Pierre Joseph Habert, né le à Avallon dans l'Yonne et mort le à Montréal, dans le même département, est un général français de la Révolution et de l’Empire. Après avoir servi dans l'armée de 1792 à 1797, il sert en Irlande et en Égypte et obtient tous les grades jusqu'à celui de colonel en 1802. Sous l'Empire, il commande un régiment d'infanterie pendant la campagne de 1805 contre l'Autriche. Lors des opérations en Prusse et en Pologne de 1806 à 1807, il se distingue à Iéna, Golymin, Eylau et Heilsberg où il est blessé à deux reprises.

Promu au grade de général de brigade, Habert est envoyé en Espagne où il se forge une réputation sur les champs de bataille. Après avoir guerroyé dans la péninsule avec des fortunes diverses de 1808 à 1809, il passe sous les ordres du général et futur maréchal Suchet nommé au commandement des troupes stationnées en Aragon. Une série de victoires quasi-ininterrompues s'ensuit alors : bien qu'il ne soit que brigadier, Habert se voit confier le commandement de la division du corps de Suchet qu'il mène au combat à Lérida, Tortose et Tarragone. Élevé au grade supérieur, le général conduit sa division au siège de Valence ainsi qu'aux batailles de Sagonte, Castalla et Ordal. Il est surnommé l'« Ajax de l'armée de Catalogne » pour sa défense prolongée de Barcelone en 1814. Habert est rappelé pendant les Cent-Jours pour commander une division au cours des batailles de Ligny et de Wavre mais il n'est pas présent à Waterloo. Son nom est inscrit sous l'arc de triomphe de l'Étoile à Paris.

Biographie

La Révolution et le Consulat

Fils de Henry Habert, marchand libraire à Avallon., Pierre Joseph Habert entre au service comme volontaire le et est nommé capitaine au de l'Yonne. Il devient lieutenant-colonel en second le 3 du même mois, puis chef de bataillon à la de bataille le . Le jeune officier passe ensuite dans le de la brigade étrangère le ..

Après avoir fait toutes les campagnes de la Révolution française et subi quelques mois de captivité en Grande-Bretagne à la suite de la deuxième expédition d'Irlande en 1796, il passe en Égypte pour porter des dépêches au général en chef. Il se rend d'abord à Alger pour remplir une mission auprès du consul de France et arrive à Alexandrie après une traversée de quinze jours malgré la surveillance de la marine britannique. Nommé aide de camp du général Jacques François Menou le , Habert se distingue à la bataille d'Héliopolis et est nommé chef de brigade à titre provisoire par le général Menou le . Il revient en France après la capitulation d'Alexandrie et est confirmé dans son grade de chef de brigade par arrêté des consuls le . Fait commandant du régiment d'infanterie de ligne à Perpignan le de la même année, il est fait chevalier de la Légion d’honneur le puis officier de l'ordre le . Il occupe entretemps les fonctions de chef de brigade au camp de Bayonne, de Saintes et de Brest entre 1803 et 1805.

Les premières campagnes de l'Empire, 1805-1807

vignette|upright|Le maréchal Pierre Augereau, commandant en chef le corps d'armée.

En , alors que vient de se former la Troisième Coalition, le de ligne commandé par Habert rejoint la division du général Desjardin appartenant au corps du maréchal Augereau.. Après avoir parcouru des centaines de kilomètres depuis Brest, les hommes d'Augereau ne participent pas au gros des opérations mais parviennent cependant à acculer la division autrichienne de Jelačić près du lac de Constance. Le , Jelačić doit se rendre avec ses hommes à la division Desjardin en présence d'Augereau à Dornbirn, dans le Vorarlberg. Les Autrichiens sont autorisés à regagner la Bohême à condition de ne plus reprendre les armes contre la France pendant un an.

Au commencement de la campagne de Prusse en 1806, Habert et son de ligne servent à la brigade Lefranc au sein de la division du corps commandée par Desjardin. Au cours de la bataille d'Iéna le , la division Desjardin s'empare du village d'Isserstadt, perçant le centre-droit de la ligne prussienne et sauvant l'avant-garde du maréchal Ney d'une situation précaire. Le , Augereau réussit à franchir la Wkra en Pologne à l'issue de la bataille de Czarnowo. Le maréchal envoie d'abord la division du général Heudelet à Sochocin pour tenter une traversée tandis que Desjardin fait de même à Kołoząb. Se heurtant à la division russe Barclay de Tolly, l'attaque d'Heudelet est repoussée mais celle de Desjardin rencontre plus de succès. Pilonnant les Russes avec ses canons, ce dernier lance quelques compagnies d'élite à l'assaut du pont partiellement détruit tandis que sa deuxième brigade sous le commandement du général Lapisse tombe sur le flanc des défenseurs. Cet assaut combiné livre le champ de bataille et six pièces d'artillerie aux Français.

vignette|gauche|Épisode de la bataille d'Heilsberg, le 10 juin 1807, par Richard Knötel. Habert est blessé à deux reprises au cours de cet engagement.

Habert dirige le face aux Russes lors de la bataille de Golymin le . La division Desjardin arrive sur le terrain la première et accable un régiment d'infanterie ennemi, mais ce dernier reçoit des renforts et les Russes finissent par repousser à leur tour les soldats de Desjardin. Après s'être ralliés, les Français retournent au combat et cette fois la brigade n'est stoppée qu'à 50 pas des canons russes par des décharges de mitraille. La brigade recule alors sur environ et se forme en carrés en avant du village de Kaleczin. Les troupes russes font quant à elles retraite durant la nuit.

