québec s'engage dans un ambitieux programme de construction de réacteurs de technologie CANDU.
Ces partisans du nucléaire au sein de l'entreprise peuvent compter sur le soutien de Jean-Claude Lessard, ancien haut fonctionnaire fédéral et président d'Hydro-Québec de 1960 à 1969. M. Lessard est d'ailleurs nommé membre du conseil d'administration d'Énergie atomique du Canada (EACL), à compter de 1963 — et président de l'Association nucléaire canadienne à compter de 1965 —, ce qui marquait un changement de cap majeur pour Hydro-Québec, qui boycottait les projets nucléaires fédéraux depuis 1954. La faction pro-nucléaire s'exprime au moment de la décision d'investir dans le projet de la chute Churchill, au Labrador, où les coûts prévus du développement nucléaire servaient d'étalon pour évaluer la faisabilité et la désirabilité de développer de nouveaux aménagements hydroélectriques. L'économiste et haut fonctionnaire Jacques Parizeau est l'un des principaux tenants de cet argument.
Gentilly-1
Hydro-Québec engage les discussions au cours de l'été 1964 et Énergie atomique du Canada Limitée (EACL) étudie la possibilité de construire un réacteur de , version augmentée du réacteur expérimental de Douglas Point, en Ontario. La société fédérale pose comme condition à l'aide financière d'Ottawa que le réacteur soit d'un type expérimental. Le président d'EACL, Lorne Gray, propose alors à l'entreprise publique québécoise un réacteur à eau légère bouillante, qui offrait plusieurs avantages, notamment le fait que la vapeur produite par le réacteur puisse être utilisée par les turbines.
Avant de s'engager plus avant, le gouvernement Lesage pose certaines conditions. Dans une lettre adressée au premier ministre Pearson le , Lesage propose un site à Saint-Édouard-de-Gentilly — aujourd'hui un secteur de Bécancour. Québec demande aussi à obtenir qu'Ottawa paie une partie des coûts de construction de la centrale, comme ce fut le cas lors de la construction du réacteur de Douglas Point. Le cabinet québécois approuve le projet en , quelques mois avant de subir la défaite lors de l'élection générale.
Le nouveau gouvernement de Daniel Johnson poursuit la même politique à l'égard du développement nucléaire et les travaux de construction peuvent commencer sur le site à compter de l'automne 1966 sous la direction d'Hydro-Québec, qui agit comme entrepreneur général d'ÉACL. Malgré une grève, qui paralyse le chantier pendant cinq mois en 1967, les travaux avancent rapidement grâce à certaines innovations, comme la coulée continue dans des coffrages coulissants qui permet de bétonner l'enceinte du réacteur — une structure de de hauteur, de de diamètre intérieur et munie de parois de d'épaisseur — en dix-sept jours, alors que la technique conventionnelle aurait pris de cinq à six mois.
Après un peu plus de quatre ans de travaux, le réacteur CANDU-BLW de la centrale Gentilly-1 a produit sa première réaction en chaîne en . Sa construction a coûté . Il atteint pour la première fois sa puissance nominale de en et produit d'électricité au cours de ses six premiers mois d'opération.
Mais la centrale connaît sa part de problèmes. D'abord, une pénurie d'eau lourde force l'arrêt de la centrale, les approvisionnements étant destinés en priorité aux réacteurs de Pickering. Entre et , le réacteur est contraint à l'arrêt en raison du transfert de l'eau lourde en Ontario.
Par ailleurs, la centrale est affligée par plusieurs défectuosités techniques, dont une défaillance des échangeurs de chaleur du circuit modérateur . Contrairement aux autres réacteurs de la famille CANDU, le réacteur de Gentilly-1 utilise l'eau ordinaire comme caloporteur, qui est vaporisée dans le réacteur avant d'alimenter la turbine. La vapeur étant moins dense que l'eau, elle absorbe moins les neutrons, ce qui exige des ajustements constants de la réaction nucléaire et les vannes de la turbine afin d'éviter l'emballement et la mise en marche des systèmes de sécurité. Pour pallier ce problème, les ingénieurs conçoivent un nouveau système de contrôle qui est installé au début de 1976, mais la centrale ne peut être exploitée à plus des deux tiers de sa capacité nominale..
