vignette|300px|La Rose blanche d'York, symbole des jacobites. Le « jacobitisme » historique est un mouvement politique proche des tories entre 1688 et 1807, composé de ceux qui soutenaient la dynastie détrônée des Stuart et considéraient comme usurpateurs tous les rois et les reines britanniques ayant régné pendant cette période. Soutenu par les monarchies catholiques française et espagnole, il était surtout implanté en Irlande et dans les Highlands d'Écosse qui furent le théâtre de plusieurs révoltes soutenues par la France. Plus marginalement, le jacobitisme disposait également d'un certain nombre de partisans dans le nord de l'Angleterre et au pays de Galles.
En 1688, le roi d'Angleterre et d'Irlande et VII[?] d'Écosse (1633 – 1701) fut détrôné par un coup d'État, appelé par les historiens Glorieuse Révolution, mené par une armée hollandaise de , dont plus de français. Le roi est chassé et une bonne partie de ses pouvoirs transmis au Parlement, où les lois seront élaborées par le parti whig.
Les royalistes britanniques qui lui étaient restés fidèles, de même qu'à ses successeurs, sont connus sous le nom de jacobites car le prénom du roi, en latin, est « Jacobus ». Les historiens évaluent à le nombre de réfugiés jacobites en France, qui ont émigré après la Glorieuse Révolution, dont environ 60 % étaient irlandais, 34 % anglais et 6 % écossais. Parmi eux, 40 % étaient de familles aristocratiques, dont un grand nombre d'officiers de l'armée du roi. En France, ils ont constitué la cour jacobite de Saint-Germain en Laye et la puissante communauté des Irlandais de Nantes.
La première vague d'émigrés jacobites à l'époque Cromwell
Célèbre pour, au terme d'un procès d'une semaine très controversé, avoir fait décapiter à la hache le roi d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande , Oliver Cromwell s'est aussi distingué par le massacre de lors de la prise de la ville de Drogheda en Irlande.
Ces violences ont entraîné la première vague d'émigration en France de jacobites irlandais, lesquels prirent la direction du port de Nantes, tandis que les colons installés par Cromwell sur les meilleures terres de l'Ulster, en Irlande du Nord, ont constitué le premier motif de conflit.
Les origines dynastiques du jacobitisme vignette|left|upright=1.5|Portrait de par Sir Godfrey Kneller (1684).
était l'arrière-petit-fils de la catholique Marie Stuart (1542 – 1587), reine de France et épouse (1544 – 1560) du roi , qui a régné de 1559 à 1560, et reine souveraine d'Écosse (depuis 1542, détrônée en 1567). était aussi le petit-fils du roi Jacques (1566 – 1625), le fils de Marie Stuart qui est connu comme , roi d'Écosse (régnant depuis 1567) et comme , roi d'Angleterre et d'Irlande (régnant depuis 1603, l'année où il a hérité de ces autres trônes et qui, après cette succession a réuni toutes les Îles Britanniques sous l'autorité d'un seul monarque. était aussi le fils cadet du roi (1600 – 1649, qui régnait depuis 1625 et qui était lui-même le fils du ) et de la reine d'Angleterre, Henriette-Marie de France (1609 – 1669).
La reine Henriette-Marie de France était la fille d' (1553 – 1610, régnant depuis 1589), la sœur de (1601 – 1643, régnant depuis 1610) et la tante de (1638 – 1715, régnant depuis 1643). , donc, était le cousin germain de .
vignette| d'Orange-Nassau. Le frère aîné de , (1630 – 1685), a succédé en droit à son père, après l'exécution de celui-ci en 1649. Il se battit sans succès pendant deux ans pour s'installer sur les trônes anglais et écossais. Il n'a été restauré sur le trône qu'en 1660, après encore 9 ans d'exil avec son frère Jacques et le reste des Stuart. Pendant ces années-là, la Grande-Bretagne et l'Irlande étaient une république unie, dirigée par le Oliver Cromwell, qui faisait régner par la terreur un ordre puritain qu'inspire la .
