vignette|droite|300px|L'expansion de la Macédoine du .

L’émergence de la Macédoine au milieu du a été rendue possible par les réformes et la politique d'expansion de Philippe II qui ont permis d'assurer l'hégémonie macédonienne sur le monde grec et à son fils, Alexandre le Grand, d'entreprendre la conquête de l'empire perse.

Situation de la Macédoine avant Philippe II

Le royaume de Macédoine possède des frontières fluctuantes. Il s'étend au , autour du golfe Thermaïque (golfe de Salonique), de la grande plaine alluviale d'Émathie formée par le fleuve Axios (actuel Vardar) et de la plaine, plus petite, de Piérie. La Haute-Macédoine, région de hauts plateaux, est à l'origine formée de petits royaumes indépendants. Pendant deux siècles la frontière orientale correspond à l'Axios. À partir du , les Macédoniens commencent la conquête des territoires situés à l'est de ce fleuve, les côtes étant alors occupées par des colonies grecques et l'intérieur des terres par des peuples indigènes (dont principalement les Bottiens et Odomantes)..

Le royaume connait un considérable essor sous le règne de Philippe II avec notamment l'annexion de l'Orestide et de la Lyncestide. Le pays est fermé au sud par le mont Olympe, à l'est par le Pinde, au nord par des montagnes. Le cœur de la Macédoine est formé par la plaine de la Bottiée et celle de la Piérie, des plaines marécageuses mais fertiles. À l'est, se trouvent de hautes montagnes faites de plateaux montagneux, avec des royaumes qui seront peu à peu annexés à la fin de l'époque classique.

De façon générale, pour les Grecs qui vivent en cités (polis), la Macédoine est un pays exotique, avec les neiges éternelles du mont Olympe et des sources d'eau pérennes ; c'est également un pays qui connaît l'élevage des vaches et des buffles, qui ne connaît pas l'olivier. Il est, de plus, riche de ses forêts de chênes, de hêtres et de bouleaux, où les souverains ont souvent chassé. C'est une terre qui pour être exploitée nécessite des travaux. L'un de ces grands travaux a été d'assécher les grandes plaines littorales. Le pays est riche en cuivre, en fer, en or et en argent.

La population macédonienne reste une énigme pour les Grecs du sud : les Athéniens considèrent les Macédoniens comme des barbares qui ne seraient donc pas grecs. Des inscriptions anciennes montrent que l'ancien macédonien serait un dialecte grec intermédiaire où les consonnes sourdes et les consonnes sonores se distinguent mal. Alexandre n'hésite pas à s'exprimer dans ce dialecte.

Des institutions politiques originales

Les institutions macédoniennes s'avèrent originales, même si elles restent proches de celles prévalant en Épire et en Thessalie. Les sources antiques offrent quelques rares allusions au sujet des institutions sous et d'Alexandre le Grand. L'originalité politique est marquée par l'existence d'une institution centralisée autour du roi, issu de la dynastie des Argéades prétendument originaire d'Argos et descendant d'Héraclès. Cette famille est révérée par les Macédoniens et est investie de fonctions religieuses. Le roi des Macédoniens (et non de Macédoine) est proclamé par acclamation par l'Assemblée des hommes en armes. Le premier rôle des souverains est de fournir plusieurs successeurs. Il est polygame, ce qui dérange quelque peu les Grecs du sud. Il choisit lui-même ses épouses. Il y a une cour macédonienne où il n'y a pas d'esclaves mais des pages, c'est-à-dire de jeunes Macédoniens envoyés en formation à la cour sur demande du roi et qui constituent l'entourage du roi. Un certain nombre de rois ont été assassinés par des pages à la suite de complots. Le roi de Macédoine réside dans une capitale : Aigéai puis Pella.

