Daniel Cohn-Bendit, né le à Montauban (Tarn-et-Garonne), est un homme politique germano-français actif en politique aussi bien en Allemagne qu'en France.

Né en France de parents juifs d'Allemagne militants d'extrême gauche puis antinazis, il fait ses études supérieures en France, à l'université Paris-Nanterre. Militant libertaire, il accède à la notoriété durant le mouvement de mai 68, dont il est l'un des porte-paroles et participe au congrès de Carrare, un des principaux congrès anarchistes du siècle. N'ayant pas à l'époque la nationalité française, il est expulsé en Allemagne par le gouvernement français.

À partir des années 1980, Cohn-Bendit mène une carrière politique en Allemagne comme élu du parti écologiste Alliance 90/Les Verts à Francfort-sur-le-Main. Il devient député européen des Verts allemands en 1994 puis est réélu député européen sur une liste des Verts français en 1999, faisant à cette occasion son retour sur la scène politique française. Lors des élections européennes de 2009, il est un des leaders d'Europe Écologie. Les Verts arrivent troisième en France avec 16,2 % des voix, un record pour le parti. Favorable à la mise en place d'une Europe fédérale, il est coprésident du groupe Verts/ALE au Parlement européen de 2002 à 2014. Il obtient la nationalité française en 2015.

Alors qu'il était surnommé « Dany le Rouge » en mai 68, Daniel Cohn-Bendit effectue un virage idéologique, adhérant progressivement au libéralisme économique tout en revendiquant l'étiquette de « libéral-libertaire ».

Il a fait l'objet d'accusations de pédophilie, ou d'apologie de la pédophilie, notamment fondées sur son ouvrage Le Grand Bazar, publié en 1975, mais aussi sur ses propos dans plusieurs passages télévisés notamment dans l’émission Apostrophes le 23 avril 1982. Affirmant regretter ses écrits, il a aussi toujours rejeté les accusations de pédophilie.

Biographie Origines familiales Marc Daniel Cohn-Bendit est le fils d’Erich Cohn-Bendit (1902-1959), un Juif allemand né à Berlin, et de Herta David (1908-1963), issue d'une famille juive traditionaliste ashkénaze de Poznań, en Pologne. En 1933, son père est avocat, sa mère vient de terminer des études de droit et se prépare à devenir juge pour enfants..

Avec Hans Litten, Erich Cohn-Bendit est l'un des principaux partisans de Rote Hilfe Deutschlands (RHD), l'organisation d'aide affiliée au Parti communiste d'Allemagne., et tend plutôt vers le trotskisme. Il est également l'un des avocats du Secours rouge. À la suite de l'arrivée au pouvoir des nationaux-socialistes, il est interdit de travail pour « activités communistes » présumées et est bientôt déchu de la citoyenneté allemande. Menacé d'arrestation, il quitte l'Allemagne dès . Il s'installe en France à Paris3, square Léon-Guillot, dans le arrondissement, adresse qui est toujours celle de Daniel Cohn-Bendit en 1968. où il rencontre sa future épouse.

En 1936, année du Front populaire de Léon Blum, naît à Montrouge leur premier enfant, Jean-Gabriel. Erich Cohn-Bendit est actif dans la Quatrième Internationale (trotskiste), fondée en France en 1938. En 1939, les Cohn-Bendit sont rejoints par les parents d'Erich (son père, Alex Cohn, est un ancien industriel du textile), qui passent toute la guerre à Paris en zone occupée. Durant ces années, Erich et Herta fréquentent un cercle de réfugiés allemands comprenant Walter Benjamin, Heinrich Blücher et la philosophe Hannah Arendt, devenue une amie proche.

Durant la « drôle de guerre », Erich Cohn-Bendit est interné comme ressortissant allemand, mais s'évade et rejoint son épouse, qui a quitté Paris pour Montauban pour s'y cacher. Herta Cohn-Bendit travaille dans l'orphelinat pour enfants réfugiés de Moissac (Tarn-et-Garonne). La famille Cohn-Bendit est cachée chez un particulier proche de Montauban par le réseau de l’évêque du lieu, Pierre-Marie Théas.. En 1943, après l'occupation de la zone sud par les Allemands et alors qu'on y arrêtait les Juifs, les membres de la famille passent dans la clandestinité, où notamment ils se cachent un temps dans les bois, jusqu'à la Libération de la région (autour du ). Daniel vient au monde, comme il l'a lui-même souligné. En référence à un débat à propos de l'intervention en Bosnie., après le débarquement de Normandie.

