Le peuple Wayana est l'un des six peuples amérindiens vivant en Guyane, sur les rives du fleuve Maroni et de la rivière Tampok. Ces Amérindiens, originaires du sud de l'actuelle Guyane, autrefois aussi appelés Roucouyennes, vivent au bord de l'eau en communautés villageoises.

En 1980, on comptait environ 1 500 Wayanas, dont 150 au Brésil parmi les Aparai, 400 au Suriname et environ 1 000 en Guyane française, le long du fleuve Maroni. En 2010, la population totale Wayana était estimée à 2 087 personnes. On estime que 1 740 personnes parlent leur langue maternelle.

Histoire

Selon l'ethnologue français contemporain Éric Navet, l'ethnie karib des Wayana commence, dès 1760, à déborder sur le versant des monts Tumuc-Humac, en Guyane française, guerroyant contre l'ethnie Wayãpi du groupe Tupi-Guarani, originaire du bas Rio Xingu, alors en migration vers le nord..

Une fois la paix conclue avec les Wayãpi par des intermariages, les Wayana, alors évalués en 1890 au nombre de , devinrent . Le centre de la Guyane est encore en pleine phase d'explorationFroidevaux, Henri (1894) « Explorations françaises à l’intérieur de la Guyane pendant le second quart du XVIIIe siècle (1720-1742) », Bulletin de la Société de Géographie Historique et Descriptive, Paris, .

Années 1930

Années d'après-guerres

Les Wayana ne sont plus alors évalués qu'à moins de vers 1950.

Années 1960

Années 1970

Années 1980

Selon le recensement de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) de 1982, répartie en trois sous-groupes dépendant de trois administrations différentes, Brésil, Surinam et Guyane française, la population totale des Wayana serait de dont résidant dans dix communautés sur la rive française de l'Itany..

Années 1990

Années 2000

Années 2010

Années 2020

Langue et culture thumb|Les Wayanas étaient connus pour leurs vanneries, variées et complexesDamien Davy (2007), « Vannerie et vanniers » : approche ethnologique d’une activité artisanale en Guyane française, Thèse de doctorat : Ethnologie, Université d’Orléans, 527 p... Ici : paniers tressés roucouyennes (wayanas) et un éventail tressé vers 1880.. thumb|Pirogues wayana, 1979. vignette|Maluwana, un ciel de case Wayana.

Habitat Peuple caribe, comme les Kali'nas, les Wayanas habitent une vaste zone frontalière entre le Brésil, le Surinam et la Guyane française. En Guyane, ils vivent sur le Litany (Aletani), nom donné à la partie du Maroni en amont de Maripasoula. Les Wayanas partagent leur territoire socioculturel avec les Apalaï, aussi Caribe. Ceux-ci sont moins d'une cinquantaine d'individus en Guyane. Ils vivent dans la commune de Maripasoula entre le bourg de Maripasoula et le village Pidima.

Autrefois, les villages réunissaient , le long des grands cours d’eau. Ils changeaient de lieu environ tous les sept ans, guidés par les anciens. Aujourd’hui, les Wayanas se sédentarisent et les villages atteignent ou dépassent les . Quelques maisons avec murs, sur pilotis sont apparues, mais la plupart sont des habitats légers de type carbet.

Les Wayanas ont toujours été en relation avec les populations du Brésil. Ils vivaient sur le Jari (actuellement abandonné) et vivent encore sur le Paru de l’Este et ont longtemps vécu . Selon un travail récent de cartographie participative les Wayana de Guyane se sont déplacés depuis les Tumuc-Humac au bas-Litani dans un contexte marqué à la fois par des guerres interethniques et par la colonisation, et selon la mémoire commune d'attaques de monstres aquatiques (le tulupele) qui, selon Fleury (2016) symbolisent les dangers cachés des fleuves et rivières de leur environnement. Au Brésil, le territoire des Wayana se situe à l'intérieur du et de la Terre Indigène du Parou de Leste, sous l’égide de la Fondation nationale de l’Indien (FUNAI). Au Suriname, le groupe se trouve sur le Haut-Tapanahony, et sur le fleuve Maroni entre le Suriname et la Guyane française. Au Brésil et au Suriname, ils sont encadrés par des missionnaires protestants évangéliques américains et aujourd'hui par des missionnaires wayanas du Suriname.

