La Porte du paradis () est un film américain de Michael Cimino, sorti en 1980.
Le film se déroule de 1870 à 1903. James Averill participe à la « guerre » du comté de Johnson qui, en 1890, dressa de pauvres immigrants d'Europe de l'Est récemment arrivés au Wyoming contre de riches propriétaires de bétail. Établis depuis des lustres, ces derniers élevaient d'immenses troupeaux sur les terres publiques de cet État de l'Ouest américainSource TF1 News : « La Porte du paradis de Michael Cimino réhabilité à Venise »., terres qu'ils considéraient comme réservées aux « vrais » citoyens du lieu (c'est-à-dire eux, les « blancs américains » d'origine germanique).
Échec cuisant lors de sa sortie (il est responsable en partie de la faillite de United Artists et de la fin des illusions du Nouvel Hollywood), le film jouit aujourd'hui d'une bonne réputation auprès de nombreux cinéphiles et critiques, certains le tenant même comme l'.
En 2012, il entame une nouvelle carrière dans une version restaurée et remastérisée de 220 minutes qui laisse augurer sa réhabilitation progressive auprès du grand public« Ce qu'il faut savoir avant de (re)voir La Porte du Paradis »..
Tout en les modifiant substantiellement, Michael Cimino s'est inspiré de faits réels connus sous le nom de « guerre du comté de Johnson » (1889-1893). En réalité, Averill, loin d'être un grand bourgeois éducateur et défenseur du peuple, était un petit propriétaire de ranch ; Ella Watson et lui furent pendus deux ans avant la révolte des immigrants ; Nate Champion fut exécuté sur des accusations de vol de bétail ; et la grande bataille finale du film n'a jamais eu lieu : effrayés par le nombre des immigrants, les tueurs du syndicat des éleveurs se retranchèrent dans une grange et attendirent fébrilement l'arrivée de la cavalerie fédérale.
Synopsis Le filmOn privilégiera les évènements contenus dans la version director's cut 2012 de 216 min. Les différences avec la version raccourcie à 149 minutes finalement commercialisée en 1980 seront traitées au paragraphe Montages. est découpé en trois séquences temporelles, de durées inégales : Le prologue montre, en 1870, l'ultime journée à Harvard de la « promotion 70 » ; centré sur deux diplômés (James Averill et William Irvine) clairement issus de la très bonne bourgeoisie, il alterne discours, grand bal romantique de type « valses viennoises » et joutes entre étudiants. L'histoire proprement dite de « la Porte du Paradis » se déroule vingt ans plus tard, en 1890, au Wyoming, plus particulièrement dans le comté de Johnson. Un conflit oppose les riches éleveurs de bétail (dont William Irvine), qui ont jusque-là toujours eu la mainmise sur les « verts pâturages » du Wyoming, à une vague d'immigrés pauvres venus d'Europe de l'Est à la suite de l'Homestead Act. Ceux-ci ont acheté des lopins de terre (sans que cela soit encore régularisé par un titre de propriété en bonne et due forme) autour de Sweetwater, dans le comté de Johnson (dont James Averill est le shérif) et ont entrepris de les cultiver, ce qui réduit d'autant les pâturages jusqu'alors dévolus aux troupeaux des éleveurs. Furieux, ces derniers accusent les nouveaux arrivants d'être, pour la plupart, des voleurs de bétail et des anarchistes ; ayant établi une liste noire, ils recrutent une milice de mercenaires pour les éliminer. En quelques jours, le conflit entre riches éleveurs et pauvres cultivateurs (« rangers / settlers ») embrase tout le comté, prend des allures de guerre civile et culmine en une sanglante bataille, dont bien peu réchappent. Après avoir démissionné de son poste de shérif, James Averill s'était rangé du côté des fermiers nouvellement installés. D'une durée de trois heures, cette séquence inclut, sur ce fond de guerre civile (étroitement tressé avec celui de la vie quotidienne de la communauté de Sweetwater), les péripéties romanesques d'un triangle amoureux composé de James Averill, Ella Watson (la jolie tenancière du bordel local) et Nate Champion, un mercenaire (finalement repenti) du syndicat des éleveurs. L'épilogue, de 4 à 5 minutes, nous transporte en 1903 : élégant et vieilli, James Averill est dans son yacht, au large de Newport (Rhode Island). Il a retrouvé (et peut-être épousé) une jeune fille autrefois rencontrée au « bal d'adieu » à Harvard. Il semble lourd de souvenirs, probablement ceux ayant trait à Ella (dont le spectateur entend alors le leitmotiv musical).
