La Fille de Ryan ou La Fille d'Irlande () est un film britannique réalisé par David Lean et sorti en 1970. Le cinéaste est alors au sommet de sa gloire après Le Docteur Jivago (1965), plus gros succès commercial de la MGM depuis Autant en emporte le vent en 1939.
Tourné dans la péninsule de Dingle en décors naturels, ce La Fille de Ryan, une épopée d'humanité souffrante, par Raphael Lahlou, le 20 novembre 2022. Critique dans Mauvaise nouvelle d'un événement de l'histoire de l'Irlande, les Pâques sanglantes de 1916, le mêle à une aventure adultère de l'héroïne, au parfum érotique et scandaleux, dans un petit village du bout du monde.
Ce mélange des genres, le désistement de tous les acteurs prévus pour les premiers rôles du film et un tournage , qui dure onze mois de plus que prévu, sont moqués ou stigmatisés par une partie de la presse américaineHall, S. and Neale, S. Epics, spectacles, and blockbusters: a Hollywood history (). Wayne State University Press, Detroit; 2010; . Retrieved 25 March 2011., globalement mitigée, mais l'explosion des dépenses à 13,3 millions de dollars est largement couvert par 31 millions de dollars de recettes mondiales, ce qui en a fait l'un films des plus rentables de 1970.
Quatre fois nommé aux Oscars 1971, il en remporte deux : meilleur acteur dans un second rôle pour John Mills et meilleure photographie. L’œuvre a fait l'objet de plusieurs rediffusions à la télévision française, en particulier durant l'été 1984«Quand l'Ulster crève l'écran», par Pierre Giuliani dans la revue Études irlandaises en 1985 , puis d'une réhabilitation dans les années 2010.
Synopsis vignette|La plage entre Dunmore Head et Slea Head dans la péninsule de Dingle, où furent tournées diverses scènes du film. Durant la Première Guerre mondiale, les habitants de Kirarry, petit village de la péninsule de Dingle, dans le comté de Kerry en Irlande, ne reconnaissent qu'une seule autorité, celle de leur curé, et battent froid la garnison anglaise qui occupe un camp tout près du village.
Rosy, la fille du patron du pub, est attirée intellectuellement et physiquement par Charles Shaughnessy, le maître d'école du village, son aîné de quinze ans, qu'elle épouse. Mais elle ressent ensuite déception et manque. Quand le jeune et beau major Randolph Doryan, blessé au front, vient prendre le commandement du camp anglais, dès sa visite au pub elle est fascinée par son mystère et l'embrasse. Cavalier comme elle, il souffre d'un étrange et profond traumatisme psychologique à la suite d'actes de bravoure sur le front français. Ils font l'amour sur un tapis de violettes, dissimulés dans une forêt puis sur la grotte d'une plage. Mais peu à peu, l'idiot du village découvre cette liaison. Le mari trompé découvre des indices puis interroge sa femme sans insister et décide d'attendre que cette liaison meure d'elle-même, ce qui va se produire.
Mais entre-temps, une nuit du , l'IRB préparant la guerre d'indépendance irlandaise organise clandestinement sur les plages du village la récupération de milliers de fusils Mauser et de dynamite livrés par l'armée allemande, alors en guerre contre l'Angleterre, sur la plage du village en pleine tempête. L'opération échoue car toute la population a voulu y participer, attirant l'attention des soldats anglais, qui arrêtent et pendent tous les rebelles. Les villageois, estimant que Rosy les a trahis, s'en prennent à elle malgré la protection du curé et de son mari.
