right|thumb|Quartier général de la Schalburgkorps, une unité SS danoise, après 1943. Le bâtiment occupé est l'ancien siège d'une loge maçonnique, située à Blegdamsvej, Copenhague.
L'occupation du Danemark par l'Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale a commencé le par l'opération Weserübung et prit fin le lorsque les forces allemandes se retirèrent à la suite de leur défaite face aux Alliés. Contrairement à la situation des autres pays sous occupation allemande, la plupart des institutions danoises ont continué à fonctionner plus ou moins normalement jusqu'au . Le gouvernement danois resta dans le pays, maintenant une relation trouble entre régime démocratique et système totalitaire. Il fit certaines concessions politiques et économiques, mais refusa de participer à l'envoi de travailleurs forcés en Allemagne, à la répression de la Résistance ou à la déportation des Juifs, jusqu'à ce que les autorités allemandes dissolvent le gouvernement à la suite d'une série de grèves et de sabotages.
L'invasion
vignette|Plan de l'invasion du . L'occupation du Danemark n'a jamais été un objectif important pour le gouvernement allemand. Le Danemark et l'Allemagne nazie signent d'ailleurs un pacte de non-agression le à Berlin. La décision d'occuper leur petit voisin nordique fut prise par la suite pour faciliter l'invasion de la stratégiquement plus importante Norvège ; et aussi comme moyen de contrer une probable campagne britannique en Norvège. Les stratèges militaires allemands pensaient qu'une base dans le nord du Jutland, et surtout l'aéroport d'Ålborg, seraient essentiels à une invasion de la Norvège, et commencèrent à planifier une occupation partielle du Danemark, mais jusqu'en , la décision d'occuper le pays n'avait pas encore été prise. La question fut finalement réglée quand Hitler, personnellement, raya les mots die Nordspitze Jütlands (L'extrême nord du Jutland) et les remplaça par Dä, une abréviation allemande pour Danemark.
Bien que le territoire danois du Jutland-du-Sud fût habité par une minorité allemande importante, et que la province eût été restituée à la suite du plébiscite dans le cadre du Traité de Versailles, l'Allemagne ne semblait pas pressée de la récupérer. À beaucoup plus long terme certains nazis espéraient vaguement incorporer le Danemark dans une grande « Union nordique », mais il n'y avait pas de plan concret pour la réaliser.
vignette|gauche|Un groupe de soldats danois le matin de la grande invasion allemande du . Deux de ces hommes moururent plus tard ce jour-là.
À 4h15 du matin le (heure danoise), les forces allemandes, composées des 170 et d'infanterie, franchirent la frontière du Danemark, neutre, en violation directe du traité germano-danois de non-agression signé l'année précédente. Dans une action coordonnée, les navires allemands débarquèrent des troupes dans les docks de Copenhague. Malgré leur infériorité numérique et un équipement pauvre, des soldats de l'armée danoise ont combattu dans plusieurs parties du pays, et particulièrement les Gardes royaux de Copenhague, les unités dans le Jutland-du-Sud, et la garnison de Odense.
16 soldats danois moururent en défendant le Danemark, mais après seulement deux heures de résistance militaire le gouvernement danois capitula, estimant que toute résistance était inutile et espérant négocier un accord avantageux avec l'Allemagne. Le territoire plat du Jutland, frontalier de l'Allemagne, était une zone parfaite pour les opérations de l'armée allemande, et l'attaque surprise de Copenhague avait rendu toute tentative de défendre l'île de Seeland impossible. Les Allemands furent aussi rapides pour prendre le contrôle du pont sur le Petit Belt, et ainsi pour donner l'accès à l'île de Fionie. L'armée allemande était technologiquement sophistiquée et nombreuse ; l'armée danoise, en comparaison, minuscule, et utilisant un équipement obsolète, résultant en partie d'une politique d'avant-guerre visant à éviter toute confrontation avec l'Allemagne. Même une résistance farouche n'aurait pas duré bien longtemps. Pensant qu'une quelconque résistance aurait comme seul effet d'alourdir les pertes danoises, le cabinet danois décida finalement de plier « en protestant » sous la pression allemande. À cause de la rapide tournure des événements, le gouvernement danois n'eut pas le temps de déclarer officiellement la guerre contre l'Allemagne.
L'occupation fut menée si rapidement que la plupart des Danois se levèrent sans s'apercevoir que leur pays avait été occupé. Pour le reste du monde ces événements semblèrent troublants, presque comme si le gouvernement social-démocrate avait pris le parti de l'Allemagne. Néanmoins, les Danois étaient généralement pro-britanniques et conservèrent une hostilité envers les Allemands, rendant l'invasion allemande largement impopulaire. Le peuple, néanmoins, était divisé sur la meilleure attitude à prendre face à l'Allemagne.
Le gouvernement danois sous protectorat (1940-1943) Généralités right|thumb|Erik Scavenius, Premier ministre danois 1942-43 avec Werner Best, le délégué aux pleins pouvoirs allemand au Danemark.
