vignette|Reconstitution d'un hammam traditionnel.
La culture de la Tunisie forme une synthèse des différentes cultures amazighe, punique, romaine, juive, chrétienne, arabe, musulmane, turque et française, qu'elle a intégrées à des degrés divers, ainsi que l'influence des dynasties successives qui ont régné sur le pays. La Tunisie a en effet été un carrefour de civilisations et sa culture, héritage de quelque d'histoire, témoigne d'un pays qui, par sa position géographique en plein bassin méditerranéen, a été au cœur du mouvement d'expansion des grandes civilisations du mare nostrum et des principales religions monothéistes.
L'histoire de la Tunisie révèle ce passé où les cultures méditerranéennes se sont succédé. Après l'époque de la Carthage punique, l'Empire romain (romano-africain) laisse son empreinte à travers le territoire par des monuments tels que l'amphithéâtre d'El Jem ou le site archéologique de Carthage, classé comme sept autres sites au patrimoine mondial de l'Unesco. Après plusieurs siècles de développement du christianisme avec l'Église d'Afrique, la conquête arabe transforme le pays et fait de Kairouan un centre intellectuel renommé. La conquête turque au , qui éloigne le centre de gravité du pouvoir à Istanbul, permet progressivement aux représentants locaux du sultan d'acquérir leur indépendance, qui sera conservée jusqu'à l'instauration du protectorat français, qui participe par ailleurs à la modernisation du territoire.
Les moteurs de la culture tunisienne actuelle sont très divers et marqués par cet héritage métissé : les musées comme celui du Bardo, l'architecture de villes comme Sidi Bou Saïd ou des médinas de Tunis et Sousse, la cuisine intégrant aussi bien la baguette, le fromage et le croissant français que les pâtes italiennes, la musique mêlant influences andalouse et ottomane et l'éducation marquée par une arabisation générale qui se répercute sur la production de la littérature tunisienne.
Foyer culturel
upright|vignette|Amulette en pâte de verre (musée du Louvre).
L'Encyclopédie 360 décrit la Tunisie comme étant un pays qui « n'a pas développé d'art véritablement original ». mais qui est « fortement marqué par les influences diverses qui s'y sont succédé » et s'est doté de « monuments [qui] illustrent les diverses étapes de son histoire ». Dans son étude sur La Politique culturelle en Tunisie, Rafik Saïd indique que « sur ce territoire relativement restreint se sont […] produites des successions, des superpositions, des confrontations de mœurs et de doctrines telles que l'histoire […] en présente rarement ». Janice Deledalle-Rhodes qualifie la Tunisie de pays « cosmopolite » et considère que « la Tunisie ne peut rentrer dans la catégorie des « colonies », plutôt a-t-elle été la colonie de tout le monde, héritant par là d'une multiplicité extraordinaire de cultures »..
Cette vie culturelle débute dès l'époque préhistorique comme l'illustrent les dolmens près de Bou Salem et les gravures rupestres du Sahara tunisien.. L'Hermaïon d'El Guettar, manifestation de religiosité la plus ancienne qui subsiste au monde., découvert près de la cité d'El Guettar dans le sud du pays, date quant à lui de la fin de cette même époque..
L'époque lybico-berbère est une période qui peut être appréhendée de manière ténue, même si les éléments de continuité sont encore nombreux dans la Tunisie actuelle. L'époque carthaginoise voit poindre des influences phénicienne, grecque et égyptienne. Ainsi, on trouve dans l'art punique des Phéniciens d'Occident des composantes égyptiennes comme le travail du verre — on a trouvé de petits masques de verre dans les tombes puniques, ces masques étant spécifiques à la mentalité phénicienne car servant à repousser les mauvais esprits ou démons du mort par leurs décors dits « apotropaïques » — et des motifs comme le lotus que l'on retrouve sur des objets ou sur la décoration de bâtiments.