Fiche technique Titre français : La Fille de Ryan (initialement sorti en salles sous le titre La Fille d'Irlande) Titre original : Réalisation : David Lean, assisté de Charles Frend Scénario : Robert Bolt, librement inspiré du roman Madame Bovary de Gustave Flaubert Photographie : Freddie Young Cadreurs : Ernest Day et Denys N. Coop (seconde équipe) Musique : Maurice Jarre Décors : Stephen B. Grimes, Roy Walker et Josie MacAvin Costumes : Jocelyn Rickards Montage : Norman Savage Producteur : Anthony Havelock-Allan et Roy Stevens Société de production : Faraway Productions Distribution : MGM-EMI (Royaume-Uni), Metro-Goldwyn-Mayer (États-Unis), Lost Films (France, ressortie 2013) Pays de production : Format : couleur (Metrocolor) - Super Panavision 70 - 2.35:1 Genre cinématographique : mélodrame, romance et historique Durée : , (version longue sortie en DVD) Dates de sortie : Royaume-Uni : France : France : (ressortie en salles) France : (ressortie en salles - version restaurée)
Distribution thumb|Coumeenoole Bay, lieu de tournage du film Robert Mitchum (VF : Jean-Claude Michel) : Charles Shaughnessy Sarah Miles (VF : Arlette Thomas) : Rose « Rosy » Ryan Christopher Jones (VF : Bernard Tiphaine) : Randolph Doryan Trevor Howard (VF : Claude Bertrand) : le père Hugh Collins John Mills : Michael Leo McKern (VF : Pierre Garin) : Thomas Ryan Barry Foster (VF : Marc Cassot) : Tim O'Leary : Pat, le chauffeur (VF : Robert Bazil) : Joe McCardle Marie Kean : McCardle Evin Crowley : Maureen Cassidy Gerald Sim : le commandant : le caporal
Production Genèse et inspiration historique Après trois films à grand succès David Lean obtient budget important et liberté artistique car la MGM veut répéter l'immense succès du Docteur Jivago.
Le scénariste Robert Bolt s'est d'abord inspiré du roman Madame Bovary de Gustave Flaubert, publié au siècle précédent, pour proposer un scénario qu'il pensait "un rôle parfait" pour sa femme Sarah Miles. Mais David Lean a refusé sa proposition, préférant une autre histoire. Selon Écran Large, média en ligne français spécialisé dans le cinéma, le personnage principal est plutôt une réplique de la Scarlett O'Hara d'Autant en emporte le vent, "femme-enfant gâtée et capricieuse", qui malgré les avertissements du pasteur Collins, "sermonneur libre d'esprit", est poussée par le désir physique à épouser l'instituteur du village, sans désir particulier d'ascension sociale, un personnage très différent du mari trompé de Madame Bovary.
L'année précédant le tournage, la télévision publique allemande diffuse une série titrée , consacrée au célèbre diplomate britannique Roger Casement mort le à l'issue d'une action militaire anticolonialiste manquée en Irlande, qu'il avait dirigée, racontée dans le film et intervenue sur les lieux où il a été tourné, peu avant sa pendaison.
Le film s'inspire ainsi d'une histoire vraie de la rébellion irlandaise du printemps 1916, celle des 20000 fusils et du million de munitions envoyés par les Allemands aux combattants irlandais dans un navire maquillé en chalutier norvégien, l’Aud, mais qui manque son rendez-vous à Innishtooskert, dans l'archipel des îles Blasket"Casement's final voyage", par John de Lacy dans le quotidien Irish Independent le , également appelé « l'archipel oublié » mais qui en 1916 conservait toute sa populationLes îles Blasket, l'archipel oublié documentaire réalisé par Herlé Jouon et Jean-Christophe Cheneau pour Thalassa en 2003, omniprésent dans les décors du film car le village au coeur de l'intrigue se trouve juste en face.
Suivi par un sous-marin allemand transportant le célèbre diplomate anticolonialiste Sir Roger Casement, avec deux autres hommes dirigeant l'opération, le navire devait y retrouver un pilote irlandais pour l'aider à approcher de la côte, peu praticable. Le sous-marin dépose alors les trois hommes dans un canot Zodiac, au matin du . Puis Casement et ses deux camarades ont ramé sur une longueur de deux miles environ dans ce petit canot avant d'arriver à la plage de Banna Strand, chavirant deux fois, sauvés par leurs gilets de sauvetage, Casement devant être aidé par ses deux équipiers. Les trois hommes, à moitié noyés, épuisés et affamés, se sont dirigés vers l'intérieur des terres où ils ont été observés par une jeune fille, Mary Gorman, tandis que leur bateau a été découvert par le fermier John McCarthy.
