La Gironde est, sous la Révolution française, un groupe politique issu du parti patriote. Ses membres, appelés « Girondins », forment l'un des deux courants dominants du jacobinisme et s'opposent à partir de aux Montagnards, frange radicale du jacobinisme. Leur conflit mortel s'achève en avec la victoire de la Montagne, qui ouvre la voie à la Terreur.

Influents à l'Assemblée législative (-), ils ont des ministres dans le gouvernement de et soutiennent notamment l'entrée en guerre de la France contre l'Autriche ().

Après la crise du 10 août et l'arrestation de , ils constituent de nouveau une tendance importante dans la nouvelle assemblée, la Convention nationale (-). Ils sont en butte à l'hostilité d'un groupe plus radical, la Montagne, soutenu par la Commune de Paris issue de l'insurrection, qui représente les sans-culottes parisiens. Ce conflit, dont le procès de est une étape importante, aboutit à la défaite politique de la Gironde () et, par la suite, à la condamnation à mort de nombre de ses députés.

Les chefs de file girondins, Brissot, Condorcet, Vergniaud, Elie Guadet, Armand Gensonné, Jean-François Ducos, Grangeneuve, Marc Lasource, Maximin Isnard, Etienne Clavière, Roland et son épouse, Manon Roland, meurent pour la plupart guillotinés sous la Terreur, à l'automne 1793. Seuls en 1794 Condorcet, en fuite, est arrêté et périt par suicide en mars tandis que Guadet est arrêté et guillotiné en juin. Un troisième, Isnard, survit aux crises de l' et ne décède que sous la Restauration.

Origines À l'époque de la Révolution, les termes de « Girondins » ou « Girondistes »Sur l'usage de ces termes pendant la Révolution, voir ., quoique connus, sont moins courants que ceux qui sont dérivés des noms de leurs chefs de file : « Brissotins » (en référence à Jacques Pierre Brissot), « Rolandistes » ou « Rolandins » (en référence à Jean-Marie Roland de La Platière), et « Buzotins » (en référence à François Buzot).

Le nom de « Girondins » est lié à celui du département de la Gironde, dans la mesure où, bien que minoritaires, cinq députés de ce groupe à l'Assemblée législative en étaient originaires : Vergniaud, Guadet, Gensonné, Jean-Antoine Lafargue de Grangeneuve et Ducos ; plus un sixième à la Convention Nationale, Jean-Baptiste Boyer-Fonfrède.

C'est l'ouvrage Histoire des Girondins, écrit par Lamartine, qui a participé à la popularisation du terme « Girondins » en remplacement des autres appellations.

Le terme « Girondins » s'écrit avec une majuscule, comme tous les noms des membres des partis politiques de la Révolution française.

Doctrine et positions vignette|Jacques Pierre Brissot et vingt autres conventionnels girondins devant le Tribunal révolutionnaire.Estampe anonyme, Paris, BnF, département des estampes, 1793.

À l'Assemblée législative, futurs montagnards et girondins s'accordaient sur la politique coloniale : la défense réussie des droits des hommes de couleur, libres entre et par les décrets législatifs les et obtenus notamment par Brissot et Vergniaud, devenue la loi du . En , Robespierre salue cette loi Le Defenseur de la Constitution N 3- 31 mai 1792 Œuvres de Robespierre, tome IV, p.77-99 (84) ; Jean-Daniel Piquet, L'émancipation des Noirs dans la Révolution francaise (1789-1795), Paris, Karthala, p.155 en laquelle il perçoit le seul élément positif de leur politique.

Sous la Convention nationale, le fossé se creuse entre les deux groupes. Les girondins se sont violemment affrontés aux MontagnardsLes montagnards devaient leur nom au fait qu'ils étaient installés sur les gradins les plus hauts de l'Assemblée., incarnés par les figures de Robespierre, Danton et Marat. Le procès du roi engendre des divisions entre les plus radicaux qui souhaitent la mort et d'autres députés plus hésitants. Plusieurs députés de la Gironde proposent ainsi l'appel au peuple pour statuer de la peine à accorder à , ce que refusent les montagnards qui y voient une manœuvre dilatoire visant à donner du crédit aux voix royalistes dans le pays.

Politiquement, les girondins sont légalistes et réticents à considérer la Convention nationale comme seule incarnation de la souveraineté nationale. Condorcet suggère un projet de Constitution dans lequel il propose de nommer les ministres au suffrage universel direct, ce qui est refusé par les montagnards..

Pour l'historien Jean-Clément Martin, les girondins incarnent une orientation de la Convention ..

En matière économique, Jean-Marie Roland se prononce pour la liberté de circulation des denréesMarc Belissa, Yannick Bosc, Rémi Dalisson, et alii, Citoyenneté, République et Démocratie en France, 1789-1899, Paris, Ellipses, 2014, p. 31-32., s'opposant ainsi à Robespierre et aux montagnards, réticents à instaurer une liberté absolue des propriétaires, bien que ces derniers soient aussi libéraux mais plus enclins à concéder des mesures d'exception en matière sociale.

L'influence des girondins était prépondérante à la Convention jusqu'à leur chute, de sorte que l'on parle parfois de « Convention girondine » pour la période allant de son ouverture, le , jusqu'en . En se fondant sur les arrestations consécutives au , et sur les décrets du rendu par Saint-Just et du rendu par Amar, l'historienne Jacqueline Chaumié estime les conventionnels girondins au nombre de 137 .