Les peintures et sculptures des couvercles des sarcophages des nécropoles de Carthage et d'El Alia, l'architecture du mausolée de Dougga, alliant aussi bien la colonne ionique que la pyramide égyptienne caractérise l'influence conjuguée de la Grèce et de l'Égypte. Par ailleurs, certaines productions locales ne sont pas exemptes de représentations de hiéroglyphes, toutefois celles-ci n'ont d'autre sens que décoratif. En outre, on trouve à partir du de nettes traces d'influence hellène se superposant aux influences égyptiennes et s'ajoutant à la culture punique.
vignette|Panorama sur le site de Dougga. vignette|Grande mosquée de Kairouan au début du .
On trouve alors dans la sculpture, une évolution d'un style hiératique, presque symbolique, vers un style plus représentatif, idéalisant la perfection d'un corps, d'un état, etc. La poterie grecque est aussi copiée, approchant petit à petit de sa qualité (des potiers grecs se seraient ainsi installés à Carthage). Les œuvres romaines de Tunisie ne se distinguent pas de celles d'Europe. Parmi celles parvenues jusqu'à nous figurent Thuburbo Majus, Gigthis, l'amphithéâtre d'El Jem, le capitole de Dougga, les thermes d'Antonin et l'arc de triomphe de Caracalla. Par la suite, lorsque le christianisme s'implante à Carthage, l'inspiration religieuse devient un moyen de lutte contre le dominateur : Tertullien devient célèbre par la violence de son style et la rigueur de ses prescriptions.. L'Église d'Afrique, s'étant illustrée avec des martyrs célèbres comme saint Cyprien de Carthage ou des évêques comme saint Augustin d'Hippone, jouit vite d'un grand prestige.. De nombreux monuments chrétiens sont alors érigés tels que les catacombes de Sousse ou le baptistère de Makthar. Des basiliques à nefs multiples, comme celle de saint Cyprien, sont également bâties en se basant sur le modèle syrien. Ces derniers monuments restent presque tous ornés de motifs païens. Restée obstinément fidèle du concile de Nicée, l'Église subit une longue persécution sous le règne des Vandales qui confisquent une partie de ses biens. L'arrivée des Byzantins entraîne la disparition de cette dernière et la restauration d'un réseau dense d'évêchés orthodoxes. Durant cette période, un bon nombre de collines sont couronnées de fortifications byzantines comme à Kélibia..
Avec la conquête arabe, plus précisément sous le règne de la dynastie des Aghlabides, la ville de Kairouan est un centre intellectuel de grande renommée dotée d'une maison de la sagesse ouverte aux savants. Oqba Ibn Nafi al-Fihri la qualifie de « rempart de l'islam jusqu'à la fin des temps ». À la fois centre d'études, de traduction et de recherches, elle joue un rôle important dans la diffusion des sciences notamment médicales. En mathématiques, on peut citer les contributions aux algorithmes de calcul. Les Arabes dressent alors des bâtiments spécifiques à l'architecture islamique. Même si certains gardent une touche byzantine, tels que la mosquée des Trois Portes à Kairouan () ou le ribat de Sousse (), les autres, qui reprennent tout de même les formes antiques des chapiteaux et des colonnes, sont purement arabes comme les grandes mosquées de Tunis () et Kairouan () ou renient l'influence de la Mésopotamie tels que la grande mosquée de Mahdia ().
Aux et siècles, poètes, érudits, historiens se multiplient. La mosquée Zitouna, qui abrite la première université islamique, se confirme comme un centre actif d'intellectuels qui regroupe docteurs et savants : Ibn Zaïtoun, Ibn Al Abhar, Ibn Al Gafsi ou encore Ibn Arafa. Grâce à des savants comme Ibn Khaldoun et des écrivains comme Abou el Kacem Chebbi, la Tunisie est ainsi, depuis des siècles, un foyer culturel important que ce soit à l'échelle arabo-musulmane, méditerranéenne ou mondiale.