La Royal Irish Constabulary (RIC) à Ardfert en a été informée et ses perquisitions ont abouti à l'arrestation de Roger Casement, tombé malade, au fort de McKenna, tandis que Bailey et Monteith sont entrés dans Tralee, essayant d'obtenir l'aide de bénévoles locaux, seul le second réussissant à échapper aux policiers et à retourner en Amérique. L'Aud a été ensuite repéré, son capitaine, Karl Spindler, l'a sabordé aux abords du port de Cork le .
La "Proclamation de 1916" contient la clause : « soutenu… par de vaillants alliés en Europe », référence à l'Allemagne, ce qui vaudra à Sir Roger Casement d'être pendu pour trahison le , à la prison de Pentonville, la dernière de celles exécutées après l'Insurrection de PâquesArticle le 13 novembre 2015 dans l'Irish Independent de John de Lacy, retraité des Forces de défense irlandaises et diplômé en histoire (2015) de l'UCD .
Un demi-siècle plus tard, le gouvernement de Dublin récupère sa dépouille pour des obsèques nationales célébrées en 1965 et fait de lui un héros planétaire de l'anticolonialisme irlandais.
Malgré l'énorme succès du Docteur Jivago, précédent film de David Lean, et un budget de tournage record pour l'époque, aucun des acteurs pressentis pour le film n'y a participé, certains se déclarant même publiquement en opposition avec le scénario. Pour l'amadouer et l'avertir, Lean envoie très tôt une lettre louangeuse à son chef opérateur Freddie Young, y signalant qu'à et loue les , en prévenant que .
Scénario C'est l'unique scénario original de toute la carrière de David Lean, qui dans un premier temps a refusé celui proposé par Robert Bolt, une libre adaptation de Madame Bovary. Lean décide d'écrire une autre histoire mais en associant Bolt et tous deux ont d'abord pensé à la Sicile, la Sardaigne ou les iles Shetland. Ils ont « choisi l'Irlande parce qu'il nous fallait un conflit extérieur, un événement qui surgirait et affecterait les personnages », a expliqué LeanPrésentation du film par la société qui a réhabilité la copie . Le titre est d'abord Michael's Day, en référence au personnage de l'idiot du village.
En visite à l'hôtel Parco dei Principi de Rome avec sa compagne Sandy, David Lean reçoit plusieurs amis présents en Italie, qui vont rejoindre petit à petit le projet. Parmi eux, John Mills, qui a déjà joué dans quatre des premiers films de LeanCeux qui servent en mer, Heureux mortels, Les Grandes espérances et Chaussure à son pied et son producteur des débuts, Anthony Havelock-Allan, alors mobilisé à Rome, pour le Roméo et Juliette de Franco Zeffirelli et qui propose de confier le rôle principal à Gregory Peck, d'origine irlandaise mais n'est pas écouté. Bolt et Lean décident d'écrire le scénario ensemble et cherchent une idée pour que la liaison adultère « arrive vite, afin d'éviter que les spectateurs nous précèdent, ce qui aurait été catastrophique ». C'est Lean qui imagine la scène de l'embrassade prématurée dans le pub, la scène qu'il .
Une version actualisée du scénario, datant de , a été diffusée sur le site Cinephilia & Beyond à l'appui d'un article estimant que le réalisateur David Lean a fait preuve de versatilité au cours de l'élaboration du film‘Ryan’s Daughter’: The Proof of David Lean’s Versatility. Version actualisée du scénario, en juillet 1970, a été diffusée sur le site Cinephilia & Beyond . La radio télévision irlandaise a réalisé un documentaire sur le tournage, pour une édition de la série Kino présenté le .
Attribution des rôles Julie Christie, qui avait joué en 1965 Lara Antipova, l'amour passionné du docteur Jivago, a refusé le rôle de Rosy Ryan, finalement confié à Sarah Miles, femme du scénariste Robert Bolt. Sarah Miles avait lors du film précédent été pressentie pour le rôle de Lara Antipova, mais Robert Bolt, qu'elle ne connaissait pas encore, s'y était opposé.