Le Grand Corbeau (Corvus corax) est une espèce d'oiseaux de la famille des corvidés. Il est le plus grand oiseau de l'ordre des passeriformes après le corbeau corbivau, et probablement le passereau le plus lourd. Présent dans tout l'hémisphère nord, c’est l’espèce de corvidé dont l’aire de répartition est la plus étendue. Les grands corbeaux vivent généralement de mais certains individus ont vécu . Les juvéniles peuvent se déplacer en groupes mais les couples appariés restent ensemble pour la vie, chaque couple défendant un territoire. Huit sous-espèces ont été décrites avec de faibles différences phénotypiques ; des études récentes montrent toutefois des différences génétiques significatives entre les populations de diverses régions.

Le grand corbeau coexiste avec les humains depuis des milliers d’années et dans certaines régions il est si commun qu’il est considéré comme une espèce nuisible. Une partie de son succès est due à son régime omnivore ; le grand corbeau est extrêmement opportuniste, se nourrissant de charognes, d’insectes, de déchets alimentaires, de céréales, de baies, de fruits, d'œufs et de petits animaux. Plusieurs cas remarquables de résolution de problèmes ont été observés chez cette espèce, ce qui laisse penser que le grand corbeau est extrêmement intelligent.

Morphologie thumb|Le plumage du grand corbeau peut montrer une teinte bleue ou violette au soleil.

Un grand corbeau adulte mesure, selon les auteurs, entre de long avec une envergure de (en Europe : pour le mâle et pour la femelle)Hermann Heinzel, Richard Fitter et John Parslow, Guide Heinzel des oiseaux d'Europe, 2014.. Selon le guide Ornitho de Lars Svensson, Killian Mullarney et Dan Zetterström, il mesure de de long avec une envergure de Lars Svensson, Killian Mullarney et Dan Zetterström, Les Oiseaux d'Europe, d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, Éditions Delachaux et Niestlé, 2012.Roger Tory Peterson, Jacques Bosser, Guy Mountfort et Philippe Arthur Dominic Hollom, Guide Peterson des oiseaux de France et d'Europe, Éditions Delachaux et Niestlé, 2012.. La sous-espèce Corvus corax tibetanus est la plus grande, les plus grands individus faisant jusqu'à de long et d'envergure. Le ratio envergure/longueur est d'environ 2,09 pour le grand corbeau. Pour exemple celui de la corneille noire est de 2.

Toujours selon les auteurs, son poids varie de voire . C'est le plus lourd des passereaux.

Les oiseaux des régions plus froides comme l’Himalaya et le Groenland sont généralement plus grands avec un bec légèrement plus gros, tandis que les individus des régions plus chaudes sont plus petits avec un bec proportionnellement plus petit.

Le bec est fort, noir et légèrement courbé. La queue est relativement longue, fortement graduée et cunéiforme en vol, le cou est assez massif, et l’iris est brun foncé.

Le plumage est généralement noir mais possède des reflets iridescents bleutés et violets. Les plumes de la gorge sont allongées, pointues et hérissées, et la base des plumes du cou est d’un brun gris pâle. Le plumage des jeunes est semblable à celui des adultes mais est plus terne, et leur iris est bleu gris.

En plus de sa grande taille, le grand corbeau diffère des corneilles par son bec plus fort et épais, les plumes de la gorge allongées et ébouriffées, et la queue en losange.

Comportement Alimentation thumb|Grands Corbeaux se nourrissant dans une décharge. Le grand corbeau est omnivore et opportuniste : son régime alimentaire varie selon le lieu, la saison et ce qu'il trouve par hasard. Par exemple, le régime alimentaire des grands corbeaux nichant près des décharges présente un pourcentage plus élevé de déchets, ceux nichant près des routes consomment plus de vertébrés victimes de collisions et ceux nichant loin de ces sources de nourriture consomment plus d'arthropodes et de plantes.

En certains endroits, ils sont majoritairement nécrophages, se nourrissant de carcasses et des asticots et silphidés associés. Par exemple, dans la toundra du versant nord de l'Alaska, les corbeaux satisfont environ la moitié de leurs besoins énergétiques grâce à la prédation (surtout de petits rongeurs du genre Microtus) et l’autre moitié provient de nécrophagie (surtout de carcasses de caribou et de lagopèdes).

Leur alimentation végétale comprend les céréales, les baies et les fruits. Ils chassent les petits invertébrés, les amphibiens, les reptiles, les petits mammifères et oiseaux. Toutefois, une étude menée de 1984 à 1986 sur le régime des grands corbeaux dans le sud-ouest de l'Idaho (une région agricole) montra que les céréales étaient la composante principale des pelotes de réjection, bien que des petits mammifères, des sauterelles, des carcasses de bovins et des oiseaux aient également été consommés. Ils emmagasinent les surplus de nourriture, surtout de celle contenant du gras, et les dissimulent hors de vue des autres corbeaux. Ils pillent les caches de nourriture des autres espèces comme le renard arctique. En hiver, ils peuvent également s’associer avec un autre canidé, le loup gris, en tant que cleptoparasite et le suivent pour se nourrir des carcasses.

Ils peuvent également consommer les parties non digérées des matières fécales animales. Le succès des nichées est plus élevé chez les individus qui utilisent des déchets comme source de nourriture.

Relations sociales et intelligence Intelligence Le grand corbeau possède l’un des plus gros cerveaux de toutes les espèces d’oiseaux. Plus spécifiquement, son pallium est volumineux. Il fait également preuve de plusieurs compétences telles que la résolution de problème ainsi que d’autres processus cognitifs comme l’imitation et l’intuition.

