La révolution libérale de 1830 fonda un État centralisé, séparé de l'Église (Constitution adoptée en 1831). Elle instaura une monarchie dont Léopold fut élu par le Congrès national.
C'est un cas rare de monarchie démocratiquement instaurée et héréditaire, mais d'emblée constitutionnelle et parlementaire (sans passer par l'absolutisme). Chaque héritier, lors du décès ou de l'abdication de son prédécesseur, doit prêter serment devant les chambres législatives réunies. Membre et chef du pouvoir exécutif, le roi des Belges s'impose pour longtemps comme le centre du pouvoir politique en Belgique, tout en jouant le jeu de la Constitution libérale conçue pour limiter ses prérogatives tout en le rendant incontournable pour refuser ou accepter de signer les lois dans le cadre d'une démocratie censitaire.
Premier choix : Louis d'Orléans, duc de Nemours
Le , le Congrès national belge choisit d'instaurer une monarchie constitutionnelle plutôt qu'une république jugée, à l'époque, moins stable qu'un royaume.
Les deux premiers scrutins (), concernant l'élection d'un roi à la tête de la Belgique, désignèrent Louis d'Orléans, le fils du roi des Français, comme roi des Belges.
La situation internationale tendue qui en découla (en particulier l’opposition du Royaume-Uni qui craignait de voir le port d’Anvers devenir un « pistolet sur la tempe de l’Angleterre ») obligea son père à refuser cet honneur à sa place. La nécessité d'avoir néanmoins un chef de l'État poussa à choisir, en attendant, un régent du royaume de Belgique : ce fut Surlet de Chokier.
L’Angleterre imposa finalement son candidat qui devait devenir Léopold ; Prince allemand chargé à la fois de rassembler autour de sa personne un peuple qu’il fallait écarter de tentations par trop francophiles et chargé de forger autour de sa dynastie une nouvelle nation indépendante.
Second choix : Léopold (1831-1865)
Léopold II (1865-1909)
Albert (1909-1934)
Neveu du précédent, Albert , à la faveur de Première Guerre mondiale, fait opérer à la monarchie une remontée fantastique en prestige moral et pouvoir. Henri Pirenne écrira dans l'Encyclopédie française que L'autorité morale du souverain lui permet d'user plus largement que ses prédécesseurs de ses pouvoirs constitutionnelsTome VI, Paris, 1933, 10, 68, p. 12.. En vingt ans de règne, Albert se permet de démissionner deux Premiers Ministres, autant que ses prédécesseurs. La lecture de ses Carnets de guerre (1914-1918) (Duculot, Gembloux, 1991), révèle que c'est lui qui gouverne. Luc Schepens, important historien flamand, va jusqu'à écrire d'Albert , confirmant les propos de Pirenne :Les deux grandes victimes de la guerre [14-18] en Belgique semblent être la Constitution et la démocratie parlementaire. Et cela n'alla pas sans conséquences. Pendant la suite du règne d'Albert , et également sous celui de Léopold III, le roi a exercé au sein du pouvoir exécutif un rôle hors de proportion avec ce qui avait été de coutume avant la Première Guerre mondiale (...) Ce n'est qu'après que cette situation s'est normaliséeLuc Schepens, Léopold III et le gouvernement Broqueville, Duculot, Gembloux, 1983, p.230..
Léopold III (1934-1951)
Albert a donc amplifié ce pouvoir royal, à la faveur de la guerre et son fils, Léopold III, en hérite.