En dépit des rivalités commerciales entre les deux royaumes, la sœur aînée de , Marie-Henriette Stuart, princesse royale de Grande-Bretagne et d'Irlande (1631 – 1660) s'est mariée avec le gouverneur (stadhouder) des Provinces-Unies (les Pays-Bas), le comte Guillaume de Nassau (1626 – 1650), prince d'Orange, qui gouvernait comme depuis 1647. Ils eurent un fils qui s'appelait aussi Guillaume (1650 – 1702). Il sera stadhouder des Provinces-Unies entre 1672 et 1702, sous le nom de .
Quand il était alors le prince Jacques, duc d'York, s'est marié deux fois.
vignette|gauche|Portrait de Marie d'York par Caspar Netscher (1676). Sa première épouse était Anne Hyde, la fille d'un des ministres et conseillers préférés du roi et du roi en exil, le Edward Hyde (puis ). Le couple avait deux filles qui sont toutes deux reines d'Angleterre.
La fille aînée était la princesse Marie d'York (1662-1694) qui devait épouser Louis, le Grand Dauphin (1661-1711). Mais, en 1677, malgré les protestations de son père le prince Jacques, elle fut obligée par son oncle de se marier avec son cousin germain, , prince d'Orange. , donc, n'était plus seulement le neveu du futur mais aussi son gendre. Ces alliances matrimoniales prenaient place alors que les guerres anglo-néerlandaises se déroulaient sur les mers. d'Orange-Nassau et Marie d'York étaient mari et femme et aussi cousins germains. Le couple n'a eu aucun enfant qui ait atteint l'âge adulte.
La fille cadette de était la princesse Anne d'York (1665-1714), laquelle devint en 1683 l'épouse du Prince Georges de Danemark (1653-1708). Ils eurent onze enfants mais aucun n'atteint l'âge adulte non plus, laissant potentiellement le trône vacant.
En 1673 (après la mort de sa femme, Anne Hyde, en 1671), le prince Jacques se remaria avec une Italienne, la princesse Marie de Modène (1658-1718). En , après plusieurs fausses couches, la princesse (devenue reine) eut un fils, Jacques François Stuart, prince de Galles (1688-1766). Quatre ans plus tard, en exil à Saint-Germain-en-Laye, elle eut une fille, la princesse Louise Marie (1692-1711).
La Glorieuse Révolution de 1688 et la naissance des prétentions jacobites vignette| d'Angleterre. fut contraint d'abandonner le pouvoir après le débarquement en Angleterre de troupes hollandaises de son neveu et gendre , prince d'Orange. Guillaume et son épouse Marie ont été invités à remplacer leur père et oncle par le Parlement et les Whigs.
En 1689, Guillaume et sa femme la princesse Marie sont conjointement proclamés roi et reine d'Angleterre, d'Irlande et d'Écosse et par les parlements d'Angleterre et d'Écosse. et son fils Jacques, le prince de Galles sont alors exclus de la ligne de succession. Le parlement d'Irlande n'a jamais été consulté (depuis 1494, le parlement anglais avait le droit de faire des lois pour l'Irlande sans consulter le parlement irlandais). La reine meurt en 1694 ; le roi continue de régner seul jusqu'à sa propre mort en 1702.
En 1701 le parlement anglais déclare qu'aucun catholique (ou personne avec un conjoint catholique) ne pourrait hériter des trônes britannique et irlandais. Les parlements écossais et irlandais refusent de promulguer la même loi d'interdiction. Au roi Guillaume succède sur les trois trônes sa belle-sœur Anne. Pendant son règne les parlements écossais et anglais sont abolis en 1707. Le Parlement de Grande-Bretagne a définitivement remplacé les parlements d'Angleterre et d'Écosse. Le successeur de la reine Anne est la personne protestante la plus proche du trône. Il s'agit de , électeur de Hanovre, (1660-1727) un descendant d'une sœur du roi . n'était pourtant que en ligne de succession, mais, comme les 55 autres personnes avant lui étaient catholiques, il peut ainsi accéder au trône, selon la nouvelle loi sur la « succession protestante ». Les Jacobites n'ont jamais reconnu ce deuxième coup d'État non plus. Le nouveau souverain britannique ne parle pas anglais.