Une expérience conçue pour évaluer l’intuition et la résolution de problèmes présentait un morceau de viande attaché à une corde qui pendait d’un perchoir horizontal. Pour atteindre la viande, l’oiseau devait se tenir sur le perchoir, tirer la corde en plusieurs étapes et tenir la corde à chaque étape afin de la raccourcir. Quatre des cinq Grands Corbeaux réussirent effectivement l’épreuve, et la transition depuis l’absence de succès (ignorer la nourriture ou simplement tirer sur la corde) jusqu’à un succès constant et prévisible (amener la viande jusqu’au perchoir) se fit sans apprentissage apparent.

Le grand corbeau est connu pour voler et cacher des objets brillants comme des galets, des morceaux de métal et des balles de golf. Une hypothèse est que ce comportement servirait à impressionner les autres corbeaux. D’autres études indiquent que les jeunes corbeaux sont curieux envers toute chose nouvelle et que leur attrait pour les objets ronds et brillants serait fondé sur leur similitude avec des œufs. Les adultes perdent cet intérêt intense pour l’inhabituel et deviennent néophobesKijne M & Kotrschal K (2002) "Neophobia affects choice of food-item size in group-foraging common ravens (Corvus corax)". Acta ethologica 5(1) : 13-18.

, les chercheurs ont reconnu que les oiseaux jouent. Les jeunes grands corbeaux sont parmi les plus joueurs des espèces d’oiseaux. Ils ont été observés glissant le long des bancs de neige, apparemment pour le simple plaisir. Ils jouent même avec d’autres espèces, par exemple à chat avec des loups et des chiens. Le grand corbeau est connu pour ses acrobaties aériennes spectaculaires, comme les loopings.

Relations intraspécifiques right|200px|thumb|Grand Corbeau émettant un cri vignette|Un grand corbeau (ici, corvus corax sinuatus), émettant ses vocalises ; à Point Reyes National Seashore. Mars 2018. Cette espèce possède un cri caractéristique « rrok-rrok », profond et caverneux, qui diffère de celui des autres corvidés. Son vocabulaire complexe inclut un « toc-toc-toc », un « kraa » sec et rocailleux, un croassement guttural et bas ainsi que plusieurs cris de nature presque musicale.

Tout comme les autres corvidés, le grand corbeau peut imiter les sons de son environnement, y compris la voix humaine. Il possède un large éventail de vocalisations qui continuent d’intéresser les ornithologues. Gwinner a conduit plusieurs études au début des années 1960, enregistrant et photographiant ses résultats de façon détaillée.

De de vocalisation ont été notées chez cette espèce, la plupart étant utilisée lors des interactions sociales. Les cris étudiés comprennent les cris d’alarme, les cris de vol et les cris de poursuite. Le grand corbeau produit également des sons non vocaux dont des sifflements d’ailes et des claquements de bec. Les clappements et les claquements ont été entendus plus souvent chez les femelles que chez les mâles. Si le membre d’un couple est introuvable, son partenaire imite ses cris pour encourager son retour.

Un comportement utilisé par les jeunes individus est le « recrutement » : de jeunes corbeaux dominants appellent à grands cris d'autres corbeaux auprès de sources importantes de nourriture (habituellement une carcasse). Bernd Heinrich émet l’hypothèse que l’acquisition de ce comportement aurait permis aux juvéniles d’être plus nombreux que les adultes, leur permettant ainsi de se nourrir des carcasses sans en être chassés. Une explication plus conventionnelle suggère que les individus coopèrent en échangeant de l’information sur les carcasses des grands mammifères parce qu'elles sont trop grosses pour quelques individus seulement.

Les corbeaux observent l’endroit où d’autres grands corbeaux cachent leur nourriture et s'en souviennent, ce qui leur permet d’y voler la nourriture. Ce type de vol est si fréquent que les individus parcourent de plus grandes distances pour trouver de meilleures caches pour leur propre nourriture. Il a également été noté que les grands corbeaux font semblant de construire des caches sans pour autant y déposer de nourriture, probablement pour tromper les autres corbeaux.

Relations interspécifiques Outre les jeux mentionnés dans le paragraphe « intelligence », les grands corbeaux ont été observés manipulant d’autres animaux pour qu'ils travaillent pour eux, par exemple en appelant des loups et des coyotes sur le site d’une charogne. Les canidés ouvrent alors la charogne, ce qui la rend plus accessible aux corbeaux.

Reproduction left|thumb|Jeunes au nid - Hvítserkur, Islande thumb|Œufs de Corvus corax MHNT Les juvéniles commencent les rituels d’appariement à un jeune âge, mais ne s’apparieront pas avant deux ou trois ans. Les acrobaties aériennes, les comportements démontrant l'intelligence et les capacités à obtenir la nourriture sont des comportements clés de la parade nuptiale. Une fois appariés, les membres d’un couple ont tendance à nicher ensemble pour la vie, généralement dans le même lieu. L’infidélité a été observée chez le grand corbeau lorsque des mâles ont visité le nid de femelles dont le partenaire était absentHeinrich, B. (1999). Mind of the Raven: Investigations and Adventures with Wolf-Birds . New York: Cliff Street Books. .

Les couples doivent posséder un territoire avant de commencer la construction du nid et la reproduction, ils défendent donc avec acharnement un territoire et ses ressources. La taille des territoires de nidification varie selon la densité des sources de nourriture de la région. Le nid est une coupe profonde faite de branches et de brindilles maintenues ensemble grâce à une couche interne de racines, de boue et d’écorce. L’intérieur est recouvert de matériaux plus doux comme la fourrure de cerf. Le nid est habituellement placé dans un grand arbre, sur une saillie rocheuse ou, moins fréquemment, sur de vieux immeubles ou des poteaux électriques.