Le règne de est la période de l’histoire contemporaine de l'Espagne comprise entre 1808 et 1833. d'Espagne monta sur le trône le , immédiatement après l'abdication de son père, , après le soulèvement d'Aranjuez, et son règne prit fin à sa mort le : .

, roi en titre depuis Aranjuez : mais captif depuis l’abdication de Bayonne en 1808, fut toutefois reconnu comme monarque légitime de l'Espagne durant la guerre d’indépendance par les Juntes de gouvernement, la régence et les Cortès de Cadix, et également par les Juntes américaines. Entre le , date de la proclamation de et le retour du roi captif , il n’y eut par conséquent pas de roi effectif en Espagne.. Après la défaite définitive de Joseph Bonaparte, qui abandonna Madrid le , Napoléon reconnut comme roi d’Espagne après le traité de Valençay.

Le roi fut libéré et rentra en Espagne le par Figueras. et, à présent roi effectif, promit de restaurer les Cortès traditionnelles et de gouverner sans despotisme. Ferdinand reçut le soutien général de la population de des Cortes à travers le Manifeste des Perses qui lui fut présenté le à Valence. C’est avec ce soutien qu’il mena le coup d'État de mai 1814 et se proclama comme monarque absolu, décréta les Cortès de Cadix illégales de même que tout ce qu’elles avaient mis en place, ainsi que toutes les juntes rebelles apparues en Amérique. Au cours des années suivantes, après une succession de pronunciamientos libéraux dans la péninsule Ibérique, finalement en 1820 Rafael Riego et Antonio Quiroga soulevèrent l’armée d’outre-mer, ce qui déboucha sur la restauration des Cortes durant le Triennat libéral. La guerre civile de 1822-1823 puis l’expédition d’Espagne à l’initiative de l’armée française restaurèrent le régime absolutiste, qui se poursuivit jusqu’à la mort du monarque en 1833.

La période du règne de ultérieure à la récupération de ses droits sur le trône est conventionnellement divisée en trois périodes : Sexenio Absolutista (), le Triennat libéral et la Décennie abominable..

Le premier règne éphémère (mars-mai 1808)

vignette|gauche|Portrait allégorique de par Vicente Capilla en 1810. Le , le roi abdiqua au bénéfice de son fils Ferdinand, prince des Asturies, comme conséquence de la pression à laquelle il s’est vu soumis au cours du soulèvement d'Aranjuez à l’instigation par le parti aristocratique et qui provoqua la chute du Manuel Godoy. L’empereur français , dont les troupes entraient en Espagne pour envahir le Portugal en vertu du traité de Fontainebleau de 1807 mais dont l’intention de soumettre la monarchie était de plus en plus évidente , décida d’intervenir dans la crise dynastique espagnole et obtint que et son fils, proclamé sous le nom de , avec les autres membres de la famille royale, se rendent à Bayonne. Ferdinand arriva le et fut suivi le 30 du même mois par Charles et son épouse Marie-Louise de Bourbon-Parme. La nouvelle du départ du reste de la famille royale vers Bayonne provoqua un soulèvement antifrançais à Madrid le , passé à l’histoire sous le nom de . Il fut secondé en de nombreux autres lieux, où furent constituées des comités ou juntes qui assumèrent le pouvoir, marquant le début du conflit qui serait plus tard désigné comme la guerre d'indépendance espagnole.

À Bayonne, et , subissant pressions et menaces, cédèrent leurs droits sur la Couronne espagnole à Napoléon, qui les céda à son tour un mois plus tard à son frère Joseph Bonaparte. Ferdinand, son frère Charles et leur oncle Antoine-Pascal d'Espagne restèrent confinés au château de Valençay. Selon Depuis cet endroit, Ferdinand exprima à diverses reprises son soutien à Joseph Bonaparte, l’assura de sa loyauté, félicita Napoléon pour ses victoires dans la guerre d’indépendance et manifesta son désir de devenir . Selon l’historien britannique , .

