vignette|160x160px|La croix bretonne, symbole utilisé par le GRECE, l'une des principales associations représentant la Nouvelle Droite.

La Nouvelle Droite est un courant de pensée politique d'extrême droite tendance nationale-européenne apparu en 1969 avec la fondation du Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne (GRECE), dont l'essayiste Alain de Benoist est le principal représentant. Lors de la couverture médiatique de la Nouvelle Droite, à l'été 1979, le Club de l'Horloge se retrouva amalgamé avec le GRECE, confusion qui a toujours été récusée par les animateurs des deux collectifs.

De Benoist et d'autres premiers membres du GRECE sont engagés dans des mouvements politiques d'extrême droite, et leur nouveau mouvement est influencé par des courants de pensée de droite plus anciens comme le mouvement révolutionnaire conservateur allemand. Bien que rejetant les idées de gauche d'égalité humaine, la Nouvelle Droite est également fortement influencée par les tactiques de la nouvelle gauche et certaines formes de marxisme. Les idées socioculturelles du marxiste italien Antonio Gramsci y sont particulièrement influentes, les membres de la Nouvelle Droite (ND) se décrivant comme les .

La ND atteint un niveau de respectabilité en France au cours des années 1970, avant que sa réputation et son influence ne déclinent à la suite d’une opposition anti-fasciste libérale et de gauche soutenue. Les membres de la Nouvelle Droite rejoignent plusieurs partis politiques, devenant une influence particulièrement forte au sein du Front national français. Ses idées influencent également des groupes d'extrême droite ailleurs en Europe. Au , la ND joue un rôle dans plusieurs groupes d'extrême droite, tels que le mouvement identitaire et des formes de national-anarchisme.

Le mouvement a des liens avec de plus anciens groupes fascistes et est considéré comme une forme de fascisme, bien que ce qualificatif soit rejeté par les adhérents à ce mouvement, qui est à l'origine de la plus large Nouvelle Droite européenne.

Histoire D’identité française, ce courant de pensée s'étend rapidement à d'autres pays européens dont l'Italie et l'Allemagne, où deux courants à part entière, Nuova Destra et Neue Rechte, vont se développer en interaction avec le courant français, ce dernier restant assez indissociable du GRECE. L'origine exacte de l'expression demeure imprécise. D'aucuns l'attribuent à Alain de Benoist lui-même, mais il s'agirait plus probablement d'une désignation journalistique dont la première trace est difficile à trouverLamy, Philippe. Le Club de l'Horloge (1974-2002) : évolution et mutation d'un laboratoire idéologique. 2016. Elle semble avoir été connue dans les milieux d'extrême-droite bien avant la percée médiatique de 1979. En effet, en , les animateurs du Parti des forces nouvelles, groupuscule néofasciste, prétendirent en faire partie lors d'un forum nommé "La nouvelle droite, là voilà".

Le , Alain de Benoist, théoricien du mouvement, est invité dans l'émission télévisée Apostrophes, après une période médiatique que le présentateur Bernard Pivot nomma « L'été de la Nouvelle Droite ». Le politologue Jean-Yves Camus indique que . Henry de Lesquen fut également présent à l'émission avec de Benoist, où il put évoquer le Club de l'Horloge, mais les deux hommes rejetèrent toute appartenance idéologique commune.

Dès 1993, Pierre-André Taguieff, spécialiste de l'extrême-droite et chercheur au GRECE à l'aide d'écrits en collaboration, considère que le vocable « Nouvelle droite » n'est plus Pierre-André Taguieff, « Origines et métamorphoses de la nouvelle droite », Vingtième Siècle : Revue d'histoire, 40, octobre-décembre 1993, p. 3-22.

Enfin, l'expression est explicitement reprise et revendiquée en tête du Manifeste pour une renaissance européenne publié par Alain de Benoist et Charles Champetier en 1999

Pour Razmig Keucheyan, en 2017, des porosités entre le GRECE et le Club de l'horloge existent encore, notamment via des apparitions de membres du Club de l'horloge dans des publications d'Alain de Benoist, et .

