La Geste des Chevaliers Dragons est une série de bande dessinée d'heroic fantasy créée par Ange et Alberto Varanda.

Synopsis À chaque fois qu'un dragon apparaît quelque part, un mal incurable nommé le veill se développe à cet endroit et se répand inexorablement. Tout être vivant, qu'il soit végétal ou animal, se trouvant dans la zone du veill devient fou, se transforme petit à petit en monstre et finit par mourir. Les seuls humains immunisés contre cette malédiction sont les vierges. L'Ordre des Chevaliers Dragons, uniquement composé de femmes vierges, a été fondé pour combattre et détruire les dragons à chaque fois que le veill se manifeste.

Analyse Construction des albums Les albums de La Geste des Chevaliers Dragons suivent certains principes basiques : le scénario est écrit par le couple Ange ; le dessinateur change d'un album à l'autre. Ce n'est pas une contrainte absolue (par exemple, Philippe Briones a dessiné les tomes 2 et 4), mais cela permet notamment de publier plus d'un album par an (un album peut nécessiter de 12 à 18 mois de travail pour un dessinateur) tout en laissant au dessinateur le temps de peaufiner son œuvre ; chaque album est « autoportant », ou indépendant l'aventure ou la quête principale n'est pas une histoire à suivre (si un dragon apparaît dans un album donné, il sera tué dans ce même album) ; le(s) personnage(s) principaux sont des membres de l'Ordre des Chevaliers Dragons différents d'un album à l'autre. Contrairement aux séries mettant en scène des personnages récurrents, cela laisse une liberté totale dans le scénario : les protagonistes principaux ou secondaires peuvent quitter l'Ordre ou même mourir, le lieu de l'action peut être détruit… Cependant le lien constitutif de la série est maintenu par certains personnages (principaux ou secondaires) ou par certains lieux, communs à plusieurs albums ; à chaque album correspond un thème central (mis à part le premier) : le choix (T2), la famille (T3), le sacrifice (T4), la valeur (T5), l’incertitude (T6)…

Autres éléments récurrents : les membres de l'Ordre ont souvent des tenues dénudées (et parfois même ne portent pas d'armure) ; le paradoxe de la doctrine de l'Ordre, qui préconise aussi bien que ; les informations sont plus fréquemment véhiculées par le dessin que par les bulles (qui se limitent parfois à des allusions) par rapport à une série classique. De plus, certains détails n'apparaissent que dans une seule vignette, où l'accent n'est pas forcément mis sur l'élément-clé, ce qui fait qu'une lecture « en diagonale » ne suffit pas à les appréhender. Quelques exemples : les noms des personnages ne sont pas toujours cités mais on peut les reconnaître aux traits de leur visage, à leurs cicatrices, tatouages, vêtements/armures, armes, coiffure… à l'avant-dernière page du tome 1, Ellys voit l'épée de Dara, ce qui lui donne le courage de reprendre le combat. Le lecteur reconnaît la dent de dragon incrustée dans le pommeau car, 8 pages auparavant, une description est faite de l'épée et de l'histoire personnelle de Dara. Le sursaut de motivation d'Ellys est implicite et compréhensible grâce au dessin (de la dent), et à une allusion (à ce qui est dit 8 pages plus tôt) ; à la dernière page du tome 5, Jo donne la pierre d'Arken à un bijoutier. Seule une esquisse page 17 permet d'identifier la pierre.