La Question royale Cependant, ces mêmes ministres entrent en grave conflit avec le roi dès le , au moment où l'armée belge livre bataille sur la Lys à l'armée allemande. Léopold III considère que la Belgique est neutre et doit se contenter de défendre le territoire belge sans se lier à la France et au Royaume-Uni. Il capitule le comme chef de l’armée, pour les raisons qu'on vient de dire et pour des raisons de politique intérieure : les comportements des régiments flamands et wallons divergent à ce point que le roi craint que les Allemands n'en tirent prétexte pour reprendre leur politique de séparatisme de 1914 à 1918Francis Balace écrit dans « Fors l’honneur. Ombres et clartés sur la capitulation belge », in Jours de Guerre, t. 4, Jours de défaite, II, Crédit Communal, Bruxelles, 1991, pp. 23-24 :Ce qui est également important dans la pensée du roi (...) c'est de ne pas permettre à l'ennemi de tirer argument des défections de certaines unités, on aura compris qu’il s’agissait de certains bataillons de régiments flamands, pour mener une politique favorisant le séparatisme et niant le fait belge.. Le jour même, le Premier ministre Hubert Pierlot estime que le roi « a rompu le lien qui l'unissait à son peuple ». C’est le début de la Question royale. Robert Devleeshouwer juge sévèrement le Testament politique de début 1944 où le roi justifie sa politique de guerreRobert Devleeshouwer, Henri Rolin, éd. de l'ULB, Bruxelles, 1994, pp. 364-365..
Le Gouvernement belge à Londres Après une période d'hésitation consécutive à la défaite française, quatre des principaux ministres belges (Hubert Pierlot, Paul-Henri Spaak, Camille Gutt et Albert de Vleeschauwer) se retrouvent à Londres en et décident de continuer la guerre aux côtés des Britanniques. Le ministre des Colonies Albert de Vleeschauwer était déjà à Londres depuis le . Ils s'opposaient ainsi à la politique du roi mais en protestant néanmoins de leur fidélité. Ils considéraient le roi comme dans l'impossibilité de régner du fait de l’occupation, ce qui correspondait au statut de prisonnier de guerre que Léopold III revendiquait.
Prisonnier, le roi cherchera cependant à rencontrer Hitler par l'entremise de sa sœur la princesse Marie-José, épouse du prince héritier d'Italie Umberto : cette réunion, qui restera secrète, aura lieu le à Berchtesgaden. Léopold III fait essentiellement des demandes humanitaires en faveur des prisonniers de guerre belges et du ravitaillement de la population civile. Il demande également des garanties quant à l'indépendance future du pays. Hitler refusera d'accéder à ces demandes. D'après l'historien Jean Stengers, ce refus de Hitler et sa décision de laisser cette réunion secrète ont sans doute sauvé l'avenir du roi qui aurait en effet pris alors des positions politiques opposées à celles de son gouvernement à Londres. Par la suite, de 1941 à 1944, le roi s'enfermera dans le silence, ignorant de manière délibérée l'action de son gouvernement.
Toujours prisonnier, le roi se marie cependant en 1941 avec Lilian Baels, mariage qui fut annoncé en Belgique en décembre 41. Cette annonce dans un pays occupé fut mal reçue et constitua sans doute la première étape de la rupture entre le souverain et l'opinion publique (ou au moins une partie de cette opinion).
Le roi est transféré en Allemagne en (après le Débarquement du ). Après, dès avril ou , entre en jeu l'opinion publique populaire défavorable au roi qui va déclencher ultérieurement les graves événements de . Notons cependant que d’autres monarchies ont connu des difficultés dans les mêmes circonstancesTage Kaarsted, Paskekrisen (With an English Summary), 1929, Universiteitsforlaget I Aargus, 1968..