Idées principales Dans le dossier du n°173 de la revue Éléments pour la civilisation européenne, « 1968-2018 : 50 ans de Nouvelle Droite », on lit en entame :

Pour Pierre-André Taguieff, la première nouveauté de la Nouvelle droite (ND) est sa rupture avec la tradition catholique qui était jusque-là . Le second thème central de ce mouvement de pensée dans les années 1970 serait la dénonciation de l'égalitarisme. Le dernier thème est celui de la référence au où le paganisme est pensé comme . Enfin, la ND développe rapidement une critique de la , de l'économisme et de l'individualisme libéral.

Pour Pierre-André Taguieff comme pour Stéphane François, le terme générique ne saurait se réduire à une seule école de pensée et d'action ou à un courant idéologico-politique immuableValéry Rasplus, Stéphane François, Les néo-paganismes et la Nouvelle-Droite (1980-2006). Pour une autre approche, 2008 (compte-rendu), Raison présente, 2009, 171, p. 139-141.

Le politologue Stéphane François considère que . Citant Jean-Yves Camus, il avance que celle-ci n'est : . Du fait de sa longévité, elle aurait connu Stéphane François, La Nouvelle Droite et l'écologie : une écologie néopaïenne ?, Parlement(s), Revue d'histoire politique, 2009/2 (n° 12), p. 132-143.

Relations avec le fascisme La majorité des politologues situent la ND à l'extrême droite du spectre politiqueAinsi, Alain Touraine rattache la Nouvelle Droite à l'extrême droite. Il déclare, en 1980 : « Si on convient d'appeler fascisme tout appel autoritaire à l'unité culturelle et étatique de la nation comme recours contre les mouvements populaires qu'une classe dirigeante ne peut plus contenir, la Nouvelle droite est bien un fascisme… Elle porte en elle une logique de répression sociale qui est mortellement dangereuse pour les libertés démocratiques. ». Un certain nombre de critiques libéraux et de gauche l'ont décrit comme une forme nouvelle ou aseptisée de néo-fascisme ou comme une idéologie de l'extrême droite qui s'inspire considérablement du fascisme. Le politologue et spécialiste du fascisme Roger Griffin affirme que la ND présente ce qu'il considère comme les deux aspects déterminants du fascisme : un ultra-nationalisme populiste et un appel à la renaissance nationale (palingénésie) Roger Griffin, "Between Metapolitics and Apoliteia: the Nouvelle Droite's Strategy for Conserving the Fascist Vision in the 'Interregnum'", Modern & Contemporary France, 8 (1), 2000, p. 35–53. Tom McCulloch estime que la ND avait un « caractère nettement fasciste-revivaliste » en partie à cause de sa référence constante aux idéologues de droite antérieurs comme les révolutionnaires conservateurs allemands et des personnalités françaises comme Robert Brasillach, Georges Valois, Pierre Drieu La Rochelle et Thierry Maulnier. La Nouvelle Droite a également vénéré le penseur d'extrême droite italien Julius Evola, qui resterait un symbole puissant dans le mouvement Nigel Copsey, "Au Revoir to "Sacred Cows"? Assessing the Impact of the Nouvelle Droite in Britain", Democracy and Security. 9 (3), 2013, p. 287–303.

McCulloch voit des parallèles dans le désir de la ND d'avoir des sociétés européennes ethniquement et culturellement homogènes, son hostilité à l'égalitarisme et à la modernité universaliste, et son appel à une renaissance culturelle Tom McCulloch, "The Nouvelle Droite in the 1980s and 1990s: Ideology and Entryism, the Relationship with the Front National", French Politics, 4 (2), 2006, p.158–178. La ND rejette les étiquettes de et d'. De Benoist a lui-même été décrit comme un néo-fasciste, bien qu'il ait rejeté l'étiquette de « fasciste », affirmant qu'elle n'a été utilisée que par ses critiques ses idées. Les membres de la ND ont soutenu que leur critique du capitalisme et de la démocratie libérale est différente des critiques formulées par le nazisme et les anciennes formes de fascisme et de l'extrême droite.

