vignette|upright=1.5|Des chars T-34/76, accompagnés d'infanterie, sont engagés en contre-attaque : le , lors de la bataille de Koursk, le mécanisé de la Garde est sacrifié autour de Prokhorovka pour arrêter l'offensive allemande. Un corps mécanisé (en russe : механизированный корпус, abrégé en мк) est une grande unité de l'Armée rouge, regroupant des unités blindées épaulées par des unités d'infanterie motorisée. Les premiers corps ont été mis sur pied dans les années 1930, atteignant un total de mécanisés en , juste avant le début de la Grande Guerre patriotique : ils furent presque tous détruits par les forces armées allemandes lors des combats de l'été et de l'automne 1941.

Les corps mécanisés sont recréés en 1942-1943 dans un format plus modeste, au nombre de 13 (puis 14 en 1945), soit en plus petit nombre que les 25 corps de tanks (ou « corps de chars ») soviétiques, avant d'être progressivement transformés en divisions mécanisées à partir de . Neuf d'entre eux ont obtenu le titre honorifique de corps mécanisé de la Garde (en russe : гвардейский механизированный корпус, abrégé en гв.мк).

D'autres États ont mis sur pied des formations équivalentes, tels que la République française (le « corps de cavalerie » en 1939-1940) et le royaume d'Italie (le en 1941 et le en 1943) ; les corps blindés (les allemands, les танковый корпус soviétiques et l américains) sont des unités un peu différentes.

Première formation vignette|Les premières unités blindées soviétiques sont équipées du char léger MS-1 (alias T-18), inspiré du Renault FT. Les premiers chars soviétiques sont quatre Renault FT capturés en 1919 pendant la guerre soviéto-polonaise ; les premiers chars « autochtones », du modèle MS-1, ont été construits à partir de . En 1929, est fondée la Direction centrale de la mécanisation et de la motorisation de l'Armée rouge des ouvriers et paysans. Une école allemande de combat blindé () est installée de 1929 à 1933 à Kazan en Tartarie, tandis que les théoriciens de l'art opératif (notamment Triandafillov et Toukhatchevski) recommandent de regrouper les chars en grandes unités pour mener des opérations en profondeur, en s'enfonçant le plus loin possible en territoire adverse, pour déstructurer tout le système ennemi. La première brigade mécanisée est créée en 1930, comprenant un régiment de MS-1.

La formation des deux premiers corps mécanisés est ordonnée le : le mécanisé dans le district militaire de Léningrad (par transformation de la de fusiliers) et le mécanisé dans le district ukrainien (ex de fusiliers). Le corps mécanisé modèle 1932 est composé de deux brigades mécanisées et une brigade de fusiliers. Toujours en 1932 est fondée l'Académie militaire des troupes mécanisées et motorisées ; en 1936, l'Armée rouge possède quatre corps mécanisés (, , et ). En , changement de nom : les corps mécanisés deviennent des corps de tanks (traduisibles aussi par « corps blindés », , 15, 20 et 25). Mais les retours d'expérience des engagements des chars soviétiques lors de la guerre d'Espagne et des embouteillages lors de la campagne de Pologne sont si négatifs que le commissaire du peuple à la Défense Kliment Vorochilov (l'ennemi de Toukhatchevski) obtient de Joseph Staline l'ordre de disperser les unités blindées le et de faire disparaître les corps de tanks, ces derniers transformés en mécanisées.

En , Vorochilov est remplacé par Semion Timochenko ; l'analyse des réussites allemandes en Belgique et en France entraîne un revirement. Le , le haut-commandement de l'Armée rouge ordonne la recréation de neuf corps mécanisés, puis rajoute en février- vingt autres corps.. Leur composition initiale est de deux divisions de tanks, d'une division mécanisée, d'un régiment de motocyclistes, d'un régiment d'artillerie motorisé et d'un bataillon du génie motorisé. Chaque corps mécanisé devait théoriquement aligner , 126 chars lourds KV-1 et KV-2, 420 chars moyens T-34/76 et 479 chars légers (T-26, BT-5 et BT-7), .. Les chars lourds et moyens étant en cours de fabrication, la dotation était loin d'être atteinte en .