Charles, le prince Régent (1944-1950)
Baudouin (1951-1993)
Le pouvoir du roi est surtout cette capacité d’influence difficile à mesurer et « dérobée » (comme le dit Pirenne), puisque les conversations du roi sont couvertes par le secret constitutionnel. Deux journalistes flamands, sous la direction de l’historienne Else Witte, ont recueilli, sous le couvert de l’anonymat, les confidences de hautes personnalités sur ce thèmeDe Kroon Ontbloot (« La couronne mise à nu »), Kritak, Leuven, 1991.. Léopold III, par exemple, même après son abdication a pesé de tout son poids sur son fils. Dans la politique intérieure : ministres imposés ou refusés, mise à l'écart de plusieurs des adversaires de 1950, tentative de révocation du Premier ministre Eyskens en 1960, etc. À l’extérieur : refus d'assister aux funérailles de George VI, assassinat de Patrice Lumumba, leader nationaliste congolais et Premier ministre à l’indépendance du Congo (1960), en 1961. Dans cette affaire en particulier, une Commission parlementaire d'enquête reconnaît que le roi pouvait être reconnu comme moralement responsable ce qui peut être envisagé comme atténuant les choses, mais, constitutionnellement, le roi (article 106 de la Constitution), ne peut être reconnu responsable ni politiquement ni juridiquementOutre l’ouvrage de Ludo De Witte (L’assassinat de Lumumba, éditions Karthala, Bruxelles, 2001) sur ce sujet, paru d’abord en néerlandais en 1999, il faut citer Colette Braeckman, Lumumba un crime d’Etat, Aden, Bruxelles, 2002 et les conclusions de la Commission parlementaire fédérale belge réunie sur cette question et qui conclut à une responsabilité morale de Baudouin (novembre 2001). Le site de la Chambre des représentants en donne le texte. Des participants à cette Commission en tant qu'historiens et d'autres historiens (Jules Gérard-Libois, Philippe Raxhon, Luc Devos, Emmanuel Gerard) ont publié Les secrets de l’affaire Lumumba, Racine, Bruxelles, 2005., etc.
Le roi Baudouin prend de l’importance : il administre une dure leçon au monde politique en 1979. Il nomme Wilfried Martens comme Premier Ministre en 1982 et met en quarantaine son rival politique Léo Tindemans. Il agit de même avec José Happart, alors député autonomiste wallon très populaireHugo De Ridder, Sire, donnez-moi cent jours, Duculot, Gembloux, 1989, p.143.. Il fait envoyer des paras au Rwanda en 1990 : l'indiscrétion d'un ministre révéla que la position du roi sur cette politique avait été déterminante.. Il refuse de signer la loi dépénalisant partiellement l'avortement la même année. La non signature de la loi sur l'avortement n’a pas de conséquence juridique. Certains ont considéré comme une entourloupe ou un stratagème constitutionnel le fait que le roi ait été considéré comme dans l’impossibilité de régner. Ceci lui permettait de ne pas signer la promulgation de la loi qui lui donne effet et que le Gouvernement la promulgue en tant que Chef de l’État collectif en cette circonstance). Robert Senelle, Emile Clément, Edgard Van de Velde estiment en revanche que le recours à la notion dimpossibilité de régner était conforme à l'esprit de la Constitution. Ils ajoutent cependant que trois autres solutions, plus conformes au texte constitutionnel auraient pu être envisagées en 1990: l'abdication du souverain, la désignation d'un régent et la démission du gouvernement, mais ces trois solutions auraient posé des problèmes politiques aigus et plus exactement une crise de régime. En effet, dans le premier cas (abdication), rien ne permettait de penser que le successeur du roi Baudouin n'aurait pas adopté la même attitude, ce qui aggravait évidemment la crise. La deuxième solution (désignation d'un régent), nécessitant la réunion des chambres réunies (pour l'élire) aurait provoqué l'étalement de la crise dans le temps et le pourrissement de la situation. Quant à la troisième (démission du gouvernement), elle aurait mené à des élections, ce qui aurait eu pour effet que la personne du roi aurait été au cœur d'un débat électoral qui aurait revêtu un caractère plébiscitaire.
Albert II (1993-2013)
Albert II, frère de Baudouin et son successeur, est éminemment populaire. Contrairement à ses prédécesseurs, il règne sur un État fédéral et considère que le premier rôle du roi des Belges est désormais de maintenir l'unité du pays et la bonne entente entre les régions, les communautés et l'État fédéral.