Chronologie À partir du tome 19 L'Antidote (paru en ), les deux dernières pages des albums incluent une frise chronologique des différents récits. D'après le tome 31 Les Hauts faits de la troisième armada, l'ordre chronologique des albums est le suivant : La Première (Tome 14) - Inclut deux récits à deux époques différentes Par-delà les montagnes (Tome 6) Brisken (Tome 4) Aveugles (Tome 9) Jaïna (Tome 1) Le Pays de non-vie (Tome 3) Les Jardins du palais (Tome 5) Akanah (Tome 2) L'Antidote (Tome 19) Ellys (Tome 12) Salmyre (Tome 13) Le Chœur des ténèbres (Tome 8) Revoir le soleil (Tome 7) La Porte du Nord (Tome 22) Vers la lumière (Tome 10) La Déesse (Tome 16) Toutes les mille et une lunes (Tome 11) La Première (Tome 14) - Inclut deux récits à deux époques différentes La Mer close (Tome 23) L'Ennemi (Tome 15) Amarelle (Tome 17) Arsalam (Tome 18) L'Ancienne (Tome 30) Naissance d'un empire (Tome 20) La Guerre des ombres (Tome 25) Les Nuits d'Haxinandrie (Tome 24) Contrebandes (Tome 28) Nous ne nous reverrons jamais (Tome 26) Les Hauts faits de la troisième Armada (Tome 31) Le Draconomicon (Tome 27)

L'Ordre et la dimension politique L'un des principes les plus importants de l'Ordre des Chevaliers Dragons, qui revient dans de nombreux tomes de la série (notamment Brisken, tome 4 et Salmyre, tome 13), est le suivant : « l'Ordre ne se mêle pas de politique ». Cette règle est répétée la plupart du temps par des Matriarches, symboles évidents de l'autorité due à leur ancienneté et à leur statut hiérarchique. Cependant, il apparaît à plusieurs reprises que ce principe est mis à mal. En interne, tout d'abord, l'Ordre a une inévitable dimension politique, puisqu'il s'organise, d'une manière relativement démocratique, les hautes autorités étant mandatées par un système d'élection, comme on le voit dans le tome 11. Les intrigues et les luttes de pouvoir internes y apparaissent au grand jour, tout comme dans le tome 9, où Chevaliers et Matriarches n'hésitent pas à soumettre leurs jeunes novices (et plus anciennes) à des tests cruels, voire sordides.

Toutefois, la dimension éminemment politique de l'Ordre des Chevaliers Dragons se perçoit mieux dans ses relations extérieures, notamment avec les autorités qu'il côtoie : notables, doges, rois, empereurs… Quand l'Ordre ne se mêle effectivement pas de politique, c'est la politique qui le rattrape, sujet qui est le thème central du tome 4, dans lequel l'empereur de Messara trahit l'Ordre par peur de son pouvoir et d'un possible coup d'état, bien que les Matriarches ne l'aient pas envisagé et refusent même de se venger de lui alors qu'elles le pourraient. Parfois, c'est l'Ordre lui-même qui se mêle de politique, soit involontairement soit volontairement. Ainsi, dans le tome 4 à nouveau, l'histoire raconte qu'avant l'apparition du premier dragon et du premier Ordre des Chevaliers Dragons, la ville de Messara n'était qu'une petite ville et son seigneur un petit seigneur, qui est ensuite devenu roi, puis empereur. Le poids politique de l'Ordre est donc, dans les faits, considérable. De par son importance militaire (les Chevaliers Dragons sont décrites comme les meilleures guerrières de l'empire), l'Ordre ne peut pas être neutre dans la balance du pouvoir, bien que les Chevaliers fassent de leur mieux pour ne pas intervenir dans ce domaine et se concentrent sur la lutte contre les dragons et les créatures du veill.

Malgré cette règle fondamentale et cette volonté, il arrive que la limite soit franchie. C'est le cas dans le tome 5, lorsque Snejana accepte de partir récupérer un bijou, symbole de pouvoir pour les Doges de la cité, décision qui l'oppose à Ralène, ouvertement contre ce projet, bien qu'elle l'accompagne finalement, car l'ordre vient d'en haut. Dans le tome 13, à l'inverse, c'est le Chevalier Alène qui prend l'initiative de soutenir une révolution qui conduit à un régicide, d'où une réaction violente et immédiate de l'Ordre, qui réclame sa mort pour cette faute jugée extrêmement grave. Ainsi, la position de l'Ordre lui-même est régulièrement contradictoire, oscillant entre refus d'un rôle politique et incursions sur ce terrain. Cette règle de ne pas intervenir en politique rejoint la notion d'abnégation et de devoir, qui sont des valeurs fortes pour les Chevaliers Dragons, qui en tant qu'êtres humains sont touchées par ce qui les entoure (tome 6, tome 10, tome 13…), mais doivent taire leurs sentiments personnels pour se cantonner à leur devoir. Plusieurs Chevaliers symbolisent la lutte interne entre devoir et convictions personnelles.

