Le château de Ramstein est un château fort en ruine situé sur la commune de Scherwiller, dans le Bas-Rhin. Probablement construit à la fin du par Otto IV d'Ochsenstein, le Ramstein tombe dès le début du entre les mains des Habsbourg puis des comtes de Wurtemberg dans la deuxième moitié de ce siècle. Le seul siège qu’il semble avoir subi au Moyen Âge, durant la guerre de Dachstein, se termine avec son saccage par les Strasbourgeois. Après avoir été remis en état, il reste habité au moins jusque dans la première moitié du , mais est définitivement abandonné après avoir été incendié par les Suédois en 1633.
Longtemps considéré comme ayant été bâti pour attaquer le château de l'Ortenbourg, le Ramstein a été présenté comme l’archétype même du château de siège dans la plupart des publications de 1898 à la fin des années 1990. Les nouvelles recherches effectuées au début du ont toutefois considérablement mis à mal cette affirmation, en démontrant que son emplacement est peu adapté à un tel usage, alors que des sites plus favorables étaient disponibles.
Le principal vestige du Ramstein est son imposante tour-habitat, bien qu’il n’en subsiste que le mur nord et une partie du mur oriental. Le reste du château est assez mal conservé, mais les importants efforts de dégagement et de restauration initiés depuis le début du ont permis de rendre à nouveau visible le tracé d’une grande partie de l’enceinte de la basse-cour et des murs des fausses-braies.
Toponymie Le nom du château est composé de deux éléments : Ram-, qui partage la même racine que , « corbeau », et -stein, « rocher, pierre ». Le Ramstein est ainsi le « rocher des corbeaux », nom que devait porter le site avant la construction du château. Le nom existe en effet déjà à l’été 1293, les Annales du couvent des Dominicains de Colmar évoquant le castrum de Ramistein.
Localisation Le Ramstein se trouve sur les premiers contreforts des Vosges en bordure de la plaine d’Alsace, à l’ouest de la commune de Scherwiller, dans le Bas-Rhin. Le château est établi à l’extrémité sud du Rittersberg, sur un rocher se trouvant à d’altitude et environ au sud-ouest du château de l'Ortenbourg, qui le domine. Le terrain se trouvant directement au nord-est et en contrehaut du Ramstein ne monte pas immédiatement en pente, mais forme une large terrasse relativement plane. Il s’agit ainsi du côté le plus menacé en direction duquel se concentrent les défenses ; les côtés sud et ouest sont en revanche protégés naturellement par une forte pente.
État des sources et de la recherche Sources primaires La plus ancienne mention du Ramstein se trouve dans les Annales du couvent des Dominicains de Colmar, dans une annotation insérée entre le et le : « Le bailli a entrepris la construction de la fortification du Ramstein près de Sélestat contre la volonté d’un grand nombre d’hommes ».
Historiographie Le principal point de débat historiographique concerne le contexte de construction du château : si aucun auteur ne remet en cause une construction à la fin du , il existe en revanche un désaccord entre ceux faisant du Ramstein un château de siège bâti pour attaquer l’Ortenberg voisin et ceux plaçant son édification après le siège, dans une perspective plus classique de compétition politique. La première de ces interprétation a cependant longtemps été la seule existante. Sa formulation remonte en effet à la première étude du Ramstein, publiée par Bodo Ebhardt dans Deutsche Burgen en 1898. Ce dernier interprète la mention des Annales comme la preuve que le Ramstein a été construit pour assiéger l’Ortenberg et voit dans la terrasse située au nord l’emplacement du camp des assiégeants. L’affirmation est reprise en l’état par les auteurs postérieurs comme Felix Wolff en 1908 ou Otto Piper en 1912. Charles-Laurent Salch reprend cette thèse en 1978, mais est le premier à y apporter un argument supplémentaire : le Ramstein aurait servi de plateforme de tir pour des engins de siège et notamment une arbalète à tour. L’idée est reprise jusque dans les années 1990, notamment par Thomas Biller et Bernard Metz dans leur ouvrage Die Burgen des Elsaß de 1995.
Cette hypothèse est toutefois remise en cause à partir du début du . Le coup le plus important est porté en 2005 par Olaf Wagener, qui invalide les théories de Salch et Biller en démontrant qu’une arbalète à tour installée au Ramstein n’est pas en mesure d’atteindre l’Ortenberg. Il souligne également la faiblesse de l’argumentaire de l’hypothèse du château de siège en pointant que celle-ci est basé entièrement sur une interprétation d’un passage ambigu des Annales. Enfin, il fait remarquer que le Ramstein est mal placé dans une perspective de siège, sa position ne lui permettant pas de couper les lignes d’approvisionnement de l’Ortenberg. Dans cette optique il considère qu’un assaillant expérimenté comme Otto d’Ochsenstein se serait établi au sommet de la crête, une position bien plus avantageuse. La majorité des ouvrages scientifiques postérieurs à 2008 réfutent l’hypothèse du château de siège, ou, à minima, questionnent sa réalité. Ainsi Jean-Michel Rudrauf et Georges Bischoff interrogent ainsi la possibilité de construire une structure aussi imposante en quelques mois à proximité immédiate d’un château hostile et voit plutôt dans ce castrum une fortification en bois.
centré|vignette|500x500px|Le Ramstein (gauche) et l’Ortenberg (droite). Pour Olaf Wagener, c’est sur le sommet à gauche de l’Ortenberg que le Ramstein aurait été construit s’il avait eu pour but de servir de château de siège.
