Le gouvernement Reuter (), est le gouvernement du Luxembourg en fonction du au .
Les élections Le et le ont lieu les élections pour une nouvelle Chambre chargée de procéder à la révision de la Constitution. La Constituante réunit 23 députés du Parti de la droite, 12 socialistes, 10 libéraux, 5 membres du Parti populaire, 2 membres du Parti national et un indépendant. Après la démission de Léon Kauffman, Émile Reuter réussit à former un gouvernement de coalition qui comporte des représentants des quatre principaux partis. Le , la Chambre vote la loi qui porte révision de la Constitution. L’introduction du suffrage universel pour tous les citoyens luxembourgeois, hommes et femmes, âgés d’au moins 21 ans, et de la représentation proportionnelle modifie durablement le paysage politique. La part des électeurs dans la population totale passe de 14 % à 56 %. Le suffrage universel met définitivement fin au régime des notables qui gouvernaient sous couvert d’un système censitaire et inaugure une ère dominée par les partis politiques. Le Parti de la droite sort grand vainqueur des premières élections organisées d’après le nouveau régime électoral le . Les catholiques obtiennent 27 sièges et donc la majorité absolue au sein de la nouvelle Chambre composée de 48 députés (socialistes 9 sièges, libéraux 7, Parti national indépendant 3, Parti populaire 2).
La démocratisation aura profité à la droite dans un pays où, malgré les progrès de l’industrialisation, la majorité de la population reste attachée à une mentalité rurale, traditionnelle et conservatrice. Le libéralisme qui avait régné en maître absolu sur le siècle perd du terrain. Dans la Constituante, les libéraux tentent encore de mener un combat d’arrière-garde en s’opposant au vote des femmes, qu’ils présument favorables aux catholiques. En vain. Le Parti de la droite dirigera les gouvernements successifs pendant le reste du siècle, abstraction faite de deux interruptions entre 1925 et 1926 et entre 1974 et 1979. Afin de tenir compte de la nouvelle majorité, les directeurs généraux Collart, Liesch et Welter présentent leur démission. Cependant, la Grande-Duchesse et le ministre d’État la refusent, désirant le maintien du gouvernement d’union nationale qui avait réussi à traverser la crise de 1918-1919. Collart quitte le gouvernement en , Liesch et Welter en . À partir de ce moment, le cabinet sera exclusivement de droite. Les élections partielles qui ont lieu dans les circonscriptions du centre et du nord le ne changent rien à cette situation, même si les libéraux améliorent leur score électoral au détriment des socialistes.
Composition Initiale (28 septembre 1918) Portefeuille Titulaire Parti Ministre d'ÉtatPrésident du gouvernementDirecteur général des Affaires étrangères et de l'Intérieur Émile Reuter RP Directeur général de l'Instruction publique Nicolas Welter SEIndépendant appuyé par le Parti socialiste (SP). Directeur général de la Justice et des Travaux publics Auguste Liesch LL Directeur général des Finances Alphonse Neyens RP Directeur général de l'Agriculture, du Commerce, de l'Industrie et du Travail Auguste Collart SEIndépendant appuyé par le Parti populaire indépendant (OVP).
Remaniement du 5 janvier 1920 Les nouveaux ministres sont indiqués en gras, ceux ayant changé d'attributions en italique.
Portefeuille Titulaire Parti Ministre d'ÉtatPrésident du gouvernementDirecteur général des Affaires étrangères et de l'Intérieur Émile Reuter RP Directeur général de l'Instruction publique Nicolas Welter SE Directeur général de la Justice et des Travaux publics Auguste Liesch LL Directeur général des Finances Alphonse Neyens RP Directeur général de l'Agriculture et de la Prévoyance sociale Raymond de Waha RP Directeur général du Commerce, de l'Industrie et du Travail Antoine Pescatore LL
Remaniement du 15 avril 1921 Les nouveaux ministres sont indiqués en gras, ceux ayant changé d'attributions en italique.
Portefeuille Titulaire Parti Ministre d'ÉtatPrésident du gouvernementDirecteur général des Affaires étrangères Émile Reuter RP Directeur général des Finances Alphonse Neyens RP Directeur général de l'Agriculture, de l'Industrie et de la Prévoyance sociale Raymond de Waha RP Directeur général de la Justice et des Travaux publics Guillaume Leidenbach RP Directeur général de l'Intérieur et de l'Instruction publique Joseph Bech RP
Remaniement du 14 avril 1923 Les nouveaux ministres sont indiqués en gras, ceux ayant changé d'attributions en italique.
Portefeuille Titulaire Parti Ministre d'ÉtatPrésident du gouvernementDirecteur général des Affaires étrangères Émile Reuter RP Directeur général des Finances Alphonse Neyens RP Directeur général de l'Agriculture, de l'Industrie et de la Prévoyance sociale Raymond de Waha(jusqu'au 23/04/1924) RP Directeur général des Travaux publicsDirecteur général des Travaux publics, de l'Agriculture et de l'Industrie (à partir du 23/04/1924) Guillaume Soisson RP Directeur général de l'Intérieur et de l'Instruction publique Joseph Bech RP
La politique extérieure Après l’armistice du 11 novembre 1918, les troupes allemandes évacuent le pays, cédant la place aux armées alliées qui passent par le Luxembourg pour occuper la Rhénanie. Pendant six mois, des forces militaires étrangères seront stationnées au Grand-Duché pour assurer les lignes d’étapes. Cette présence militaire s’avéra un instrument utile au maintien de l’ordre intérieur. Lors des troubles révolutionnaires de , le gouvernement fera appel à l’intervention des soldats français pour rétablir le calme public.