Le souverain possède trois fonctions : chef de guerre en tant que stratègos, souverain en tant que basileus et grand-prêtre. Il possède donc des fonctions religieuses et doit honorer les dieux en exerçant les sacrifices aux dieux traditionnels et aux dieux qu'il s'est choisiPhilippe II a par exemple choisi les dieux Olympiens.. Il dirige par ailleurs l’administration centrale et convoque à sa discrétion les membres du Conseil royal. Il peut exercer la justice sauf les cas de haute trahison jugé par l'Assemblée. Il est enfin le chef de l'armée au titre de stratège en chef. La Macédoine est marquée par la guerre. En effet, les Macédoniens sont en guerre quasi permanente contre leurs voisins « barbares », dont les Triballes et les Illyriens. De nombreux rois ont été blessés (Philippe II a perdu un œil) ou tués au combat. En temps de guerre, le roi peut prendre le butin du roi adverse sans avoir à partager. Après leur mort, les souverains ont droit à des funérailles grandioses et sont enterrés dans des tumulus, comme celui mis au jour à Aigéai.

Le roi n'est pas seul pour gouverner. Il préside un Conseil royal (ou synédrion), composé des conseillers qu'il choisit lui-même parmi les membres des grandes familles. Alexandre le réunit notamment dans les cas de mutinerie, mais de façon plus générale pour toutes les prises de décision importantes. Il existe également une Assemblée des Macédoniens (ou des hommes en arme selon les situations). C'est un corps politique qui, sur proposition du Conseil, investit et peut déposer un roi, ou qui juge les cas de haute trahison. Elle est toujours convoquée par le roi et tous ont le même droit à la parole que leur souverain. Le verdict est exprimé par acclamation.

Affirmation des Argéades

Les souverains argéades de Macédoine ont eu affaire au à la tutelle des Perses achéménides. a dû prêter allégeance au Grand Roi afin de pouvoir conserver son royaume. Il suit d'ailleurs l'armée de Xerxès. Xénophon prétend qu'à Platées, Alexandre aurait donné les plans de Xerxès aux Grecs. La Macédoine étend son territoire vers l'est en poursuivant les Perses dans leur déroute. À mesure de cette extension, les Macédoniens rencontrent à l'est les populations Thraces, au nord, les Péoniens et à l'ouest les Illyriens. Le voit l'arrivée des Athéniens qui cherchent à prendre le contrôle de la Chalcidique, se heurtant aux Macédoniens qui, eux aussi, ont des vues sur les cités littorales. Le bois de Macédoine est par ailleurs apprécié pour la construction des trières.

La royauté macédonienne profite de la guerre du Péloponnèse pour écarter Athènes d'Amphipolis avec l'aide de Sparte. En 413, le roi Archélaos finit par conclure un traité commercial avec les Athéniens. Il cherche à moderniser son royaume en renforcant son organisation politique et militaire. Il intervient dans les affaires de la Thessalie et soumet des princes de Haute Macédoine. Euripide se réfugie à la cour d'Archélaos. Ce dernier est tué lors d'un complot. Entre 399 et 393 s'installe une période d'instabilité.

règne de 393 à 370 et lutte contre les populations voisines de son royaume. Il surmonte tout d'abord l'invasion des Illyriens. Il se bat ensuite contre les cités de Chalcidique qui se sont formées en confédération autour d'Olynthe. Les Olynthiens, après avoir négocié avec le souverain macédonien, cherchent à s'emparer d'une bonne partie du royaume. Amyntas III ne doit son salut qu'à l'arrivée de Sparte qui intervient contre Olynthe et demande la dissolution de la confédération. Il cherche à se rapprocher des Athéniens et des Thébains à la fin de son règne. À sa mort vers 370, il a réussi à conserver son royaume intact mais n'a su tenir compte des innovations militaires. Une nouvelle période d'instabilité s'ouvre avec des souverains éphémères. En 359, une nouvelle invasion est orchestrée par les Illyriens. En 359, le royaume est au bord du désastre quand arrive .

Avènement de Philippe II

a été otage durant trois ans à Thèbes entre 368 et 365. Il a pu alors observer l'une des meilleures armées civiques du moment. En 360, il est nommé régent pour l'un de ses neveux. À son arrivée au pouvoir, il doit lutter contre les Illyriens qui occupent le nord du royaume, les Thraces, les Athéniens et les Péoniens. Très rapidement il est vainqueur et l'armée, qui se confond avec l'Assemblée des Macédoniens, le choisit comme roi.