Pour leur part, , son épouse et leur jeune fils François de Paule de Bourbon furent conduits depuis Bayonne jusqu’au palais de Compiègne, d’où ils se rendirent plus tard à Marseille, puis finalement à Rome, où mourut en 1819 : ..

Le « roi absent » et les Cortès de Cadix

L’abdication de Bayonne ne fut pas reconnue par les juntes, qui jurèrent fidélité à tandis qu’une minorité appuya , qui s’installa au palais royal de Madrid, après l’approbation de la constitution de Bayonne qui régit son règne. Les juntes , pour leur part, constituèrent une Junte suprême centrale qui fut plus tard remplacée par une régence assumant les fonctions du . Face à l’avancée des troupes françaises, le furent convoquées à Cadix des Cortès, qui le jour même s’accordèrent pour reconnaître et proclamer comme et déclarèrent , dans laquelle elles affirmèrent que résidait la .

Par la suite, les Cortès de Cadix élaborèrent et approuvèrent une Constitution qui fut promulguée le et réaffirmait dans son article 179 que le était Ferdinand de Bourbon. Les Cortès instauraient ainsi une monarchie constitutionnelle, avec les autres décrets approuvés, elles mettaient fin à l’ et entamaient

Les juntes de gouvernement exercèrent leur propre souveraineté au nom de absent, tant dans la péninsule Ibérique que dans les territoires américains. En Espagne, après l’expérience de désordre des Juntes de 1808, on imposa le modèle majoritaire auprès des députés péninsulaires, la monarchie unitaire, face au modèle fédéraliste défendu par les députés américains : ..

Le Sexenio Absolutista vignette|gauche|Que se rompe la cuerda, gravure de Goya de la série Les Désastres de la guerre, qui représente la Restauration de l’absolutisme en la personne de . Selon Valeriano Bozal, cette gravure représente un haut représentant ecclésiastique (dans le dessin préparatoire du musée du Prado, il s’agit du pape lui-même) en train de faire de l'équilibreValeriano Bozal, Francisco Goya, vida y obra, (.) Madrid, Tf., 2005, vol. 2, p. 127. .. Après la signature du traité de Valençay en , put rentrer en Espagne puis mena l’année suivante le coup d’État de mai 1814 qui mit fin au régime constitutionnel et rétablit l'absolutisme. Les libéraux furent emprisonnés, exilés ou quittèrent le pays de leur propre chef.

Au cours des six années suivantes (1814-1820), le roi et ses ministres ne parvinrent pas à résoudre la commencée en 1808 et considérablement aggravée par la guerre d’indépendance (1808-1814). Le conflit avait détruit les principaux ressorts de l’économie et le commerce avec les Amériques avait chuté en conséquence des processus indépendantistes dans les colonies espagnoles commencés en 1810. Tout ceci provoqua une sévère crise économique qui se traduisit notamment dans une déflation. Le Trésor de la Monarchie tomba en faillite : les capitaux d’Amérique n’arrivaient plus dans les quantités comparables à avant 1808 et il ne fut plus possible d’avoir recours au titres de dette de la monarchie dont la valeur avait radicalement baissé à la suite de nombreuses accumulations dans les paiements des intérêts annuels. Une tentative de réforme du budget fut menée par Martín de Garay mais échoua face à l’opposition des classes privilégiées mais aussi des paysans .

Face à l'incapacité à résoudre la crise de la part des ministres de ,, les libéraux tentèrent de rétablir la monarchie constitutionnelle en recourant à des pronunciamientos. Il s’agissait de trouver des alliés parmi les militaires (ou simplement mécontents de la situation) pour qu’ils se lèvent en armes contre le gouvernement et provoquent une réaction en chaîne de soulèvement d’autres unités militaires, afin d’obliger ainsi le roi à reconnaître la Constitution de 1812.