Histoire Débuts de la Révolution (juillet 1789-juin 1791)

Le , les États généraux réunis depuis le à Versailles deviennent l'Assemblée nationale constituante. Des réformes importantes ont lieu sous l'impulsion du parti patriote : abolition des privilèges (4 août 1789), Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, liberté de la presse, restructuration territoriale du royaume (création des communes et des départements), réorganisation de l'Église catholique

Des tensions apparaissent, se traduisant par le phénomène de l'émigration de nombreux nobles (souvent officiers dans l'armée), notamment celle des frères de . Le parti patriote se divise en plusieurs courants, dont le principal est la société des Amis de la Constitution, généralement appelé Club des jacobins.

En , quitte clandestinement le château des Tuileries où il réside depuis , mais il est arrêté à Varennes-en-Argonne, puis ramené prisonnier à Paris, sous la surveillance de la Garde nationale. La majorité de l'Assemblée, menée par La Fayette, député et commandant en chef de la Garde nationale, décide de le maintenir sur le trône, en affirmant qu'il a été victime d'un enlèvement par des émigrés. C'est l'origine d'une crise majeure, la cassure des patriotes entre ceux qui veulent préserver la monarchie constitutionnelle (La Fayette) et ceux qui veulent passer à la république (Robespierre). Le peuple des sans-culottesDans l'ensemble, les sans-culottes ne sont pas des pauvres, mais des maîtres et ouvriers des corporations, la plupart pas suffisamment riches pour atteindre le cens électoral. Un de leurs leader est le brasseur Santerre, qui est à la tête d'une entreprise importante. parisiens est favorable à la république, d'autant plus que l'Assemblée a établi un système de suffrage censitaire qui les prive du droit de vote.

La tentative de fuite du roi (juin 1791) et ses conséquences Après la fuite du roi à Varennes le , les factions avancées et la majorité des jacobins signèrent le au Champ-de-Mars une pétition demandant la déchéance de et l'établissement d'une république en France. Cet événement qui dégénéra en tragédie (la fusillade du Champ-de-Mars) créa une scission au sein des jacobins et marqua un des tournants de la Révolution française.

À Pillnitz, le , l'empereur, chef de la maison de Habsbourg, et le roi de Prusse signent une déclaration à l'attention des souverains d'Europe désignant le danger qui menace le trône de .

Période de l'Assemblée législative jusqu'au début de la guerre (octobre 1791-mai 1792)

La nouvelle assemblée En septembre, la constitution est promulguée par le roi et l'Assemblée constituante est remplacée par l'Assemblée législative, dont les 745 députés sont élus au cours du mois de septembre. Aucun d'eux ne siégeait à la Constituante, le renouvellement du mandat ayant été expressément exclu. La première séance a lieu le .

Le principal groupe est constitué par les membres du Club des feuillants (250 députés), partisans de la défense de la monarchie constitutionnelle ; le Club des jacobins a 136 membres élusMichel Vovelle, La Chute de la monarchie, p. 241. ; les autres députés sont plutôt proches des feuillants. Mais les jacobins sont bien implantés à Paris, dont le maire à partir de cette époque est Jérôme Pétion.

Parmi les jacobins, un groupe se met en avant assez vite autour de Brissot, de Condorcet et des députés du département de la Gironde Guadet, Gensonné et Vergniaud.

Le problème de la guerre Il est posé dès le début de l'Assemblée législative, notamment à cause des tensions extérieures suscitées par les émigrés. Une autre source de tensions est la situation de la famille royale, qui a des liens de parenté avec plusieurs monarques européens (le roi d'Espagne est un Bourbon ; Marie-Antoinette est la sœur des empereurs , puis , la tante de ).

Un des grands problèmes de cette période est lié à la menace de guerre entre la France révolutionnaire et les monarchies européennes, notamment celle de l'empereur , petit-fils de Marie-Thérèse d'Autriche, est empereur du Saint-Empire romain germanique, fonction dotée de très peu de pouvoirs. Il tient sa puissance des États patrimoniaux de la maison de Habsbourg : fiefs d'Autriche, Tyrol, Styrie, etc., royaume de Bohême, royaume de Hongrie, royaume de Croatie, etc. En 1804, le Saint-Empire étant aboli, il prend le titre d'empereur d'Autriche, sous le nom de François Ier., chef de la maison de Habsbourg, neveu de Marie-Antoinette, menace attisée par nombre d'émigrés appartenant généralement à des tendances contre-révolutionnaires.

Les débats sur la guerre à l'Assemblée et dans les clubs (octobre 1791-avril 1792) vignette|Jacques Pierre Brissot,peinture de Fouquet, Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon, 1792. thumb|gauche|upright=1.5|Estampe satirique monarchiste représentant le débat sur la guerre au club des Jacobins en (Paris, BnF, département des estampes et de la photographie).

Les questions de l'opportunité de la guerre sont débattues pendant plusieurs mois, d' à . L'armée des émigrés s'agitant près des frontières françaisesIl s'agit des frontières nord-est auxquelles jouxte un glacis de petits États allemands, principautés, duchés et même royaumes, qui ont accueilli un certain nombre de nobles émigrés. Ces États sont sous la protection de l'empereur d'Autriche. Ceux-ci disparaîtront au cours du avec l'unification de l'Allemagne., donne l'occasion aux girondins de mettre en pratique leur idée d'étendre le message de la Révolution aux peuples d'Europe, soumis à « l'esclavage des tyrans ». Ils portent donc le problème à l'Assemblée, le , avec un discours de Vergniaud et, le suivant avec une intervention d'Isnard. Le , l'Assemblée décrète que tous les émigrés doivent rentrer en France avant le . Dans son discours du à l'Assemblée qui ouvre le grand débat sur la guerre, le girondin Brissot déclare : Mais, dans l'immédiat, rien ne menace la France au point de se lancer dans l'aventure d'une guerre contre les puissances européennes.