Le , le de ligne se trouve sur le champ de bataille d'Eylau. À de l'après-midi, Napoléon ordonne au maréchal Augereau, souffrant, d'attaquer le flanc gauche des Russes avec son corps. Alors que le mouvement est en cours d'exécution, un épais brouillard s'abat subitement sur le champ de bataille et le corps d'Augereau, aveuglé par la neige, vire trop à gauche et se heurte au centre du dispositif russe. Mitraillé par une batterie de 70 pièces et submergé par une contre-attaque de l'infanterie et de la cavalerie russes, le corps essuie des pertes considérables. Le général Desjardin, commandant la division à laquelle appartient le , est tué. À l'issue de la bataille, le corps trop affaibli pour être reconstitué, est dissous et ses éléments répartis dans les autres unités françaises. Habert est ensuite transféré à la division Legrand du corps de Soult. Il est blessé de deux coups de feu, l’un à la tête et l’autre à l’épaule, à la bataille d'Heilsberg le , et le de la même année, il est fait commandeur de la Légion d'honneur.

Premiers combats en Espagne, 1808-1809

vignette|Assaut contre Saragosse, par Janvier Suchodolski.

Habert est nommé général de brigade le et est envoyé en Espagne. Du au , les Français entreprennent le premier siège de Saragosse qui se solde par un échec. Au début des opérations, Habert dirige une brigade indépendante forte de hommes composée des et bataillons polonais de la légion de la Vistule ( hommes), du régiment supplémentaire de la légion de réserve ( hommes), du bataillon du régiment d'infanterie de ligne (411 hommes) et du bataillon du régiment d'infanterie de ligne (420 hommes). Au , Habert est à la tête de la brigade de la division du général Grandjean appartenant au corps. Il a sous ses ordres quatre bataillons du de ligne et un bataillon du de ligne.

Du au , le corps du maréchal Moncey prend part au second siège de Saragosse. Le , la brigade Habert s'empare des faubourgs sud-est de Saragosse et se rend maître du Monte Torrero. Un soldat servant sous les ordres d'Habert pendant le siège décrit le général comme un . Une fois la ville prise, le corps, passé sous le commandement du général Junot, prend aisément le contrôle de la vallée de l'Èbre mais doit faire face à l'activité renouvelée des troupes régulières espagnoles et de la guérilla. La menace d'une guerre avec l'Autriche devenant de plus en plus sérieuse, Napoléon effectue de larges ponctions dans les rangs des armées françaises servant en Espagne, ne laissant à Junot que hommes pour occuper l'Aragon.

Au mois de mai, Habert reçoit une rude introduction aux tactiques de la guérilla lorsque la milice espagnole du colonel Perena chasse la garnison française de Monzón. Désireux de reconquérir la ville, Habert envoie un contingent d'environ hommes formé à partir de ses compagnies d'élite et quelques cuirassiers traverser la rivière Cinca en aval de Monzón. Cependant, la Cinca entre en crue sans crier gare, piégeant le détachement sur la rive opposée. Avec le reste de ses forces, Habert tente de franchir le cours d'eau directement à Monzón mais les soldats de Perena repoussent tous ses assauts dans la journée du . Les cuirassiers se jettent à l'eau avec leurs montures et parviennent à s'échapper mais les fantassins restés sur l'autre rive tombent à court de munitions et doivent capituler le sous le regard impuissant du général. À l'époque de cette affaire, Habert commande la division du corps de Junot qui aligne hommes et 12 canons ainsi que deux escadrons attachés du régiment de cuirassiers. La troupe de Perena, estimée à miquelets, capture quant à elle trois compagnies de voltigeurs du de ligne, les compagnies de grenadiers et de voltigeurs du de ligne et peut-être encore d'autres unités.

vignette|gauche|upright|Le général Louis-Gabriel Suchet, commandant en chef le corps de l'armée d'Espagne.

Le jour où Habert assiste à la capture de ses compagnies d'élite, le général Louis-Gabriel Suchet arrive en Aragon pour remplacer Junot au commandement du corps. La bataille d'Alcañiz, qui se déroule le et constitue le premier combat de Suchet en tant que commandant d'une force indépendante, se termine sur une défaite française face aux Espagnols du général Blake. Avant le début de l'action, Suchet a ordonné à Habert de le rejoindre, mais ce dernier n'apparaît pas sur l'ordre de bataille du et c'est le général Laval qui assure le commandement de la division au cours de l'engagement.

Blake profite de sa victoire pour menacer Saragosse mais Suchet, ralliant ses troupes, l'affronte une nouvelle fois à la bataille de María le . Laval ayant été détaché avec une partie de ses troupes par le général en chef afin de couvrir Saragosse, Habert est désigné pour diriger le reste de la division. Comptant sur l'arrivée prochaine de soldats en renfort, Suchet se maintient sur la défensive tout au long de la journée. À , alors que les renforts tant attendus débouchent enfin sur le champ de bataille, le commandant français lance l'infanterie d'Habert et la cavalerie du général Wathier sur le flanc droit de Blake. Percutée par cette double attaque, la ligne espagnole s'écroule. L'armée de Blake laisse tués et entre à blessés sur le terrain contre seulement pour les Français. Deux jours plus tard, le général espagnol décide de disputer une nouvelle bataille près du village de Belchite. Suchet envoie la division Musnier à l'assaut de l'aile gauche espagnole tandis qu'Habert est chargé d'opérer de même sur la droite. Alors que les troupes d'Habert viennent d'engager les hostilités, l'artillerie française réussit par chance à faire exploser un caisson d'artillerie espagnol juste derrière leur flanc droit et l'armée de Blake, prise de panique au bruit des détonations, évacue le champ de bataille en désordre. Les Français perdent environ 200 hommes contre des pertes dix fois supérieures pour leurs adversaires, qui abandonnent également sur place 20 caissons de munitions.

Le temps des victoires, 1809-1812