Lors des tomes 11, 17 et 18, ainsi que dans le tome 13, l'Ordre montre que même s'il tente toujours de rester politiquement neutre, il prend le plus souvent le parti de l'Empire lorsque ce dernier est gravement menacé, comme le prouve l'engagement actif de l'Ordre dans la guerre contre le peuple envahisseur des Sardes où le fait que cinq Ordres mobilisent leurs troupes pour combattre contre les « rebelles » de Salmyre, surtout parce que leur plus importante représentante locale, le Chevalier Alène, a ouvertement participé à une révolte contre le souverain régnant, un « crime pourpre » selon les lois de l'empire.

Mais les choses peuvent changer, comme le prouvent les tomes 17 et 18 où, confrontées à d'énormes difficultés, les chevaliers basés à Arsalam font sécession et fonde leur propre Ordre des chevaliers Dragons, l'Ordre d'Arsalam qui devient la base d'un nouvel ordre, établit ainsi dans le nouvel « empire d'Orient ». À partir de ce moment, deux « ordres » existent, ainsi que deux empires, et une guerre entre les deux entités politiques qui va durer pendant mille ans s'engage alors...

Malgré le fait que l'Ordre soutienne activement l'empire, il prend parfois des décisions qui pourraient menacer l'empire, comme dans le tome 15 où l'Ancienne et la matriarche de Messara décident, malgré le fait que l'impératrice le leur interdit, d'enclencher une action punitive envers un noble ayant commis le crime de capture un Chevalier dragon, et ce en pleine guerre contre les Sardes alors que le pays auquel le noble en question appartient est un allié vital pour l'empire. L'Ordre dispose également de ses agents secrets, certains étant d'anciens chevaliers ayant renoncées à leur virginité pour leurs missions et servant d'« Ombres » à l'ordre, agissant en tant qu'espionnes ou assassins. Ainsi, l'ordre est une puissance politique de premier ordre, s'attirant l'animosité de la noblesse et des différents clergés de l'empire.

Lors de la période de la guerre contre les Sardes, avant le tome 15, l'Ordre et l'Empire entretenaient des relations très bonnes par rapport à d'autres périodes de l'histoire car deux de leurs personnages les plus influents, l'impératrice Helsana et la matriarche Rhina de l'ordre de Messara, étaient jumelles. Cette entente, visant à montrer au monde que les intérêts des deux entités sont les mêmes, prend fin avec le tome 15.

Le thème du devoir et du sacrifice Le devoir est une valeur clé de tout Chevalier Dragon. Les notions d'honneur, d'abnégation et de devoir sont rarement évoquées clairement dans les albums, mais sont présentes en permanence. Comme tout membre d'un Ordre, surtout militaire, les Chevaliers Dragons vivent selon des règles, mais surtout avec la presque certitude qu'elles devront mourir au combat. Dans le tome 2, l'une des novices affirme que rares sont les Chevaliers qui survivent à leur première confrontation avec un dragon, chose qui se vérifie dans plus d'un album. Malgré cela, elles acceptent leur devoir, y compris dans les situations les plus difficiles (tome 4, tome 7), leur attitude se rapprochant par là des systèmes de pensée des samouraïs japonais ou de la chevalerie médiévale européenne. Le devoir de sacrifice est tout particulièrement présent chez une frange des Chevaliers Dragons, les Sœurs de la Vengeance, qui parviennent à lancer un sortilège redoutable. Elles sont l'ultime recours, lorsque les Chevaliers n'ont pas réussi à tuer le dragon. Contrairement aux Chevaliers, les Sœurs sont certaines de mourir en incantant leur sort, qui détruit toute vie sur des kilomètres à la ronde, y compris elles-mêmes.