Alimentation et mode de vie Certains Wayanas ont délaissé la pêche et la chasse traditionnelle. L’arc a été remplacé par le fusil, et l’hameçon est apparu, de même que les filets synthétiques, mais ils restent nombreux à être fidèles aux valeurs traditionnelles.

Les Wayanas sont traditionnellement de grands consommateurs de poisson, pêché plusieurs fois par jour à l'hameçon, à l'épervier (filet), au harpon, à l'arc ou à la nivrée, c’est-à-dire à l'aide de poisons végétaux (roténone) introduits dans des zones lentiques facilitant la capture des poissons. Dès l'âge de , les enfants apprennent à pêcher les espèces disponibles, au gré des saisons. Ils acquièrent très vite une bonne connaissance du fleuve, de ses abords et de ses dangers.

La chasse de subsistance était pratiquée une à plusieurs fois dans la semaine (voire moins souvent). Comme la cueillette, elle amène quelques compléments alimentaires. Il faut chasser de plus en plus loin autour des villages pour trouver du gibier, souvent en concurrence avec des chasseurs professionnels ou des orpailleurs à la recherche de « viande de bois » (équivalent forestier de la « viande de brousse ». De plus, ce département est le seul de France où la réglementation est quasi inexistante : Hansen éric. (2009) Réglementation de la chasse en Guyane, une situation particulière, Faune sauvage, 284, .. en outre, la viande peut être contaminée par la grenaille de plomb (toxique et alors source de saturnisme direct ou indirect (via le saturnisme animal), pendant que le poisson est, lui, de plus en plus pollué par le mercure des chercheurs d'or. Depuis 2006, les ORGFH sont le cadre réglementaire, soutenu par des arrêtés préfectoraux réglementant le commerce des espèces non domestiques et par une liste d'espèces protégées.

En complément de la ration protéique, le manioc est le féculent qui jouait le rôle central (fabrication du couac, de la cassave et de la bière traditionnelle), puis le riz (cultivé par d'autres ethnies ou acheté aux commerçants) est aussi apparu.

Une partie des ressources vient des achats ou échanges divers et d'aides de l'administration (comme le RSA).

Les femmes créent parures et bijoux et elles ornent les poteries et objets du quotidien, ou à valeur plus rituelle, de motifs ancestraux transmis – comme les techniques – de génération en génération. C'est devenu une source de revenu.

Rituel du Maraké

Le rituel d'initiation connu sous le nom de Maraké (eputop) est une des grandes cérémonies des Apalaï et des Wayanas. C’est un moment clé de l’initiation qui règle le passage de l’enfance à l’âge adulte, avec des chants rituels de la catégorie Kalawu. Lors de ce rite, les postulants tëpijem filles et garçons reçoivent des applications d'insectes hyménoptères venimeux sur leur corpsPrésentation du film de Jean-Philippe Isel, « Ëputop, un maraké wayana », consacré au rituel du maraké wayana. On frôlait la peau du corps de l’initié d’un « counana » (kunana), une vannerie carrée pour les filles et une vannerie zoomorphe (en forme d’animal, poisson, oiseau ou animal mythique) pour les garçons. Elle est ornée de plumes colorées, dont une partie centrale est tissée de manière à pouvoir y emprisonner des fourmis (ilak), dont la piqûre est très douloureuse, ou des guêpes (okomë). Les adolescents en cours d’initiation, encouragés par les familles devaient supporter la douleur sans gémir.

Une technique assez proche consiste à porter l’objet comme une cuirasse immunisante durant plusieurs heures. Après la séance, le porteur était réputé immunisé contre les blessures par flèche.

Le Maraké a fait l'objet d'une inscription à l'inventaire du patrimoine immatériel de la France par le ministère de la Culture en 2011, qui a demandé son inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, au titre du Patrimoine culturel immatérielFiche d'inventaire du patrimoine culturel immatériel de la France consacrée au Maraké. Sa proclamation a été reportée afin de tenir compte de la zone transfrontalière. Le dossier sera représenté plus tard.