Liste des corps mécanisés Ordre de bataille de l'Armée rouge le face à l'invasion allemande.. : district militaire de Leningrad (qui devient le front du Nord) de Markian Popov, face au golfe de Finlande, à Hanko, en Carélie et dans la péninsule de Kola : mécanisé du major-général Ivan G. Lazarev (affecté à la ) : et de chars et motorisée ; mécanisé du major-général Mikhail L. Chernyavskiy (en réserve du front) : et de chars, motorisée ; district militaire spécial de la Baltique (qui devient le front du Nord-Ouest) de Fiodor Kouznetsov, en Lituanie et Lettonie ; mécanisé du major-général Nikolaï M. Shestopalov () : , de chars, motorisée ; mécanisé du major-général Alexeï V. Kourkine () : et de chars, motorisée ; mécanisé du major-général Dimitri D. Leluyshenko (en provenance du district militaire de Moscou) : et de chars, motorisée ; district militaire spécial de l'Ouest (qui devient le front de l'Ouest) de Dmitri Pavlov, en Biélorussie : mécanisé du major-général Dimitri K. Mostovenko () : et de chars, motorisée ; mécanisé du major-général Stepan I. Oborin () : et de chars, motorisée ; mécanisé du major-général Mikhail G. Khatskilevich () : et de chars, motorisée ; mécanisé du major-général P. N. Akhyustan () : et de chars, motorisée ; mécanisé du major-général M. P. Petrov () : et de chars, motorisée ; mécanisé du major-général Andreï G. Nikiti () : et de chars, motorisée ; district militaire spécial de Kiev (qui devient le front du Sud-Ouest) de Mikhaïl Kirponos, dans la moitié nord de l'Ukraine : mécanisé du major-général Constantin Rokossovski () : et de chars, motorisée ; mécanisé du major-général Semion M. Kondrusev () : et de chars, motorisée ; mécanisé du major-général Ignat I. Karpezo () : et de chars, motorisée ; mécanisé du major-général Andreï Vlassov () : et de chars, motorisée ; mécanisé du Alexei D. Sokolov () : et de chars, motorisée ; mécanisé du lieutenant-général Dimitri I. Ryabyshev () : et de chars, motorisée ; mécanisé du major-général Nikolaï V. Feklenko (réserve du front) : et de chars, motorisée ; mécanisé du major-général Vladimir I. Chistyakov (réserve du front) : et de chars, motorisée ; district militaire d'Odessa (qui devient le front du Sud) de Yakov Tcherevitchenko, en Bessarabie, dans le Sud de l'Ukraine et en Crimée : mécanisé du lieutenant-général Youri V. Novoselskiy () : et de chars, motorisée ; mécanisé du major-général Petr V. Volokh () : et de chars, motorisée.

Autres districts.. : mécanisé du major-général Ilia P. Alekseïenko (, district militaire de Transbaïkalie) : et de chars, motorisée ; mécanisé du général-major Vassili I. Vinogradov (, district militaire de Moscou) : et de chars, de fusiliers motorisés de Moscou ; mécanisé du major-général M. A. Miasnikov (, district militaire d'Orel) : et de chars, motorisée ; mécanisé du major-général Semen M. Krivochéine (, district militaire de la Volga) : et de chars, motorisée ; mécanisé du major-général Nikolai I. Kiritchenko (district militaire du Nord Caucase) : et de chars, motorisée ; mécanisé du major-général Ivan I. Petrov (district militaire d'Asie centrale) : et de chars, ; mécanisé du major-général V. V. Novikov (district militaire transcaucasien) : et de chars, motorisée ; mécanisé du lieutenant-général V. S. Goloubovskiy (, district militaire d'Extrême-Orient) : et de chars, motorisée. Autres unités dissoutes : mécanisé, du district militaire de Transbaïkalie, dissous depuis : et de chars, division motorisée.

