LUSS Constitution est une frégate en bois à trois-mâts de lUnited States Navy. Baptisée par le président George Washington d'après la Constitution des États-Unis, elle est le plus vieux navire de guerre encore à flot dans le monde. Lancée en 1797, la Constitution était l'une des six frégates originelles de lUnited States Navy autorisées par le de 1794 et la troisième à être construite. L'architecte naval Joshua Humphreys conçut les frégates pour qu'elles soient les navires capitaux de la jeune marine américaine ; la Constitution et ses navires jumeaux étaient donc plus grands et mieux armés que les frégates standards de l'époque. Construite à Boston dans le Massachusetts dans le chantier naval d'Edmund Hartt, elle eut pour premières missions de fournir une protection pour les navires marchands américains lors de la quasi-guerre avec la France et de lutter contre les pirates barbaresques durant la guerre de Tripoli.
Elle se distingua lors de la guerre anglo-américaine de 1812 au cours de laquelle elle captura de nombreux navires de commerce et détruisit cinq navires britanniques : , , , et . L'affrontement avec le HMS Guerriere lui valut le surnom de « » et l'admiration du public qui empêcha à plusieurs reprises sa démolition. Elle fut le navire amiral des escadres de Méditerranée et d'Afrique et elle réalisa une tournée mondiale dans les années 1840. Durant la guerre de Sécession, elle fut un navire-école au sein de l'académie navale d'Annapolis et elle transporta des œuvres d'art et des objets industriels pour l'exposition universelle de 1878 à Paris. Retirée du service actif en 1881, elle devint un navire de réception puis un navire musée en 1907. Après une restauration en 1995, le navire navigua à nouveau à la voile pour la première fois en lors des célébrations de son bicentenaire.
Aujourd'hui, la Constitution a un rôle de représentation de l'État, elle participe à des cérémonies, des programmes d'éducation et divers événements. L'équipage est composé de 55 marins, tous des marins d'active de l et l'affectation sur ce navire est considérée comme un grand honneur. Traditionnellement, le commandement de la Constitution est confié à un commander (grade correspondant à un capitaine de frégate dans la Marine française). Quand il n'est pas en représentation, le navire se visite tout au long de l'année à son lieu de mouillage dans l'ancien à l'extrémité du de Boston.
Construction
upright|alt=texte manuscrit|thumb|Annonce du lancement de la Constitution. En 1785, les pirates barbaresques, en particulier ceux d'Alger, commencèrent à s'emparer des navires de commerce américains se trouvant en Méditerranée. Onze navires américains furent capturés pour la seule année 1793 et leurs équipages furent détenus en attendant le paiement d'une rançon. Pour lutter contre cette menace, il fut décidé de construire des navires de guerre pour protéger le commerce américain. Le de 1794 prévoyait le financement de six frégates mais une clause indiquait que leur construction serait arrêtée si un accord était trouvé avec Alger.
La conception proposée par l'architecte naval Joshua Humphreys était inhabituelle pour l'époque avec une quille longue, un maître-bau (largeur) étroit et l'installation de canons de gros calibre. Le dessin prévoyait des renforts en diagonale pour limiter les torsions longitudinales tout en dotant les navires de planchers très épais. La coque était donc plus résistante que celle des frégates plus légères. Le dessin de Humphreys partait du principe que la jeune marine américaine de l'époque ne pouvait pas disposer d'autant de navires que les flottes européennes. Par conséquent, les frégates étaient conçues pour vaincre toute autre frégate tout en pouvant échapper à un navire de ligne.
Le nom de Constitution fut choisi par le président George Washington. La quille fut posée le dans le chantier naval de Edmund Hartt à Boston dans le Massachusetts sous la supervision du capitaine Samuel Nicholson et de l'architecte naval George Claghorn.. Le bois de construction était soit du pin, soit du chêne. La coque de la Constitution avait une épaisseur de , mesurait en longueur entre perpendiculaires et en longueur hors-tout et avait une largeur de .. Au total, de forêts furent nécessaires à sa construction. Paul Revere forgea les boulons de cuivre et les chevrons de la coque tandis que le doublage en cuivre installé pour empêcher les tarets d'attaquer la coque fut importé d'Angleterre.
thumb|left|alt=Mise à l'eau d'un bateau|Lancement de l'USS Constitution le 21 octobre 1797 ; gravure de 1897 En , alors que la construction se poursuivait, un accord de paix fut signé entre les États-Unis et Alger et, conformément au , la construction fut arrêtée. Après quelques débats et l'intervention de George Washington, le Congrès accepta de financer l'achèvement des trois navires les plus avancés : , et Constitution.. Le nouveau président John Adams et le gouverneur du Massachusetts Increase Sumner assistèrent au lancement de la Constitution le . Lors du lancement, elle glissa sur seulement avant de s'arrêter car son poids avait fait s'enfoncer le chemin de glissement dans le sol. Une nouvelle tentative deux jours plus tard ne permit de la faire avancer que de avant un nouveau blocage. Après un mois de réparations du chemin, la Constitution glissa finalement dans le port de Boston le et le capitaine James Sever cassa une bouteille de vin de Madère sur son beaupré..
Même si elle était classée comme une frégate avec 44 canons, la Constitution en emportait souvent plus de 50. Les navires de l'époque n'avaient pas de batterie permanente comme ceux des marines actuelles. Les canons et les affûts étaient conçus pour être déplaçables et ils étaient souvent échangés entre les navires lorsque la situation l'exigeait. Chaque commandant emportait l'armement qu'il souhaitait suivant le tonnage du navire, la taille de l'équipage et la route planifiée. Par conséquent, l'armement des navires évoluait souvent durant leur carrière et l'historique des changements n'était pas toujours conservé.