Il utilise principalement la diplomatie avec les Péoniens. Pendant ce temps, il s'attaque aux Athéniens. En 359, il conclut une paix avec Athènes qui lui laisse les mains libres. Il s'attaque ensuite aux Illyriens et l'emporte en combinant infanterie et cavalerie sur le champ de bataille. Il clôt en 358 une période d'effacement de la Macédoine, s'en prenant d'abord aux Thébains, puis aux Thraces et aux Olynthiens et enfin aux Athéniens. Philippe II se donne des moyens et réforme son instrument militaire.

Réformes de l'armée

C'est grâce à son armée civique que la Macédoine est devenue la puissance dominante du monde grec. Peu de choses sont connues au sujet des réformes militaires menées sous . On sait qu'à partir de 358, il réorganise la cavalerie et surtout l'infanterie en équipant les phalangites de longues lances, les sarisses. Ces réformes permettent à Philippe de s'imposer en 338 face aux Grecs coalisés à la bataille de Chéronée, où il a pu compter sur .

Philippe accroît d'abord la cavalerie. En 358, il pouvait mobiliser 600 cavaliers. Vers 340, il peut en mobiliser 800. En 334, Alexandre le Grand peut en mobiliser plus de . La cavalerie est accrue au fur et à mesure de l'extension du royaume. Elle est organisée sous forme d'escadrons, avec un corps d'élite formé par les Compagnons du roi. L'équipement n'est pas original. La cavalerie macédonienne est dotée d'une longue lance (plus courte que la sarisse). Ce n'est pas une arme grecque mais une arme empruntée à des populations balkaniques. Elle permet de lutter efficacement contre l'infanterie lourde. Il s'inspire des Thraces en faisant adopter une formation triangulaire qui accroît l'efficacité de la cavalerie face à l'infanterie lourde.

Philippe entreprend la réforme de l'infanterie en se fondant sur le modèle thébain avec des phalanges sur 10 à 12 rangées. Il lui donne en plus une profondeur jamais atteinte avec 16 rangées. Par ailleurs, Philippe se rend compte que ses hommes ne peuvent pas payer leur panoplie ; il décide donc de leur fournir. C'est une véritable innovation par rapport à ce qui se fait dans le monde grec. Les armes du phalangite macédonien ne sont pas les mêmes que celles des hoplites grecs. Philippe s'est rendu compte que le problème fondamental est celui de la mobilité. C'est pourquoi ses fantassins ont un casque et un bouclier (léger) mais pas de cuirasse. Surtout, il les dote d'une sarisse longue de 5 à 6 mètres. L'infanterie légère (javeliniers, frondeurs et archers) joue un rôle décisif mais elle n'a jamais constitué une partie importante de l'armée macédonienne. Il peut faire appel à des troupes alliées (Péoniens, Agrianes) ou à des mercenaires grecs.

Philippe prépare enfin son armée à la guerre de siège en utilisant des scorpions, des balistes et des catapultes accompagnés de charpentiers, d'ingénieurs et de tireurs. Il utilise ces armes par exemple lors du siège de Byzance en 340, tout en continuant à négocier. Alexandre hérite de ces avancées, comme en témoigne en particulier le siège de Tyr.

Philippe a donc comblé un retard technique et tactique sur les autres cités grecques, l'innovation décisive étant la formation d'une phalange armée de sarisses.

Expansion macédonienne sous Philippe II 300px|vignette|droite|Le royaume de Macédoine en 336 av. J.-C.

En Thessalie et en Thrace La Thessalie est l'une des régions agricoles les plus riches du monde grec. La confédération Thessalienne a toujours été instable et déchirée. Elle est donc un champ privilégié pour les intrigues des uns et des autres. Les Macédoniens ont essayé, sans y parvenir, de jouer un rôle décisif dans cette ligue. intervient en Thessalie grâce à l'appel de la cité de Larissa, ce qui lui permet de reprendre le combat contre Phères.