Spectre politique entre gauche et droite La Nouvelle Droite s'est distinguée de la droite dominante en adoptant des positions anticapitalistes, anti-américaines, pro-Tiers-Monde, anti-nationalistes, fédéralistes et écologistes qui étaient traditionnellement associées à la politique de gauche Tamir Bar-On, "The Ambiguities of the Nouvelle Droite, 1968-1999", The European Legacy, 6 (3), 2001, p. 333-351.. Ce mélange d'idées traditionnellement de gauche et de droite, qui a longtemps été reconnu comme une caractéristique du fascisme, a généré beaucoup d'ambiguïté autour de la position idéologique de la ND et a conduit à la confusion parmi les militants politiques et même les universitaires. Le ND se décrit comme situé au-delà de la gauche et de la droite.

Paganisme La ND rejette l'héritage monothéiste de la tradition judéo-chrétienne. Elle affirme que l'héritage chrétien de l'Europe a généré un ethos égalitaire qui s'est depuis développé dans des variantes séculaires telles que le libéralisme, la social-démocratie et le socialisme. Elle condamne le monothéisme du christianisme comme faisant preuve d'un ethos totalitaire qui cherche à imposer un ethos occidental aux nombreuses cultures différentes du monde. Selon Pierre Vial, Alberto Spektorowski, The New Right: Ethno-regionalism, ethno-pluralism and the emergence of a neo-fascist 'Third Way', Journal of Political Ideologies, 8 (1), 2010, p. 111–130. Le GRECE est manifestement pro-païen, considérant l'Europe préchrétienne en termes positifs comme un continent polythéiste sain et diversifié. L'opposition de la ND au christianisme l'a amenée à rejeter les idées de la vieille droite catholique et de la droite néolibérale anglo-américaine. Il admet néanmoins que d'autres groupes culturels devraient être libres de poursuivre des croyances monothéistes s'ils le jugent opportun, exprimant le point de vue que .

Rapport à l'écologie et à la nature

D'abord absente et très critiquée, l'écologie va faire son apparition dans l'idéologie néo-droitière dans les années 80, sous l'influence antimoderniste de son courant néo-paien, qui puise dans l'écologie profonde, le romantisme et le situationnisme dans le cadre de sa stratégie confusionniste. Pour la Nouvelle Droite, dans une forme d'écologie des populations, le peuple européen tire sa supériorité des environnements qui l'ont forgé, le Pôle Nord, son berceau, et l'Europe. Le lien d'équilibre et d'harmonie entre les européens et leur terre aurait cependant été brisé par le métissage culturel et ethnique, comparés à une attaque d'espèces invasives, mais aussi par la modernité (christianisme, idées des Lumières, capitalisme, mondialisation). La rupture de ce lien primordial aurait mené au déclin de la civilisation européenne. La Nouvelle droite prône donc un retour en arrière vers des formes d'organisation sociale en vie communautaire organique, hiérarchique, fermée, culturellement et ethniquement homogène et enracinée dans la terre, seul moyen pour le peuple européen de retrouver ce lien, et de se protéger lui même et son environnement. Antoine Dubiau voit donc dans ce mouvement l'avant-garde de l'écofascisme émergeant.

Critiques et polémiques à propos de la En 1993, Taguieff est accusé par Roger-Pol Droit dans Le Monde de et de manque de parce qu'un recueilAndré Béjin et Julien Freund (dir.), Racismes, antiracismes, Méridiens-Klincksieck, 1986., auquel il collabora avec Alain de Benoist, fut publié (abrégé) en Italie dans une maison d'édition dirigée par Marco Tarchi, chef de file de la Nouvelle Droite dans ce pays. . Cette dénonciation s'appuyait aussi sur le fait que Taguieff avait fréquenté des militants de la Nouvelle Droite d'Alain de Benoist dans le cadre de ses travaux et publié des articles dans des revues du mouvement (Éléments, Krisis) aux côtés d'autres intellectuels qui, aux yeux des « vigilants », auraient dû s'abstenir : Jacques Julliard, Serge Latouche, Alain Caillé, Ignacio Ramonet, etc.