Prenant en compte l'attitude coopérative des autorités danoises, les officiels allemands déclarèrent qu'ils respecteraient la souveraineté danoise, l'intégrité territoriale, ainsi que sa neutralité. Les autorités allemandes étaient enclines à l'indulgence vis-à-vis du Danemark pour différentes raisons :
ils n'avaient pas d'intérêt idéologique ou stratégique particulier dans le pays, en conséquence, ils étaient satisfaits de laisser les responsabilités, le fardeau de l'administration à un peuple germanique « frère » ;
les seuls intérêts économiques forts que présentait le Danemark, comme les surplus des produits agricoles, auraient probablement été fournis par les Danois par nécessité économique. Les archives allemandes indiquent que l'administration allemande n'avait pas vraiment pris conscience de ce potentiel avant l'invasion ;
les Allemands espéraient marquer des points de propagande en faisant du Danemark, dans les mots d'Hitler, « un protectorat modèle » Henning Poulsen, Dansk Modstand og Tysk Politik, Jyske Historiker 71(1995), p.10.. Cela devait montrer au monde ce qu'une future Europe contrôlée par les nazis pourrait être ;
en plus de ces objectifs pratiques, selon l'idéologie nazie, les Danois étaient des « cousins nordiques », aryens, et en conséquence pouvaient, jusqu'à un certain niveau de confiance, s'occuper de leurs propres affaires.
Tous ces facteurs ont contribué à apporter au Danemark une relation privilégiée avec l'Allemagne nazie. Le gouvernement resta intact et le parlement continua de fonctionner plus ou moins comme auparavant. La police et le système judiciaire restèrent aux mains des Danois ; et contrairement à la plupart des pays occupés, le roi Christian X resta dans le pays comme chef d'État. Le Troisième Reich était formellement représenté par un ministre plénipotentiaire (Reichsbevollmächtigter), c'est-à-dire un diplomate accrédité auprès du souverain, un poste décerné en à l'avocat et général SS Werner Best.
D'une façon générale, l'opinion publique danoise soutint le nouveau gouvernement, particulièrement après la défaite de la France en .
Le sentiment général était que l'occupation allemande était une triste réalité et que cela devait être affronté de la façon la plus réaliste possible, au vu de la situation internationale. La classe politique réalisa qu'elle aurait à travailler dur pour maintenir la position privilégiée du Danemark en présentant un front uni aux autorités allemandes, donc tous les principaux partis démocratiques se sont unis pour former un nouveau gouvernement. Le parlement et le gouvernement acceptèrent de travailler ensemble. Avec une suppression, de fait, de toute opposition, la situation n'était pas sans évoquer un régime de parti unique, mais que le gouvernement était représentatif.
Le gouvernement danois était dominé par les Sociaux-démocrates, dont faisait partie le premier ministre d'avant guerre Thorvald Stauning, qui trouvait le parti nazi répugnant et qui trouvait déprimante la perspective d'une Europe sous hégémonie nazie. Néanmoins son parti poursuivit une stratégie de coopération, espérant maintenir la démocratie et le maintien des Danois au pouvoir aussi longtemps que possible. Il y avait de nombreux problèmes à régler avec l'Allemagne dans les mois qui suivirent l'occupation : les articles de journaux et les dépêches « qui pourraient compromettre les relations germano-danoises » étaient censurées ;
à la suite de l'attaque de l'Union soviétique (l'opération Barbarossa), le Danemark se joignit au pacte anti-Komintern au même titre que le voisin nordique, la Finlande. Le parti communiste fut interdit au Danemark. En conséquence, de nombreux communistes devinrent les premiers membres de la résistance danoise ;
les relations avec les gouvernements des pays Alliés étaient coupées ;
la production industrielle et le commerce étaient redéployés vers l'Allemagne (en partie pour des raisons géopolitiques et par nécessité économique). Traditionnellement, les deux principaux partenaires économiques du Danemark étaient l'Allemagne et le Royaume-Uni. De nombreux ministres du gouvernement pensèrent que le développement du commerce avec l'Allemagne était vital pour maintenir l'ordre social du Danemark. La crainte restait que la montée du chômage et de la pauvreté puisse conduire à une révolte ouverte du pays contre les Allemands, entraînant des représailles de la part de ceux-ci.
Erik Scavenius est resté premier ministre pendant la plus grande partie de la guerre en tant que chef du cabinet de coalition regroupant tous les principaux partis politiques (exception faite des minuscules partis communiste et nazi). Scavenius était un diplomate, pas un élu, et avait une approche élitiste du gouvernement. Il craignait qu'une opinion publique émotive pût mettre en danger sa tentative de compromis entre la souveraineté danoise et la réalité de l'occupation allemande. Il pensait fermement qu'il était le plus fervent défenseur du Danemark. Après la guerre sa position a été très critiquée, particulièrement de la part des membres de la résistance qui considéraient qu'il avait entravé la cause de la résistance et menacé l'honneur national danois. Lui pensait que ces critiques étaient vaines, et que leurs auteurs, en utilisant l'émotion populaire, cherchaient surtout à se donner une belle image pour assurer leurs propres carrières.
vignette|Pendant l'occupation allemande, le roi Christian X devint un puissant symbole de souveraineté nationale. Cette photo fut prise lors de l'anniversaire du roi en 1940. Il n’est pas accompagné de gardes du corps.