Enfance et adolescence vignette|Vues de Montauban, ville de naissance de Daniel Cohn-Bendit. Daniel Cohn-Bendit naît à Montauban dans le département du Tarn-et-Garonne en France, le , à la fin de la Libération, un mois avant que le général Jodl ne signe à Reims la reddition inconditionnelle de l'armée allemande.. Son père, s'opposant aux prescriptions du judaïsme, refuse qu'il soit circoncis.

Ses parents, réfugiés allemands communistesDictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : notice biographique ., étaient régis par les décrets français de 1941 sur les Juifs réfugiés en France, et sont probablement devenus apatrides par l'application de la loi allemande du 14 juillet 1933 relative à la révocation de certaines naturalisations et à la déchéance de la nationalité allemande - abrogée par la loi du prise par le Conseil de contrôle interallié. Ses parents lui font faire en 1957 des papiers d’identité de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), qui a été créé en 1952Cazi, photographies hors texte : Reproduction de la carte de l’OFPRA () délivrée à Daniel Cohn-Bendit le « pour la période du au ».. En 1959, il opte pour la citoyenneté allemande afin de ne pas faire son service militaire : « Je suis né en 1945, alors que mes parents étaient cachés en France en raison des persécutions antijuives. J'ai été apatride pendant quatorze ans, puis j'ai choisi la nationalité allemande pour ne pas faire mon service militaire ».. Il se définit, par la suite, de plus en plus comme un « citoyen européen ».

En 1945, la famille Cohn-Bendit quitte Montauban pour s'installer en Normandie à Cailly-sur-Eure où ils deviennent responsables de la « Colonie Juliette », un établissement pour enfants de déportés juifs disparus. Appellation se référant à Juliette Stern, une des responsables des secours aux enfants à l'UGIF.. En 1948, ils reviennent à Paris , la mère devenant économe du lycée Maïmonide de Boulogne (Hauts-de-Seine). Le père, ne pouvant exercer la profession d'avocat en France pour une question d'équivalence de diplômes, décide en 1952 de rentrer en Allemagne et reprend son métier d'avocat à Francfort. . Le psychanalyste Bruno Bettelheim a fait partie de ses clientsCohn-Bendit, Daniel (1945-....). BIBLIOTHÈQUE MUNICIPALE GEORGE SAND. lhaylesroses.fr.. Erich Cohn-Bendit meurt en 1959. vignette|Carte postale montrant l'Odenwaldschule (vers 1958). En 1956, Daniel entre au lycée Buffon de Paris du traité de l'Élysée, émission Square sur Arte le ., où il fait sa sixième et sa cinquième. Sa mère, ayant rejoint son père atteint d'un cancer du poumon (Daniel restant sous la garde de sa grand-mère), le fait venir à son tour en Allemagne en 1958 et l'inscrit dans un internat non conventionnel, l'Odenwaldschule, situé à la campagne à Oberhambach-Heppenheim, non loin de Mannheim et à de Francfort. Là, le jeune Daniel prend des responsabilités : il est élu délégué pratiquement chaque année ; il se retrouve le plus jeune lycéen à la tête du parlement des élèves, trois années de suite ; il y organise également le boycott des cours de sport. Il reste fortement marqué par son passage à l'Odenwaldschule - une école « tout droit issue de la tradition alternative des années 1920 » - ; il souligne par la suite qu'être allé dans cette école autogérée et y avoir fait autant de théâtre a joué un rôle important dans sa vie..

Après la mort de son mari en 1959, Herta Cohn-Bendit rentre en France, et Hannah Arendt se déplace des États-Unis pour lui présenter ses condoléances en Europe. Daniel a 14 ans. Herta meurt en 1963 d'une attaque cardiaque au cours d'une visite chez sa belle-sœur à Londres. Daniel âgé de 18 ans est alors placé sous la tutelle de l'ancien associé de son père ; il termine ses études secondaires à Oberhambach, y présente en 1964, un exposé sur « La gauche en France » (Die Linke in Frankreich) et passe le baccalauréat allemand (Abitur) en 1965.