Un partenaire économique La défaite de l’Allemagne rend caducs les traités existants. Pressé par les alliés, le gouvernement luxembourgeois dénonce, le , l’appartenance au Zollverein allemand et met fin aux droits d’exploitation des chemins de fer. Incapable de vivre longtemps en autarcie, le Luxembourg doit trouver un nouveau partenaire économique. Déjà en 1917, une « commission d’étude des problèmes économiques posés par la guerre et ses conséquences éventuelles » avait été formée. Les secteurs de la sidérurgie et de l’agriculture y avaient exprimé une nette préférence pour la France. Seule la viticulture se sent attirée par la Belgique, où elle peut écouler plus facilement ses produits. Le , le gouvernement Reuter engage des pourparlers simultanés avec la France et la Belgique en adressant aux deux pays une note dans laquelle il demande une union économique et monétaire. Les négociations avec la partie belge sont menées mollement dans le seul but d’exercer une pression supplémentaire sur la France. Mais, du côté français, les tractations ne progressent pas. Persuadé de pouvoir compter sur la francophilie des Luxembourgeois, le gouvernement Reuter décide de soumettre l’orientation économique du pays à un référendum. La voix de la population est censée faire impression au moment où les vainqueurs réunis à Versailles redessinent la carte européenne selon le principe wilsonien du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Le , 73 % des électeurs se prononcent pour l’union économique avec la France. Cependant, il faut encore attendre plusieurs mois avant que la France ne dévoile son jeu. Le , l’ambassadeur français informe le gouvernement luxembourgeois que son pays n’a pas l’intention de conclure une union économique et lui conseille de se tourner vers la Belgique. Ayant réussi à conclure un accord militaire avec la Belgique, la France n’a plus besoin de la carte luxembourgeoise. Dès le début de la guerre, les autorités belges manifestent des velléités annexionnistes à l’égard du Grand-Duché. En 1917, la France renonce au Luxembourg au profit de la Belgique, mais cette déclaration est tenue secrète de sorte que le gouvernement luxembourgeois ignore les véritables intentions des négociateurs français. Au lendemain de la guerre, la France entend se faire monnayer son effacement sur la question luxembourgeoise en obtenant de la Belgique la conclusion d’un pacte militaire. Après le désistement français, le gouvernement luxembourgeois reprend les négociations avec la Belgique. Les discussions sont pénibles et aboutissent le à la signature d’une convention sur une union douanière et monétaire entre les deux pays. L’Union économique belgo-luxembourgeoise (UEBL) entre en vigueur en . La convention prévoit la suppression des barrières douanières entre les deux pays, un tarif extérieur commun, une politique commerciale commune dirigée par la Belgique et une association monétaire. Le franc belge devient la monnaie commune sans que le Luxembourg renonce pour autant à son droit d’émission de billets luxembourgeois. L’union économique ne sera jamais parfaite, puisque la convention n’exige pas l’harmonisation des systèmes fiscaux.
La Société des Nations Lié par son statut de neutralité et solidement ancré dans la sphère d’influence allemande, le Luxembourg n’a pas mené de véritable politique étrangère avant la Première Guerre mondiale. La violation de la neutralité en 1914 et la remise en question de l’indépendance du pays durant les années 1918 et 1919 montrent au gouvernement luxembourgeois la nécessité d’être présent sur l’échiquier international. Le Luxembourg n’a pas été invité à la conférence de paix de Paris et ne figure pas parmi les membres fondateurs de la Société des Nations instituée par le traité de Versailles. Dès 1919, le gouvernement Reuter multiplie les démarches pour que le Grand-Duché soit admis au sein de la Société des Nations. La neutralité désarmée du Luxembourg semble d’abord représenter un obstacle à son admission, puisque la charte de la Société des Nations prévoit le passage de troupes sur le sol des États membres et la participation à des sanctions économiques et financières contre un éventuel belligérant. D’autre part, la Grande-Bretagne considère que « l’exiguïté du territoire luxembourgeois » est un problème. Le gouvernement Reuter réussit à écarter ces objections, notamment en faisant sous-entendre la possibilité d’une révision de la Constitution luxembourgeoise. Le , la séance plénière à Genève se prononce en faveur de l’admission du Luxembourg à l’unanimité des voix. Par la suite, le gouvernement luxembourgeois, conscient de l’attachement de la population au principe de neutralité, laisse traîner la révision constitutionnelle qui, en réalité, ne sera jamais effectuée.
La politique intérieure Dès que le régime d’occupation prend fin, le gouvernement Reuter doit faire face à une grave crise intérieure. Après la retraite des Allemands, les 10 et , un soviet se forme à Luxembourg sur le modèle des conseils révolutionnaires d’ouvriers et de paysans en Russie. À la Chambre, les libéraux et les socialistes demandent la déchéance de la dynastie en lui reprochant ses interventions partisanes dans la vie politique et ses relations avec l’occupant. La motion est rejetée de justesse. Sur le plan international, le gouvernement doit aussi affronter l’hostilité à l’égard de la Grande-Duchesse. Le , les autorités françaises refusent de recevoir les ministres de la Grande-Duchesse Marie-Adélaïde à Paris. Émile Reuter, Auguste Liesch et Nicolas Welter reviennent les mains vides à Luxembourg, où les troubles continuent. Le , la compagnie des volontaires se révolte et un comité de salut public proclame la république. Tous ces mouvements ne