Destruction par les Allemands

vignette|Un char lourd KV-1 soviétique déchenillé puis capturé par les Allemands près de Kovno en juin 1941. Face à l'attaque allemande qui débute le , les corps mécanisés semblent se dissoudre à cause des coups portés par les bombardiers, les anti-chars et les blindés allemands, mais aussi à cause de l'inexpérience des officiers, des nombreuses pannes mécaniques (la maintenance est déficiente, une partie des chars est non opérationnelle au moment de l'attaque allemande), le manque de carburant comme de munitions, la faiblesse des transmissions et la mauvaise coordination interarmes. Par exemple, le mécanisé a, en , huit types de chars, utilisant quatre carburants et tirant cinq obus différents, pas assez de camions, très peu de radios et il lui manque 20 % de ses officiers., le tout alors que l'aviation allemande a la suprématie aérienne. Au mécanisé, dans lequel Iakov Djougachvili (le fils aîné de Staline) est lieutenant d'artillerie dans la de tanks, il manque subalternes et dans chaque division, un tiers des camions et les trois quarts des camions-citernes..

Les corps mécanisés soviétiques subissent des pertes énormes, non sans porter des coups sévères aux unités allemandes. C'est sur ordre du chef d'État-Major général Gueorgui Joukov qu'est lancée une série de contre-attaques qui sont des missions de sacrifice, mais qui usent considérablement les unités allemandes (avec un ratio d'un char allemand éliminé pour dix soviétiques en 1941). : à Doubno–Brony du 26 au contre les flancs du du général von Kleist, à Lepel du 6 au contre le flanc du du général Hoth ; à Jlobine le 13 contre le du général Guderian ; en Ukraine du 10 au 14 (opération Novohrad-Volynsky) ; près de Pskov du 14 au 18 contre le corps motorisé du général Manstein (opération Soltsy–Dno). Par exemple à Rovno, les et blindées ont 24 de leurs détruits, 62 autres tombant en panne et sont abandonnés.

À cause notamment du manque d'état-major (les officiers qualifiés ayant été amplement fauchés par les Grandes Purges de 1937-1938, ainsi que dans les chaudrons de l'été 1941), tous les corps d'armée (corps de fusiliers et corps mécanisés) de l'Armée rouge sont théoriquement supprimés par la circulaire de la Stavka du : les divisions sont désormais directement gérées par l'état-major de l'armée à laquelle elles sont affectées.. Même les divisions blindées survivantes sont dissoutes, le principal échelon des troupes blindées devenant la brigade de tanks.

Seconde formation En 1942-1943, l'industrie soviétique, déménagée massivement vers l'est, commence à fournir en nombre des chars de combat et des canons automoteurs ; plusieurs unités de cavalerie sont transformées en unités mécanisées ; l'expérience augmente chez les officiers d'état-major : il devient possible de réorganiser les forces blindées et mécanisées de l'Armée rouge. Bénéficiant progressivement d'un meilleur équipement, encadrement et recrutement que les autres unités, elles forment l'élite des troupes soviétiques. En conséquence, à partir de l'automne 1942, sont mis sur pied deux types de grandes unités, les corps de tanks et les corps mécanisés, dont la structure n'est arrêtée qu'à la fin de 1943.. Cette réforme est pilotée à la Direction principale des blindées () du lieutenant-général . Ces corps sont systématiquement en sous-effectif (manquant tout particulièrement d'infanterie) en 1943-1944 : un corps mécanisé soviétique correspond à peu près à une division blindée allemande (une ). Treize corps mécanisés, théoriquement de , 183 chars et 21 (puis jusqu'à 63) canons automoteurs, sont mis sur pied et engagés contre l'Armée allemande et ses alliés européens (Roumains, Italiens, Hongrois et Finlandais), dont neuf obtiennent le titre honorifique « de la Garde » ; la création d'un corps mécanisé supplémentaire est ordonné en pour servir lors de l'offensive soviétique de Mandchourie.

vignette|Débarquement des chars T-34/76 du mécanisé de la Garde, en août 1944 sur le front roumain. La logistique soviétique dépend essentiellement du transport ferroviaire sur les longues distances du front de l'Est.