Il revient alors en France faire ses études supérieures en sociologie et bénéficie d'une bourse du gouvernement allemand en raison des dommages causés à sa famille par le nazisme. Il habite square Léon-Guillot dans le arrondissement de Paris avec sa grand-mère, dans l'ancien deux-pièces de ses parents.

Durant ces années, il fait aussi des séjours notables à l'étranger : en Angleterre en 1962, en Israël en 1963 et aux États-Unis en 1964, dans la famille de Thomas Bieber, ancien de Cailly-sur-Eure. En Israël, il séjourne dans le kibboutz HaZorea où vivent des membres de la famille de sa mère, « sioniste éclairée », selon ses mots.

Mouvement de Mai 68

vignette|redresse|Daniel Cohn-Bendit en 1968. Lycéen, Daniel Cohn-Bendit participe à l'été 1965 à des campings libertaires avec son frère Gabriel Cohn-Bendit, tout comme Jean-Pierre Duteuil qu'il rencontre à la rentrée 1966-1967, en sociologie à la faculté de Nanterre (ouverte fin 1964), après une année de propédeutique à la Sorbonne-Censier. Tous deux sont à la « Liaison des étudiants anarchistes » (LEA), composante de la Fédération anarchiste (FA), qui devient Noir et Rouge après son exclusion de la FA en 1967Christophe Bourseiller, Les anars au tournant du millénaire : que reste-t-il de nos amours, programme du spectacle Demain La Belle, mis en scène par Jérôme Savary à l'Opéra Comique, janvier 2006, lire en ligne.Freddy Gomez, Éclats d’anarchie. Passage de mémoire. Conversations avec Guillaume Goutte, Rue des Cascades, 2015, page 81..

Daniel Cohn-Bendit est présent les 16 et , quand une du groupe d'extrême droite Occident de gauche devant le restaurant universitaire de Nanterre. Ceux-ci ont déclenché . Le bilan est de .La France blafarde: Une histoire politique de l'extrême droite, par Jean-Christophe Cambadélis, et Éric Osmond aux Éditions Plon 1998 . Ces attaques sont suivies par celles contre le lycée Jacques Decour et le Lycée Voltaire le 11 décembre 1966, blessant gravement Pierre Rousset, militant des JCR. puis celle du sur le campus de l’université de Rouen où un autre militant JCR est aussi gravement touché, ce qui déclenche 13 interpellations, affaiblissant Occident au début de 1967.

Lors d'une réunion nationale de l'UNEF, il se voit privé de parole faute de mandat. Retirée depuis 1962 de la gestion des résidences et restaurants«L'UNEF de janvier 1967 à avril 1968» par Michel Perraud sur docplayer.fr., l'UNEF est depuis 1967 dirigée par des étudiants du PSU, qui réunit des opposants à la Guerre d'Algérie depuis sa fondation en 1960. Force majeure d'opposition à cette guerre, le syndicat est privé de subventions, partiellement depuis 1961 et totalement depuis 1965, par des gouvernements gaullistes.

Les mobilisations de l'année 1967 à Nanterre

Contexte En 1967, Daniel Cohn-Bendit ne fait pas partie des leaders des deux principales mobilisations sur le campus de Nanterre, ni à la Résidence universitaire de Nanterre en mars, ni en novembre-décembre contre les pénuries d'enseignants liées à la Réforme Fouchet des universités, même si les anarchistes avaient dès 1966 fondé au sein de l'UNEF locale une « Tendance syndicaliste révolutionnaire fédéraliste »Vie et mort de Guy Debord par Christophe Bourseiller, Univers Poche, 2016. leur permettant début 1967 d'être élus représentants UNEF du pôle philosophie-sociologie-psychologie, grâce à l’absence d’une partie du bureau, orchestrée par les lambertistes du CLER. Mais à la rentrée suivante, en , l'UNEF-Nanterre échoue à élire son bureau avant d'y parvenir début janvier, quand Jean-François Godchau devient président.