Lors de la conquête turque (), les mosquées, tels que celle de Sidi Mahrez à Tunis, sont érigées sur le plan des églises de Constantinople bien que les zaouïas gardent leur style maghrébin comme à Kairouan.
Le protectorat français a quant à lui marqué de son empreinte l'architecture locale en ajoutant un nouveau style urbanistique que l'on peut trouver dans la construction d'une ville nouvelle à plan « hippodamien » juxtaposée à l'ancienne médina de Tunis. Le style élaboré alors, dit « rococo tunisien », trouve un exemple particulièrement brillant dans le théâtre de l'avenue Bourguiba.
Symboles nationaux
vignette|Série de drapeaux nationaux.
Le drapeau tunisien voit le jour sur ordre de Hussein II Bey, à la suite de la destruction de la division navale tunisienne survenue le , pour distinguer la flotte tunisienne des autres flottes de la mer Méditerranée. C'est la circonstance de la naissance du drapeau qui voit officiellement le jour en 1831. Celui-ci ressemble au drapeau de la Turquie car les beys sont alors des vassaux de l'Empire ottoman.. Il s'en démarque toutefois par l'inversion des couleurs du croissant et de l'étoile dans un cercle blanc et le positionnement des deux emblèmes.
Quant aux armoiries nationales, elles sont adoptées officiellement en 1861. et sont notamment remaniées le . et le .. La partie supérieure comporte une galère punique voguant sur la mer alors que la partie inférieure est divisée verticalement : à gauche figure une balance noire et à droite un lion noir saisissant un cimeterre argentée. Entre les deux parties se trouve une banderole portant la devise nationale : Liberté, Dignité, Justice, Ordre..
La narration de la lutte contre le protectorat français par le régime du président Habib Bourguiba après l'indépendance en 1956 constitue la base d'un récit unitaire visant à éveiller la conscience nationale et imposer un modèle de nation autour d'une communion mise en scène entre le peuple et la figure du sauveur et véhiculée par la télévision, la radio, la presse écrite, les manuels scolaires et les travaux des historiens ; les commémorations du retour d'exil de Bourguiba en 1955, de son arrestation en 1952 ou de son anniversaire complètent le dispositif.. Sous le régime du président Zine el-Abidine Ben Ali (1987-2011), ce récit fait place à un culte au chiffre 7 visant à quadriller le territoire national..
Religion
La Constitution de 1959 prévoit l'exercice libre des religions tant qu'elles ne portent pas atteinte à l'ordre public. Les gouvernements des présidents Bourguiba et Ben Ali respectent généralement ce droit mais ne permettent pas l'établissement de partis politiques basés sur la religion, interdisent le prosélytisme et limitent le port du hidjab, notamment dans les administrations et les écoles publiques. La Constitution de 2014 exige de l'État qu'il garantisse la liberté de croyance et de conscience et le libre exercice du culte, protège le sacré, garantisse la neutralité des lieux de culte, diffuse les valeurs de modération et de tolérance, proscrive l'accusation d'apostasie et s'oppose à l'incitation à la haine et à la violence.
vignette|Prière nocturne à la grande mosquée de Kairouan.
L'islam est la religion principale et officielle de la Tunisie, avec un taux qui avoisine les 99 % de la population. ; 85 % des musulmans tunisiens sont sunnites de rite malikite, le reste étant rattaché au culte hanafite.. Les fêtes religieuses musulmanes, comme l'Aïd al-Adha, l'Aïd el-Fitr ou le Mouled, sont considérées comme des jours fériés. L'enseignement de la religion islamique est obligatoire dans les écoles publiques mais le programme d'études religieuses au niveau secondaire inclut également l'histoire du judaïsme et du christianisme. Le calendrier religieux fournit les principales occasions pour l'expression des croyances mais il n'existe aucune donnée fiable sur le nombre de pratiquants. Il existe également une petite communauté de musulmans soufis mais là non plus, il n'existe pas de statistique concernant sa taille.