Projet SAWA Un projet collaboratif baptisé SAWA (acronyme de Savoirs autochtones wayana-apalaï) a été lancé par les Wayana, relatif à la conservation, redécouverte et valorisation des savoirs et savoir-faire Wayana d’autrefois. Mis en œuvre à partir de 2016, il a permis de commencer à réanalyser les objets, récits, témoignages et chants collectés par les anthropologues et conservés en métropole, et permettre aux jeunes Wananas d'avoir accès à cette mémoire archivée dans les musées et institutions en France métropolitaine.

Dans ce cadre, un portail numérique trilingue, dit WATAU, a été préfiguré, avant même que l'Internet soit disponible pour les amérindiens éloigné des grandes villes en Guyane. Cette démarche intègre .

Mythes et choc des cultures vignette|Maluwana: Iconographie wayana ; Exemple de figures zoomorphes.

Les Wayanas, comme toutes les communautés, ont un corpus de mythes fondateurs, des récits animaliers, d'histoires familiale et de groupe, ainsi qu'une symbolique propre traduite par des motifs particuliers sur les objets rituels ou du quotidien. La culture Wayana est notamment caractérisée par des figures zoomorphes très particulières (également présentes chez les des Apalais). Selon Aïmawalé Opposa, qui, en Guyane Près de Talweg est l’un des derniers peintres de ciels de case, ces figures (ex. photo ci-jointe) sont des motifs traditionnels des Wayanas notamment appliquées sur les ciels de case. Le ciel de case ou maluwana est un plateau de bois taillé dans un morceau de contrefort de fromager (ceiba pentandra) rond, enchassé sous la couverture de feuillage, au sommet d'un poteau supportant le faîte du tukusipan (carbet] communautaire où se déroulent les réunions publiques, les fête et le maraké). Le plateau de bois est poli, et noirci au feu et enduit de sève d'Apulukum, qui leur donne cet aspect vernissé et renforce leur étanchéité.. Il est orné de motifs zoomorphes peints, en couleur faites autrefois avec des pigments naturels, sur fond noir et aujourd'hui avec de la peinture acrylique qui offre des couleurs plus vives. Selon les Wayanas, ces motifs protègent la communauté vivant là, ainsi que le village, évoquant divers animaux [mythique jaguar à deux têtes, Apuweika ; tapir ; tamanoir (Walissime) ; oiseau/poule (kulasi) ; monstre-écureuil ; chenille urticante Tokokosi ou Elukë et animaux ou monstres aquatiques tel que poisson-animal esprit des eaux (Molokot) ; poisson ; grenouille (kuto-pipak) ; tortue ((Kuliputpe, la femme du Dieu Kuyuli, transformée en tortue aquatique)…] ; et parfois des personnages. Chaque motif évoque un mythe ou une légende..

Les mythes et les histoires des Wayanas étaient aussi transmis de génération en génération par des chanteurs et grands narrateurs de récits mythiques. L'un des mieux connus, mort en 2001, était « Kuliyaman », dont une partie du savoir a été enregistrée par son fils Mataliwa ainsi que par l’anthropologue Jean ChapuisChapuis J (2003) Wayana eitoponpë:(Une) histoire (orale) des Indiens Wayana. Ibis rouge..

Selon les Wayanas, le monde est apparu dans une ère de transformation où tout pouvait se transformer en n’importe quoi d’autre. Les êtres vivants et minéraux que nous connaissons seraient alors apparus, créés par deux personnages mythiques, « Kuyuli », le Dieu suprême polymorphe et « Mopo », qui ont aussi créé les plantes, animaux, champignons, les montagnes, les mers et les fleuves et tout ce qui est sous le ciel et au-delà. Ce monde persiste, avec des choses cachées, accessibles aux seuls chamans.

Ulinumtop eitoponpë uhpak : les guerres du passé

Après la création du monde actuel, les mythes racontent que les Wayanas se sont longuement battus entre clans.