De 1688 jusqu'à la mort de la reine Anne, les partisans de ces « coups d'État » ont été appelés les Orangistes (d'après Guillaume d'Orange). Par la suite, avec l'accession au trône de en 1714, ces mêmes partisans ont été qualifiés d'Hanovriens.
C'est pour défendre les droits du roi et – après sa mort en 1701 – de son fils Jacques François Stuart (proclamé « ») que de nombreux Britanniques et Irlandais, devenus les Jacobites, se sont révoltés à plusieurs reprises entre 1689 et 1746.
Une émigration massive, et une forte présence des jacobites dans l'armée française
Il est possible d'évaluer, avec une relative exactitude la première vague d'émigration, de loin la plus considérable. Les historiens de l'Irlande fixent le nombre de militaires passés au service de , après le traité de Limerick, à un peu plus de . En ajoutant la brigade de Mountcashell, débarquée dès , on obtient un total de et soldats.
Les vols d'« oies sauvages » se poursuivirent et de nouvelles recrues vinrent combler les vides d'après 1697, date où licencia une partie de ses régiments étrangers. La réforme de 1763 les réduisit à moins de et soldats. Tous les réfugiés, toutefois, n'étaient pas militaires et, bien que majoritaires, les Irlandais ne furent pas les seuls à suivre dans sa retraite leur souverain déchu. L'Angleterre et l'Écosse ont fourni leur contingent, surtout de grands seigneurs. Au total, l'émigration a pu concerner .
Les Jacobites firent, dans les armées du continent, des carrières plus qu'honorables et souvent exceptionnellement brillantes. En France, deux d'entre eux parvinrent au au maréchalat. On a aussi décompté 18 lieutenants généraux, 14 maréchaux de camp. Parmi ces lieutenants généraux, François Bulkeley, Charles Fitzjames, Pierre Nugent, Charles-Edouard Rothe, Michel Rothe, Edouard Fitzjames, Mathieu Cook, André Lée.
Contrairement aux diasporas confessionnelles d'Europe (Marranes du Portugal, Protestants de Lucques ou de Sienne, Huguenots de France) ou d'Asie (Juifs, Parsis, Arméniens), celle des Jacobites n'est pas le fait d'une minorité religieuse, mais un phénomène politique consécutif à une révolution, qui s'apparente en cela davantage à l'émigration française des années 1790.
En Espagne, le premier régiment, Irlanda, fut constitué en 1698 et ceux d'Ultonia et Hiberna en 1709. En 1758, leurs effectifs s'élevaient à et soldats. La plupart des réfugiés qui s'établirent en Espagne, Naples, Rome, Autriche, Prusse et même Russie, étaient d'abord passés par la cour jacobite de Saint-Germain en Laye.
La cour jacobite de Saint-Germain-en-Laye
La plus grosse concentration de Jacobites sur le continent s'était regroupée à Saint-Germain-en-Laye autour de la cour en exil du roi d'Angleterre , qui avait fui après les défaites et le traité de Limerick. Son cousin germain l'installe alors dans le château historique des rois de France, qu'il a déserté depuis 1673 pour s'installer à Versailles.
Selon les calculs de l'historien Guy Chaussinand-NogaretUne élite insulaire au service de l'Europe : les jacobites au , , constituent le chiffre moyen de la population jacobite de Saint-Germain-en-Laye, entre 1690 et 1702, cette période correspondant au maximum d'entrées sur les registres paroissiaux de la commune.
On peut évaluer sensiblement au même niveau le nombre de réfugiés résidant à Paris et regroupés, pour l'essentiel, dans la paroisse Saint-Sulpice où les abritaient baigneurs et hôtels garnis. Ajoutons encore quelque deux mille individus établis dans les ports – surtout bretons –, la communauté des Irlandais de Nantes étant la plus nombreuse.