Historique alt=reproduction en noir et blanc d’un dessin montrant une tour sur une montagne|vignette|Dessin de 1514 de Hans Baldung Grien montrant le Ramstein à cette époque. Le Ramstein est construit à la fin du par Otto IV d'Ochsenstein, landvogt d’Alsace. Cette construction peut avoir eu lieu soit directement pendant le siège que celui mène contre le château de l’Ortenberg durant l’été 1293, soit peu de temps après. Il est dans tous les cas certain que le château existe en 1303, date à laquelle il est mentionné comme étant entre les mains des Habsbourg. Ceux-ci ayant récupéré l’Ortenberg au plus tard en 1298, ils ont peut-être réussi à s’emparer en même temps du Ramstein. De son côté, Otto d’Ochsenstein ne renonce à ses droits sur le château qu’en ..
Peu de temps auparavant, le , les Habsbourg ont transmis le Ramstein ainsi que le village d’Albé à Volmar de Reichenberg en échange de sa part dans le château éponyme. Après la mort de Volmar, il semble que ses deux fils aient hérité du château, mais ne l’aient pas partagé. Les sources indiquent que l’un des fils, Hugo, en vend la moitié à en 1342, mais, en l’absence de partage, il ne pourrait s’agit que de la moitié des droits. Par ailleurs les Habsbourg renouvellent l’investiture à Hugo en 1357, ce qui laisse à penser que la vente s’est faite à l’insu du suzerain. La lignée des Reichenberg s’étant éteinte en 1361, les Württemberg semblent être devenus les maîtres des lieux, les Habsbourg n’apparaissant plus non plus dans les documents comme propriétaires après cette date. Vers 1388, Walther de Müllenheim le reçoit en fief du comte de Württemberg, qui lui donne par ailleurs de l’argent pour le réparer. Au cours de cette période, le château fait l’objet d’au moins deux campagnes de travaux clairement distinctes, bien que leur date de réalisation soit indéterminée. La première a pour principal effet de surélever la tour-habitat de deux étages tandis que la seconde augmente l’épaisseur du mur nord de cette même tour.
alt=photographie en couleur montrant une tour couverte d’échafaudages|vignette|Travaux de restauration sur la tour-habitat en 2020. En 1420, le château n’est plus occupé par les Müllenheim, mais par Rudolf Zorn de Bulach. Pendant la guerre de Dachstein, celui-ci prend parti de l’évêque contre les Strasbourgeois. En représailles, ces derniers s’emparent du Ramstein et le saccagent, mais il parvient à le récupérer après la fin du conflit, non sans difficultés toutefois. Il ne conserve cependant pas longtemps, car en 1437 au plus tard le comte de Württemberg a transmis le fief aux Uttenheim, qui ajoutent alors le suffixe zum Ramstein à leur nom. Le château se trouve en 1470 sur le chemin d’une armée de qui s’apprêtent à assiéger l’Ortenberg, où des sujets de Charles le Téméraire ont été enfermés. Prudents, les Uttenheim accueillent le le landvogt Pierre de Hagenbach, lui ouvrant la voie vers l’Ortenberg qui se rend trois jours plus tard. Quelques mois plus tard, le , une paix castrale est conclue entre les Uttenheim et le duc de Bourgogne, stipulant que celui-ci s’abstiendra pour les dix ans à venir de s’en prendre au château. Le château reste alors propriété des Uttenheim jusqu’en 1664. Encore habitable dans la première moitié du , comme le montre une gravure de 1514 de Hans Baldung Grien, il est incendié par les Suédois le et n’est pas reconstruit.
Philippe-Gaétan Mathieu de Faviers achète en 1810 les ruines de l’Ortenberg et du Ramstein, que son fils fait consolider avec le soutien de la Société pour la conservation des Monuments historiques d’Alsace en 1864. L'ensemble des deux châteaux fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis Château fort de Ramstein. Se dégradant peu à peu, les restes du château sont entretenus à partir de 2002 par des bénévoles, qui se regroupent en 2009 au sein de l’association Les Veilleurs du Ramstein.
Description Disposition générale et matériaux Le cœur du château est une grande tour-habitat assise sur le rocher et constituant le haut-château. Une vingtaine de mètres à l’ouest et en contrebas se trouve le bas-château formant basse-cour, dont la surface est relativement réduite et qui est relié à la tour-habitat par une rampe bordée d’un long mur. Cet ensemble est intégralement entouré par des fausses-braies garnies de tours. L’accès au château se faisait à l’extrémité orientale du fossé, qui est fermée par un mur épais : un assaillant éventuel devait donc franchir cette porte, parcourir toute la longueur du fossé vers l’ouest pour arriver à la porte de la basse-cour, puis de nouveau traverser le site vers l’est pour enfin atteindre la tour-habitat.
La majeure partie du château est construite en moellons de granite prélevés directement sur place, notamment lors du creusement du fossé. Les encadrements des fenêtres, supports de cheminées et certains éléments de maçonneries des niveaux supérieurs de la tour-habitat sont toutefois réalisés en grès et sont le signe d’une construction ultérieure. Nicolas Mengus précise que les murs étaient recouvert de crépi..
Tour-habitat La tour-habitat est située du côté de la menace, à l’extrémité orientale du site. Construite directement sur le rocher, environ au-dessus du fossé, elle permet ainsi de tenir sous son feu un éventuel assaillant sur l’ensemble de son trajet jusqu’à la porte de la basse-cour. Polygone prenant la forme d’un quasi-rectangle de de long par de large, elle ne comptait à l’origine que quatre niveaux en élévation, mais a été surélevée de deux niveaux au . Le mur nord, qui ne faisait que d’épaisseur contre pour le mur est, s’est vu en cette même occasion doter d’un placage d’environ d’épaisseur. Il n’en subsiste que le mur nord et le mur oriental, ce dernier seulement sur la moitié de son élévation et de sa longueur ; les murs ouest et sud on presque entièrement disparus, mais l’aspect du second et en partie connu par le dessin de Hans Baldung Grien de 1514.