vignette|Illustration de La segunda casaca de Benito Pérez Galdós (1884), dans laquelle apparaît au fond le château de Bellver du général Luis Lacy. Au premier plan on voit les médailles commémoratives de Lacy et du général Juan Díaz Porlier, également jugé (pendu, dans ce dernier cas) pour s’être contre l’absolutisme de . L’annulation des réformes introduites par les Cortès de Cadix provoqua le mécontement de nombreux officiers, encore exacerbé par le retard dans le versement des salaires et les inexistantes perspectives de promotion en raison du nombre abondant d’officiers apparus en conséquence de la guerre d’indépendance. De plus, les milliers d’officiers sans emploi considéraient que la politique du gouvernement était responsable de leur mauvaise situation, car elle déconsidérait ceux qui venaient de la guérilla, qui avaient été promus depuis des grades inférieurs ou étaient tenus pour libéraux. Par suite, . La faillite du Trésor obligea à plusieurs réductions successives des effectifs militaires. La dernière eut lieu en , les autorités absolutistes s’arrangeant de nouveau pour que les officiers restés sans emploi soient en majorité ceux de la guerre d'indépendance.

Entre 1814 et 1820 eurent lieu six tentatives de renversement du gouvernement, la plupart à travers des pronunciamientos, dont les cinq premiers échouèrent, jusqu’au succès de celui de Riego. Le premier se produisit en Navarre en et fut mené par le héros de la guérilla Francisco Espoz y Mina, qui après avoir échoué à prendre Pampelune s’exila en France. Le second eut lieu à La Corogne en et fut mené par un autre héros de la guerre, le général Juan Díaz Porlier, qui fut condamné à mort et pendu. En fut découvert un complot dit , mené par un ancien militaire de la guérilla, Vicente Richart, qui fut condamné à mort et pendu avec un autre conspirateur, Baltasar Gutiérrez. En avait lieu à Barcelone la quatrième tentative, le pronunciamiento de Caldetas, cette fois avec une large participation de la bourgeoisie et des classes populaires, mené par le prestigieux général Luis Lacy, qui fut lui aussi jugé et exécuté. Le eut lieu la cinquième tentative, cette fois à Valence, menée par le colonel Joaquín Vidal, qui donna lieu à l’exécution de ce dernier par pendaison, ainsi que celle de douze autres participants non militaires, parmi lesquels se trouvaient des célèbres bourgeois de la ville, Félix Bertrán de Lis et Diego María Calatrava. Si l’objectif de toutes ces tentatives étaient de mettre fin à l’absolutime, tous ne se proposaient pas de rétablir la Constitution de 1812. Par exemple celui de Vidal défendait un régime différent, avec le retour de sur le trône.

Triennat libéral

Rétablissement de la Constitution de Cadix

vignette|Le lieutenant-colonel Rafael del Riego, plus tard promu général, dirigea le pronunciamiento qui porte son nom et qui mit fin au Sexenio absolutiste. Après le triomphe de la révolution de 1820 commencée avec le pronunciamiento de Riego le , promulgua le un décret royal affirmant : .. C’est ainsi que commença la deuxième expérience libérale en Espagne. Deux jours plus tard, le roi prêtait serment pour la première fois sur la Constitution au palais royal (le serment formel eut lieu en juillet devant les Cortès récemment élues, selon la formule établie par celle-ci), l’Inquisition et nommait une Junte provisoire présidée par le cardinal Bourbon, archevêque de Tolède et cousin du roi, qui avait déjà dirigé la régence constitutionnelle en 1814.

Le , le roi rendait public un manifeste dans lequel il annonçait qu’il avait juré sur la Constitution, dont il serait . Le paragraphe final du manifeste devint plus tard célèbre :

Le monarque nomma un gouvernement formé de libéraux modérés, dont certains tardèrent longtemps à occuper leurs postes car ils durent voyager depuis les présides ou l’exil où ils avaient passé une bonne partie du Sexenio absolutiste. Pour cette raison, le roi l’appela en privé et sur un ton sournois et méprisant le (). La plupart d’entre eux avaient déjà participé aux Cortès de Cadix, qui avaient approuvé la Constitution de 1812, raison pour laquelle ils furent désignés sous le nom de . Les membres les plus notables de ce premier gouvernement du Triennat étaient Agustín Argüelles, qui occupait le secrétariat d’État du Gouvernement de la Péninsule et des îles adjacentes, et José Canga Argüelles, qui occupait celui du Budget.