Harvard, 1870 En 1870, deux jeunes étudiants, James Averill et Billy Irvine assistent à la cérémonie de remise des diplômes de fin d'études à Harvard.
S'adressant à la « promotion 70 », le révérend Gordon Sutton lui demande instamment de faire bénéficier de la culture et du savoir acquis tous ceux qui, autour d'eux, en sont dépourvus« the contact of the educated mind with the noneducated », un objectif d'autant plus justifié que la constitution des États-Unis néglige assez cet aspect des choses. Il conclut par : « L'éducation d'une nation, voilà un idéal élevé« high ideal: the education of a nation ». » Irvine, l'orateur de la promotion, monte à son tour sur l'estrade (bien que manifestement déjà ivre) et lui répond en un discours spirituel et désenchanté qu'ils feront au mieux de leurs capacités ; c'est-à-dire que, leur cerveau de « colibri » n'étant sûrement pas à même de remettre en cause l'ordre du monde (dans l'ensemble, assez bien agencé), ils veilleront du moins « au respect des traditions ».
Une fête, qui se prolonge tard dans la nuit, clôt la journée, avec un grand bal puis des joutes entre les étudiants, sous le regard des jeunes filles de la bonne société locale, dont l'amie d'Averill.
Wyoming, 1890 Vingt ans plus tard, Avrill traverse la ville en plein essor de Casper, dans le Wyoming, en route vers le nord, en direction du comté de Johnson, où il est désormais maréchal. Les immigrants européens pauvres nouvellement arrivés dans la région sont en conflit avec les barons du bétail riches et établis, organisés au sein de la Wyoming Stock Growers Association ; les nouveaux venus volent parfois leur bétail pour se nourrir. Nate Champion, un ami de James et un homme de main des éleveurs, tue un colon du nom de Michael Kovach soupçonné de vol de bétail chez lui devant sa famille et dissuade un autre, qu'il surnomme ironiquement « le jeune marié » (car ce dernier a précisé qu'il venait de se marier quand Nate l'a traité de jeunot) de voler une vache.
Lors d'une réunion du conseil d'administration, le chef de l'association, Frank Canton, informe les membres (dont Irvine fait partie) de son projet de tuer 125 colons qu'ils accusent d'être des voleurs et des anarchistes, avec l'aide du cruel major Wolcott, qui fait croire qu'ils ont l'accord du président de la nation pour commettre ces actes fallacieux. Irvine quitte la réunion, rencontre Averill et lui fait part des plans de l'association. Alors qu'Averill s'en va, il échange des mots amers avec Canton. Les deux se disputent et Averill finit par donner un coup de poing au visage de Canton. Cette nuit-là, Canton commence son plan et recrute des mercenaires pour tuer les colons nommés.
Ella Watson, la tenancière de bordel local, originaire du Québec, qui accepte du bétail volé en guise de paiement pour ses prostituées, est entichée de Averill et Nate. Averill et Ella patinent dans la foule, puis dansent seuls, dans une immense patinoire appelée lHeaven's Gate, qui a été construite par l'entrepreneur local John L. Bridges. Averill reçoit une copie de la liste des personnes à abattre de l'Association de Minardi, un capitaine de l'armée américaine joueur de baseball, et lit plus tard les noms à haute voix aux colons, qui sont plongés dans une tourmente extrême en apprenant cela. Cully, un chef de gare et ami d'Averill, voit le train avec les mercenaires recrutés se diriger vers le nord et part pour avertir les colons. Alors qu'il tente de rejoindre la ville pour prévenir Averill et les colons, il est lâchement tué par des mercenaires. Plus tard, un groupe d'hommes arrive au bordel d'Ella, massacre ses travailleuses et la viole. Averill les tue tous sauf un. Nate, réalisant que ses patrons propriétaires terriens cherchent à éliminer Ella, se rend au camp de Canton et tue Morrison, le violeur restant, puis refuse de participer au massacre.