Les 21 et , dix tonnes d'eau lourde contenant de tritium sont relâchés par la centrale dans le fleuve Saint-Laurent. en raison d'un bris dans un échangeur de chaleur provoqué par la corrosion. La centrale, qui demeure la propriété d'EACL, puisqu'Hydro-Québec refuse de s'en porter acquéreur, cesse de produire de l'électricité le . Gentilly-1 ne produit de l'électricité que pendant deux brèves périodes, pour une production totale de , soit l'équivalent de 183 jours de production à pleine puissance.
En 1980, ÉACL décidait de placer la centrale en état de conservation, en vue de son démantèlement éventuel. Après avoir évoqué la possibilité de transformer la centrale en laboratoire ou de la convertir en centrale thermique., ÉACL procède au démantèlement partiel des installations en 1985 et 1986. Le combustible irradié a été transféré dans des silos de stockage à sec construits dans l'édifice qui abritait la turbine. La même année, Hydro-Québec fait l'acquisition de certains bâtiments de la centrale afin d'y aménager un centre de formation technique destiné au personnel de Gentilly-2. Le centre comprend notamment des salles de cours, des bureaux, des laboratoires et un simulateur de la centrale de Gentilly-2, qui sert à la formation des opérateurs.
En 2025, les Laboratoires Nucléaires Canadiens, l'organisme chargé du démantèlement de la centrale, ont annoncé qu'ils ont transporté tous les combustibles au site d'enfouissement de Chalk River..
Usine d'eau lourde de La Prade Après les pénuries d'eau lourde de 1972 et de 1973, qui perturbent l'opération commerciale de la centrale Gentilly-1, le gouvernement fédéral s'engage dans un programme de construction d'usines de production d'eau lourde, composante essentielle à la bonne marche des réacteurs CANDU. ÉACL fait l'acquisition d'un terrain de 101 hectares immédiatement à l'est des terrains de la centrale () . pour construire une usine qui produirait annuellement 800 mégagrammes d'eau lourde..
La construction de l'usine s'amorce en 1974, sans être autorisée au préalable par les services de protection de l'environnement.. Entretemps, le projet est contesté ouvertement par le gouvernement de l'Ontario, dont les deux usines d'eau lourde construites par Ontario Hydro ont transformé la pénurie en surplus en plus de soulever des craintes de sécurité en raison de l'utilisation de de sulfure d'hydrogène dans le procédé de Girdler d'extraction de l'eau lourde.
En 1977, le gouvernement fédéral évoque la possibilité d'arrêter les travaux de l'usine de La Prade. Inquiet de perdre un chantier qui procure de l'emploi à plus de , le premier ministre québécois René Lévesque conclut une entente avec son homologue fédéral, Pierre Elliott Trudeau. En vertu du contrat signé en , Ottawa s'engage à reprendre la construction de l'usine de La Prade en échange de quoi Hydro-Québec achètera assez d'eau lourde pour alimenter trois réacteurs, modifiera la conception de la centrale Gentilly-2 pour fournir de la vapeur à l'usine et construira un troisième réacteur CANDU, la centrale Gentilly-3, d'ici la fin des années 1980.. En août de la même année, Ottawa fait volte-face et se rend aux arguments du ministre de l'Énergie de l'Ontario, Reuben Baetz. Un moratoire sur la construction de l'usine, achevée à 35 %, est annoncé dans le cadre d'un programme d'austérité budgétaire., ce qui soulève l'ire du ministre québécois de l'Énergie, Guy Joron.
Après avoir menacé le gouvernement fédéral de le poursuivre pour rupture de contrat, le gouvernement péquiste accepte en compensation la création d'un fonds de diversification économique de 200 millions $, proposé par Joe Clark au cours de la campagne électorale fédérale de 1980. et annonce en 1981 qu'il renonce aux études d'avant-projet de Gentilly-3.
L'usine à moitié construite est longtemps laissée à l'abandon, dans l'espoir d'une hypothétique reprise de la demande d'eau lourde. Elle est vendue en 1995. Le nouveau propriétaire, une entreprise de récupération de métaux, démolit les 10 cheminées du complexe à l’automne de 1998..
Gentilly-2 thumb|Centrale Gentilly-2 en mai 2013