Durant la guerre de 1812, l'armement de la Constitution consistait généralement en 30 canons de () répartis de chaque côté du pont-batterie. Les 22 caronades de () se trouvaient sur le pont principal et deux canons de étaient positionnés à la proue et à la poupe du navire..
Depuis la restauration de 1927-1931, tous les canons présents à bord de la Constitution sont des répliques. La plupart ont été fabriqués en 1930 mais deux caronades du pont supérieur ont été réalisées en 1983. Afin que le navire puisse réaliser des salves d'honneur, un canon moderne de fut dissimulé dans le canon le plus à l'avant de chaque côté du pont-batterie lors de la restauration de 1973-1976.
Quasi-guerre
Après la signature du traité de Londres qui autorisait les Britanniques à saisir les marchandises françaises dans les navires américains, le gouvernement français répliqua en autorisant des corsaires à arraisonner les navires américains. À la fin du mois de , le président Adams ordonna à tous les navires de l de patrouiller à la recherche de navires de guerre français et de libérer les navires américains qui avaient été arraisonnés. La Constitution n'était pas encore prête à prendre la mer et elle dut emprunter seize canons de () au fort Castle William de Boston avant de pouvoir appareiller. Le navire prit la mer dans la soirée du avec l'ordre de patrouiller le long du littoral entre le New Hampshire et New York. Un mois plus tard, alors qu'elle patrouillait entre la baie de Chesapeake et Savannah en Géorgie, le capitaine Nicholson eut l'occasion de réaliser une prise de guerre ; le , au large de Charleston en Caroline du Sud, elle intercepta le Niger, un vaisseau de 24 canons manœuvré par un équipage français qui prétendait suivre des ordres britanniques pour emmener le navire de la Jamaïque à Philadelphie. N'ayant apparemment pas compris ses ordres correctement, Nicholson fit emprisonner les marins français, plaça un nouvel équipage à bord du Niger et l'emmena jusqu'à Norfolk en Virginie. La Constitution se rendit ensuite vers le sud pour escorter un convoi marchand mais son beaupré fut sévèrement endommagé dans une tempête et elle retourna à Boston pour réparations. Dans le même temps, le secrétaire à la Marine Benjamin Stoddert indiqua que le Niger opérait bien sous pavillon britannique. Le navire et l'équipage furent libérés et le gouvernement américain versa un dédommagement de (environ de 2012Valeur calculée avec le déflateur du PIB () avec le site Measuring Worth.) à la Grande-Bretagne.
Après avoir quitté Boston le , Nicholson rejoignit le commodore John Barry et lUnited States près de la Dominique pour mener des patrouilles dans les Caraïbes. Le , la Constitution intercepta le navire de commerce britannique Spencer qui avait été capturé par la frégate française L'Insurgente quelques jours auparavant. Techniquement, le Spencer était un navire français manœuvré par un équipage de prise français mais Nicholson, peut-être échaudé par l'affaire du Niger, libéra le navire et son équipage le lendemain matin. Peu après avoir rejoint Barry, la Constitution dut à nouveau réparer son gréement qui avait été endommagé par une tempête et rien de notable ne se passa avant le . Ce jour-là, elle rencontra le dont le capitaine était une connaissance de Nicholson. Les deux hommes acceptèrent de mener un duel de navigation que le capitaine britannique était certain de gagner. Après onze heures de course, le HMS Santa Margarita abaissa ses voiles, admit sa défaite et son capitaine paya son pari avec une caisse de vin. Reprenant ses patrouilles, la Constitution re-captura le sloop américain le et le navire français Carteret quelques jours plus tard. Stoddert avait cependant d'autres missions pour le navire qui fut rappelé à Boston. La Constitution y arriva le et Nicholson fut relevé de son commandement.
Le capitaine Silas Talbot devint le nouveau commandant de la Constitution et il commanda les opérations navales dans la mer des Caraïbes. Après la fin des réparations et du ravitaillement, la Constitution quitta Boston le à destination de Saint-Domingue pour bloquer la navigation française dans la zone. Elle reprit lAmelia à un équipage de prise français le et Talbot l'envoya à New York avec un équipage de prise américain. La Constitution arriva à Saint-Domingue le et y retrouva le , le et le . Il n'y eut pas d'incidents au cours des six mois qui suivirent car les attaques françaises dans la région avaient diminué. La Constitution réalisa des patrouilles de routine et Talbot mena des rencontres diplomatiques. En , Talbot enquêta sur un accroissement du trafic maritime près de Puerto Plata sur l'île de Saint-Domingue et il découvrit le corsaire français Sandwich qui y avait trouvé refuge. Le , l'escadre captura le sloop Sally et Talbot prépara un plan pour capturer le Sandwich en exploitant la familiarité des habitants avec l'apparition du Sally pour débarquer des soldats américains dans le port. Le premier lieutenant Isaac Hull mena 90 marins et marines à Puerto Plata sans opposition le et ils capturèrent le Sandwich et enclouèrent les canons du fort espagnol à proximité. Cependant, comme le Sandwich avait été capturé dans un port neutre, il fut rendu à la France avec des excuses et aucune part de prise ne fut accordée à l'escadre..