Alors qu'ils se dirigent vers la ville, Canton, Wolcott et leurs hommes croisent un des amis de Nate, un chasseur de loup, se trouvant près de la cabane de Nate, qui les affronte en hurlant après avoir feint de revenir à la cabane. Une violente fusillade s'ensuit entre les occupants de la cabane et les mercenaires. Tentant de sauver Champion, Ella arrive dans son chariot et tue l'un des tueurs à gages avant de s'échapper à cheval. Nick est tué avant que les hommes de Canton ne poussent un chariot en feu vers la cabane pour forcer Nate à sortir de la cabane. Il écrit une dernière lettre à Ella après s'être retranché des flammes. Peu après, il sort de la cabane en feu (surprenant les mercenaires qui pensait qu'il s'était suicidé) en ouvrant le feu sur les hommes de Canton mais est tué par une averse de balles. Ella prévient les colons de l'approche de Canton lors d'un autre grand rassemblement chaotique à l'''Heaven's Gate. Le maire lâche du comté, Charlie Lezak, propose de livrer les personnes figurant sur la liste pacifiquement, tandis que le jeune pharmacien M. Eggleston affirme que la seule façon de survivre est de préparer les armes et de combattre l'armée ennemie. Durant le rassemblement, le maire est brutalement abattu par la veuve de Michael Kovach alors qu'il continue de s'opposer aux propositions d'Eggleston. Blessé, il rumine qu'il veut vivre avec ses proches tandis qu'Averill observe le maire avec la moitié du visage défiguré. Les colons agités approuvent l'idée d'Eggleston et se précipitent au combat avec Bridges et Ella à leur tête. Les mercenaires sont pris au dépourvu et répliquent à vus, tirant sur femmes et hommes sans distinction tandis que Canton part chercher de l'aide. Dans la fusillade, de nombreux mercenaires sont abattus par les colons, dont Irvine qui est touché au visage par Ella. Ella et Averill retournent à la cabane carbonisée et fumante de Champion et découvrent son cadavre, ainsi qu'une lettre manuscrite documentant ses dernières minutes de vie.
Le lendemain, Averill rejoint à contrecœur les colons immigrés, avec leurs machines de siège provenant des armes de sièges romains et leurs charges explosives, dans une attaque contre les hommes de Wolcott et leurs fortifications de fortune. La bataille est plus féroce et désespérée. Malgré les lourdes pertes que subissent les immigrants, y compris Eggleston lui-même qui est abattu par un mercenaire alors qu'il s'est fait casser une jambe par une des machines de siège, ils parviennent à infliger un grand nombre de pertes à l'armée des mercenaires. Wolcott lui-même, alors qu'il tente de s'échapper, est tué par Averill qui le frappe avec une charge explosive. Avant que les colons ne parviennent à éliminer le restes des ennemis, l'armée américaine arrive avec Canton et Minardi, arrêtant ainsi la bataille. Les mercenaires sont arrêtés, bien qu'Averill soit conscient qu'il ne s'agit que d'une façade pour les sauver et leur éviter une inculpation criminelle. Plus tard, à la cabane d'Ella, cette dernière, Bridges et Averill se préparent à partir pour de bon, mais ils sont pris en embuscade par Canton et deux de ses sbires. Averill et Bridges répliquent et tuent Canton et l'un de ses hommes, mais Bridges et Ella sont tous deux tués. Averill, accablé de chagrin, tient le corps d'Ella dans ses bras.
Newport, Rhode Island, 1903